| Un
mouvement transnational à l'origine
d'un territoire en archipel
Comment une
société conserve-t-elle son
identité malgré la distance
? Comment son extra-territorialité
se constitue-t-elle ?
La construction de l'exterritorialité
La diaspora entretient un rapport particulier
au territoire. Dans un contexte de dissémination
mondiale, en position d'exterritorialité,
la diaspora revêt deux caractères
morphologiques :
- multipolaire,
- interpolaire du fait des relations entre
le foyer d'origine (la Chine territoriale)
et les foyers d'accueil.
La migration est souvent de nature "entrepreneuriale",
au gré des opportunités économiques
(qui se combinent bien sûr avec les
conditions géopolitiques) : tel chinois
teochew (originaire de la région
de Canton) se réfugie en France en
fuyant le Cambodge des années 1970,
puis émigre au Canada (Montréal
puis Vancouver), revient en France à
la fin des années 1980 pour s'installer
à Rouen (restaurant et commerce d'objets
exotiques) en réinvestissant ses
gains canadiens.
La construction d'une continuité
généalogique et d'une continuité
géographique
On assiste à la constitution d'une
identité collective de nature ethnique
: la croyance partagée dans une origine
commune que celle-ci soit réelle
ou non (même ethnie, même village,
même région, même pays
voire continent).
L'arrachement au territoire d'origine a
pour conséquence que le territoire
est partout et nulle part. Il devient donc
imaginaire en s'accompagnant d'une mythification
et d'une mystification de la terre d'origine.
La perception des échanges et des
relations au-delà des frontières
se fait à travers une double référence
spatiale : le local et l'international reliés
par une multitude de réseaux d'un
point à un autre (de localité
à localité) davantage que
d'un pays à un autre.
Les relations humaines priment sur les autres
à travers une organisation de type
communautariste.
Le poids économique de la
diaspora : organisation, effets
Les liens entre l'entreprise et la famille
sont très étroits : "qui
veut fonder une entreprise fonde une famille".
Initialement, on se situe à l'échelle
du restaurant, de la boutique, de la petite
entreprise. L’ordre hiérarchique
est très déterminé
par les liens familiaux : le père,
puis les fils et frères aînés
du père, puis le fils aîné
du frère du père, etc.
Ensuite, les associations jouent un rôle
fondamental. Les plus traditionnelles sont
de nature géodialecticale. Les associations
de type clanique regroupent tous les migrants
d'une même localité ayant le
même nom : il y a environ 300 millions
de familles en Chine mais seulement 3000
patronymes qui renvoient chacun à
un ancêtre commun !
On assiste aujourd'hui à la multiplication
des associations professionnelles, culturelles,
de loisir. Certaines associations peuvent
être liées, de près
ou de loin, à des organisations mafieuses,
à des sociétés secrètes.
Ces organisations de type mafieux prospèrent
aussi grâce à leur participation
aux filières de la migration clandestine.
Activité économique à
part entière, bénéficiant
de moyens considérables, la filière
des flux migratoires repose à la
fois sur des modalités classiques
et sur des modalités clandestines
à bases ethniques. Aux États-Unis,
c'est par exemple le système des
"fils de papier", immigration
sous de faux noms. Les effectifs concernés
sont très variables en fonction de
la conjoncture et bien entendu difficiles
à évaluer.
Si les communautés chinoises les
plus importantes se trouvent à proximité
immédiate du territoire chinois (Indonésie,
Thaïlande, Malaisie, Singapour regroupaient
plus de vingt millions de Chinois au début
des années 1990), le fait marquant
est la diffusion des populations chinoises
à l’échelle de la planète,
cela de façon déjà
ancienne (voir la carte jointe). Il faut
aussi noter que ces implantations peuvent
être brutalement remises en question,
ce qu’ont montrés les dramatiques
évènements indonésiens.
Des études canadiennes ont mis en
évidence de nouvelles modalités
de la migration chinoise, avec des formes
de circulations complexes. Les migrants,
qualifiés d'émigrants "astronautes".
Ainsi, tel père laisse sa famille
en Australie et repart travailler en Chine
(avec de nombreuses variantes possibles
: entre la Malaisie et l'Angleterre, Singapour
et Perth, etc.). D'autres s'assurent d'une
base de sécurité au Canada
tout en conservant leurs affaires à
Hongkong avec deux villes privilégiées
: Vancouver et Toronto. L' "enfant-parachute"
reste seul dans le nouveau pays avec parents
ou amis. Ainsi se constituent les prémisses
de nouvelles formes d'identité transnationale.
L'un des innombrables dictons chinois énonce
que "le lapin futé a trois terriers".
Grâce au territoire en archipel qu’engendre
la diaspora et aux liens très forts
qui se maintiennent entre des communautés
très éloignées dans
l’espace, la Chine, sa population
et ses entreprises, possèdent d’incontestables
atouts pour affronter la mondialisation.
Emmanuelle Bonerandi
(maître de conférences
à l'ENS LSH), d'après
un cours d'agrégation (2000 - 2001) |
Part
de la population chinoise dans l'ensemble
de la population du pays
Cliquer sur la miniature pour agrandir.
Pour une impression directe utiliser de
préférence le document au
format .pdf téléchargeable
Télécharger
le document au format .pdf

Des
ressources en ligne
Sur le site canadien
Pégase (pédagogie - géographie
de l'Asie du sud-est), une carte de la
diaspora chinoise en Asie du sud-est (un
peu datée)
www.casa.umontreal.ca/pegase/popul
/diaspora.htm#ini2
Pour compléter on pourra trouver
d'intéressants documents sur le
site de l'Agence pour le développement
des relations interculturelles (ADRI),
plus particulièrement les Migrations
Études - www.adri.fr/me/infos.html
- synthèses de travaux
et d'études sur l'immigration et
la présence étrangère
en France. La publication est réalisée
pour le compte de la Direction de la population
et des migrations (ministère de
l'Emploi et de la Solidarité)
Ainsi, sous la direction de E. Ma Mung,
le n°84 (1998) : La circulation
migratoire. Cette étude porte
sur "le concept et la pratique effective
de la circulation migratoire". S'appuyant
sur une recension des travaux existants
et une typologie des modes de circulation
migratoire, elle met en relief l'importance
croissante des diasporas, des réseaux
et filières d'immigration.
www.adri.fr/me/annees/me1998.html
En 2002, sous la coordination de Chloé
Cattelain, le n° 108, Les modalités
d'entrée des ressortissants chinois
en France : "Ces dernières
années, l'émigration chinoise
vers la France s'est faite massive. Pour
tenter de répondre aux questionnements
des administrations françaises
sur les processus d'intégration
de ces migrants, une étude a été
confiée à l'Association
franco-chinoise Pierre-Ducerf. Elle
fait le point sur les modalités
d'entrée en France et les pratiques
migratoires des Chinois et en fournit
une typologie. Elle livre également
des indications sur leurs modes d'intégration
(ou de non-intégration) en France."
www.adri.fr/me/annees/me2002.html
Le site pédagogique de l'académie
de Rennes propose une sélection
de ressources et de démarches autour
du thème des migrations internationales
:
www.ac-rennes.fr/pedagogie/hist_geo/
ResPeda/Migrations/AccueilMigrations.htm
En complément :
les
ressources bibliographiques
Conception, réalisation,
propositions de Frédéric
Dufaux et Sylviane Tabarly (rédaction
du site)
|