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Transition alimentaire

Publié le 04/05/2021

La transition alimentaire désigne dans son acception globale le processus par lequel une société modifie sa manière de produire et de consommer des aliments.

Au sens premier, le modèle de la transition alimentaire est un modèle d'évolution développé dans les années 2000. Il reprend le modèle de « transition nutritionnelle » introduit dans les années 1990 par des nutritionnistes (Popkin, 1993). Ce modèle décrit la transition ayant affecté au XXe siècle les pays anciennement industrialisés et qui tend aujourd’hui à se diffuser aujourd’hui aux pays émergents. Selon Barry Michael Popkin, il y a trois phases à distinguer dans cette transition : la première est marquée par une sortie de la famine consécutive à une hausse du revenu. Elle se traduit par une augmentation de la consommation de céréales et, plus spécifiquement, de celles dites « supérieures » (blé et riz) ayant le plus bénéficié des progrès agricoles. La deuxième phase est caractérisée par une diversification alimentaire : la consommation de céréales diminue, et la consommation de sucre, de graisses saturées et de protéines animales, notamment de viande, augmente. Cette évolution est couplée à une diminution de l’activité physique et a pour principales conséquences des changements de stature ainsi que l’émergence de maladies métaboliques (hypertension artérielle, hypercholestérolémie, surpoids et obésité, etc.). La troisième phase voit enfin se produire un début d'inversion des tendances de la phase précédente.

Dans un deuxième sens, plus large, le modèle de « transition alimentaire » (Ascher, 2005) prend en compte, dans une acception plus culturelle, les types de nourritures et les modalités de consommation.

Ces modèles peuvent être soumis à la critique de la grande diversité des pratiques alimentaires, liée à la « densité culturelle » de certaines aires de peuplement (Landy, 2009). Ainsi, l'émergence en Inde et en Chine ne donne pas lieu à une application identique de la transition alimentaire : quand la consommation moyenne de viande était estimée à moins de 5 kg par personne en Inde en 2009, la Chine voisine consommait 54 kg par habitant, conséquence d'un triplement de la consommation de viande entre 1978 et 1994.

Jusqu’à la dernière décennie, la transition alimentaire désignait donc principalement les mutations des secteurs de l’alimentation dans les pays dits en développement sur les modèles occidentaux. Mais plus récemment ont émergé dans la sphère publique des débats autour de ces modèles et de leurs conséquences environnementales et sanitaires, qui entrainent des réflexions autour d’une possible nouvelle transition alimentaire, plus durable et plus respectueuse de l’environnement : elle passerait notamment par la consommation de produits locaux et de saisons et par la réduction de la consommation de viande. Cela se traduit notamment par l’essor de modèles alimentaires alternatifs tels que le végétarisme ou le véganisme qui cherchent à limiter, voire à bannir, les produits d’origine animale dans l’alimentation. Ainsi, en France, après la loi contre le gaspillage alimentaire de 2016, a été promulguée en octobre 2018 la loi n° 2018-938 qui imposait aux services de restauration collective scolaire, pour une durée de deux ans, de proposer au moins une fois par semaine un menu végétarien.

>>> Voir aussi : transition

(La rédaction). Dernières modifications :(JBB) février 2017 ; (LF) mai 2021.


Références citées
  • Barry Michael Popkin, "Nutritional Patterns and Transitions", Population and Development Review, mars, vol. 19, n° 1, 1993, p. 138-157.
  • François Ascher, Le mangeur hypermoderne, Paris : Éditions Odile Jacob, 2005, 330 p.
  • Frédéric Landy, "India, “Cultural Density” and the Model of Food Transition", Economic and Political Weekly, mai, vol. 44, n° 20, 2009, p. 59-61.
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