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Biomasse (agrocarburants / biocarburants)

Publié le 29/01/2013

Pour répondre à la demande énergétique il peut être tentant de se tourner vers le potentiel de la biomasse, c'est-à-dire l'ensemble de la matière organique d'origine végétale ou animale, dont les ressources, renouvelables, peuvent sembler inépuisables.

Les biocarburants sont des combustibles liquides d'origine agricole obtenus à partir de matières organiques végétales ou animales non fossilisées (contrairement au charbon et au pétrole). Mais comme le préfixe bio- a acquis au fils des ans, en France, une connotation particulière, celle de la production agricole sans pesticides ni engrais chimiques (dans d’autres langues le problème ne se pose pas puisqu’on parle plutôt d’agriculture organique), on peut préférer parler d'agrocarburants.

Ces combustibles sont issus principalement de deux filières : la filière biodiesel / huile et la filière méthanol / alcool. Ils ont l'avantage d’être des combustibles liquides, et donc de pouvoir profiter de toute la logistique (livraisons, distribution) installée pour l'essence et le diesel.

On obtient le biodiesel par un processus chimique dit de transestérification, l’huile servant à la production de biodiesel pouvant provenir de presque toute oléagineuse. Les plus couramment utilisées au niveau mondial sont le colza (Europe), le soja (Brésil, États-Unis), l’huile de palme, de coprah et de jatropha dans les pays tropicaux et sub-tropicaux. On peut aussi utiliser des graisses animales provenant des industries de transformation du poisson et des produits animaux.

L’éthanol disponible aujourd’hui sur le marché des biocarburants est produit à partir de sucre ou de cellulose et d’amidon (alcool de fermentation du sucre ou de l'amidon). En amont, les principales cultures utilisées sont la canne à sucre, la betterave à sucre et, dans une moindre mesure, le sorgho doux. Les amylacés les plus courants sont le maïs, le blé et le manioc.

La croissance très rapide de certaines de ces filières dans de grands pays producteurs (Brésil, États-Unis, Indonésie, Malaisie, etc.) a entraîné de sérieuses inquiétudes sur leur mise en concurrence avec les productions alimentaires et sur leur part de responsabilité dans les crises alimentaires mondiales : détournement de productions agricoles vivrières, réallocations de terres agricoles, hausse du prix des céréales de base comme le maïs, etc. Par ailleurs, les résultats de ces filières sont encore discutés et très inégaux en termes de "bilan carbone" et de bilan énergétique finaux et leurs impacts environnementaux pourraient être négatifs du fait des intrants nécessaires (produits azotés, produits phytosanitaires). En effet, la prise en compte du changement d'affectation des sols peut transformer un bilan à peu près positif sur le plan environnemental et énergétique en bilan catastrophique. Par exemple, dans l'hypothèse où la production de biocarburants se traduit par de la déforestation en zone tropicale, le bilan carbone est deux fois plus mauvais que le combustible fossile qu'il remplace ce qui serait le cas, en France, de la totalité de l'huile de colza détournée de son usage alimentaire pour produire du biodiesel et alors remplacée par de l'huile de palme issue de plantations gagnées sur les forêts tropicales, indonésiennes par exemple.

Pour sortir de ces impasses, on pourrait miser sur les biocarburants dits de "deuxième génération" voire de "troisième génération", principalement sur la production d’éthanol à partir de la biomasse cellulosique qui utiliserait la totalité des végétaux. C'est en fait l'exploitation énergétique de l'ensemble de la biomasse (déchets et résidus de l'agriculture, sylviculture, déchets ménagers, etc.), sous-exploitée et qui pose d'importants problèmes de traitement et de recyclage parfois, qui pourrait être développée. La R&D est intense dans ce domaine mais son aboutissement n'est pas attendu avant les années 2020 et des incertitudes subsistent quant aux conditions de préservation de l'humus des sols, aux rendements finaux attendus, à la complexité des technologies engagées, par exemple.

Dans ce contexte, la Commission européenne, tout en demandant à chaque État membre d'aller vers 10% de carburants alternatifs dans les transports à l'horizon 2020, a ajouté des "critères de durabilité" : les biocarburants ne devront pas provenir de milieux naturels sensibles et ils devront permettre de réduire d'au moins 35% les émissions de CO2 par rapport à un carburant traditionnel, puis de 50% en 2017.

(ST), novembre 2009.


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