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La Chine entre espaces domestiques et espace mondial

Archive [2003] — La diaspora chinoise : un fait géopolitique, économique et culturel

Publié le 10/04/2003
Auteur(s) : Emmanuelle Bonerandi - université de Lyon, ENS de Lyon
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NB. Le contenu de cet article donne des informations disponibles au moment de sa publication en 2003.

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>>> Pour des informations à jour, consulter le glossaire : Diaspora

>>> Pour un exemple indien : Pierre-Yves Trouillet, « Les populations d'origine indienne hors de l'Inde : fabrique et enjeux d'une "diaspora" », 2015

Un mouvement transnational à l'origine d'un territoire en archipel

Comment une société conserve-t-elle son identité malgré la distance ? Comment son extra-territorialité se constitue-t-elle ?

La construction de l'exterritorialité

La diaspora entretient un rapport particulier au territoire. Dans un contexte de dissémination mondiale, en position d'exterritorialité, la diaspora revêt deux caractères morphologiques :

  • multipolaire,
  • interpolaire du fait des relations entre le foyer d'origine (la Chine territoriale) et les foyers d'accueil.

 

La migration est souvent de nature "entrepreneuriale", au gré des opportunités économiques (qui se combinent bien sûr avec les conditions géopolitiques) : tel chinois teochew (originaire de la région de Canton) se réfugie en France en fuyant le Cambodge des années 1970, puis émigre au Canada (Montréal puis Vancouver), revient en France à la fin des années 1980 pour s'installer à Rouen (restaurant et commerce d'objets exotiques) en réinvestissant ses gains canadiens.

La construction d'une continuité généalogique et d'une continuité géographique

On assiste à la constitution d'une identité collective de nature ethnique : la croyance partagée dans une origine commune que celle-ci soit réelle ou non (même ethnie, même village, même région, même pays voire continent).

L'arrachement au territoire d'origine a pour conséquence que le territoire est partout et nulle part. Il devient donc imaginaire en s'accompagnant d'une mythification et d'une mystification de la terre d'origine.

La perception des échanges et des relations au-delà des frontières se fait à travers une double référence spatiale : le local et l'international reliés par une multitude de réseaux d'un point à un autre (de localité à localité) davantage que d'un pays à un autre.

Les relations humaines priment sur les autres à travers une organisation de type communautariste.

Le poids économique de la diaspora : organisation, effets

Les liens entre l'entreprise et la famille sont très étroits : "qui veut fonder une entreprise fonde une famille". Initialement, on se situe à l'échelle du restaurant, de la boutique, de la petite entreprise. L'ordre hiérarchique est très déterminé par les liens familiaux : le père, puis les fils et frères aînés du père, puis le fils aîné du frère du père, etc.

Ensuite, les associations jouent un rôle fondamental. Les plus traditionnelles sont de nature géodialecticale. Les associations de type clanique regroupent tous les migrants d'une même localité ayant le même nom : il y a environ 300 millions de familles en Chine mais seulement 3000 patronymes qui renvoient chacun à un ancêtre commun !
On assiste aujourd'hui à la multiplication des associations professionnelles, culturelles, de loisir. Certaines associations peuvent être liées, de près ou de loin, à des organisations mafieuses, à des sociétés secrètes.

Ces organisations de type mafieux prospèrent aussi grâce à leur participation aux filières de la migration clandestine. Activité économique à part entière, bénéficiant de moyens considérables, la filière des flux migratoires repose à la fois sur des modalités classiques et sur des modalités clandestines à bases ethniques. Aux États-Unis, c'est par exemple le système des "fils de papier", immigration sous de faux noms. Les effectifs concernés sont très variables en fonction de la conjoncture et bien entendu difficiles à évaluer.

Si les communautés chinoises les plus importantes se trouvent à proximité immédiate du territoire chinois (Indonésie, Thaïlande, Malaisie, Singapour regroupaient plus de vingt millions de Chinois au début des années 1990), le fait marquant est la diffusion des populations chinoises à l'échelle de la planète, cela de façon déjà ancienne (voir la carte jointe). Il faut aussi noter que ces implantations peuvent être brutalement remises en question, ce qu'ont montrés les dramatiques évènements indonésiens.

Des études canadiennes ont mis en évidence de nouvelles modalités de la migration chinoise, avec des formes de circulations complexes. Les migrants, qualifiés d'émigrants "astronautes". Ainsi, tel père laisse sa famille en Australie et repart travailler en Chine (avec de nombreuses variantes possibles : entre la Malaisie et l'Angleterre, Singapour et Perth, etc.). D'autres s'assurent d'une base de sécurité au Canada tout en conservant leurs affaires à Hongkong avec deux villes privilégiées : Vancouver et Toronto. L' "enfant-parachute" reste seul dans le nouveau pays avec parents ou amis. Ainsi se constituent les prémisses de nouvelles formes d'identité transnationale.

L'un des innombrables dictons chinois énonce que "le lapin futé a trois terriers". Grâce au territoire en archipel qu'engendre la diaspora et aux liens très forts qui se maintiennent entre des communautés très éloignées dans l'espace, la Chine, sa population et ses entreprises, possèdent d'incontestables atouts pour affronter la mondialisation.

 

Documents, compléments

Part de la population chinoise dans l'ensemble de la population du pays

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Des ressources en ligne

  • Sur le site canadien Pégase (pédagogie - géographie de l'Asie du sud-est), une carte de la diaspora chinoise en Asie du sud-est (un peu datée) www.casa.umontreal.ca/pegase/popu/diaspora.htm#ini2
  • Pour compléter on pourra trouver d'intéressants documents sur le site de l'Agence pour le développement des relations interculturelles (ADRI), plus particulièrement les Migrations Études - www.adri.fr/me/infos.html - synthèses de travaux et d'études sur l'immigration et la présence étrangère en France. La publication est réalisée pour le compte de la Direction de la population et des migrations (ministère de l'Emploi et de la Solidarité)
  • Ainsi, sous la direction de E. Ma Mung, le n°84 (1998) : La circulation migratoire. Cette étude porte sur "le concept et la pratique effective de la circulation migratoire". S'appuyant sur une recension des travaux existants et une typologie des modes de circulation migratoire, elle met en relief l'importance croissante des diasporas, des réseaux et filières d'immigration. www.adri.fr/me/annees/me1998.html
  • En 2002, sous la coordination de Chloé Cattelain, le n° 108, Les modalités d'entrée des ressortissants chinois en France : "Ces dernières années, l'émigration chinoise vers la France s'est faite massive. Pour tenter de répondre aux questionnements des administrations françaises sur les processus d'intégration de ces migrants, une étude a été confiée à l'Association franco-chinoise Pierre-Ducerf. Elle fait le point sur les modalités d'entrée en France et les pratiques migratoires des Chinois et en fournit une typologie. Elle livre également des indications sur leurs modes d'intégration (ou de non-intégration) en France."www.adri.fr/me/annees/me2002.html
  • Le site pédagogique de l'académie de Rennes propose une sélection de ressources et de démarches autour du thème des migrations internationales :www.ac-rennes.fr/pedagogie/hist_geo/ ResPeda/Migrations/AccueilMigrations.htm

 

En complément : les ressources bibliographiques

 

Emmanuelle Bonerandi (maître de conférences à l'ENS de Lyon), d'après un cours d'agrégation (2000 - 2001)

Conception, réalisation, propositions de Frédéric Dufaux et Sylviane Tabarly (rédaction du site)

 

 

Mise à jour :   10-04-2003

 


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Pour citer cet article :  

Emmanuelle Bonerandi, « Archive [2003] — La diaspora chinoise : un fait géopolitique, économique et culturel », Géoconfluences, avril 2003.
https://geoconfluences.ens-lyon.fr/doc/etpays/Chine/ChineScient.htm