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La Russie : des territoires en recomposition

La Fédération de Russie et ses périphéries : tour d'horizon ; identités et influences

Publié le 02/06/2005
Auteur(s) : Sylviane Tabarly

Frontières, espaces frontaliers, périphéries : un tour d'horizon

La dislocation de l'Union soviétique pose la question de la recomposition des territoires et des identités. Elle est si récente que la nouvelle Fédération de Russie est liée à ses voisins sur de multiples plans. L'actuelle Fédération de Russie entretient avec une large partie de sa périphérie des relations très empreintes du passé soviétique. Tout particulièrement avec son "étranger proche" (blijnee zarubejie, voir l'entrée du glossaire), c'est-à-dire les pays ex-soviétiques, dont un grand nombre sont membres de la Communauté d'États Indépendants (CEI), cofondée le 21 décembre 1991. L'Empire soviétique n'est plus d'actualité mais parler d'un "espace post-soviétique" a toujours une valeur heuristique suffisante par le poids des héritages, tant russes que soviétiques. Si la nouvelle Russie n'est plus porteuse d'un projet mobilisateur, d'une utopie fondatrice, il reste que sa réalité géopolitique, celle d'un territoire de 17 millions de km2 sur lequel vivent des dizaines de peuples et d'ethnies, à des dimensions d'empire.

À une autre échelle, la Russie est confrontée à la nécessaire redéfinition de son rôle en Eurasie et dans le monde. Certains nostalgiques de l'Empire préconisent la réintégration d'une partie de son "étranger proche". Couplées à des aspirations locales (au Kazakhstan, la minorité russe représente 38% de la population totale), ces tentations pourraient avoir des effets déstabilisants. Les menaces, potentielles ou réelles, auxquelles sont soumis les quelques 25 millions de Russes d'origine résidant dans sa périphérie et la multiplication des troubles dans les régions limitrophes (Moldavie, Caucase, Tadjikistan, etc.) deviennent l'enjeu de combats politiques à Moscou.

Un certain nombre d'autres sujets sensibles sont liés au partage des héritages de l'URSS. Parmi ceux-ci, on relève :

  • les infrastructures et les axes d'échange divers : Transsibérien et autres voies ferroviaires, oléoducs et gazoducs, zones portuaires, etc. L'éclatement de l'URSS a posé d'innombrables problèmes concrets : redéfinitions de compétences, partage de réseaux, maintien ou modification des partenariats et des coopérations entre entités territoriales, entreprises, etc.
  • dans le domaine militaire, le contrôle des armes tactiques dispersées entre les quatre républiques "nucléaires" avec un commandement unifié de la CEI, le partage des forces stratégiques (flotte, aviation),
  • le partage des archives, des biens culturels : plusieurs républiques, dont l'Ukraine, réclament le retour de tous les trésors venant de leur sol et réunis au fil des siècles en Russie.

 

Les États post-communistes d'Europe sont amenés à reconstruire leur identité nationale et à réécrire leur histoire nationale. Ils doivent trouver leur place dans le monde post-soviétique.

Les États baltes ont opéré leur "retour à l'Europe" en intégrant, d'abord, l'OTAN, puis, l'Union Européenne. Malgré l'importance des minorités russophones, on y proclame une farouche volonté de tourner le dos à l'espace russe. Mais ils sont toujours sous dépendance russe pour leurs approvisionnements en pétrole et en gaz monopolisés par les compagnies russes (Gazprom, Loukoïl, Ioukos).

À l'inverse, la Biélorussie, la moins réformée des anciennes Républiques soviétiques, reste très fortement liée à la Russie à travers les leviers économiques classiques tels que les livraisons de gaz, de pétrole, les infrastructures de transit. Elle est aussi l'avant-poste de la défense antiaérienne de cette "Union Russie - Biélorussie".

Avec des pays comme l'Ukraine, la Géorgie, les phases de tension et de rapprochement alternent. La "révolution orange" qui a déferlé sur l'Ukraine en 2004 semble soudain changer la donne et le rééquilibrage de ses relations entre le reste de l'Europe et le grand frère russe sera délicat (voir ci-dessous).

La Moldavie connaît une autre situation, du fait d'une histoire complexe, entre la Russie et la Roumanie. C'est un véritable espace de confins, dont la place en Europe, entre Russie et Union Européenne, n'est pas encore définie : cette marge rend complexe la définition de l'identité des Moldaves. L'étude des forces politiques et des réalités culturelles fait apparaître un clivage entre les pro-occidentaux, plutôt favorables à la Roumanie et à l'Union Européenne, et les pro-russes, qui désirent approfondir les liens avec la Russie. Le soutien russe à la Transnistrie, République autoproclamée, région séparatiste contrôlée par Moscou et peuplée en majorité de Russes, pose le problème de la viabilité de l'État dans ce contexte régional.

La Transcaucasie est sinistrée par les conflits de tout type.

La Russie est intervenue militairement à plusieurs reprises en Géorgie, entre 1993 et 2003. En 1993 auprès des séparatistes d'Abkhazie. La même année en prenant position dans plusieurs régions géorgiennes alors que partisans et adversaires d'Edouard Chevarnadze s'affrontaient. En 2002 par une campagne de bombardements dans les gorges de Pankissi au titre de la lutte anti-islamique et anti-terroriste.

Les différents séparatismes régionaux, soutenus à des degrés divers par Moscou, sont des facteurs de déstabilisation pour l'État géorgien. Ce dernier a des difficultés pour contrôler ses frontières et la Géorgie est la plaque tournante de divers trafics dans la région.

Les lendemains de la "révolution des roses" de 2003 restent incertains. Les tensions sont exacerbées par les enjeux pétroliers (systèmes de transport et ressources de la mer Caspienne) et par les enjeux de l'accès à la mer Noire.

Entre mer Caspienne et mer Noire, la situation dans le Caucase : quelques localisations

L'Asie centrale est proche de zones géopolitiquement très sensibles (Afghanistan, Iran) et la pression d'un islamisme radical peut s'y exercer. Aussi s'est-elle ouverte à la présence militaire américaine (Ouzbékistan, Kirghizstan). Et, à présent, l'ancienne puissance tutélaire y opère un retour spectaculaire au nom de la lutte anti-terroriste.

En Extrême-Orient, les relations avec la Chine héritent de la longue fermeture de la frontière entre deux régimes concurrents et hostiles. Du fait, notamment, des ressources nécessaires au rapide développement chinois, des dissymétries démographiques et du peuplement entre les deux entités, des échanges commerciaux, migratoires, en partie illégaux, s'y développent.

Sources et compléments

  • Radvanyi J. - La nouvelle Russie : géographie économique et régionale - A. Colin - 2000
  • Radvanyi J. (dir.) - Les États postsoviétiques. Identités en construction, transformations politiques, trajectoires économiques - A. Colin - 2003
  • Charles Urjewicz (INALCO) - L'état du monde 2005 - La Découverte
  • Charles Urjewicz (INALCO) - Dictionnaire historique et géopolitique du XXe siècle - Espace post-soviétique, une identité en mutation - La Découverte -
  • Sur Sens Public, revue parrainée par Sciences Po : Construction et contestation des frontières : Roumanie, Moldavie, Ukraine - Florent Parmentier : www.sens-public.org/article_paru1.php3?id_article=55
  • Des cartes sur le site du Monde diplomatique : www.monde-diplomatique.fr/cartes
  • Un dossier du CUEJ (Université Robert Schuman de Strasbourg), La Géorgie en quête d'autonomie :http://mcsinfo.u-strasbg.fr/index_home.php?cPath=17_34

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L'Ukraine : une périphérie en mouvement

L'Ukraine, peuplée de 50 millions d'habitants, est un enjeu important pour la Fédération de Russie. Jadis, elle était le grenier à blé de l'empire. Aujourd'hui, elle commande l'accès de la Russie à la Méditerranée et des réseaux d'acheminement des hydrocarbures passent par son territoire.

On peut y distinguer deux grands ensembles :

  • L'Ukraine occidentale avec sa capitale, Lviv, tournée vers l'ouest. Elle abritait une importante communauté juive exterminée par les nazis. Sa langue dominante est l'ukrainien et sa religion, le catholicisme de rite byzantin, l'église uniate liée à Rome.
  • À l'est, en revanche, l'Ukraine est tournée vers la Russie. Les Russes y représentent 40% de la population, on y parle russe. Les grands groupes énergétiques russes, tel Gazprom, y sont fortement implantés. En Crimée, qui bénéficie d'un statut d'autonomie, les Russes représentent les 2/3 de la population.

 

La Russie est le principal partenaire commercial de l'Ukraine, elle représentait 35,2% de ses importations en 2003. Elle est son unique fournisseur pour le gaz et le pétrole. Par ailleurs, 80% du gaz russe vendu en Europe transite par l'Ukraine. Cette dépendance a d'ailleurs incité Moscou à diversifier ses voies d'exportation en acheminant la production du gisement de Yamal (dans le nord de la Russie), par un gazoduc contournant l'Ukraine via la Biélorussie, la Pologne et l'Allemagne.

L'indépendance de l'Ukraine, parfois appelée la "Petite Russie", a été entérinée le 1er décembre 1991 par référendum. Dans la mythologie russe, Kiev est le berceau de la Russie : la principauté de Kiev fut longtemps le centre religieux et culturel de la Russie, jusqu'aux invasions mongoles du XIIIe siècle.

Puis l'Ukraine a été ballottée entre les puissances régionales : Pologne, Lituanie, Autriche-Hongire, Russie. Au lendemain de la Révolution d'octobre, l'Ukraine devient indépendante. Mais, en novembre 1920, à l'issue d'une guerre civile opposant forces communistes "rouges" d'une part, et, d'autre part, une coalition des forces "blanches" soutenues notamment par la Pologne et des forces anarcho-paysannes, les forces bolcheviques occupent l'Ukraine. L'Ukraine a payé cher son intégration forcée à l'URSS : terribles famines successives au cours de la guerre civile puis au moment de la collectivisation à la fin des années 20 ; purges des intellectuels ukrainiens et exils de masse au Goulag dans les années 30. Aussi les ukrainiens ont-ils espéré retrouver leur indépendance à la faveur de la Seconde guerre mondiale. Comme en Lituanie, la guérilla a continué en Ukraine jusqu'au début des années 1950. N. Khrouchtchev a mis au pas l'Ukraine occidentale avant de devenir Premier secrétaire du PCUS. Après l'indépendance acquise grâce à l'éclatement de l'URSS en 1991, l'élection présidentielle de fin 2004 marque-t-elle une nouvelle étape des relations entre l'Ukraine et la Russie ?

Révolution orange : la fracture ukrainienne

(d'après Pierre Dessemontet - EspacesTemps.net,http://espacestemps.net/document1085.html)

"L'élection présidentielle de fin 2004 a ramené sur le devant de la scène l'État le plus important issu de l'Union Soviétique après la Russie. Les médias ont découvert à cette occasion la fragilité d'un État partagé en parts pratiquement égales par un clivage très puissant. On a vite cherché à inscrire cette fracture dans une logique plus globale d'opposition entre est et ouest, entre Europe et Russie, entre "occidentalistes" et "russophiles", l'ouest votant Yushchenko et donc "européen", l'est et le sud votant Yanukovych et donc "russe". (...)

Après cinq semaines de "révolution tranquille" qui ont vu successivement l'annulation du scrutin du 21 novembre, le lâchage de V. Yanukovych par le président sortant, L. Kutchma, la prise d'indépendance des médias d'État, et une très nette victoire de V. Yushchenko lors d'un débat entre les deux candidats, on pouvait légitimement s'attendre à ce que V. Yanukovych, ayant perdu l'essentiel de sa crédibilité, soit écrasé dans les urnes lors du troisième tour de scrutin, organisé le 26 décembre. Or, il n'en fut rien et les résultats officiels donnent un écart d'à peine huit points en faveur du candidat de la révolution (52,0% pour V. Yushchenko, contre 44,2% pour V. Yanukovych).

Le troisième tour aura donc consacré, en la consolidant encore, la division entre les deux Ukraine. Plus aucun arrondissement ne vote contre sa région ; et on ne compte désormais que 16 arrondissements sur 179 où l'écart entre les deux candidats n'atteint pas 25%. En somme, le processus électoral a abouti à la constitution de deux camps territoriaux dont la frontière reprend assez étroitement les anciennes limites entre les royaumes polonais et lithuaniens d'un côté, et les sphères russes et ottomanes de l'autre.

Une petite revue historique des différents scrutins que l'Ukraine a connu depuis 1992 montre que ce clivage n'est pas nouveau, puisqu'il s'était déjà manifesté lors du vote sur l'indépendance du pays en 1991 (les régions plébiscitant alors l'indépendance à plus de 90% étant précisément celles qui ont élu V. Yushchenko), ou encore l'élection présidentielle de 1994 où L. Kutchma s'appuya sur les régions de l'est et du sud pour battre le président de l'indépendance, le communiste national L. Kravchuk, qui fut soutenu par le nord et surtout l'ouest du pays. Il y a donc, à l'échelle de la décennie écoulée, la permanence d'une fracture importante entre deux Ukraine : une Ukraine fortement nationaliste, qui englobe l'ouest et le nord du pays, et qui cherche à renouer avec sa tradition européenne, et une Ukraine tournée vers la Russie, qui couvre les régions de l'est et du sud du pays. L'analyse fine du vote de 2004 confirme donc plus qu'elle n'invalide les commentaires faits à vif sur la fracture ukrainienne."

Les résultats du 3e tour de l'élection présidentielle du 26 décembre 2004

Source de la carte et du texte (adapté) :

Pierre Dessemontet - Révolution orange : la fracture ukrainienne, EspacesTemps.net, Mensuelles, 11.01.2005 :http://espacestemps.net/document1085.html

Pour compléter :

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Identités et influences de la Russie : religion et langue

Le renouveau religieux orthodoxe

Les orthodoxes en Fédération de Russie et dans sa périphérie

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La recherche de l'identité russe se traduit, entre autre, par le renouveau de l'orthodoxie, muselée par 70 ans de pouvoir soviétique. Partout, les églises orthodoxes sont remises en état. Ainsi, à Moscou, la cathédrale du Christ-Sauveur, qui avait été détruite par les autorités soviétiques, a été reconstruite à l'identique et entièrement redorée à l'or fin. Il en est de même dans les campagnes, où des bulbes fraîchement redorés émergent parfois au milieu de pauvres maisons de bois.

Plus que l'expression de la foi, le renouveau de l'orthodoxie marque l'attachement à la patrie, à la "Sainte-Russie", de sorte qu'il jouit de la bienveillance du pouvoir politique. La loi du 26 septembre 1997 sur la liberté de conscience et les associations religieuses mentionne "le rôle particulier de l'orthodoxie dans le développement de la nation russe et dans sa culture".

Mais la Russie est une mosaïque religieuse dont les peuples pratiquent plus de 50 religions. Au total, elle compte plus de 55 millions d'orthodoxes, environ 15 millions de musulmans (il existe aujourd'hui environ 7 000 mosquées et plus de 3 000 associations musulmanes), plus de 2 millions de "vieux-croyants" (traditionnalistes orthodoxes)et à peu près le même nombre de juifs, un million de bouddhistes et de protestants et plus d'un million de croyants d'autres confessions religieuses.

Les russophones en Fédération de Russie et dans sa périphérie

Les russophones sont présents dans toutes les anciennes républiques de l'URSS, où ils constituent des minorités non négligeables, notamment en Estonie (29%), au Kazakhstan (30%), en Lettonie (34%) et en Ukraine (21%).

Ils peuvent être de nationalité russe (les "pieds rouges"), considérés comme immigrés et plus ou moins tolérés et intégrés. En effet, près de 25 millions de Russes se sont retrouvés avec un statut d'étrangers dans les nouveaux États indépendants (11 millions en Ukraine et 6 millions au Kazakhstan). Certains de ces États, en particulier les États baltes, ont pris des mesures discriminatoires afin de les encourager à partir. Déjà, depuis l'indépendance, 2,5 millions d'entre eux ont préféré regagner la Russie où, en général, ils ne sont pas les bienvenus.

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La Fédération de Russie a signé et ratifié la plupart des conventions internationales portant sur la protection des minorités nationales. Néanmoins, la politique à l'égard du russe reste fidèle à l'article 68 de la Constitution, qui déclare que la langue officielle de la Fédération sur l'ensemble du territoire est le russe et que les républiques ont le droit d'établir leurs langues officielles.

La loi sur les langues des peuples de la fédération de Russie du 25 octobre 1991, modifiée par la loi fédérale du 24 juillet 1998, régit la politique linguistique. Le préambule énonce que "les langues des peuples de la RSFSR constituent l'héritage historique et culturel de l'État de la Russie et seront sous la protection de l'État".

Il n'est pas facile de compter les langues vernaculaires en Russie. On estime qu'il y en a une bonne centaine. Ethnologue.com y relève 103 langues, dont 100 sont encore parlées et 3 sont éteintes. Pour sa part, le gouvernement fédéral russe estime ce nombre à 79 langues.

Abréviations des cartes, norme internationale ISO 3166

Arménie : ARM - Azerbaïdjan : AZE - Biélorussie : BLR - Chine : CHN - Estonie : EST - Finlande : FIN - Géorgie : GEO - Iran : IRN - Japon : JPN - Kazakhstan : KAZ - Lettonie : LVA - Lithuanie : LTU - Mongolie : MNG - Norvège : NOR - Ouzbekistan : UZB - Turkménistan : TKM - Turquie : TUR - Ukraine : UKR - Fédération de Russie : RUS - Finlande : FIN

Sources et compléments

 

Synthèse documentaire et mise en page web : Sylviane Tabarly

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Mise à jour :   02-06-2005

 


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