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Centre, périphérie

Publié le 15/03/2013

En géographie, centre et périphérie ne correspondent pas forcément à la localisation d'un espace, mais le plus souvent au rapport d'inégalité et de domination entre deux espaces, à n'importe quelle échelle.

Un centre est un lieu de concentration dont le poids, la taille dépend d'un certain nombre de critères de nature socio-économiques, socioculturels. Le centre a une capacité d'impulsion, de commandement qui dépend de :

– sa population (densité, part de la population totale...), de son niveau de vie, de l'ancienneté de son développement,
– ses capacités de production (capitaux, qualifications,etc.),
– ses capacités d'autodéveloppement sur ses propres ressources humaines et financières,
– ses capacités de recherche et d'innovation : investissements en recherche et développement, lieux de recherche.

Le poids d'un centre comporte aussi des éléments qualitatifs, subjectifs (« l'atmosphère de place » selon J. Labasse) c'est-à-dire l'attractivité de ses pratiques culturelles, de son mode de vie, des principales valeurs qui s'y trouvent représentées. Par la vertu de son centre, « la métropole contrôle, présente, distribue, rassemble » (J. Labasse).

La périphérie correspond aux espaces dépendant d'un centre. Les périphéries intégrées profitent des retombées tout en alimentant le centre (en main d'oeuvre, en matières premières, etc., selon les situations et l'échelle). Les périphéries délaissées sont entièrement dominées par le centre : elles sont polarisées par lui mais reçoivent très peu en retour.

Origine de la notion

La notion d'opposition et d'interrelation entre un centre et des périphéries en géographie a été principalement formalisée par Alain Reynaud, notamment à partir d'un article publié en 1980 dans les Travaux de l'Institut de géographie de Reims, intitulé : « Les rapports entre le centre et la périphérie. Le coefficient de variation, technique simple de mesure de l'allométrie. », dont voici les premières lignes :

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« Toute classe socio-spatiale (cf. Alain Reynaud, 1979) c'est-à-dire tout groupe humain défini par un critère d'appartenance spatiale, peut s'envisager à n'importe quel degré de l'échelle spatiale — à travers l'opposition centre-périphérie. Mais les écarts, les contrastes ou les inégalités entre centre et périphérie ont une ampleur extrêmement variable, faible dans certains cas — et à la limite presque négligeable dans la pratique —, forts dans d'autres cas — et suscitant alors mécontentements, rancoeurs et protestations de la part des habitants de la périphérie. »

Alain Reynaud, 1980.

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L'article expose comment mesurer, à partir d'une méthode simple, l'écart de croissance entre les différentes parties d'un système. Il peut s'agir de la croissance d'une population, du revenu de la population, de la production de richesse, etc. Inscrivant son travail dans le cadre conceptuel de la théorie des systèmes, l'auteur part du constat qu'il n'y a que deux évolutions possibles à une situation où les différentes population d'un espace connaissent des situations inégales : ou bien une boucle de réotraction positive vient renforcer l'inégalité (la population, la richesse, etc. s'accroit davantage là où elle est déjà plus importante) ou bien une boucle de rétroaction négative vient corriger l'inégalité par des mécanismes de compensation ou de redistribution.

Le concept de centre-périphérie, dès les premières lignes de l'article d'Alain Reynaud cité ci-dessus, est multiscalaire. L'auteur l'applique par exemple aux banlieues par rapport aux grandes villes desquelles elles dépendent, définit la Corse comme une périphérie délaissée par rapport à l'ensemble de la France, considère le Nord-Est des États-Unis et la Californie comme un centre, et les pays développé comme un centre dominant les pays en développement qui fonctionnent comme une périphérie.

Christian Grataloup (2004) rappelle que le modèle centre-périphérie doit sa théorisation aux penseurs marxistes, ce qu'on peut déduire de la précoccupation apportée aux inégalités socio-spatiales et de la recherche d'une formalisation théorique quantitative chez Reynaud. Ce dernier poursuit la formalisation théorique dans son ouvrage Société, espace et justice (1981). Grataloup, toujours, rappelle que si le concept est opératoire à toutes les échelles, il l'est tout particulièrement à l'échelle mondiale. Comme l'écrit Saskia Sassen (1999) : 

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« Parmi les nouvelles géographies construites à l'échelle planétaire autour du concept de centre, celle qui s'impose d'emblée relie entre eux les carrefours internationaux, les grandes places financières et les principaux centres d'affaires, à savoir : New York, Londres, Tokyo, Paris, Francfort, Zurich, Amsterdam, Los Angeles, Sydney et Hong-Kong entre autres auxquels s'ajoutent désormais des métropoles telles que Bangkok, Taipei, São Paulo et Mexico. Du fait du rôle joué par les marchés financiers, par le commerce des services et par les investissements, le volume des échanges entre ces métropoles a énormément augmenté, à un point tel que les ordres de grandeur en ont été complètement bouleversés »

Saskia Sassen, 1999.

»

Octobre 2003
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