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La Chine entre espaces domestiques et espace mondial

La Chine entre espaces domestiques et espace mondial - Glossaire

Publié le 21/12/2012

 

 

La Chine entre espaces domestiques et espace mondial
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Exprimer, questionner, rechercher, définir

Un glossaire pour : questionner, problématiser ; identifier et comprendre des mots-clefs ; faire des recherches en ligne. En complément du glossaire des notions générales proposé sur le site

Mise à jour et large refonte du glossaire en janvier 2010, compléments en juin 2010 (Chinafrique, Femmes / Filles, Population / Démographie, Vieillissement, Statistiques)

A à D E à L M à Q R à Z

Aménagement du territoire

L'immensité du territoire chinois et son rapide développement posent des défis d'aménagement du territoire qui nécessitent des réponses en termes de continuité territoriale et de cohésion, de contrôle et de gestion des ressources, des mouvements migratoires quotidiens ou saisonniers, d'infrastructures, etc. Une gouvernance de nature autoritaire et centralisée, organisée autour du Parti communiste chinois, a certes les moyens de prendre les décisions et de les faire appliquer rapidement. Mais c'est en faisant souvent l'impasse de la négociation, en imposant des expropriations et des déplacements des populations.
Un des aspects récent de la politique d'aménagement du territoire chinois est la politique dite du "Go West". Lancée en 1999, elle avait pour objectif le rattrapage des provinces de l'intérieur de la Chine, en retrait par rapport aux provinces littorales. Ses effets, d'abord limités, semblent s'accélérer depuis 2007 à la faveur de différents facteurs dont : la politique fiscale, un effort rapide en matière d'infrastructures (transport, logistique) et le développement du marché intérieur qui rend moins nécessaire une installation à proximité des deltas portuaires.
En novembre 2008, le gouvernement chinois a annoncé l'adoption d'un plan de relance de 4 000 milliards de yuan (environ 455 milliards d'euros dont le 1/4 pour la reconstruction du Sichuan gravement frappé par le séisme du 12 mai 2008), incluant les financements bancaires et les investissements des entreprises d'État. Ce plan est, pour partie (25%), destiné au financement de la modernisation des infrastructures de transport et des moyens de communication : aéroports, routes, trains à grande vitesse, lignes de métro, etc. Il a entraîné une mobilisation rapide des provinces, la National Development and Reform Commission (NDRC, ex-ministère du Plan) étant chargée d'évaluer leurs projets.

Pour prolonger et compléter :
- La politique du Go West se concrétise / Premier bilan du plan de relance chinois, in Bulletin économique Chine de la mission économique de l'Ambassade de France en Chine, mai 2009
www.ambafrance-cn.org/Premier-bilan-du-plan-de-relance-chinois.html?lang=fr

Mise à jour : janvier 2010
Armée, armements et stratégies             

La République populaire de Chine (RPC) est une puissance militaire majeure du monde contemporain. Elle poursuit, depuis 1964, des programmes de recherche et de production d'armes nucléaires ainsi qu'un programme spatial de grande ampleur. On met à son actif (2003) : 45 essais nucléaires dont 23 atmosphériques et 22 souterrains. Ces essais ont lieu dans la région désertique de Lop Nor au cœur du Sinkiang. Le 15 octobre 2003, une fusée Longue Marche a mis un astronaute chinois en orbite terrestre faisant de la RPC une nouvelle puissance spatiale maîtrisant les vols habités et manifestant ainsi ses ambitions tant dans les domaines militaires que civils.
Le budget militaire de la RPC croît régulièrement, d'au moins 10% par an depuis 1990 et il aurait doublé entre 2000 et 2005. En 2003 et en parité de pouvoir d'achat, les dépenses militaires de la Chine atteignent 161 milliards d'USD, deuxième budget au monde derrière les États-Unis (455 milliards d'USD) mais devant l'Inde (82 milliards), la Russie (66 milliards) et la France (51 milliards). Les objectifs militaires chinois sont divers, parmi lesquels : le renforcement du poids géopolitique mondial de la Chine ; le maintien de la pression sur son environnement proche, à commencer par Taiwan ; la préparation d'éventuelles interventions destinées à sécuriser ses approvisionnements en ressources énergétiques. C'est à cette dernière préoccupation que répond la stratégie dite du "collier de perles" consistant à jalonner de points stratégiques le couloir maritime qui la relie à ses approvisionnements proche-orientaux en pétrole : contributions au développement des ports de Gwadar (Pakistan), de Chittagong (Bangladesh), d'Hambantota (Sri Lanka), construction des ports de Mergui, Dawei et Sittwe (Myanmar) ; importante station de renseignement et d'écoute dans les îles Cocos (nord de l'île d'Andaman, Birmanie). La Chine se dote aussi d'une marine de haute mer pour protéger cette voie maritime : si un affrontement sino-américain devait avoir lieu à propos de Taiwan, elle craint l'asphyxie pétrolière qui résulterait du blocage des détroits stratégiques (Ormuz, Malacca), ce que les Chinois appellent le "dilemme de Malacca" car 80% de leurs importations de pétrole passent par ce détroit. Parallèlement, pour contourner cette dépendance extrême à l'égard de la voie maritime, Pékin s'efforce de donner une nouvelle impulsion aux voies terrestres continentales en direction de sa frontière du nord de l'Inde d'une part et des zones d'approvisionnement énergétique d'Asie centrale, ce qui s'accompagne de présences militaires renforcées.

Pour prolonger et compléter
:
- consulter la base de données "Facts on International Relations and Security Trends" (FIRST) du Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI) : http://first.sipri.org
- ainsi que la base de données du Groupe de recherche et d'information sur la paix et la sécurité (GRIP) : www.grip.org

Mise à jour :  mars 2004
Campagnes, paysannerie et agriculture

Le miracle économique chinois s'est davantage appuyé sur un développement industriel et urbain que sur l'agriculture. Les zones rurales n'ont que peu contribué à la croissance, si ce n'est par la fourniture de main d'œuvre et de terrains. Une large part des 727 millions d'individus classés comme "ruraux" en 2007 (dont 300 millions d'actifs agricoles) qui vivent dans les campagnes chinoises semblent rester en marge du processus de développement macro-économique dont bénéficie le pays et qui a privilégié les espaces urbains et la production industrielle. L'agriculture chinoise, en 2004, ne contribuait plus qu'à 14% de la formation du PIB national, contre 33% en 1982. Les ruraux ont été longtemps confrontés à l'abandon relatif des systèmes de protection sociale dont ils bénéficiaient avant la libéralisation de l'économie chinois : soins médicaux, éducation, retraite. La condition des populations s'est moins améliorée en zone rurale qu'en ville. Ainsi, l'écart de revenus annuels entre les villes et les campagnes est, en 2008, de 1 à 4 (355 USD vs. 1 138 USD) et le revenu moyen par agriculteur n'a été multiplié que par 3 entre 1980 et 2007 alors que le revenu moyen des Chinois sur la même période était multiplié par 8. Au demeurant, le taux de pauvreté rurale a très nettement diminué et les campagnes ont bénéficié, malgré tout, du développement général de la Chine, surtout dans les régions proches des marchés urbains.

Les paysans travaillent dans un cadre encore peu sécurisé, la précarité de leurs droits sur le foncier agricole a, d'une part, permis l'expropriation de leurs terres pour d'autres usages et, d'autre part, contrarié le développement agricole. Ils subissent en effet diverses spoliations, pour les grands travaux ou au profit de l'expansion urbaine. Pour éviter que les paysans ne négocient directement la cession de terrains constructibles, les autorités locales ont, depuis 1999, le monopole du transfert des terres au privé, mesure qui a ouvert la porte à tous les abus. Quelques 200 000 ha seraient ainsi "escamotés" chaque année à la discrétion des gouvernements locaux et à des prix de compensation pour les paysans lésés très inférieurs aux prix du marché. Des hommes de main ou la police font taire les protestations, les bavures se succèdent et sont parfois médiatisées : durant la seule première moitié de 2008, on a dénombré plus de 20 000 incidents d'expropriations illégales de paysans victimes de la collusion entre responsables locaux du Parti et entrepreneurs immobiliers. Les populations rurales démunies ou lésées et qui ne bénéficient pas des dynamiques du développement alimentent des vagues de migrants (les mingong) errants à travers le pays, recherchant du travail en usine ou sur les chantiers urbains. Leur nombre est estimé à près de 200 millions en 2009.

Dans ces conditions, les paysans ne sont pas toujours enclins à investir dans leur exploitation et ils ont peu de capitaux disponibles pour le faire. Leur productivité est donc faible : un agriculteur nourrit 3 à 4 personnes en Chine, contre 160 au Danemark, plus de 100 en France, 75 aux États-Unis. Les quelque 200 millions d'exploitations, pour la plupart familiales, disposent en moyenne d'un à trois mu (équivalent à 666,7 m² ou à 1/15e d'ha) de terre cultivable dont elles ont seulement la jouissance, mais non la propriété qui reste aux collectivités rurales (comités de village) et à l'État. La Chine est confrontée au défi de nourrir 22% de la population mondiale avec seulement 10% des superficies cultivables (120 millions d'ha, soit 13% de la superficie du pays). La rareté des terres contribue à ce plafonnement, avec la pénurie en eau, un niveau technique et un équipement insuffisants, ainsi que l'inorganisation des filières (industrie agroalimentaire et marchés). Les surfaces cultivables diminueraient d'environ 2 500 km² par an, du fait de l'urbanisation et de la dégradation des sols et les meilleures terres, dans les vallées alluviales autour des agglomérations, sont souvent les plus concernées. Si la production a augmenté de 90 % de 1990 à 2003 (données FAO), elle tend à plafonner depuis, voire à décliner pour les productions traditionnelles (blé, riz), alors même que la demande interne augmente, accroissant le besoin d'importations. Certaines productions sont cependant en croissance, parfois spectaculaire : le soja, le coton, la production sucrière, la production halieutique par exemple. Par ailleurs, l'agriculture chinoise adopte rapidement les nouvelles biotechnologies (variétés OGM de coton, maïs, riz, soja, etc.). Notons enfin que la perte tendancielle de terres arables en Chine conjuguée à la croissance des besoins de la population explique que Pékin cherche à acquérir des droits sur les terres dans sa proche périphérie tout d'abord (Russie, Laos, Kazakhstan, ...) voire au-delà, en Afrique ou en Amérique latine.

La volonté affichée d'accorder plus d'attention aux campagnes s'est traduite, à partir de 2004, par la politique des trois "nong" (l'agriculture, le monde rural et les paysans), et, en 2006, par l'appel à bâtir la "nouvelle ruralité socialiste" pour réduire les écarts entre villes et campagnes. Cette politique de rééquilibrage en faveur des campagnes s'est concrètement traduite par la réduction des impôts grevant les revenus des agriculteurs (l'impôt agricole a été supprimé en janvier 2006 mais des "redevances" de toute sorte subsistent), par l'augmentation des subventions agricoles, le financement des infrastructures en zone rurale, l'ébauche d'un système plus étendu de sécurité sociale.

Quant à la sécurisation des droits des paysans sur le foncier agricole, c'est une question récurrente en Chine, d'un point de vue social, mais aussi économique. Le 3ème Plénum du comité du 17e Congrès du Parti communiste (octobre 2008) a réaffirmé les possibilités d'usage et de cession des terres, mais sans renforcer les droits des paysans. Ce Plénum a également posé l'objectif d'une "concentration foncière à un niveau convenable", dans le but d'accélérer le développement agricole. Cet objectif pose plusieurs questions : outre la fixation de ce "niveau raisonnable" et les difficultés de son application, celle du risque social de cette concentration, dans un contexte d'un exode rural déjà fort et de ralentissement de la croissance ? Par ailleurs, celle de l'adaptation d'un modèle de grandes exploitations extensives en main d'œuvre et intensives en capital aux besoins de la Chine, par rapport à un développement reposant sur des exploitations de taille plus modeste, moins intensives en capital mais davantage en main d'œuvre ? (* Bulletin économique Chine du 30 octobre 2008). Cette "nouvelle donne" est susceptible d'accélérer la transformation des campagnes et de l'agriculture chinoises.

Pour compléter, prolonger :
-
* Les enjeux de la réforme de la tenure foncière en zone rurale, in Bulletin économique Chine de la mission économique de l'Ambassade de France en Chine, 30 octobre 2008
www.ambafrance-cn.org/Les-enjeux-de-la-reforme-de-la-tenure-fonciere-en-zone-rurale.html?lang=fr
- La production halieutique en eau douce, une activité importante en zone rurale chinoise, voir la page du corpus documentaire : La pêche en eau douce en Chine continentale

Mise à jour : janvier 2010
Chinafrique

La très rapide montée en puissance de la présence chinoise dans une large partie de l'Afrique a incité à parler d'une Chinafrique, qui supplanterait une Françafrique à l'agonie et, plus généralement, les intérêts occidentaux sur le continent. Ce concept a été largement repris par les journalistes et le monde des médias.
Au-delà des fantasmes, partons des constats. Entre 2000 et 2008, les échanges chinois avec le continent ont décuplé, pour dépasser la barre des 100 milliards de dollars. Les investissements de la Chine en Afrique ont explosé, passant de 500 millions de dollars par an, entre 2001 et 2003, à un pic de 7 milliards en 2006. Ces échanges sont appelés à se développer encore car, d'ici 2020, la Chine devra importer 60% de son énergie, dont une partie proviendra du continent africain. Il convient cependant de relativiser quelque peu ces données qui surprennent avant tout par leur rythme de croissance. En effet, 10% seulement des exportations des pays africains vont vers la Chine, alors que plus de 40% sont destinées à l'Europe et le continent africain représente moins de 4,5% du commerce extérieur de la République populaire.
Les grands sommets entre les représentants de la Chine et les gouvernements africains se multiplient, ce qui traduit l'intérêt réciproque pour ces relations. Depuis 2007 les chinois ont mis en place un forum bilatéral de discussion sino-africain (FOCSA) et la Chine multiplie les gestes de séduction, en annulant la dette de plusieurs pays africains par exemple. L'aide publique chinoise à l'Afrique s'est élevée en peu d'années à 2 milliards de dollars par an, ce qui équivaut à 10% de l'aide totale au développement en Afrique. Les Chinois sont aussi présents dans les opérations de maintien de la paix en Afrique et la Chine use de son droit de veto au Conseil de sécurité des Nations unies pour entraver les possibles ingérences internationales dans les affaires africaines, ce qui lui sert de monnaie d'échange diplomatique et économique. Inversement, Pékin convoite les voix des États africains pour défendre ses propres intérêts dans les instances internationales (dans ses relations avec Taiwan par exemple) et le temps où les ex-colonies votaient comme un seul homme à l'ONU derrière l'ancienne puissance tutélaire est fini.
Contrairement aux Occidentaux, la Chine n'impose pas de conditions politiques en échange de ses investissements et ne pose pas de questions sur les droits de l'Homme. Les chinois s'efforcent d'emporter l'adhésion des gouvernants africains et, autant que possible, des populations en se centrant sur un échange largement fondé sur les extractions de matières premières contre des infrastructures : construction de ports, de routes, de barrages (par exemple, sur l'Omo en Ethiopie, barrage de Merowe au Soudan), de stades et d'hôpitaux, etc. Ils prennent souvent en charge une large partie, voire la totalité des travaux et s'installent alors parfois durablement créant de véritables villages ou quartiers chinois, multipliant les installations d'entreprises ou de commerces. Partout sur le continent, les produits chinois bon marché remplacent peu à peu ceux importés d'Occident mais aussi les productions locales et africaines.
Au demeurant, ce qui pourrait sembler une forme de néo-colonisation de l'Afrique peut être confronté à certaines limites et réactions. Bon an, mal an, une part  des pays africains est engagée dans des processus de démocratisation et l'opinion publique, la société civile se font de plus en plus entendre. La présence chinoise est parfois perçue comme une menace ou une forte concurrence pour les productions et les emplois locaux, des incidents, voire des émeutes populaires, en résultent parfois. Dans certains pays l'immigration massive de travailleurs chinois est mal vécue, en Algérie par exemple, des émeutes ont éclaté.
Dans le cadre de la compétition mondiale entre la Chine et l'Occident, les Africains ont compris qu'ils seront de plus en plus courtisés et ils sont bien décidés à faire monter les enchères. La Chine contribue certainement à la "désoccidentalisation" de l'Afrique. Elle contribue aussi largement à l'actuel décollage économique de nombreux pays africains, à leur apprentissage de nouvelles technologies adaptées au continent. Ils pourraient ainsi être enfin moins "mal partis" et, à terme, rejoindre le camp des pays émergents. C'est un retournement de perspective susceptible de s'accélérer avec la montée en puissance des échanges sud-sud et avec le renforcement du rôle d'autres nouveaux intervenants que sont le Brésil et l'Inde.

Mise à jour :  juin 2010

 

Développement (économique)

De 1980 à 2005, le taux de croissance annuel moyen du PIB de la RPC a été d'environ 8%. La Chine, par son PIB de 7 430 milliards d'USD (en parité de pouvoir d'achat), est devenue la cinquième économie mondiale en 2004, après les États-Unis, le Japon, l'Allemagne, le Royaume-Uni et la France. Et si elle ne pèse encore que 5% dans le PIB mondial, très inférieur au poids de sa population, elle contribue pour 20% à la croissance mondiale (données 2006). Ces chiffres sont à prendre avec précaution et il faut tenir compte de l'importante économie parallèle qui échappe aux statistiques, soit environ 20% d'économie "non-fiscalisée". Certains économistes pensent donc qu'ils sont sous-évalués et que les taux officiels seraient volontairement minorés pour limiter la méfiance et les accusations de surchauffe des partenaires commerciaux de la Chine.
Cette croissance rapide s'explique par un "effet de rattrapage" et elle partage plusieurs points communs avec d'autres "miracles" de la zone Asie-Pacifique (Japon, Corée du Sud, Taiwan, Singapour) : une stratégie de développement industriel volontariste et fondée sur l'ouverture libérale et la conquête des marchés extérieurs, une population travailleuse et économe dont l'épargne finance en partie le développement. Mais la croissance économique chinoise a ses spécificités : c'est avant tout une économie de flux dont l'évolution repose sur une très rapide privatisation et sur la restructuration du secteur étatique.
Un tel rythme de croissance, concernant une population aussi importante, n'est pas sans conséquences : pression sur les ressources (énergie, matières premières) tant à l'échelle régionale que mondiale, dégâts environnementaux, risques de surchauffe, risques d'amplification des disparités. Les goulets d'étranglement traditionnels de l'économie chinoise s'aggravent ainsi qu'en attestent les pénuries énergétiques (fréquentes coupures d'électricité), les engorgements des infrastructures de transport. En l'absence de correctifs adaptés, les tensions induites pourraient provoquer un ralentissement de la croissance chinoise à plus ou moins court terme.
La compétitivité de l'économie chinoise a des composantes contrastées : si elle a un faible coût du travail, elle souffre de facteurs moins favorables en termes de gouvernance, de qualité des infrastructures, de gestion environnementale. Les autorités chinoises mettent, depuis 2003, officiellement du moins, l'accent sur la "qualité de la croissance" et les "respect des grands équilibres", dans les campagnes par exemple. Parallèlement, des efforts importants sont réalisés pour compenser le retard chinois en Recherche & développement : le développement scientifique et technologique est prioritaire dans le cadre du XIe plan quinquennal (2006-2010). La Chine recrute ses meilleurs chercheurs au même niveau de rémunération qu'aux États-Unis et bénéficie du retour d'une diaspora de scientifiques formés dans les laboratoires occidentaux, principalement anglo-saxons ("reverse brain drain"). En 2003, la Chine occupait le cinquième rang mondial pour la production scientifique derrière les États-Unis, le Japon, le Royaume-Uni et l'Allemagne avec 5,1% des publications internationales. Et elle cherche à s'affranchir de sa dépendance à l'égard des brevets étrangers en concevant de nouveaux produits, avec de nouveaux standards, basés sur des brevets chinois.

Pour prolonger, compléter :
- Le classement mondial de la compétitivité de l' Institute for Management Development (IMD) - World Competitiveness Yearbook (WCY) : http://www01.imd.ch/wcc/
> Classement 2006 :
http://www01.imd.ch/documents/wcc/content/pr.pdf

Mise à jour :  septembre 2006

 

Diaspora

Voir la
partie "informations scientifiques" du dossier
Disparités, inégalités et tensions

Les disparités socio-spatiales s'amplifient en Chine. Elles peuvent s'observer à différents niveaux d'échelle : mondes urbains et ruraux ; littoraux et espaces ouverts sur l'espace mondial d'une part, espaces périphériques de l'intérieur et des confins continentaux d'autre part.
Le coefficient de Gini, qui mesure les inégalités de revenus, aurait atteint 0,45 en Chine (2005), alors que les experts internationaux fixent la cote d'alerte socio-politique à 0,4. Rappelons que le coefficient de Gini varie entre 0 et 1 : 0 en cas d'une parfaite égalité des revenus, alors que 1 signifierait qu'une seule personne concentre toutes les richesses. Dans la réalité d'un panel d'environ 100 pays, les coefficients de Gini oscillent entre 0,26 et 0,60.
En 2005, 10% de ménages les plus pauvres se partagaient 1,4% du patrimoine en Chine, contre 45% pour les 10% les plus riches. Une enquête du Bureau national des Statistiques montre aussi que les inégalités de revenu en Chine s'accentuent progressivement, et que cette inégalité croissante existe non seulement entre les villes et la campagne (en 2005, revenu annuel moyen de 1 281 USD en milieu urbain contre 397 USD en milieu rural), mais également entre les différentes provinces et régions. Dans les villes, les plus hauts revenus sont 11,8 fois supérieurs aux plus bas en 2005 contre 4,16 fois en 1996.
En effet, la forte croissance chinoise, aux alentours de 9,5% de 2000 à 2006, est surtout tirée par les flux d'investissements des entreprises étrangères et par les exportations, alors que la consommation intérieure ne croit pas au même rythme (elle représentait 39% du PIB en 2005 contre 46% en 1995) et est répartie de manière très inégale.
Ces disparités peuvent-elles être facteurs d'implosion sociale et politique ? Les mouvements de revendications sont souterrains mais se multiplient partout, dans les campagnes surtout, en touchant telle usine, tel village.
Les travailleurs migrants (mingong) manifestent parfois de manière très violente et spectaculaire, montant sur les tours ou les grues des chantiers qui les ont embauchés en menaçant de se suicider pour obtenir leur salaire ou pour protester contre leur licenciement, leurs conditions de travail.
Dans quelle mesure ces tensions peuvent-elles aboutir à une implosion de la société dans une Chine dont on sait qu'elle a toujours oscillé entre unification et division ? En attendant, elles justifient une répression particulièrement forte et de sérieuses entorses aux droits de l'Homme les plus élémentaires.

Mise à jour : septembre 2006
Droits de l'Homme

Le régime politique chinois est toujours celui du Parti unique (PCC), la libéralisation économique ayant été découplée de la libéralisation politique. D'où une approche des droits de l'Homme qui n'est pas celle des démocraties. Mais elle n'a pas, jusqu'à présent, interdit à la Chine d'adhérer à l'OMC, de présenter sa candidature pour l'organisation des J.O. de 2008 et de l'emporter, de participer à la plupart des grands rendez-vous du "concert des nations".
Depuis le lancement de la campagne de répression de la criminalité "Frapper fort" en avril 2002, une augmentation spectaculaire du nombre d'exécutions a été constatée en Chine. À la fin de l'année 2004, Amnesty International avait recensé, à partir des données disponibles, au moins 3 400 condamnations à la peine capitale et au moins 6 000 exécutions, mais tout portait à croire que ces chiffres étaient bien en deçà de la réalité. En mars 2004, un membre éminent de l'Assemblée populaire nationale a déclaré que la Chine exécutait chaque année une dizaine de milliers de personnes, soit cinq fois plus que dans tous les autres pays pratiquant la peine capitale.

Pour actualiser, prolonger :
- la situation d'après Amnesty International, par exemple sur le site de la section belge :
www.amnestyinternational.be/doc/rubrique.php3?id_rubrique=28

- Données générales sur la peine de mort en Chine : www.amnesty.org/fr/region/chine

Mise à jour : mars 2004
Eaux continentales

La maîtrise des ressources en eau constitue un des défis majeurs en termes d'environnement et d'aménagement du territoire en Chine. Le pays est périodiquement frappé par des inondations au caractère d'autant plus catastrophique que les concentrations humaines se densifient dans les zones à risques, celle du Yangzi en 1998 par exemple (autres transcriptions : Yang-tseu, Yangtsé, appelé aussi "fleuve Bleu"). Par ailleurs les besoins des grandes concentrations urbaines s'amplifient. Les ressources en eau potable, par habitant, sont insuffisantes. Les eaux usées sont souvent déversées directement dans les cours d'eau et les stations d'épuration sont rares.
Le contrôle des ressources en eau a toujours constitué un enjeu de pouvoir important en Chine : au sein des collectivités, entre les Provinces, au niveau du pouvoir central. Dans le cadre des grands travaux de maîtrise hydraulique, on peut relever des ouvrages d'envergure récents :
- le barrage de Xiaolangdi sur le Huang He (fleuve Jaune) ;
- le barrage des Trois-Gorges, sur le Yangzi qui concentre études et commentaires : commencé en 1993, l'ouvrage a été achevé en 2006 et sa mise en eau est presque terminée en 2009 (* voir article) ; quatre autres barrages sont également programmés plus en amont sur le Yangzi.
Des travaux d'adduction d'eau du Sud vers le Nord ("front ouest") avaient été prévus dans le cadre du Xe Plan quinquennal (2001 - 2005) visant à amener les eaux du Changjiang jusqu'en Chine du Nord de façon à "atténuer la répartition inégale des ressources d'eau en Chine" selon un article du Quotidien du Peuple.

Pour prolonger, compléter :
- * Visages médiatiques du barrage des Trois-Gorges : l'analyse statistique des données textuelles en géographie
- sur le thème des ressources des campagnes, voir aussi la page du corpus documentaire :
La pêche en eau douce en Chine continentale

Mise à jour :  janvier 2010

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Entreprises

À côté des entreprises à capitaux domestiques il y a, en Chine RPC, les entreprises d'investissements de Hongkong, Macau ou Taiwan et les entreprises à capitaux étrangers. Ce sont ces dernières qui produisent la plus grande part des marchandises exportées : en 2009, les firmes étrangères assuraient encore 70% de la production et 85% des exportations chinoises.

Les entreprises à capitaux domestiques, comprennent : des entreprises d'État à capitaux publics ; des entreprises collectives et coopératives, intermédiaires entre public et privé ; d'autres formes d'entreprises, mixtes, à capitaux privés. Mais il est difficile de définir avec précision ce qu'est le secteur privé en Chine tant sa diversité est grande et la capital des firmes opaque : anciennes entreprises publiques passées aux mains de leurs salariés, joint-ventures, firmes étrangères à 100%, sociétés crées par des Chinois licenciés, etc. De 1978, date du début des réformes lancées par Deng Xiaoping, à 2003, la contribution des entreprises d'État au sens strict (State Owned Entreprises ou SOE) au PIB national global est passée de 80% à 17%. Mais il faut aussi tenir compte de la participation de l'État au capital de la plupart des grandes sociétés chinoises cotées (TCL, Lenovo, Baosteel, Haier, etc.) ainsi que dans celles à capitaux mixtes. Il y a très peu de sociétés chinoises entièrement privées et ce sont essentiellement des PME. Mais la productivité globale du secteur privé industriel est estimée à deux fois celle des entreprises contrôlées par l'État.

Un des nombreux défis économiques de la
Chine est donc la réforme de ses entreprises publiques. La réforme principale, concernant les entreprises d'État, a été adoptée en 1994 sur le mode du zhuada fangxiao ("retenir les grandes [entreprises d'État], lâcher les petites"). Depuis 2002, l'État a accéléré la politique de cession de ses nombreuses participations dans l'objectif affiché de réduire de moitié le nombre des entreprises publiques en 2006. Depuis février 2005, les infrastructures, les télécommunications, les transports ferroviaires, l'aviation civile ou les services publics par exemple, se sont ouverts à la concurrence des firmes privées.

Les entreprises privées qui opérent en Chine sont donc étrangères surtout. Elles représentaient, en 2006, 43% du nombre total des entreprises, occupaient la moitié des travailleurs urbains et assuraient environ 60% à 70% du PIB de la RPC. Leur activité explique largement le rythme de la croissance chinoise. Mais, après deux décennies d'euphorie et de large ouverture aux investissements étrangers au cours des années 1980 et 1990, lorsque le pays avait besoin de ces capitaux et de leurs technologies, la RPC manifeste des tendances récentes au repli nationaliste. Une nouvelle loi "antimonopole", entrée en vigueur le 1er août 2008, a bouleversé le droit de la concurrence dans le pays. L'article 29 de la loi prévoit la tenue d'une enquête de "sécurité nationale" avant toute acquisition étrangère d'une entreprise chinoise. C'est le Parti (et donc l'État) qui fixe les règles du jeu et la politique industrielle est décidée par une commission d'État au Plan qui décide où produire et par qui. Les entreprises étrangères se voient imposer leurs partenaires domestiques et elles doivent aussi évoluer dans un environnement sociétal et politique délicat : traitement de faveur réservé aux concurrents locaux, corruption et fragilités de l'État de droit. Les observateurs pointent la récente multiplication des conflits plus ou moins larvés avec des sociétés chinoises qui ont pris de l'assurance et qui évoluent sous la protection d'un pouvoir aux penchants de plus en plus nationaliste. Les exigences chinoises en matière de transfert de technologie et de maîtrise nationale des droits de propriété intellectuelle deviennent parfois dissuasifs et les risques de piratage et de contrefaçon inquiètent.

Les investisseurs étrangers hésitent face à cette nouvelle donne, entre l'accès à ce vaste marché aux perspectives de croissance attractives et les risques politico-économiques qu'ils encourent. À ce titre, les aventures récentes de Google en Chine sont instructives. En novembre 2009, l'audience globale du moteur de recherche sur le web était de 13,2% en Chine (67,5% à l'échelle mondiale) contre 62,2% pour son concurrent national chinois, Baidu. Les pressions politiques expliquent en partie (Baidu appliquant les règles de la censure gouvernementale à la lettre), mais pas seulement, ses difficultés également dues aux différences culturelles.


De leur côté les grands groupes chinois, dont le niveau de formation de l'encadrement progresse rapidement, se lancent à la conquête des marchés extérieurs. Les investissements chinois ont doublé entre 2007 et 2008 pour atteindre 52,1 milliards d'USD, hors secteur financier. Au demeurant, leur présence dans le classement mondial est encore modeste : 37 sociétés chinoises seulement parmi les 500 premiers groupes mondiaux selon le classement 2009 du magazine Fortune, parmi lesquels Huawei (télécommunications), CNPC, Sinopec et Cnooc pour les marchés pétroliers et gaziers, etc. La Chine veut se donner les moyens de construire des champions nationaux dans la majorité des domaines et elle s'efforce de siniser ses standards de production en contournant les règles imposées par l'OMC.

Mise à jour :  janvier 2010
Environnement et développement durable

Le rythme du développement économique en Chine est tel qu'il ne peut manquer d'engendrer des problèmes environnementaux, parfois graves et qu'il en hypothèque certaines dynamiques. Tout d'abord, la pression sur les ressources nationales ou mondiales est intense, en proportion de ses immenses besoins actuels et prévisibles. Pour l'ensemble du pays, les coûts liés à la pollution représenteraient, selon les estimations, de 8 à 15% du PNB chinois. La Chine est devenue, en 2006, le premier émetteur mondial de gaz à effet de serre devant les États-Unis (mais les rejets d'un Chinois sont, en moyenne, cinq fois moindres que celles d'un Américain).

Si certains événements, très médiatisés, mobilisent l'attention internationale (par exemple, la disparition probable du dauphin d'eau douce du Yangzi, le "baiji", déesse du fleuve), ils ne doivent pas faire oublier les problèmes d'un quotidien, trop banalisés, où les catastrophes industrielles et minières se succèdent. La disparition des terres arables semble prendre une ampleur inquiétante. Les statistiques officielles font état d'une expansion des espaces désertiques de 9 800 km² par an et en Chine du Nord, la désertification progresse et Pékin subit des vents de sable chaque printemps : des opérations de reboisement conséquentes ont dû être engagées. En y ajoutant les affectations des terres au profit de l'expansion urbaine et des différentes zones d'activité et de loisirs qui lui sont associées, les terres arables ne représentent plus que 123 millions d'ha soit 12,8% de la superficie totale de la Chine. Par habitant, elle atteint à peine 40% de la moyenne mondiale, ce qui donne une idée de la tension croissante entre population et ressources disponibles. Par ailleurs, parce qu'elles accueillent les usines les plus polluantes et les moins scrupuleuses, les campagnes chinoises font face à une crise écologique aigüe, cause de fréquents mouvements de protestation. Les rejets industriels sont à l'origine de nombreuses affaires de santé publique, parfois dénoncées par les médias et les organisations de la société civile, lorsqu'elles parviennent à se faire entendre.

La gestion de la ressource en eau est un autre défi majeur. Avec 7% seulement des réserves en eau de la planète pour le quart de sa population, la Chine n'arrive pas à faire face : les deux tiers des villes chinoises font face à des pénuries d'eau et les coupures d'eau sont monnaie courante (deux millions de personnes dépendant de l'eau du lac Taihu dans le bas Yangzi ont été privées d'eau courante pendant plusieurs semaines en 2007), 70% des cours d'eau et des lacs chinois sont pollués et 360 millions d'habitants n'auraient pas accès à une eau potable de qualité convenable. Pékin et sa périphérie est particulièrement concernée par les difficultés d'approvisionnement en eau, des centaines de lacs auraient disparu dans le Hubei, connu comme la province des mille lacs. Le Yangzi est largement surexploité et très pollué. Car au-delà de la quantité, le défi est aussi celui de la qualité : la Chine est encore sous-équipée en stations d'épuration et les rejets industriels sont encore très mal maîtrisés.

La culture du secret entretenue en Chine a ici ses limites. On assiste, parallèlement au développement du pays, à l'éveil encore timide d'une société civile qui demande des comptes à ses dirigeants et qui veut être informée, entre autre, sur les questions environnementales. Par ailleurs, les pouvoirs officiels commencent aussi à mesurer les problèmes et à vouloir les affronter, les autorités officielles ont pris conscience de la gravité des questions environnementales. En 2008, la State Environment Protection Agency (SEPA), agence gouvernementale de protection de l'environnement, a eu le statut de ministère (Ministry of Environmental Protection, MEP) ce qui devrait lui donner davantage de moyens d'action et d'effectifs, restés très modestes jusqu'à présent (300 à 400 employés permanents !).

En matière de réduction des gaz à effet de serre, Pékin veut atteindre, selon les objectifs fixés dans son Plan national sur le changement climatique, 15% d'énergies non-fossiles d'ici à 2020. La Chine est éligible aux Mécanismes de développement propre (MDP) prévus par le protocole de Kyoto et elle a rapidement su en maîtriser les rouages assez complexes. Ainsi, plus de la moitié des capitaux générés par les MDP d'ici à 2012, date d'expiration du protocole, devraient lui revenir, soit environ 10 milliards d'euros. Sur les 2 200 projets en cours en Chine dans le cadre des MDP fin 2009, un tiers sont agréés par l'ONU. Ces financements portent principalement sur les petits ouvrages hydrauliques, sur le traitement des déchets avec captation des gaz à effet de serre, sur l'éolien et le solaire. Mais, à côté de ces investissements internationaux, de véritables "Bourses environnementales" ont été lancées à Pékin, Shanghai et Tianjin.

En se fixant un objectif de réduction de plus de 40% de l'intensité énergétique de son PIB d'ici à 2020 par rapport à 2005, la Chine est ambitieuse. La question du développement durable a été inscrite au cœur du XIe Plan (2006 - 2010). Une politique nationale volontariste mobilisant un effort financer conséquent a d'ores et déjà permis une baisse de 20% de la consommation énergétique par point de PIB entre 2005 et 2010. Les établissements les plus obsolètes ont fermé, le recours aux énergies renouvelables progresse et la tertiarisation de l'économie y contribue aussi. Le principal bras industriel et financier de l'État dans le secteur de l'"économie verte", la China Energy Conservation Investment Company, devient un acteur puissant de ces évolutions. Les initiatives locales et les expérimentations se multiplient : zones à "basse intensité carbone" à Nanjing, cités et îles écologiques comme à Chongming (embouchure du Yangzi). Si le projet de cité "verte" de Dongtan (dans l'arrondissement de Chongming à l'embouchure du Yangzi, son modèle de première ville entièrement "écologique", devait servir ailleurs en Chine), annoncé à grand bruit, semble avoir fait long feu et si la Chine ne cesse d'annoncer l'éclosion d'écocités qui ne voient pas le jour, les idées qui fondent ces projets inspirent malgré tout certains aménagements urbains.

Pour prolonger, compléter :
- Visages médiatiques du barrage des Trois-Gorges : l'analyse statistique des données textuelles en géographie
- les BE Adit consacrés à la Chine où les questions environnementales sont souvent abordées :
www.bulletins-electroniques.com/actualites/pays/chine.php
-
Ministry of Environmental Protection of the People's Republic of China, http://english.mep.gov.cn
- Greenchoice Beijing, un site écologiste mixte entre gouvernement et ONG :

www.greenchoice.cn/index_eng.php?var1=content/mainpage/main.htm&

Mise à jo
ur :  janvier 2010
Falun Gong

Aux yeux du gouvernement chinois, le Falun Gong est un "culte pervers" ou une "organisation sectaire (hétérodoxe)" (xiejiao zuzhi). Cette dernière expression est celle qui est utilisée par la législation, les déclarations officielles et les médias pour désigner tout un ensemble de groupes religieux et spirituels dépourvus d'autorisation officielle.
Parmi les ressources en ligne, nombreuses sur la question, les pages de BBC News (utiliser le moteur de recherche) : http://news.bbc.co.uk

Mise à jour :  septembre 2006
Femmes, filles

Un des effets désormais bien connu de la politique de strict encadrement de la natalité (à partir de 1979, politique dite "de l'enfant unique") est d'avoir provoqué un nombre considérable de "naissances manquantes", celles de sexe féminin. Le sex ratio des enfants des femmes de 50 ans qui n'ont qu'un seul enfant en témoigne : il y aurait en moyenne 120 garçons pour 100 filles. Le ratio garçons / filles à la naissance est passé à 124 pour la moyenne 2000 à 2004, très au-delà des normes habituelles autour de 105,5. C'est le résultat de la pratique croissante d'avortements sélectifs au détriment des filles et d'une surmortalité anormale des filles négligées dans la petite enfance.

Pour compléter, prolonger, en rubrique "savoir faire" : La Chine, des statistiques à la carte
> Une application : le déséquilibre hommes / femmes

Mise à jour : juin 2010

Flux d'échange (marchandises, capitaux)

Le développement de la Chine est largement fondé sur son ouverture vis-à-vis de l'espace mondial. En 2009, le pays est devenu le premier exportateur mondial devant l'Allemagne. Ses exportations se sont établies à 1 200 milliards d'USD (830 millions d'euros). Mais son excédent commercial tend à se réduire (en 2009, de -34% par rapport à 2008) ce qui, au delà des effets conjoncturels liés à la récession économique mondiale, peut s'expliquer, entre autre, par un recentrage relatif sur le marché intérieur et par les effets du plan de relance chinois, par une moindre compétitivité de la production chinoise où les salaires commencent à s'élever, par l'entrée en vigueur de mesures protectionnistes vis-à-vis de la Chine (en janvier 2008, pour la première fois depuis son adhésion à l'OMC, elle a été condamnée pour sa fiscalité douanière excessive sur les importations de pièces détachées automobiles).
Le poids de la Chine dans les échanges mondiaux est par ailleurs à relativiser en termes qualitatifs. Les produits électroniques et des industries de l'information, dont ce pays est le premier exportateur mondial et qui constituent 37,5% de ses exportations, sont par exemple en grande partie issus du "commerce de perfectionnement" (processing trade). Les composants qui ont le plus de valeur marchande, en raison de leur contenu technologique ou de marque, sont fabriqués ou conçus ailleurs pour être assemblés en Chine. En termes de structure des exportations, d'innovation technologique et de compétitivité industrielle, la Chine n'est pas encore une grande puissance commerciale.

Les investisseurs internationaux sont particulièrement attirés par les perspectives du marché de l'Asie orientale en général, de la Chine en particulier. La faiblesse relative du yuan contribue aussi à cet engouement. Au total, en 25 ans de politique d'ouverture, de 1981 à 2006, l'Investissement direct de l'étranger (IDE) avait atteint un total cumulé de 600 milliards d'USD (502 milliards d'€). En 2009, les entreprises étrangères assuraient 70% de la production et 85% des exportations chinoises. Mais une nouvelle loi "antimonopole", entrée en vigueur le 1er août 2008, a bouleversé le droit de la concurrence dans le pays. L'article 29 de la loi prévoit la tenue d'une enquête de "sécurité nationale" avant toute acquisition étrangère d'une entreprise chinoise. Les prochaines années permettront d'en mesurer les effets. Et la Chine devient à son tour un investisseur dont les capitaux peuvent peser dans les relations économiques et politiques internationales. L'État chinois encourage l'expatriation du capital domestique et la nécessité de sécuriser ses approvisionnements en matières premières passe par des investissements directs : participations dans des activités minières ici et là par exemple.

Pour prolonger, compléter :

- Dans le cadre de la rubrique "savoir faire" : La Chine, des statistiques à la carte (cartographie interactive d'items concernant les échanges extérieurs, commerciaux et capitaux).
- François Gipouloux, Les effets spatiaux de l'investissement direct étranger (IDE) en Chine : intégration ou désintégration ? (décembre 2003)
- Les dossiers des services économiques de l'Ambassade de France en Chine, www.dgtpe.fr/se/chine

Mise à jour : juin 2010

Frontières, espaces frontaliers

Sur la base d'une typologie simplifiée, on peut distinguer les "frontières glacis", qui tendent parfois à s'ouvrir, des frontières largement ouvertes aux flux de la mondialisation.

Parmi les premières, les confins périphériques occidentaux et septentrionaux : espaces de l'Heilongjang et du Jilin frontaliers de la Corée du Nord, espaces des provinces turco-musulmanes du Gansu et du Qinghaï, Tibet (Xizang en chinois), espace tampon avec l'Inde, etc. Ils affichent des paramètres originaux en termes de production, d'urbanisation, d'une manière générale, de niveau de développement. Les stratégies d'aménagement et de mise en valeur adoptées répondent aux intérêts économiques et politiques du pouvoir. La politique de mise en valeur de la "nouvelle frontière" de l'ouest (kaifa xibu) est une cause nationale répétée dans les discours officiels. Elle se traduit par l'engagement de travaux de grande ampleur : gazoduc de 4 200 km reliant le bassin du Tarim au delta du Yangzi ; ligne de chemin de fer dite ligne "Qing-Zang" entre Golmud, ville de la province du Qinghaï et Lhassa, capitale de la "Région autonome du Tibet" qui doit entrer en service en 2007, etc.
Parallèlement, point de passage terrestre entre la Chine et l'Inde sur une des anciennes "Routes de la soie", la route de Nathu La Pass ("la passe de l'oreille qui écoute") a été remise en service en 2006. Fermée une première fois en 1959 après la répression sanglante des Tibétains à Lhassa elle le fut définitivement en 1962 à la suite de la guerre entre l'Inde et la Chine, guerre frontalière, Delhi refusant de reconnaître l'annexion du Tibet par la Chine et Pékin réclamant le Sikkim, qui sera finalement rattaché à l'Inde en 1974 après référendum.
En 2006, les échanges commerciaux par voie terrestre entre l'Inde et la Chine représentent 100 millions d'USD par an, mais les trafics de contrebande règnent. Le reste du transit se fait par mer ou par avion et atteindrait, au total, 20 milliards de dollars par an. D'ici 2015, la valeur des échanges officiels par cette route, qui resteront très encadrés et limités, pourrait peser 3 milliards de dollars par an selon certains responsables. Le symbole politique de cette réouverture est important et pourrait marquer le début d'une ère d'amélioration des relations entre les deux pays dans la mesure où leurs rivalités pour la maîtrise de leurs approvisionnements, en ressources énergétiques principalement, ne s'y opposeront pas. En attendant, la région restera lourdement armée, avec plusieurs dizaines de milliers d'hommes basés dans les environs. Notons aussi qu'il s'agit, pour la Chine, de redynamiser ses échanges par voie terrestre et continentale afin de ne pas dépendre trop exclusivement des voies maritimes et aériennes.
Ainsi, d'une manière générale, ces "frontières glacis" pourraient s'ouvrir progressivement, la Chine cherchant à diversifier ses approvisionnements en ressources par les voies continentales.

À l'est, sur la façade maritime de la Chine, les frontières apparaissent largement ouvertes aux échanges économiques mais à travers des espaces précis (voir l'article ouverture économique). Certains espaces maritimes riverains de la Chine sont particulièrement sensibles et (ou) disputés : détroit de Formose séparant la Chine continentale de Taiwan, mer de Chine du sud où la RPC revendique deux archipels, les Paracels au nord et les Spratleys au sud, ainsi que 80% de l'espace maritime. Cette revendication de souveraineté est fortement contestée par le Vietnam et les Philippines.

Pour prolonger, compléter :
- un article de Stéphane Corcuff, Taiwan, naissance des frontières d'une démocratie insulaire
- parmi les cartes du Monde diplomatique : www.monde-diplomatique.fr/cartes
> une cartographie du Monde diplomatique : "Appétits rivaux en mer de Chine"
www.monde-diplomatique.fr/cartes/spratlymdv1997
- Sur RFI, la frontière sino-indienne, avec un audio de Pierre Gentelle :
www.rfi.fr/actufr/articles/079/article_44933.asp

Mise à jour :  septembre 2006

G2

Forgée en 2007 par Niall Ferguson, historien à Harvard, sous le terme de "Chimerica", l'idée d'un tandem sino-américain a ensuite été désigné par l'acronyme G2, sorte de condominium sino-américain sur le monde qui s'articulerait autour des deux puissances. Selon les calculs de N. Ferguson, les deux économies conjuguées ont participé pour 40% à la croissance mondiale entre 1998 et 2007. De fait, les économies des deux pays sont fortement imbriquées, alliance du plus gros débiteur mondial et de son principal débiteur. La Chine détient 800 milliards de dollars de bons du Trésor américain et le salut des exportations chinoises dépend encore pour beaucoup du marché américain.
Mais, si leurs intérêts vitaux peuvent être liés, ils sont aussi antagonistes. Sur la question environnementale et climatique par exemple, les Chinois refusent d'entraver leur rattrapage économique et reprochent aux Américains leurs efforts insuffisants de réduction d'émissions de CO2. De leur côté, ces derniers veulent pouvoir vérifier que Pékin respectera ses engagements, ce qui est vécu comme une atteinte inacceptable à la souveraineté chinoise.
En fait, le concept de G2, soutenu "par ceux qui, aux Etats-Unis, essentiellement en opposition aux tenants néo-conservateurs de la 'menace chinoise' sont favorables à une stratégie de coopération avec Pékin" selon les propos de Valérie Niquet du centre Asie de l'Ifri, n'implique en aucune manière l'idée d'une cogestion du monde par les deux grandes puissances.
Le concept de G2 supposerait aussi un poids équivalent des deux puissances dans les affaires du monde. Or, la Chine n'est pas encore devenue une super-puissance, même si elle l'ambitionne, elle n'a pas encore les capacités de projection militaire ni l'influence mondiale qu'ont les États-Unis dans bien des domaines. En attendant, la diplomatie chinoise préfère jouer, officiellement, la carte de la multipolarité et de la multilatéralité qui lui permet de mieux servir ses intérêts en fonction des circonstances et de ses besoins.

Mise à jour :  janvier 2010
Gouvernance

La notion de gouvernance fait son apparition à la fin des années 1980 dans le champ des relations internationales. Le terme de "good governance" est employé par les institutions financières internationales pour définir les critères d'une bonne administration publique. La gouvernance peut être définie comme "un ensemble de traditions et d'institutions par lesquelles l'autorité est exercée dans un pays". C'est ainsi que les systèmes de notation des pays en fonction de leur bonne ou mauvaise gouvernance se sont multipliés prenant en compte des dimensions assez variées dans le champ du politique au sens large. Ils se fondent sur des méthodologies et des critères variés, parfois discutables et discutés, mais fournissent néanmoins des éléments comparatifs à ne pas négliger.
Ainsi le Country Indicators for Foreign Policy Project (CIFP), entreprise conjointe du ministère des affaires étrangères canadien et de l'Université Carleton à Ottawa, vise à établir une banque d'indicateurs internationaux offrant un aperçu des caractéristiques économiques, politiques, culturelles et sociales de plus de 122 pays. Ces indicateurs sont traduits sous une échelle uniforme. Certains portent sur la gouvernance incluant le niveau de démocratie et des libertés fondamentales, le score de corruption, etc. Le site CIFP permet, entre autre, d'effectuer des comparaisons internationales, de générer des cartes et donc de situer ainsi la RPC sur la scène internationale : www.carleton.ca/cifp
Une autre approche, celle de l'organisation Transparency International qui, dans sa classification selon un indice de "perception de la corruption", classe la Chine au 78e rang sur 158 pays en 2005 (elle était au 59e rang sur 101 pays en 2002) : www.transparency.org/policy_research/surveys_indices/cpi

D'autres approches, d'autres évaluations à partir des données de la Banque mondiale sur la Gouvernance : www.worldbank.org/wbi/governance/fra

La place convoitée par la RPC dans les échanges mondiaux, l'image de respectabilité internationale qu'elle recherche, pourraient l'amener à faire des progrès en matière de "bonne gouvernance". Les mobilisations de la société civile contre la corruption des cadres, contre les abus du pouvoir, témoignent des progrès qui restent à réaliser. La corruption des membres du Parti dans les provinces, qui confondent parfois la croissance et leur enrichissement personnel, est devenue l'une des cibles les plus fréquentes des simples citoyens. Ainsi, la succession d'accidents très meurtriers dans les mines ces dernières années est à mettre en partie au compte de la corruption et de la collaboration entre les officiels et les propriétaires des mines privatisées. De telles dérives sont le produit d'un système arbitraire, sans recours légal ni réel contre-pouvoir ainsi que de la "guerre" entre pouvoirs locaux et gouvernement central qui contrôle finalement assez mal les territoires de l'immense Chine. C'est un paradoxe apparent, mais il est finalement assez habituel dans une situation de régime autoritaire et hautement centralisé telle qu'elle règne en Chine, de voir les pouvoirs locaux et provinciaux user et abuser de grandes libertés.
Les fréquentes violations des droits de la personne, sont parfois dénoncées par les médias, officiels ou plus informels et clandestins (sur l'Internet par exemple). La société civile tente de s'organiser autour de mouvements de "défense des droits" (weiquan yundong). Un droit nouveau autorise un groupe d'individus à solliciter l'examen de la légalité ou la constitutionnalité d'un texte. Ainsi, ces dynamiques du weiquan et du mouvement constitutionnaliste pourraient, dans le meilleur des cas, annoncer des évolutions de la gouvernance en Chine avec l'émergence d'une société civile moderne.

Pour prolonger, compléter :
- Stéphanie Balme (CERI/Sciences Po, Chinese University of Hong Kong) - Autoritarisme et constitutionalisme en Chine, les enjeux de la politisation de la sphère juridique - IEP de Lyon / Association française de Sciences politiques, septembre 2005
http://sites.univ-lyon2.fr/congres-afsp/article.php3?id_article=186

Mise à jour : mars 2004

 

Habitat urbain traditionnel

La ville chinoise traditionnelle est caractérisée par son dédale de ruelles, ses maisons basses à cour carrée (siheyuan). Ces quartiers au cœur des villes sont aujourd'hui touchés par les projets de rénovation urbaine, avec les conséquences socio-spatiales qu'ils induisent : on peut s'intéresser, par exemple, aux hutong jouxtant la Cité interdite à Pékin, aux lilong de Shanghai.

Mise à jour :  septembre 2006
Hongkong

Ancienne colonie britannique, elle a été rétrocédée à la Chine en juillet 1997. Un système de transition ("un pays, deux systèmes") semblait garantir la pérennité du mode de vie et d'organisation de Hongkong.
Hongkong est donc actuellement, avec Macau, une "région administrative spéciale" (RAS) et devrait conserver jusqu'en 2047 une grande autonomie au niveau de l'économie, du commerce, de la culture. Le dollar de Hongkong continue de circuler comme monnaie légale, et le territoire reste un port franc et une zone douanière distincte. Hongkong peut entretenir des relations avec des États et des organisations internationales dans le domaine de l'économie, de la monnaie et des finances, de l'activité maritime, des communications, du tourisme, de la culture et des sports.
Au demeurant, d'importantes manifestations rassemblaient, au mois de juillet 2003, les hongkongais protestant contre un projet de législation "anti-subversion" susceptible de réduire leurs libertés publiques. Le projet fut retiré.
Sous le nom de "Hongkong, Chine", cette économie distincte est membre du Forum de coopération économique Asie-Pacifique et de l'Organisation mondiale du commerce. Elle apparaît ainsi identifiée dans les documents de données statistiques.

Mise à jour :  mars 2004
Hukou

Depuis les débuts de l'époque maoïste, le hukou, sorte de passeport intérieur, permet de maîtriser les flux et les migrations internes de la population. Il s'agit d'un système d'enregistrement obligatoire, un livret de résidence, qui divise autoritairement la société chinoise en deux : celle qui détient un hukou urbain (un tiers de la population) et les autres. Le hukou urbain donne, avec le droit de vivre "en ville", celui d'acquérir un logement à un prix subventionné, d'envoyer ses enfants à l'école, de bénéficier d'une assurance médicale et d'une indemnité chômage en cas de licenciement. Les ruraux dépourvus de hukou, lorsqu'ils migrent vers les municipalités où ils sont tolérés, souffrent de conditions de vie discriminantes.
Ce hukou, maintenu après le début des réformes d'inspiration libérale des années 1980, a joué un rôle majeur dans le développement économique de la Chine qui s'est appuyé sur la main d'œuvre d'un tiers-monde rural, principal artisan du "miracle" chinois. À Shanghai par exemple, 6 des 19 millions d'habitants n'ont pas le statut de résident.
Aussi, l'idée d'une réforme du hukou fait son chemin à petits pas. Son application s'est, récemment, quelque peu allégée dans le cadre d'une réforme qui en assouplit les modalités. Si le citoyen peut prouver une résidence prolongée dans une ville où il paie les impôts locaux et où il possède un appartement, il peut y être reconnu localement.

Pour prolonger, compléter :
- Chloé Froissart, " Le système du hukou : pilier de la croissance chinoise et du maintien du PCC au pouvoir", Les Études du CERI (Sciences Po) n° 149, septembre 2008
www.ceri-sciencespo.com/publica/etude/etude149.pdf

Mise à jour : janvier 2010

 

Inde et Chine

Chine et Inde, pays les plus peuplés de la planète, dépassent le milliard d'habitants. Puissances émergentes, elles conduisent leur transformation à un rythme rarement égalé et sont devenues des moteurs majeurs de la croissance mondiale. Leurs choix de développement, différents, parfois même opposés, sont-ils durables ?
D'un côté, la Chine au régime autoritaire, répressif et pyramidal, administré par 80 millions de membres d'un Parti communiste issu de la Révolution maoïste victorieuse en 1949. De l'autre, l'Inde, démocratique depuis sa naissance lors de sa décolonisation en 1947, longtemps sous influence soviétique, a une bureaucratie plutôt tatillonne et le système des castes, par lequel une petite part de la population concentre l'essentiel des pouvoirs, reste prégnant.
C'est au détour des années 1990 que les deux pays ont entrepris de se transformer, mais à des rythmes et selon des méthodes différents. En Chine, la "Loi sur les Sociétés" de 1993 marque un tournant et l'accélération du processus de libéralisation. En Inde, en 1991, le nouveau premier ministre, P. V. Narasimha Rao, commença à transformer les structures d'une économie considérée comme trop rigide en tournant le dos à la planification de type soviétique et en démantelant le license raj, système de barrières douanières et d'autorisations administratives pour les investissements et les biens d'équipement.
Les deux pays ont des spécialisations différentes dans l'économie-monde : l'industrie principalement pour la Chine, "pays atelier" de la planète ; plutôt les services pour l'Inde profitant de l'anglophonie d'une partie de sa population, n°1 mondial dans les services informatiques, mais aussi traditionnellement très présente dans l'industrie (textile, automobile, acier, etc.).
Les goulets d'étranglement et les difficultés y sont comparables. En Chine comme en Inde les inégalités se sont creusées ... mais la pauvreté extrême a eu plutôt tendance à régresser. Les problèmes environnementaux s'imposent de plus en plus : qualité de l'eau, de l'air, catastrophes écologiques et industrielles diverses. La saturation des infrastructures de transport peut être observée dans les deux pays mais sur ce plan, l'effort de la Chine a été massif, l'État central jouant un rôle moteur, les infrastructures sont en voie de modernisation rapide. Alors qu'en Inde, État fédéral et décentralisé, le retard est patent, les infrastructures sont obsolètes. Enfin et surtout, la question des ressources énergétiques : de ce point de vue aussi l'Inde semble avoir du retard sur la Chine qui pousse ses pions diplomatiques partout à travers la planète. Dès 2015 l'Inde devrait être dépendante à 95% de ses approvisionnements extérieurs et les deux pays sont en concurrence et en rivalité autour du pétrole et du gaz dans leur périphérie proche et parfois commune (en Birmanie par exemple).
Dans ce "match" Inde / Chine, la question démographique pourra peser lourd. La population active de la Chine va décroître à partir de 2015 alors que la très jeune population indienne va continuer à s'accroître. Mais le système éducatif est plus égalitariste en Chine qu'en Inde : le taux d'illettrisme n'y est que de 6% à 7% alors qu'il atteint 35% en Inde. La Chine forme, par an, trois fois plus d'ingénieurs que l'Inde. D'ici quelques années, le choc Inde-Chine sera frontal en informatique, en biotechnologie. Les deux entités bénéficient des transferts (technologiques et scientifiques, financiers) et des réseaux de leurs diasporas respectives, bien implantées en Occident et plus particulièrement dans le monde anglo-saxon.

 

Chine - Inde : un tableau comparé
(valeurs approchées pour l'année 2005 par défaut)

 
Chine
Inde
 
 
Chine
Inde
PIB total (milliards d'USD)
2 225
710
 
Population (milliards)
1,310
1,094
Taux de croissance annuelle moyen du PIB de 2000 à 2005(moyenne 1985 à 2005)
9,6%
(10%)
8%
(5,8%)
 
Croissance démographique annuelle (et l'ISF) 2000 - 2005
O,7
(1,7)
1,6%
(3,07)
IDE entrant
(milliards d'USD/an)
60
4,7
 
PIB/hab (en PPA, USD)
7 470
3 190
Valeur en milliards d'USD des exportations
(leur part dans le PNB)
762
(35%)
95
(11%)
 
Taux d'épargne en moyenne annuelle de 2000 à 2005
42%
24%
Balance commerciale (milliards d'USD)
+ 102
- 39
 
Analphabétisme
9%
40%
Capacités portuaires
(millions de tonnes)
1 500
300
 
Classes moyennes
(millions, estimation*)
200
350
Part de l'industrie / PIB total
48%
26%
 
Coefficient de Gini
0,447
0,325
Part des services / PIB total
40%
51%
 
Téléphones portables (millions)
395
65
Part de l'agriculture / PIB total
12%
23%
 
Usagers de l'Internet (millions)
110
20
Production de riz/ha (quintaux)
63
30
 
Routes asphaltées
(millions de km)
2,5
1,3
Scientifiques et ingénieurs
en R&D
706 000
167 000
 
Production d'électricité (milliards de KWh)
1 347
527


* sur critères comparables.

Pour dépasser cette analyse en forme de "match", qu'en est-il des relations entre les deux entités et quel rôle jouent-elles dans le monde ? Le rapprochement des deux aires de développement, dans les années 1990, tient à un effet de rattrapage consécutif à la normalisation des relations économiques et politiques entre les deux pays et à leurs complémentarités sectorielles. Poursuivront-elles ces rapprochements, comme pourrait le laisser penser la récente ouverture de la frontière entre Tibet et Sikkim ? Assistera à la création d'un binôme que certains qualifient déjà de "Chindia" ? Ou, à côté de ces dynamiques de rapprochement, leur mise en concurrence et leurs rivalités l'emporteront-t-elles ?

Sur la scène internationale, leurs partitions sont distinctes. La Chine a en main la carte de son siège de membre permanent au Conseil de sécurité de l'ONU. Les deux États font partie du G20, groupe de 20 pays qui s'opposent aux positions européennes et américaines dans les négociations de l'OMC mais la Chine y joue un rôle plus discret, moins militant que l'Inde (ou le Brésil) qui a, par ailleurs, accueilli le Forum social mondial du mouvement altermondialiste en 2004 à Bombay.

Pour prolonger, compléter :
- Jean-François Huchet - Gouvernance, coopération et stratégie des firmes chinoises - L'Harmattan, 2005.
- Newslette HEC Eurasia Institute : www.hec.fr/Eurasia

Mise à jour :  septembre 2006
 

Information (système d'information)

Les systèmes d'information (presse sous ses différentes formes, accès à l'Internet, etc.) à l'intérieur de la RPC sont sous le contrôle du pouvoir et du Parti.
À l'instar du système statistique, le système d'information chinois, strictement soumis au contrôle du pouvoir, est donc dépourvu de capacité d'investigation autonome. La presse libre chinoise existe cependant à Hongkong, à Taiwan et dans la mouvance des communautés de la diaspora.

- Reporters sans frontières (RSF), actualités et rapports annuels pour la zone Asie, sélectionner Chine :
www.rsf.org/fr-pays57-Chine.html

Mise à jour :  mars 2004

Infrastructures (transports et mobilités)

Le développement des infrastructures chinoises, dont les insuffisances ont été longtemps considérées comme un problème majeur de l'aménagement du territoire et un frein à la croissance du pays, se fait désormais à un rythme accéléré. En novembre 2008, le gouvernement chinois a annoncé l'adoption d'un plan de relance de 4 000 milliards de yuan (environ 455 milliards d'euros incluant les financements bancaires et les investissements des entreprises d'État) dont 25% sont destiné au financement de la modernisation des infrastructures de transport et des moyens de communication : aéroports, routes, trains à grande vitesse, lignes de métro, etc.

La Chine voit transiter sur son réseau ferroviaire 25% du volume mondial de marchandises alors qu'il ne représente que 6% du réseau mondial, c'est donc l'un des réseaux les plus denses au monde. La pression logistique est très forte, en dix ans, les trafics de passagers et de fret ont cru respectivement de 70% et de 60%. En conséquence, la capacité de fret ferroviaire ne répond actuellement qu'à 35% de la demande. L'inauguration, fin 2009, d'un train à grande vitesse reliant Canton à Wuhan et Pékin, est un symbole du défi à relever. Les TGV chinois (ceux de la série CRH3 atteignent en service commercial la vitesse de 350km/h) relient un nombre croissant de villes et raccourcissent les temps de liaisons : ainsi, Fuzhou n'est plus qu'à une heure quarante de Wenzhou, la grande ville commerçante du Zhejiang, elle-même reliée à Ningbo, dans le nord-est de la même province, en moins d'une heure trente, des trajets qui auparavant prenaient, au bas mot, une demi-journée chacun. Tianjin est à une demi-heure de Pékin, et Shanghaï sera bientôt (aux alentours de 2012) à moins de cinq heures de la capitale, contre dix heures aujourd'hui. Partout, de nouvelles gares ont été mises en service et d'ici à 2012, 42 lignes de trains à grande vitesse, soit 13 000 km, sont programmées, échéancier qui pourrait être accéléré par le récent plan de relance de 2008.

Plusieurs dizaines de villes sont en train de se doter d'un réseau de transport en commun en site propre (métro ou autre) ou d'étendre celui qui existe déjà. Ponts et autoroutes font aussi l'objet d'investissements conséquents et, partie de presque rien, la Chine devrait avoir construit, à l'horizon 2020, 80 000 kilomètres d'autoroutes et de voies rapides (rien qu'à Pékin, 500 000 voitures sont mises en circulation chaque année). Cette nouvelle mobilité a un formidable effet d'accélération sur les régions à revenus élevés, mais aussi sur le désenclavement de l'intérieur du pays et elle suscite la création de nouveaux services.

Mise à jour : janvier 2010
 
Intégration régionale et mondiale

L'entrée de la Chine à l'ONU, en 1971, et par-là même l'obtention d'un des cinq sièges de membre permanent au Conseil de Sécurité, a donné le coup d'envoi à un processus d'intégration croissante à l'échelle mondiale.
L'intégration de la Chine dans les flux mondiaux d'échanges est parallèle à son rôle régional croissant au sein de l'espace Asie-Pacifique. Au demeurant, l'intégration géopolitique de la Chine a encore ses limites, du fait des craintes que ses ambitions régionales peuvent susciter.
Elle est simple partenaire de l'Association des nations du Sud-Est asiatique (ANSEA / ASEAN) sans en être membre (alors que la Corée du Sud y dispose d'un statut spécial), mais elle est membre du groupe communément appelé "ANSEA + 3" incluant aussi le Japon et la Corée du Sud mais excluant Hongkong et Taiwan. Cet ensemble envisage la création, en 2010, d'une vaste "Communauté de l'Asie orientale", zone de libre échange qui regrouperait 1,8 milliard de personnes : www.aseansec.org
L'Organisation de coopération de Shanghai (OCS / OSC) a pris la relève du Groupe de Shanghai créé en 1996. C'est un forum régional qui siège à Pékin depuis 2002, s'est doté d'une charte, et regroupe six États de l'Asie centrale (Chine, Russie, Kazakhstan, Ouzbékistan, Tadjikistan et Kirghizstan). Aux yeux de la Chine, son premier objectif est de sécuriser les corridors terrestres reliant la mer Caspienne à la Chine occidentale : ils acheminent de précieuses ressources en matières premières, surtout énergétiques, indispensables à la croissance chinoise ... une "route de la soie" contemporaine en quelque sorte, que la Chine cherche à mieux utiliser pour contourner les risques que présentent ses approvisionnements par la voie maritime. À côté du réglement des problèmes frontaliers, des actions contre les "menaces islamistes", elle cherche à favoriser les relations économiques entre ses membres, sur les questions énergétiques tout particulièrement.
Enfin, la Chine est membre de l'APEC (Coopération économique en Asie-Pacifique), forum transpacifique dont le siège est à Singapour : www.apecsec.org.sg

Pour prolonger, compléter :
- l'article de F. Gipouloux, l'intégration régionale au sein d'une "Méditerranée d'Asie orientale" (décembre 2003)

Mise à jour :  mars 2004
Laogaï

Un "archipel", comparable à celui du goulag de l'ère soviétique, un des instruments des choix d'aménagement du territoire du pouvoir : grands chantiers, fronts pionniers vers les territoires des confins périphériques continentaux. On estime à environ 8 millions le nombre de détenus dans ces centres de "réforme par le travail".

Pour prolonger :
- Jean Luc Domenach, Chine : L'archipel oublié, Fayard 1992

Mise à jour :  janvier 2010
Littoral / Intérieur

Le processus de littoralisation a été une tendance de fond dans la distribution spatiale des activités et des populations en Chine continentale. Le pouvoir avait, au cours des années 1960 et 1970, tenté d'impulser l'industrialisation de l'intérieur par des mesures autoritaires et administrées. Mais à partir de 1978, la politique d'ouverture aux échanges mondiaux et aux logiques de marché a changé la donne en favorisant le développement accéléré des zones littorales ou sub-littorales.

Pour favoriser un rééquilibrage en faveur de l'intérieur du pays, les autorités ont adopté la politique dite du "Go West". Lancée en 1999, elle avait pour objectif de redynamiser les provinces de l'intérieur de la Chine, en retrait par rapport aux provinces littorales. Ses effets, d'abord limités, semblent s'accélérer depuis 2007 à la faveur de différents facteurs dont : une politique fiscale plus favorable, un effort rapide en matière d'infrastructures (transport, logistique) et le développement du marché intérieur qui rend moins nécessaire une installation à proximité des zones portuaires. De nouvelles dynamiques de développement de l'intérieur sont à l'œuvre dans une Chine qui cherche, par un ambitieux programme de construction d'infrastructures, à redéployer ses échanges et ses approvisionnements par voie terrestre.

En conséquence, on observe depuis une dizaine d'années que l'expansion urbaine touche l'ensemble du réseau urbain chinois, y compris les villes de seconde, troisième ou quatrième catégorie et les villes de l'intérieur. Cette dynamique favoriserait le rééquilibrage du développement chinois en déplaçant les centres de gravité de la croissance vers l'ouest. La spectaculaire montée en puissance des capacités logistiques, couplée à des politiques fiscales préférentielles et à une main d'œuvre meilleur marché que sur le littoral attirent les usines vers l'intérieur et on observe qu'à la fin de la décennie 2000, les délocalisations internes d'usines s'y sont multipliées. Il convient, par exemple, de noter le développement rapide de la "municipalité - province" de Chongqing. Elle profite d'une attractivité nouvelle liée au barrage des Trois-Gorges sur le Yangzi et à l'aménagement régional qui lui est associé ainsi que des délocalisations depuis les villes littorales devenues, à leur tour, trop coûteuses pour certaines entreprises.


Pour compléter, prolonger :
- Visages médiatiques du barrage des Trois-Gorges
- Place et rôle de la Chine littorale en Asie orientale (François Gipouloux, décembre 2003)

Mise à jour :  janvier 2010
Maillage administratif

Le territoire de la RPC est organisé en provinces, régions autonomes et municipalités placées directement sous l'autorité du gouvernement central. On en compte actuellement 31 :
- 22 provinces (sheng) : Anhui, Fujian, Gansu, Guangdong, Guizhou, Hainan, Hebei, Heilongjiang, Henan, Hubei, Hunan, Jiangsu, Jiangxi, Jilin, Liaoning, Qinghai, Shaanxi, Shandong, Shanxi, Sichuan, Yunnan et Zhejiang. Notons que la Chine considère Taiwan comme étant la 23e province. Mais, dans les documents statistiques, seules figurent les 22 autres.
- 5 régions autonomes (zizhiqu) : Guangxi, Nei Mongol (Inner Mongolia), Ningxia, Xinjiang et Xizang (Tibet)
- 4 municipalités (shi) ; Beijing, Chongqing, Shanghai et Tianjin

Depuis les réformes de 1983-1984, les provinces tendent à être subdivisées en municipalités (shi) qui sont des villes, moyennes ou grandes, avec des districts ruraux. Les districts (xian) comprennent des bourgs (zhen) et des cantons (xiang). Les bourgs sont des petites villes augmentées d'espaces ruraux. Toutes ces entités administratives sont doublées de cellules du Parti communiste qui détiennent le vrai pouvoir de décision et d'encadrement.


La version française du Quotidien du Peuple saluait, le 25 décembre 2002, la sortie de la carte des divisions administratives de la République populaire de Chine, "la première du genre dans l'histoire de la Chine", sur laquelle sont indiquées les limites légales des divisions administratives terrestres au niveau provincial. Dans cette présentation, le quotidien note les propos de M. Luo Pingfei, vice-ministre des affaires civiles : "c'est la première fois, depuis l'institution du système de préfectures et de districts sous la dynastie des Qin (221-206 av. J.-C.), que des travaux de topographie sont effectués à l'échelle nationale en vue de tracer les limites provinciales ; il s'agit donc de la première carte de ce genre depuis des millénaires". Il relève aussi que "bien qu'établie à une faible échelle, cette carte permet de constater les changements importants que les limites provinciales ont connus en bien des endroits, notamment en ce qui concerne certains segments situés sur les limites entre le Gansu et le Qinghai, entre le Gansu et le Xinjiang, ainsi qu'entre le Qinghai et le Xinjiang, etc., autant d'indications qui ne figuraient pas sur les cartes en usage auparavant"
Le Quotidien du Peuple
rapporte aussi "qu'avant ces travaux, les limites des divisions administratives au niveau provincial comportaient seulement 5% environ de lignes légales contre 77% de lignes coutumières et 18% de lignes litigieuses, d'où il ressort que la plupart des limites de province n'avaient pas de force légale."
C'est ainsi, est-il précisé, que "grâce aux efforts ardus déployés par quelque 300 000 topographes", les limites de province (62 000 km de linéaire), celles des districts (416 000 km) ont pu être tracées et que "fut mis un point final à l'absence, durant plus de deux millénaires, de limites précises entre provinces et entre districts sur l'immense territoire de la Chine."

Des informations officielles :
- China Internet information centre - Chine, faits et chiffres :
http://archive.china.org.cn:8080/archive/searchf.jsp?cat=20

Mise à jour : juin 2010
Migrants, migrations

Dans l'espace intérieur, le long processus de littoralisation des activités et la paupérisation des campagnes, contribuent à alimenter des flux migratoires vers les grandes agglomérations chinoises. L'ampleur du phénomène est difficile à mesurer : les mingong qui affluent, sans hukou (permis de résidence), vers les villes constituent une population mobile et quasi-clandestine dans le pays, estimée à 200 millions de personnes en 2009. L'exode rural est quant à lui estimé à 10 - 15 millions de personnes par an qui obtiennent un hukou urbain.

La situation de ralentissement, voire de récession, de l'économie mondiale dans les années 2008 et 2009 a mis en difficulté bon nombre d'entreprises de l'espace littoral et sub-littoral, qui ont fait des mingong leur première "variable d'ajustement" en les renvoyant dans leurs régions d'origine. Sans préjuger des évolutions futures, on peut penser qu'un certain nombre d'entre eux pourront être tentés de rester dans leur province ou région d'origine en profitant des dynamiques de développement urbain, mais aussi rural, de l'intérieur.

Sur le plan des migrations internationales, les chinois continuent à alimenter le flot des migrations internationales de longue durée. Ils constituent des diasporas, communautés qui restent souvent solidaires et organisées spatialement au sein de quartiers identifiables dans les villes d'accueil.

 

Mise à jour :  janvier 2010

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Mingong

Travailleurs migrants affluant des campagnes vers les villes, ils contribuent à la croissance urbaine d'autant plus qu'ils en sont la main d'œuvre indispensable. Ces mingong, "peuple du travail", sont soumis à des cadences intenses (10 à 12 heures de travail par jour), sont très exposés à l'insécurité de l'emploi et victimes de nombreux abus. Ils ont rarement accès au hukou, permis de résidence dans la ville où ils travaillent, et donc aux avantages sociaux qui lui sont associés. Ils survivent souvent grâce aux solidarités familiales ou villageoises mais les revenus générés par leur travail représentaient 40% des revenus ruraux en 2004.
Les mingong forment un groupe fluide, peu contrôlable, qui alimente les fantasmes sécuritaires urbains et sont souvent rejetés. On les estime à environ 230 millions de personnes en 2009 dont environ 130 millions vers les villes. Leur nombre total pourrait atteindre les 300 millions en 2020 selon certaines projections.

Mise à jour :  juin 2010
 
Minorités et diversité linguistique

La RPC identifie 56 nationalités (sur des bases ethniques et religieuses) au sein de l'entité nationale à majorité Han (92% de la population chinoise). Toute forme d'indépendance de ces peuples n'est pas négociable aux yeux du régime car elle remettrait en cause l'unité nationale. Cinq régions autonomes ont été créées pour les principales : la Mongolie intérieure, fondée en 1947 (minorité mongole), le Xinjiang, fondé en 1955 (minorité ouïgoure), le Ningxia, fondé en 1957 (minorité hui), le Guangxi, fondé en 1958 (minorité zhuang) et le Tibet, fondé en 1965 (minorité tibétaine). Les autorités chinoises répondent aux revendications à base autonomiste, voire séparatiste (Tibet, Xinjiang) par une politique de colonisation par les Chinois han, de développement économique et urbain facilitant le contrôle des territoires et par une politique de surveillance et de répression.

Autour des questions linguistiques, on trouvera des ressources intéressantes et informées sur le site de Jacques Leclerc, hébergé par le Centre interdisciplinaire de recherches sur les activités langagières (CIRAL), par la section "Trésor de la langue française au Québec" (TLFQ), : L'aménagement linguistique dans le monde - www.tlfq.ulaval.ca/axl

Mise à jour : janvier 2010

 

Modèle chinois

Le modèle politico-économique de la République populaire de Chine au début du XXIe siècle se présente comme une alternative au capitalisme libéral démocratique. Il serait la preuve que le libéralisme économique et l'apparition d'une classe moyenne prospère ne se traduisent pas inévitablement par la condition, ou l'avènement, d'une démocratie libérale. Cette classe moyenne, attachée à sa prospérité nouvelle et à ses perspectives, souhaitant le maintien du statu quo politique, serait même un pilier essentiel du système.
Aux yeux de certains États du monde en développement, ce nouveau modèle chinois serait la preuve de la compatibilité entre développement soutenu et régime autoritaire. Les préoccupations concernant les droits humains ou civiques sont alors présentées comme démodées ou comme l'expression arrogante de l'impérialisme occidental.

Mise à jour :  janvier 2010
Ouverture économique

Engagée à partir de 1978, l'ouverture économique chinoise s'est faite par étapes qui vont bouleverser le pays et l'entraîner dans un développement accéléré. Avec, dans un premier temps, la création de cinq zones économiques spéciales (ZES) dans les régions suivantes : Shenzhen, Zhuhai et Shantou au Guangdong, Xiamen au Fujian, et la province de Hainan. Puis, en 1984, l'ouverture de 14 villes côtières : Dalian, Qinhuangdao, Tianjin, Yantai, Qingdao, Lianyungang, Nantong, Shanghai, Ningbo, Wenzhou, Fuzhou, Guangzhou, Zhanjiang et Beihai. Les deltas du Changjiang et du Zhujiang, le triangle du Fujian du sud, les péninsules du Shandong et du Liaodong, le Hebei et le Guangxi, puis la nouvelle zone de Pudong à Shanghai et d'un certain nombre de villes riveraines du Changjiang ont été successivement mis en valeur et consacrés comme zones d'exploitation économique, formant ainsi une bande d'ouverture économique côtière. Depuis 1992, les zones à régime spécial, en espace littoral ou plus à l'intérieur, ouvertes vers l'extérieur, accueillant des entreprises à capitaux étrangers, jouissant de différentes politiques préférentielles, de dispositifs particuliers, se sont multipliées.

L'économie chinoise a su mettre à profit son entrée à l'OMC en novembre 2001 à Doha. C'est une date qui marque un tournant et une très nette accélération des flux de biens et de capitaux entre la Chine et le monde extérieur. Les investissements étrangers se sont multipliés, de nombreuses entreprises privées non nationales se sont installées en Chine. La contrefaçon, le piratage, le non-respect des règles internationales de la propriété intellectuelle font partie des problèmes posés par l'adhésion de la Chine à l'OMC.

Pour prolonger, compléter :
- F. Gipouloux : Les effets spatiaux de l'investissement direct étranger (IDE) en Chine : intégration ou désintégration ? (déc. 2003)

Mise à jour :  mars 2004

 

Parti communiste chinois (PCC)

Victorieux du Guomindang (parti nationaliste qui se replie à Taiwan), le Parti communiste chinois (PCC) proclame, le 1er octobre 1949, la naissance de la République populaire de Chine. Le PCC est toujours parti unique au pouvoir en Chine continentale et il est présenté officiellement en ces termes : "Le Parti communiste chinois est le parti au pouvoir dans la Chine contemporaine. Il y établit l'organisation centrale et les organisations locales aux divers échelons. Dans l'intervalle des sessions plénières du Comité central du Parti communiste chinois, le Bureau politique et son Comité permanent exercent les pouvoirs et fonctions du Comité central du Parti."
Le Comité central est élu pour 5 ans lors du Congrès du Parti. Le XVIIe Congrès du PCC s'est déroulé en octobre 2007. Les 2 235 délégués ont élu les 204 membres et leurs 167 membres suppléants du Comité central.
Le nombre des membres du PCC s'élevait à 75,93 millions fin 2008. C'est du Parti que sont issus les millions de cadres chargés d'accompagner, voire de favoriser, l'évolution économique libérale du pays (ouverture économique au reste du monde, privatisations, etc.) ce qui n'est pas le moindre des paradoxes chinois. Le Parti reste un fondement incontournable, c'est lui qui fixe les objectifs et les règles du jeu qui s'imposent aux citoyens, aux entreprises, etc. Ses directives, émises au niveau central, sont ensuite déclinées dans toutes les provinces, les villes, jusqu'à la moindre entité administrative. Les décideurs, que ce soit le maire ou le gouverneur, sont forcément membres du Parti.
Au demeurant, la direction du PCC et l'appareil d'État qui en est issu ne sont pas monolithiques et des débats, plus ou moins ouverts, s'y déroulent. Les leaders ont conscience des nécessaires adaptations de cette "économie socialiste de marché aux caractéristiques chinoises" à un monde très évolutif et ils sont sensibilisés également au risque d'explosion d'un modèle qui assure la croissance mais qui engendre aussi l'amplification de graves inégalités sociales et territoriales.

Mise à jour :  juin 2010
Pékin (Beijing)

Pékin (Beijing), devenue capitale d'empire au XIIIe siècle, compte 15,2 millions d'habitants en 2005. La cité se prépare dès à présent aux futurs J.O. de 2008. Après les bouleversements des années 1950, notamment la destruction des murs d'enceinte de la capitale et la construction de la gigantesque place Tiananmen, l'urbanisation s'était figée dans les années 1960 à 1980, conduisant les habitants à s'entasser dans leurs quartiers traditionnels. Depuis le début des années 1990, la spéculation immobilière bat son plein et la destruction des vieux quartiers de la ville s'est accélérée alors que les prix flambent.

 



Une dépêche de l'AFP (11 février 2002) présente des témoignages : "Les autorités nous disent désormais que les cours carrées (au cœur des demeures traditionnelles siheyuans - NDLR) sont sales, sans confort et qu'il ne reste plus qu'à les démolir, mais elles sont responsables de n'avoir rien fait pendant des années pour les remettre en état" commente Hu Jie, un employé d'hôtel qui a entrepris de défendre les intérêts des propriétaires expulsés arbitrairement. Selon Hua Xinmin, une militante française d'origine chinoise qui défend le vieux Pékin, près de la moitié des 3 000 hutong (ruelles) existant dans la capitale en 1949 ont disparu pour laisser la place à de luxueux immeubles de bureaux."
L'AFP relève aussi qu' "aucune statistique n'a pu être obtenue de source officielle, mais selon des estimations fournies par Hua, 70 000 familles auraient au total été chassées de leurs maisons du centre de Pékin ces dernières années et envoyées dans de lointaines banlieues, souvent mal desservies en transports et équipements sociaux. Face à des promoteurs entretenant d'étroites relations avec une administration omnipotente et pratiquement jamais contestée par les tribunaux, les expulsés ont peu de poids. Sur un millier de procès intentés par des Pékinois spoliés, pratiquement aucun n'a abouti à une décision en leur faveur, selon Hua. Malgré les appels à la retenue de plusieurs architectes et intellectuels, seuls quelques rares quartiers, situés dans les environs immédiats de la Cité interdite (par exemple, le district de Nanchizi, quartier chargé d'histoire), devraient être épargnés par les démolisseurs. Mais même dans ces quartiers, protection de l'héritage culturel ne rime pas forcément avec restauration. "On ne pourra pas construire d'immeubles, mais on pourra parfaitement reconstruire des cours carrées de fond en comble, en faisant partir la population actuelle", note Zhang Lin, un autre militant du patrimoine urbain."

D'après une dépêche de l'AFP (11 février 2003) et Le Monde du 19 octobre 2002

Les défis à relever d'ici 2008 sont nombreux :
- la construction des infrastructures de transport et des équipements sportifs ;
- les problèmes environnementaux (pollution atmosphérique, qualité de l'eau), la métropole faisant partie des dix les plus polluées du monde.

- Cartes de Beijing :
> sur le site de Perry-Castañeda Library Map Collection de l'Université du Texas à Austin :
www.lib.utexas.edu/maps/world_cities/beijing_1988.jpg
Images satellitales :
> Cities from Space, une image satellitale de Beijing :
www.ldeo.columbia.edu/~small/Urban/Cities.html
> Sur le site Earthshot de l'USGS, Beijing, une carte, trois images Landsat pour une étude de la croissance urbaine de 1976 à 1991 : http://edcwww.cr.usgs.gov/earthshots/slow/Beijing/Beijing
Au patrimoine mondial de l'Unesco (1998) : le palais d'Été (Jardin impérial de Beijing) et le temple du Ciel (autel sacrificiel impérial à Beijing) - http://whc.unesco.org/fr/patrimoi.htm

Mise à jour : septembre 2006

Population, démographie

Le cinquième recensement général de la population chinoise avait été réalisé en 2000. Par comparaison avec les données du recensement précédent de 1990, le nombre d'habitants avait augmenté de 132,15 millions d'habitants, soit un accroissement de 11,66% en 10 ans.
Officiellement la Chine comptait une population estimée à 1 321 millions d'habitants en 2007 (non comprises les Régions administratives spéciales), de loin le pays le plus peuplé de la planète. Ce chiffre est très certainement sous-évalué du fait de la dissimulation de naissances à partir du deuxième ou troisième enfant. La non déclaration des naissances pourrait concerner, selon les sources, de quelques millions à 100 millions d'individus.
Avec 1,7 enfant par femme en moyenne, la Chine se situe au même niveau que les pays industrialisés et ce taux est sensiblement inférieur à celui nécessaire au renouvellement des générations. Aussi, la plupart des démographes prévoient une diminution de la population à partir de 2030-2040 entraînant un vieillissement inéluctable. D'ici 2050 la Chine pourrait perdre 70 millions d'actifs et le ratio actifs/retraités ne serait plus que de trois, contre presque dix en 2008.
L'espérance de vie est en moyenne de 72 ans, dont 73,7 pour les femmes (107e rang mondial) et 70,4 pour les hommes (78e rang mondial).
Un autre caractère connu et préoccupant de la démographie chinoise est le déséquilibre hommes / femmes : le ratio garçons / filles à la naissance est passé à 124 pour la moyenne 2000 à 2004, très au-delà des normes habituelles autour de 105,5. C'est le résultat de la pratique croissante d'avortements sélectifs au détriment des filles et d'une surmortalité anormale des filles négligées dans la petite enfance.

Pour compléter, prolonger :
- En rubrique savoir faire du dossier, La Chine, des statistiques à la carte > Une application : le déséquilibre hommes / femmes

- Les données statistiques onusiennes : www.un.org/esa/population/unpop.htm

Mise à jour :  juin 2010
Privatisation

Longtemps, la position du régime de la RPC en matière de privatisation reposait sur la théorie de la "cage et de l'oiseau" ce qui signifiait que l'oiseau (la propriété non-étatique) devait rester dans la cage (l'économie étatique). Le terme de "privatisation" décrit généralement le passage d'entreprises du secteur public au secteur privé. En Chine, ce terme (siyouhua) n'est employé que très précautionneusement, même s'il n'est plus tabou. On lui préfère la formule de "diversification des formes de propriété" ou celle de minyinghua, terme difficilement traduisible qui renvoie à l'idée de gestion privée et ne se comprend que par opposition à la gestion publique.
Aujourd'hui, le secteur privé est reconnu, passant d'un "rôle supplémentaire" dans l'économie nationale (Constitution de 1988) à "une composante importante de l'économie socialiste" (révision constitutionnelle de mars 1999). Cette reconnaissance est matérialisée par plusieurs outils juridiques à la disposition des entrepreneurs privés : sociétés à responsabilité limitée, réglementées par la Loi sur les Sociétés de 1993 (par laquelle le Parti adopte le principe de séparation des fonctions de l'administration et de celles de l'entreprise), entreprises en coopération (partnership) prévoyant la responsabilité illimitée des investisseurs, qui a fait l'objet d'une loi du 23 février 1997, et plus récemment entreprises unipersonnelles réglementées par la loi du 30 août 1999.

À l'automne 1998, des droits d'import/export, autrefois réservés aux seules corporations publiques, ont été accordés à des entreprises privées. Ces dernières ont été également autorisées à constituer des sociétés mixtes avec des entreprises étrangères. Les sociétés privées deviennent de façon croissante les partenaires ou interlocuteurs des sociétés étrangères sur le marché chinois, que ce soit sous la forme d'activités de sous-traitance ou d'activités d'agent ou de distributeurs.

Évolution de la propriété des entreprises, en % de la production :

 



 
Collectivités
État
Autres*
Capitaux privés
1978
24
76
   
1980
24
74
2
 
1990
41
51
4
4
1995
42
40
11
7


* Autres : les entreprises de type joint-venture

Voir sur le site "Droit France Chine", la Gazette du Palais (publications) - "La Chine et le droit en l'an 2000 : Bilan et perspectives" - n° spécial du 2/4 juillet 2000 :
www.droitfrancechine.msh-paris.fr/forum_fr

Mise à jour :  mars 2004

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Ressources (énergie et matières premières)

Pour pouvoir se maintenir, la croissance chinoise (comme celle de l'ensemble de l'Asie orientale) suppose une pression croissante sur le marché mondial des matières premières et tout particulièrement dans le secteur de l'énergie.
Sur son propre territoire les contraintes spatiales ne sont pas toujours surmontées : les ressources en charbon sont à 70% localisées au nord, les ressources hydroélectriques à l'ouest et au centre alors que les principaux foyers de consommation sont à l'est, dans les zones littorales et sub-littorales. D'où de fréquentes coupures d'électricité.
La Chine est devenue, en 2003, le deuxième consommateur mondial de pétrole brut, derrière les États-Unis. Elle importe, en 2006, un tiers du pétrole qu'elle consomme, dont 40% proviennent d'Arabie saoudite. Elle cherche donc à augmenter ses réserves stratégiques de pétrole et de gaz et la question énergétique inspire en large partie la politique du pouvoir à l'égard des provinces occidentales, tout particulièrement les provinces à population turco-musulmane du Nord-Ouest. Ainsi le gazoduc Tarim - Shanghai relie le bassin gazier du Tarim (Xinjiang) à la Chine côtière. Cette dépendance énergétique explique aussi bien des aspects de la politique étrangère chinoise, à l'égard de la Russie, de l'Iran, des autres pays producteurs africains ou latino-américains qui participent de la stratégie de diversification des approvisionnements chinois. Moscou s'est engagé à construire deux gazoducs vers la Chine d'ici à 2011. Depuis 2005, un oléoduc achemine le pétrole kazakh depuis Atasu, un autre permettra de charger le pétrole de l'Alberta depuis la côte Pacifique, etc.
La diversification des sources d'approvisionnement se double d'une diversification des types d'énergie. La part du gaz naturel dans le bilan énergétique, de 2,5% en 2004, à comparer avec le charbon (67%), le pétrole (23,5 %) est appelée à augmenter, comme celle de l'hydroélectricité et du nucléaire. Avec le charbon dit "propre", le gaz naturel est considéré comme une alternative stratégique qui présente l'avantage d'être disponible en Asie et donc d'échapper à la géopolitique tourmentée du Moyen-Orient.
Dans d'autres domaines que l'énergie, les appétits chinois créent une nouvelle donne plus ou moins t déstabilisatrice. Par exemple la Chine est devenue le premier importateur mondial de bois tropicaux largement prélevés, souvent illégalement, dans les forêts d'Indonésie, de Malaisie et de Papaousie - Nouvelle Guinée. Ce qui lui permet de produire, en 2006, le tiers du marché mondial du meuble.

Pour en savoir plus :
- le World Energy Council (WEC - Conseil mondial de l'énergie), avec différentes publications et rapports : www.worldenergy.org/publications
- l'U.S. Energy Information Administration (EIA) : www.eia.doe.gov/emeu/international/contents.html

Mise à jour :  septembre 2006
Santé

La population chinoise est victime de graves dysfonctionnements constatés en matière de santé (protection, veille sanitaire). La couverture médicale dans les campagnes s'est profondément dégradée (en 1998, seule 9% de la population aurait accès au soin). Les dépenses de santé n'ont cru que de 8% de 1990 à 2000.
Les défaillances des systèmes statistiques et de l'information peuvent aggraver les effets du délabrement des systèmes de santé publique dans les lieux et pour les populations, laissés pour compte du développement.
On peut ainsi évoquer la conspiration du silence qui a accompagné le scandale de la dissémination du sida dans la province du Henan. Au début des années 1990 les autorités sanitaires de la province donnèrent leur aval à un système rémunéré de collectes de plasma, intensif et rémunéré, chez les paysans les plus pauvres de cette zone rurale d'environ 90 millions d'habitants. Quatre sociétés de plasmaphérèse, liées à l'armée chinoise et au ministère de la santé, ont pu prélever le sang de milliers d'individus, dans des conditions d'hygiène déplorables, ce qui a eu pour effet de diffuser très rapidement le HIV, virus du sida mais aussi ceux des hépatites B et C. L'absence d'information et de campagne de dépistage, la négation de ce drame, ont aggravé la contamination au sein de toute la population. Le mode de diffusion du SRAS est un autre exemple des négligences des autorités, une dépêche de l'AFP datée du 23 avril 2003 en témoigne dans ces termes :

 



"Déjà ravagés par le sida, des villages de Chine vont devoir affronter le Syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS). Nombre de villages reculés de la Chine rurale déjà ravagés par le sida, se préparent maintenant à affronter le SRAS, qui, couplé avec le sida, pourrait anéantir des pans entiers de la population, selon des autorités sanitaires locales et internationales. Plus d'un million de personnes sont considérées séropositives dans la seule province du Henan, dans le centre de la Chine, selon des organisations non-gouvernementales. Mais, si le Henan est la province la plus touchée, 22 autres comptent également ce que l'on appelle des "villages du sida", notamment la province du Shanxi (nord) (...) Ces provinces rurales très pauvres de la Chine comptent toutes des dizaines de villages dévastés par le sida. Depuis des années, les villageois vendent leur sang à des établissements gouvernementaux dans des conditions sanitaires précaires et se sont aperçus à la fin des années 90, que le sida les avaient frappés de plein fouet. (...) Craignant le SRAS, des travailleurs migrants venus de ces villages du Henan et d'autres provinces commencent en effet à quitter les villes où ils travaillent pour regagner leur contrée d'origine, véhiculant peut-être le virus de la pneumonie atypique, et personne ne les soumet à un contrôle sanitaire lorsqu'ils quittent les villes. Dans le village de Wenlou, qui compte 3 000 habitants, 500 à 600 d'entre eux partent travailler quelques mois par an comme ouvriers ou employés de restauration dans les grandes villes infectées par le virus du SRAS telles que Pékin, Canton, et celles de la province du Shanxi. Déjà, une douzaine de ces travailleurs migrants sont revenus de ces villes fortement touchées par le SRAS, raconte Cheng Yanzhang, un agriculteur. (...) Faute d'informations, les responsables de cette région n'ont pris que tardivement des mesures pour protéger la population."

Les problèmes environnementaux sont également à l'origine de graves problèmes de santé publique. Ainsi, les cas de cancer seraient en rapide augmentation dans les régions industrielles les plus polluées.

Pour en savoir plus :
- à partir du site de l'OMS : www.who.int/country/chn/fr
- Pierre Haski, Bertrand Meunier - Le sang de la Chine, quand le silence tue - Grasset, 2005
- Deng Fei, "Chine : un inventaire des “villages du cancer”. Pollution industrielle rime avec tumeurs", Le Courrier international, 4 juin 2009
www.courrierinternational.com/article/2009/06/04/chine-un-inventaire-des-villages-du-cancer
La carte réalisée par le journaliste :
www.courrierinternational.com/files/illustrations/cartes/970ChineCancers.pdf

Mise à jour : janvier 2010

Shanghai

La ville date du XIXe siècle. C'est dans les quartiers à l'ouest du Pu (Puxi), c'est à dire la rive gauche du Huang Pu qui traverse Shanghai que se trouvent, le Bund (la rue longeant le fleuve), l'ancien quartier des concessions étrangères (notamment le quartier anglais au style victorien), la rue de Nankin, principale artère commerçante qui traverse Shanghai d'est en ouest.
À la suite de la victoire maoïste, la ville connaît un discrédit certain au profit de Pékin, expiant son passé de porte ouverte vers l'occident.
Aujourd'hui, dans une Chine en ébullition, la revanche de Shanghai est spectaculaire. Elle résulte du développement global de la Chine du XXIe siècle mais aussi de dynamiques spécifiques. En 1992 Deng Xiaoping décide de faire de Shanghai une "ville globale". Sur la rive droite du Huang Pu, la zone alluviale de Pudong (est du Pu) décrétée ZES, est alors prise d'une frénésie bâtisseuse. Immeubles de bureaux et d'habitations se dressent pour concurrencer Manhattan : la tour Jinmao (420 mètres de hauteur) se dresse au cœur du CBD. Victimes de toute cette rénovation urbaine, les lilongs, charmantes (mais souvent insalubres) constructions traditionnelles de deux ou trois niveaux entourant une cour. La ville se dote aussi d'infrastructures à la mesure du projet : le grand pont de Yangpu pour relier Pudong et Puxi ; le nouveau port de Waigaoqiao, associé à une vaste zone industrielle, doit faire renouer Shanghai avec son ancien rôle maritime et commercial ; un gigantesque aéroport est en construction. Ainsi, avec seulement 12% de la population, Pudong réalise en 2000 25% du PIB municipal et les deux rives du Huang Pu tendent à devenir rivales. Cette dynamique permettra-t-elle à la cité de devenir une métropole de rang international ? Certes, elle bénéficie du relatif déclin de Hongkong depuis sa rétrocession à la RPC mais ses activités financières restent encore limitées : la nouvelle bourse de Shanghai ne pèse encore que 15% de la capitalisation de celle de Hongkong.

Pour prolonger :
- l'article Les divisions de la ville à Shanghai : les mots de la croissance métropolitaine

Mise à jour :  mars 2004
Société civile

Grâce, entre autre, à la diaspora chinoise dans le monde, à l'essor des moyens d'information portés par l'Internet et la téléphonie mobile ainsi qu'à la constitution d'une classe moyenne bien formée, le citoyen chinois s'est ouvert aux influences et aux expériences extérieures. Par ailleurs, les informations circulent beaucoup plus vite sur l'ensemble du territoire national. Dans ce contexte, avec l'ébauche d'une professionnalisation de la justice, du droit et des médias, la société civile a pu prendre son essor et on assiste indéniablement à son développement malgré le contrôle souvent étroit et bureaucratique d'un régime de nature autoritaire.

Mais les manifestations de la société civile chinoise se font encore bien souvent de manière spontanée et violente plutôt que négociée : en 2006, selon les statistiques officielles, 87 000 manifestations et violences ont secoué le pays, mais depuis, le gouvernement a cessé de publier des chiffres de cette nature. On assiste fréquemment aux cycles "manifestation - répression" caractéristiques des régimes politiques de cette nature. Face aux différentes injustices accompagnant une mutation économique à marches forcées, l'exaspération sociale est parfois forte et les dérives politico-mafieuses des pouvoirs locaux ajoutent au sentiment de frustrations. L'expression citoyenne se manifeste en différentes occasions : des affaires quotidiennes liées aux conditions de vie jusqu'aux enjeux de l'aménagement urbain, du développement des infrastructures (grands barrages, voies de communication), en passant par les conditions de travail des mingong, les fréquents scandales sanitaires (par exemple, en 2008, l'affaire du lait contaminé à la mélamine qui a touché, à des degrés divers allant jusqu'au décès, environ 300 000 enfants) et les effets de la pollution sur les populations (empoisonnements au plomb par exemple).

La presse chinoise estimait, en 2007, que 50 000 émeutes et protestations étaient imputables à des problèmes de nature écologique et environnementale. Ainsi le soulèvement, en avril 2005, des habitants de Huaxi, à Dongyang, dans la province du Zheijiang, avait permis aux villageois d'obtenir l'arrêt de plusieurs usines chimiques. Les vastes opérations immobilières, soit sur des espaces en périphérie des villes empiétant sur les terres agricoles, soit sur des quartiers d'habitat traditionnel destinés à être rasés, sont l'occasion de mobilisation des populations concernées. Des milliers de paysans affrontent les forces de l'ordre pour protester contre les réquisitions de terres dont ils ont la jouissance. Les moyens juridiques et d'expression sont encore limités et encadrés. Les propriétaires expropriés et "rebelles" tentent de s'appuyer sur la loi favorisant la propriété privée, adoptée par l'Assemblée nationale populaire en 2007.

Il existe aussi un espace officiel de plainte et de parole, le shan fang (littéralement "monter et visiter"), héritage de la tradition impériale et encadré aujourd'hui par l'"administration des Lettres et des visites". Les citoyens-plaignants peuvent s'y exprimer oralement ou par écrit. En 2004, plus de 13 millions de témoignages écrits ou oraux ont été adressés aux différents niveaux de ce réseau organisé de bas en haut de la hiérarchie. Le nombre de "plaignants" issus des provinces et qui se rendent, en dernier recours, à Pékin, est croissant mais les autorités s'efforcent de décourager ce type de "remontées" parfois médiatisées et elles vont jusqu'à sanctionner les responsables locaux qui n'ont pas sur les empêcher. Une très large majorité de ces plaintes n'aboutit à rien si ce n'est à informer le pouvoir des crispations sociales.

Les manifestations de la société civile à travers l'action d'ONG ou de mouvements spontanés, sont encore parfois durement réprimées par des peines d'emprisonnement et des intimidations dissuasives du régime. Les ONG chinoises, potentiels "agents de l'étranger", suspectes aux yeux des autorités et soumises à toutes sortes de contraintes administratives et politiques, se limitent souvent à des actions de sensibilisation.

Voir :
Isabelle Thireau et Hua Linshan - Les ruses de la démocratie. Protester en Chine, Le Seuil, 2010
http://cecmc.hypotheses.org/2410

Mise à jour : juin 2010

 

Statistiques

L'appareil statistique officiel chinois reste marqué par une certaine suspicion, héritage des manipulations politiques du passé et placé sous le contrôle étroit d'un régime de nature autoritaire. Les statistiques sont, en Chine, éminemment politiques : la carrière des cadres provinciaux et municipaux dépend des chiffres de croissance, de l'évolution du taux de chômage, des résultats dans le traitement de la délinquance, du nombre d'usines polluantes qu'ils font fermer. Tout ceci peut inciter au maquillage... et à une comptabilité "créative" ! Mais ce n'est pas le privilège de la Chine.

Cependant, poussée par son ouverture et par ses engagements internationaux (au sein de l'OMC et d'autres instances régionales ou multinationales) la RPC s'efforce de développer un appareil statistique crédible, autorisant les comparaisons à l'échelle mondiale. Les nécessités de bonne gouvernance du développement accéléré du pays sont aussi un facteur encourageant les autorités chinoises à faire des efforts de transparence et de contrôle. Le gouvernement a besoin d'outils de référence statistiques afin de déterminer et d'évaluer sa politique économique, de définir ses priorités en termes d'aménagement du territoire, de répartition des aides, etc.

En conclusion la construction d'un outil statistique progresse, et le gouvernement en a besoin, ce qui est un gage de sérieux croissant, tant vis-à-vis de sa gouvernance et de sa légitimité nationales, que de son image internationale. Mais pour de multiples raisons locales, les statistiques peuvent être des résultats orientés politiquement, tout comme dans d'autres pays, y compris occidentaux et européens. Et, si les spécificités nationales relatives aux définitions, concepts, procédés de recueil de l'information et méthodes d'estimation, limitent l'emploi des données pour procéder à des comparaisons internationales, elles peuvent cependant être tout à fait utilisées comme indicateurs de tendances.

Pour en savoir plus, en rubrique savoir faire du dossier, La Chine, des statistiques à la carte :
> aspects démographiques et socio-économiques ; une application : le déséquilibre hommes / femmes
> environnement, aménagements ; une application : une politique forestière volontariste

Mise à jour : septembre 2010

Taiwan (République de Chine - RDC)

Une autre Chine, dont l'indépendance de fait n'est pas reconnue par la communauté internationale, la RPC, devenue membre permanent du Conseil de sécurité, s'y opposant. L'insularité de Taiwan (ex Formose) a facilité la survie du régime du Kouomintang (KMT), parti nationaliste de Tchang Kai Chek (Jiang Jieshi) vaincu par le Parti Communiste Chinois en 1949. Depuis les années 1980, Taiwan a progressé régulièrement sur la voie de la démocratie par le biais d'élections libres, par la tenue d'élections présidentielles au suffrage universel direct, par la garantie constitutionnelle des libertés civiles, et par la garantie de la liberté d'expression. Si Pékin tolère de facto la souveraineté taiwanaise, il ne pourrait accepter de voir l'île formellement indépendante. De son côté, le KMT a toujours défendu le principe d'une Chine unique en dépit de son hostilité historique au communisme chinois.

La RPC revendique, depuis 1949, l'intégration de Taiwan selon le principe "un pays, deux systèmes". Les relations entre les deux entités passent par des phases de tension et des tentatives de rapprochement. L'espace frontalier qui les sépare est une des zones à risque géopolitique majeure de la planète. De manière fluctuante, des processus de rapprochement sont parfois perceptibles, tout particulièrement dans le champ de l'économie mais la question taïwanaise est au cœur des jeux d'alliance en Asie orientale et dans le monde. Les deux entités ont signé, le 15 décembre 2008, une série d'accords sur le transport aérien et maritime direct et sur les services postaux. Auparavant, les liaisons aériennes, maritimes et postales régulières devaient passer par un endroit tiers qui était habituellement Hongkong.

Notons que Taiwan n'étant pas reconnu comme État souverain à l'ONU, il ne figure pas dans les bases de données statistiques internationales du système onusien. Il en va différemment pour les sources statistiques indépendantes. Ainsi, Taiwan, "État fantôme", est-il en marge du système de veille épidémiologique mondial de l'OMS : un handicap dans les temps d'épidémies sans frontières (celle du SRAS par exemple).

Pour prolonger, compléter :
- un article de Stéphane Corcuff :
Taiwan, naissance des frontières d'une démocratie insulaire
- Quelle reconnaissance internationale pour le régime de Taipei ? (en pop-up)

Mise à jour : janvier 2010
Tibet (Xizang)

Glacis de montagnes aux confins occidentaux de la Chine, le Tibet (Xizang en chinois) a été annexé par la RPC en 1950 et, en 1965, sera officiellement créée la Région autonome du Tibet. Soumis depuis à un contrôle sévère et répressif, une politique de sinisation et d'intégration y est poursuivie à travers différents processus. Le peuplement par des Chinois d'ethnie Han qui aboutit à rendre la population autochtone tibétaine minoritaire, ce qui est déjà le cas dans les grandes villes (Lhassa, Xigatse, Gyangtse). Selon le recensement chinois de 2000, les Tibétains étaient au nombre de 5,4 millions en RPC dont 2,4 millions dans la Région autonome, les autres étant dans les régions périphériques : Sichuan, Yunnan, etc.
Le désenclavement de la région pour mieux l'arrimer au reste de la Chine se traduit par la construction d'une ligne de chemin de fer (dite ligne "Qing-Zang"), entre Golmud au nord-est, ville de la province du Qinghaï et Lhassa au sud-ouest, capitale du Tibet : voie ferroviaire la plus haute de la planète (passage par le col de Tanggula à plus de 5 000 mètres d'altitude), elle est entrée en service en 2006 et 900 000 voyageurs par an sont attendus.
La Chine tient à s'assurer la maîtrise de cet immense territoire pour d'importantes raisons géostratégiques. Il "surplombe" l'Asie du Sud, permet le contrôle des accès en direction de l'Asie centrale et il est frontalier de l'Inde alors que les contentieux frontaliers entre les deux pays ne sont pas tout à fait soldés. C'est un château d'eau (30% des ressources hydrauliques de la Chine selon la presse officielle) assurant l'alimentation des bassins versants de fleuves majeurs, dont le Yangzi et le Fleuve Jaune qui y prennent leur source. Il recèle bon nombre de ressources d'intérêt stratégique, des gisements de cuivre, de chrome et des réserves estimées de lithium, d'uranium et de borax les plus riches du monde.
En mars 2008, alors que la Chine se préparait à accueillir les Jeux Olympiques, des émeutes ont éclaté, principalement animées par les religieux, à Lhassa et ailleurs au Tibet et dans les régions de peuplement tibétain de la périphérie. Une phase répressive déterminée s'en est suivie.

Mise à jour :  janvier 2010
Triades - Mafias - Sociétés secrètes

Traditionnelles en Chine (voir leur rôle dans la vie politique du pays depuis plusieurs siècles), très actives, elles prospèrent actuellement en profitant des vagues de privatisation et de nombreuses activités souterraines. De fait, il existe plusieurs sortes de Triades : criminelles mais aussi sociétés plus ou moins secrètes d'entraide ou philosophiques. Certaines organisations criminelles chinoises ne sont pas des Triades.
Les activités des triades mafieuses sont diverses : organisation des filières migratoires, contrefaçon de marques et piratage audio et vidéo, trafic d'animaux protégés, jeux, racket et usure, trafics divers, piraterie maritime, etc. Elles sont implantées à l'échelle internationale, en suivant les chemins de l'émigration.

Mise à jour :  mars 2004
 
Urbanisation

Au début des années 1950, le pouvoir maoïste avait adopté une politique très coercitive de contrôle des migrations des ruraux vers les villes ainsi que des mesures de désurbanisation : assignation des ruraux à résidence et migrations forcées vers la campagne de plusieurs dizaines de millions de citadins (voir l'article laogaï), notamment de "jeunes instruits". Aussi, jusqu'en 1978, la part de la population urbaine dans la population totale avait-elle été maintenue à un faible niveau.
Cette politique s'est trouvée mise en échec par les réformes économiques à la campagne décidées en 1978. L'autorisation donnée aux ruraux en 1984 de s'installer en ville à condition de garder leur enregistrement agricole (c'est-à-dire sans hukou) et la diminution de l'emprise des autorités sur la société rurale, ont alors engendré un mouvement d'émigration vers les villes où s'est formée une "population flottante" (mingong) estimée à environ 200 millions d'individus en 2009, qui échappent au contrôle de l'administration. Faiblement urbanisée de 1953 (13,3%) à 1982 (20,6%), la Chine l'est plus fortement en 1990 avec la même définition (53,2%), mais encore assez peu selon celle de 1990 (26,2%) (*voir note). L'urbanisation effrénée de la Chine aujourd'hui montre qu'elle n'a réussi qu'à différer l'explosion urbaine. Entre 1953 et 1982 la proportion de la population urbaine augmente de 1,5% par an en moyenne. Cette augmentation annuelle dépasse 3% entre 1982 et 1990. En 2009, le taux d'urbanisation serait d'environ 46%, mais une partie des 700 millions de "ruraux" demeure, en réalité, dans des quasi-villes.

Les villes chinoises rassemblaient 77 millions d'habitants en 1953, 190 en 1980, 470 en 2000 et quelque 650 en 2008 si l'on inclut la population flottante des 200 millions de travailleurs migrants, les mingong. La Chine comptait 89 villes de plus d'un million d'habitants en 2008, dont 49 n'existaient pas vingt ans auparavant. Si l'on s'en tient aux limites administratives des municipalités, les dix plus grandes villes chinoises étaient, en 2008, selon le Bureau d'État des statistiques : Shanghai (14,5 millions d'habitants), Pékin (12,8), Guangzhou (11,8), Shenzhen (11,7), Dongguan (7,6), Tianjin (7,2), Wuhan (5,2), Shenyang (4,6), Nanjing (4,1), Chonqing (4,1). Les six plus importantes agglomérations étaient Chongqing (31,4), Shanghai (18,5), Pékin (17,4), Guangzhou (15), Shenzhen (13,3) et Tianjin (11,5).

On observe, depuis une dizaine d'années, que l'expansion urbaine touche l'ensemble du réseau urbain chinois, y compris les villes de seconde, troisième ou quatrième catégorie et les villes de l'intérieur. Cette dynamique serait la conséquence d'un recentrage des systèmes productifs sur les besoins du marché intérieur. Elle favoriserait le rééquilibrage du développement chinois en déplaçant les centres de gravité de la croissance vers l'intérieur, même loin des côtes. Cette nouvelle vague d'expansion urbaine s'appuie aussi sur l'amélioration continue des grandes infrastructures de transport.

Un modèle de conurbation, mi-planifié, mi-anarchique tend à prendre forme dans les régions les plus développées et autour des grandes "méga-cités" (Canton - Shenzhen, Shanghai, Pékin - Tianjin) et grandes ou moyennes agglomérations se dotent de "villes nouvelles". Selon la version 2009 du Rapport sur le développement urbain en Chine réalisé par l'Académie des sciences sociales, la superficie des villes chinoises aurait augmenté de 70% de 2001 à 2007 alors que leur population, sur la même période, ne se serait accrue que de 30%. Au moins 246 villes nouvelles ont été construites depuis 1990, quelque 400 supplémentaires sont programmées d'ici à 2020 pour accueillir les populations d'origine paysanne.

* Note : La définition de la population urbaine a subi plusieurs modifications, restrictive en 1963, libérale au début des années 1980, puis de nouveau limitative en 1990. L'évolution de la taille de la population urbaine est aussi, avec les autres mesures administratives, le résultat de ces artifices statistiques.

Mise à jour :  janvier 2010

 

Vieillissement

Paradoxalement, le grand défi démographique de la Chine ne sera pas, à moyen terme, celui de sa trop grande vitalité démographique mais plutôt celui de la dégradation du ratio actifs/inactifs lorsque les très nombreuses classes d'âge des années natalistes 1950 à 1970 seront à la retraite. À partir des années 1980, une politique démographique volontariste et brutale a été adoptée : celle de "l'enfant unique". Le taux de natalité est alors passé de 4 à 5% pendant la phase nataliste à 1,5% depuis les années 1980. La transition démographique va se dérouler sur une génération alors qu'elle s'est étalée sur un siècle en Europe et en Amérique du Nord.
La population active de la Chine va décroître à partir de 2015, ce qui pourrait réduire sa croissance économique à long terme. Depuis 2002, le nombre des 15 – 29 ans diminue. D'ici à 2015, la part des plus de 65 ans devrait atteindre 17% de la population totale (et 31% en 2050), contre 6% en 2008. Or, les retraites sont jugées très insuffisantes et très inégalement attribuées : le taux de couverture est estimé inférieur à 50% pour les employés des zones urbaines et les zones rurales restent en dehors du système de retraite national (Ocde, 2007). L'aide familiale restera donc longtemps indispensable alors que le nombre d'enfants a fortement diminué. Le gouvernement chinois sera donc contraint d'étendre davantage les garanties de retraite, pour les populations rurales et migrantes notamment.

Pour compléter, prolonger, La Chine, des statistiques à la carte : un module de cartographie interactive qui comporte différents items de nature démographique.

Mise à jour :  juin 2010
Xiagang

Les xiagang (littéralement "ceux qui sont descendus de leur poste de travail") sont des employés des unités de travail d'État qui n'occupent plus de fonction productive mais dont le contrat de travail continue d'être en vigueur. Ils restent donc dépendants de leur entreprise pour ce qui est des prestations sociales de base (le xiagang toucherait environ 300 yuans par mois soit 30% d'un salaire décent). Ils constituent l'essentiel de ces "travailleurs en surnombre" (fuyu renyuan) que les autorités souhaitent "redistribuer" (fenliu). Combien sont-ils ? Une grande incertitude règne sur les statistiques communiquées, du fait des imprécisions sur les termes employés, de l'absence de prise en compte statistique du phénomène. D'après certaines estimations, si l'on additionne le nombre de chômeurs enregistrés et le nombre de xiagang, le chômage urbain s'élèverait à 10/12% avec de très fortes variabilités interurbaines. Le taux de réemploi des xiagang serait faible et beaucoup d'entre eux ne retrouvent que des emplois d'autosubsistance, souvent dans le secteur des "petits" services. Ils gonflent la "masse flottante" de chinois sans emploi reconnu alimentée aussi par les mingong.

D'après Jean-Louis Rocca, - L'évolution de la crise du travail dans la Chine urbaine - Études du Ceri (n°65, 2000) : www.ceri-sciences-po.org/cerifr/publica/etude/2000.php

Mise à jour :  mars 2004
Xinjiang

Le Parti communiste chinois exerce un contrôle étroit sur l'administration de la "région autonome ouïgoure" du Xinjiang ("nouvelle frontière" selon la désignation chinoise de l'ancien Turkestan oriental) située aux confins nord-ouest de la Chine et dont l'autonomie est largement fictive. La présence des Chinois d'ethnie han sur le territoire est passée de 6% à la fin des années 1940 à environ 40% aujourd'hui, ils représentent une forte majorité dans certaines villes, dont Urumqi la capitale et ils détiennent l'essentiel du pouvoir. Les Ouïgours, turcophones musulmans, sont soumis, en particulier sur le plan culturel, religieux, depuis le durcissement de l'encadrement politique au cours des années 1990 et la sinisation accélérée du territoire.
Aussi, certains, parmi la population ouïgoure, sont-ils tentés par le nationalisme indépendantiste (le courant le plus connu et réprimé par les autorités est le Mouvement de libération du Turkestan oriental, ETIM) et aussi par des courants salafistes fondamentalistes. Des phases d'émeutes et de violences, souvent instrumentalisées par le pouvoir, font périodiquement parler de cette région des confins. Depuis 2001, exploitant la situation internationale consécutive aux attentats du 11 septembre et au nom de la lutte antiterroriste, plusieurs rafles ont eu lieu. La dernière date de juillet 2009 où les affrontements entre les deux communautés ont été particulièrement violents et meurtriers et la répression déterminée.

Pour compléter :
- Thierry Kellner, "Le Xinjiang et les Ouïgours", sur le site Diploweb : www.diploweb.com/p7kell2.htm

Mise à jour :  janvier 2010
Yuan RenMinBi (RMB) et marchés financiers

Avant 1978 il n'existait qu'un seul taux de change officiel pour la monnaie chinoise, le yuan renminbi (RMB dans certaines statistiques). Les échanges commerciaux extérieurs étaient alors assez faibles et le RMB servait de simple unité de compte aux sociétés du commerce extérieur (SCE). De 1979 à 1987, pour accompagner les premières réformes de libéralisation, le gouvernement chinois introduit un double taux de RMB : parallèlement au taux officiel, un taux de marché correspond au jeu de l'offre et la demande de devises. Et, bien évidemment, le taux de marché est supérieur au taux officiel. Le dualisme du taux du RMB provoque alors d'importantes distorsions et ouvre la porte à des transactions illicites.
En 1994, la Chine prend la décision de réformer d'une manière radicale le système du taux de change du RMB. Le taux officiel est supprimé et le RMB se dévalue. Un centre de bourse en devises étrangères est établi à Shanghai. Mais le RMB n'est pas convertible tout à fait librement, ses oscillations sont étroitement encadrées par rapport au dollar.
Nombre des pays partenaires commerciaux de la Chine (ses voisins d'Asie - Pacifique tout d'abord) sont inquiets de constater la perte de compétitivité de leurs productions industrielles face à la concurrence chinoise. Ils cherchent à obtenir un effort des autorités chinoises pour élargir les bandes de fluctuation du yuan dont la sous-évaluation par rapport au dollar est estimée, selon des calculs basés sur les parités de pouvoir d'achat, à 25% au moins (2006). En juillet 2005, pour répondre aux pressions internationales, la Chine met fin à plus de dix ans de parité fixe avec le seul dollar, elle accepte de réévaluer de 2% le yuan face au dollar et de le laisser évoluer par rapport à un panier de monnaies et non plus le seul dollar. Cette mesure est jugée insuffisante par la plupart de ses partenaires qui jugent que la sous-évaluation du yuan rend le "made in China" encore plus compétitif.
En 2006, les réserves de change, en devises, de la Banque de Chine ont atteint les 900 milliards de dollars. La Chine est devenue le deuxième détenteur de réserves de change, derrière le Japon, un des plus gros investisseurs sur les marchés financiers et, en 2006, le second acquéreur étranger, après le Japon, de bons du Trésor américains (les "bonds") dont elle détient 320 milliards de dollars.

Mise à jour :  septembre 2006


Principales sources :
- divers articles d'experts et chercheurs, dossiers de presse, ressources web
- Thierry Sanjuan, Atlas de la Chine, Editions Autrement, 2007

Proposé par Sylviane Tabarly responsable d'édition de Géoconfluences,
Dgesco / ENS de Lyon

 

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Mise à jour :  04-10-2010

 

 


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