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Archipel Mégalopolitain Mondial (AMM)

Publié le 15/03/2013

Fernand Braudel décrivait l'apparition des grandes villes de l'économie-monde de la Méditerranée du XIIe siècle. Olivier Dollfus propose en 1996 la première théorisation rigoureuse de l'AMM constitué de "l’ensemble des villes qui contribuent à la direction du monde". Symboliques des processus de globalisation, elles favorisent la synergie entre les diverses formes du tertiaire supérieur et du "quaternaire" (recherche, innovation, activités de direction). Ces espaces urbains fonctionnent en système, d'où l'image d'un archipel constitué d'"îles" qui concentrent entre elles l’essentiel du trafic aérien et des flux de télécommunication : 90 % des opérations financières s’y décident et 80 % des connaissances scientifiques s’y élaborent. Olivier Dollfus en identifie une demi-douzaine.
Les villes de l'AMM sont donc d'abord des métropoles mondiales, des "villes mères", productrices d'activités et de richesse. Ainsi le PUB (Produit Urbain Brut) de l'agglomération de Tokyo est quasi égal au PIB de la France et il est deux fois supérieur à la richesse globale de la Chine, celui de New York est près de trois fois supérieur au PIB de l'Inde, etc. Voir des exemples à partir du corpus documentaire du dossier ("Hiérarchies, classifications et typologies").
L'idée d'archipel mondial se distingue de celle du "village global" popularisé par le Canadien Marshall MacLuhan (La Galaxie Gutenberg - 1962) qui pressentait l'émergence d'une "tribu mondiale" fondée sur la généralisation des moyens de communication électroniques. En effet, l'archipel suggère plutôt l'isolement et la fragmentation, et évoque, comme en négatif, les espaces laissés-pour-compte de la mondialisation.
La surconcentration constatée des activités dans les mégalopoles vient en partie contredire certaines prospectives dominantes des années 1960 à 1990 : elles insistaient alors sur la dispersion des activités, la montée en puissance des moyens de transport et de communication permettant, en théorie, un étalement des activités créatrices. Pourtant, le phénomène de dispersion n’a pas eu lieu. Car pour fonctionner, les activités des services avancés, "(...) la finance, l’assurance, l’immobilier, le conseil, l’assistance juridique, la publicité, le design industriel, le marketing, les relations publiques, la sécurité, la recherche d’informations et la gestion des systèmes d’informations, mais aussi la recherche, le développement et l’innovation scientifique (...)" (Manuel Castells) bénéficient d'économies d'agglomération, de synergies et externalités positives et dépendent de ressources qui sont de moins en moins génériques, transférables ou interchangeables.
Seuls les lieux combinant diversité et complexité sociales, proposant un tissu d'inter-relations intégrées et denses qui relèvent parfois de contacts hasardeux ou aléatoires, peuvent prétendre intégrer cet AMM.

Mise à jour : octobre 2003