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Afrique(s) : dynamiques régionales

Afrique(s) : cadrage et problématiques générales

Publié le 26/03/2015
Auteur(s) : Jean-Fabien Steck, maître de conférences, université de Paris Nanterre, équipe Mosaïques de l'UMR 7218 LAVUE
Nathalie Reveyaz, IA-IPR d'histoire-géographie, Académie de Grenoble

1. Cadrage scientifique : Des espaces transformés par la mondialisation, grands ensembles régionaux et dynamiques territoriales en Afrique, quelques pistes...

par Jean-Fabien Steck

Le nouveau programme de quatrième propose d'aborder l'Afrique au sein du thème consacré à la mondialisation et à ses enjeux spatiaux, « des espaces transformés par la mondialisation ». Après avoir abordé les mers et les océans, supports et acteurs spatiaux de la mondialisation, après avoir proposé d'étudier les effets de la mondialisation sur les territoires de la superpuissance états-unienne, le programme invite les collégiens à comprendre « les dynamiques d'un grand ensemble géographique africain ». Il y a, dans cette façon d'appréhender l'Afrique en l'accolant à l'étude de la mondialisation une forme de constante dans les programmes actuellement en vigueur qui abordent directement ce continent : c'est en effet l'approche qui est également privilégiée en classe de Terminale. Cette entrée par la mondialisation traduit une volonté de mise en perspective des approches du continent, notamment celles qui reposent sur la marginalité et sur la pauvreté, en privilégiant l'étude de dynamiques systémiques complexes fondées sur une perspective que l'on peut considérer ici comme étant fondamentalement pluriscalaire. L'entrée par la mondialisation pose en effet la question des articulations entre les territoires dans une double perspective, verticale et horizontale : verticale parce que posant la question des articulations entre le mondial et le local, en prenant bien soin d'identifier toutes les échelles intermédiaires et de ne jamais négliger les modalités de leurs articulations ; horizontale, entre territoires de même niveau ou étant partenaires / en relation(s) / en concurrence, le plus souvent les trois à la fois.

 
Carte 1 : L'Afrique dans le monde : invisibilité économique et nouveaux enjeux stratégiques (1)

planisphère PIB anamorphose cartogramme

Planisphère par anamorphose de la part des pays dans le PIB mondial. source : Banque mondiale

 

Placer l'Afrique dans cette grille de lecture fondamentalement géographique, c'est à dire accordant aux espaces et aux territoires une place centrale dans l'analyse tant comme cadre de l'action des acteurs que comme acteurs eux-mêmes (ce qui n'est pas la moindre des difficultés conceptuelles qui se pose aux didacticiens et aux pédagogues), c'est d'abord inviter à questionner cette échelle, continentale, et, plus encore, cette entrée suggérée par « grand(s) ensemble(s) géographique(s) ». Quelle est cette « Afrique », souvent à peine visible (carte 1), ainsi impliquée dans les dynamiques relationnelles de la mondialisation, quels sont les espaces et les territoires de cette mondialisation africaine, quelles approches pertinentes permettent de les saisir, en dépassant autant que faire se peut la schizophrénie des approches qui oscillent entre afro-pessimisme et afro-optimiste (Chrétien et al., 2005, Magrin, 2015) ?

1.1. Afrique / Afriques

Il convient de revenir d'abord sur l'entrée continentale et sur sa signification. L'approche par le continent a déjà suscité de nombreuses publications, en géographie en général((Voir en particulier Grataloup Christian, L’invention des continents : comment l’Europe a découpé le monde. Paris : Larousse, 2009, 224 p.))et en géographie africaniste en particulier. Incontestablement l'Afrique apparaît bien aujourd'hui comme étant un nouvel enjeu stratégique (Hugon, 2016)((On doit aussi souligner l'intérêt que représente l'Afrique pour les narcotrafiquants, qui participent d'une autre forme de la mondialisation... Voir, entre autres, Antil Alain, « Trafic de cocaïne au Sahel », Études, 10/2012 (Tome 417), p. 307-316. Voir aussi ces deux cartes réalisées par l'OCDE qui montrent combien l'Afrique de l'Ouest est intégrée dans les réseaux de la mondialisation du trafic de drogue, qu'il s'agisse de la cocaïne ou du cannabis)), tant sur les plans militaires (carte 2) que sur les plans économiques : la multiplication d'ouvertures de lignes maritimes entre les ports africains et les ports asiatiques((essentiellement du fait de stratégies d'armateurs extérieurs au continent, dont les européens Maersk et CMA-CGM. Sur cette question des influences des échanges Asie-Afrique sur les ports, voir Chaponnière, 2010))montre ainsi que l'inscription du continent dans la mondialisation semble se faire selon une perspective de relations que l'on pourrait qualifier d'horizontale et qui justifient la pertinence d'une approche continentale unique. Celle-ci est toutefois bien vite dépassée, et l'on remarquera en particulier le jeu permanent des auteurs avec le singulier et le pluriel et, quelques soient les choix éditoriaux opérés (qui ne sont pas toujours, pour le choix des titres, ceux des auteurs), la volonté affichée et affirmée de toujours tendre au pluriel.((Les choix des éditeurs en disent long sur les représentations qu'ils ont a priori de la réception qui sera celle de leurs ouvrages et, corrélativement, sur une certaine forme de traditionalisme dans les approches affichées. Et ici sur une certaine forme de maintien et des découpages traditionnels (Afrique du Nord, Afrique subsaharienne, que l'on retrouve par exemple dans la Géographie universelle dirigée par R. Brunet) et sur l'usage du pluriel.))

 
Carte 2 : L'Afrique dans le monde : invisibilité économique et nouveaux enjeux stratégiques  (2)
 
découpage du monde US Army planisphère découpage du monde planisphère US Army 2

Les commandements régionaux de l'armée des États-Unis, avant 2005 et après 2005 (source : US Army)

Les Afriques, ce sont d'abord deux ensembles assez nets que le Sahara semble sinon opposer à tout le moins distinguer. Il n'est pas nécessaire de revenir ici sur l'erreur fondamentale qui considère le Sahara comme une coupure alors qu'il est aussi, d'une certaine manière, une synapse,((Voir notamment  :
- OCDE/CSAO (2014), Un atlas du Sahara-Sahel : Géographie, économie et insécurité, Éditions OCDE, Paris.
- « Géopolitique du Sahara ». Hérodote 2011/3 (n° 142) 
- Choplin Armelle, Pliez Olivier (éds), « Sahara et Sahel, territoires pluriels », Mappemonde, n°103 (3-2011),
- Bredeloup Sylvie, Pliez Olivier, « Migrations entre les deux rives du Sahara », Autrepart, 4/2005 (n° 36), p. 3-20))
mais de prendre acte de la persistance d'une coutume qui, à quelques exceptions près, renvoie ces deux Afriques à deux sphères distinctes, tant sur le plan politique (l'Afrique du Nord n'est-elle pas davantage méditerranéenne et/ou arabo-musulmane qu'africaine, quand bien même la plupart de ses pays appartiennent à l'UA – cartes 3 et 4 ? et l’Égypte ne relève-t-elle pas du commandement américain du Proche-Orient et non du commandement Afrique – carte 2 ?) que scientifique. Les raisons qui permettent d'expliquer cette coupure sont nombreuses, mais doit-elle être pour autant automatiquement reproduite ? Les différentes questions que pose la mondialisation, notamment ce jeu de relations verticales et horizontales, ne devraient-elles pas inviter à considérer autrement les articulations entre ces deux (très) grands ensembles régionaux africains ? De fait, rare sont les programmes de recherche qui font de ces articulations et de ces liens un objet d'étude à portée régionale intégratrice, et plus rares encore sont les ouvrages de géographie consacrés à l'Afrique qui intègrent ces deux espaces dans une analyse commune, que le programme de terminale, à la différence du  programme de quatrième, propose et promeut.

Carte 3 : Un découpage régional de l'Afrique : celui de l'ONU
  Afrique découpage régional d'après l'ONU  

À une échelle plus fine, il est de coutume de subdiviser l'Afrique subsaharienne (laquelle est plutôt au sud du Sahara qu'en dessous...) en différents grands ensembles : c'est ainsi que procède l'ONU (carte 3) en identifiant, outre l'Afrique du Nord, quatre Afrique (occidentale, centrale, orientale et australe), sans que les critères de définition soient jamais explicitement présentés. Comme tout découpage celui-ci ne manque pas de susciter quelques questions et de poser problème, mais qu'il est difficile de résoudre en l'état. Les différents ouvrages qui proposent une géographie régionale de l'Afrique se proposent d'ailleurs eux-aussi de regrouper les pays étudiés en grands ensembles, différentes et dont la cohérence est généralement explicitée par les auteurs. Deux exemples méritent attention, qui renvoient à deux époques et à deux découpages de nature bien différente (voir encadré).

 
Encadré : Les approches régionales dans L'Afrique de Pierre Gourou (1972) et Les Afriques au Sud du Sahara de Dubresson, Marchal et Raison (1994)

Le découpage régional de L'Afrique de Pierre Gourou, Paris, Hachette, 1972 :

  • L'Afrique occidentale : États soudanais (Tchad, Niger, Haute-Volta, Mali) ; États littoraux (Sénégal, Gambie, Guinée portugaise, République de Guinée, Sierra Leone, Liberia, Côte d'Ivoire, Ghana, Togo, Dahomey) ; Nigéria ; Cameroun ; Îles atlantiques
  • L'Afrique Noire du nord-est : Soudan oriental ; Éthiopie ; Corne de l'Afrique (Territoire français des Afars et des Issa, République de Somalie, Socotra)
  • L'Afrique orientale : Uganda ; Kenya ; Tanzanie
  • L'Afrique équatoriale : Gabon, Congo-Brazzaville, République centrafricaine ; Congo Kinshasa ; Ruwanda, Burundi
  • L'Afrique noire du sud-est : Malawi et Zambie ; Rhodésie ; Moçambique
  • L'Afrique australe : République d'Afrique du Sud ; la mouvance la République sud-africaine (Lesotho, Swaziland, Botswana) ; l'Angola
  • Les îles de l'Océan indien : Madagascar ; Mascareignes et Seychelles
  • Le Sahara : États sahariens (Libye, Mauritanie) ; L’Égypte
  • Le Maghreb : Maroc ; Algérie ; Tunisie


Le découpage régional des Afriques au Sud du Sahara de Alain Dubresson, Jean-Yves Marchal, Jean-Pierre Raison, Géographie Universelle, Paris, Belin, 1994

  • La façade sahélienne : les enclaves de la boucle du Niger (Niger, Burkina-Faso, Mali) ; le Sahel maritime (Sénégal, Gambie, Mauritanie, Cap Vert)
  • La façade guinéenne : les rivières du Sud (Guinée-Bissau, Guinée, Sierra Leone, Liberia) ; Côte d'Ivoire et Ghana ; Togo et Bénin ; Le Nigéria
  • L'Afrique centrale : Cameroun ; Tchad et Centrafrique ; Zaïre ; Congo-Atlantique (Gabon, Guinée équatoriale et São Tomé et Principe, Congo)
  • L'Afrique orientale : Éthiopie et Érythrée ; Corne de l'Afrique (Somalie, Djibouti) ; Soudan ; Ouganda ; Rwanda et Burundi ; Kenya ; Tanzanie
  • L'Afrique australe : Afrique du Sud ; premier cercle de l'Afrique australe (Namibie, Lesotho, Swaziland, Botswana, Mozambique) ; les périphéries de l'Afrique australe (Zimbabwe, Malawi, Zambie, Angola)
  • Le sud-ouest de l'Océan indien : Madagascar ; semis d'îles sur l'océan (Comores, Mascareignes-Seychelles)
 

Ces différents découpages posent assez clairement tous la question de leur justification, de leur signification et parfois, il faut bien le dire, de leur pertinence. À ce titre le découpage proposé par le nouveau programme de quatrième n'échappe pas à la règle et pose un certain nombre de questions. On peut d'emblée s'interroger : pourquoi s'être ainsi limité à trois grands ensembles ? Pourquoi ne pas proposer l'Afrique du Nord comme l'un de ces grands ensembles ? Pourquoi avoir omis l'Afrique centrale, qui il est vrai pose de redoutables problèmes de définition ? Plus fondamentalement, pourquoi avoir repris ces découpages faciles et scientifiquement discutables qui font écho de façon incomplète à ceux de l'ONU ? Fort heureusement, les périmètres de ces grands ensembles régionaux ne sont pas précisés, laissant ainsi aux professeurs la possibilité en fonction de l'angle d'attaque choisi pour leur cours d'en définir les contours : le document d'accompagnement publié sur Éduscol donne quelques pistes pour le faire, en s'appuyant sur les ports et les hinterland en Afrique de l'Ouest ; en s'appuyant sur les investissements productifs dans l'agriculture et le tourisme en Afrique orientale((On se permettra toutefois d'émettre quelques critiques sur certaines de ces pistes. L'Afrique orientale est fondamentalement maritime : l'aire swahili ne peut se définir que par son ouverture sur l'Océan Indien ; les dynamiques de l'investissement portuaire sont particulièrement forts, notamment à Djibouti, au Kenya et en Tanzanie ; même la piraterie, évoquée dans le texte, participe d'une ouverture sur l'océan aux conséquences multiples et parfois contradictoires.))voir l'article d'Alain Gascon ; s'appuyant sur l'aire d'influence de l'Afrique du Sud en Afrique australe, comme l'ont fait Solène Baffi et Jeanne Vivet dans leur article.

 

 

1.2. Grands ensembles régionaux et intégrations régionales supranationales

Cette question des découpages régionaux en « grands ensembles » n'est évidemment pas propre à l'Afrique et, couplée à une étude de la mondialisation et de ses effets, renvoie à la question du couple mondialisation-intégrations régionales. A. J. Scott a particulièrement étudié cette question dans ses travaux (Scott et Storper, 2006), et ceux-ci renvoient directement à d'autres formes de découpages, politiques et économiques, qui sont ceux que l'on peut appréhender en étudiant les organisations supranationales, leurs territoires et, surtout, leurs modalités de fonctionnement et leurs outils d'intégration(s), s'il y en a... L'Afrique, comme tous les autres continents du monde, est marquée par ces organisations et leur étude mériterait sans doute un peu d'attention (carte 4).

 
Carte 4 : Quels découpages pour quelles intégrations ? Les associations régionales en Afrique 

Source : Questions internationales n°33, septembre-octobre 2008, La Documentation française, avec l'aimable autorisation de l'éditeur.

 

Le continent africain est en effet organisé par de nombreuses associations régionales supranationales. L'une d'entre-elle, l'Union africaine, a une vocation continentale et n'entre de ce fait pas dans une analyse qui doit être conduite par « grands ensembles ». Elle mérite toutefois attention, car elle regroupe l'ensemble des pays du continent, surtout depuis que le Maroc a annoncé en juillet 2016 son intention d'y adhérer de nouveau, après l'avoir quitté en 1984 (ce qui en dit long sur les prétentions africaines du royaume), et pose ainsi de ce fait la question de l'unicité du continent, du projet politique complexe et fluctuant du panafricanisme et des nombreuses résistances qu'il a suscité.((Sur l'histoire du panafricanisme, voir entre autres Catherine Coquery-Vidrovitch, Henri Moniot, L'Afrique noire, de 1800 à nos jours. Paris : Presses Universitaires de France, « Nouvelle Clio », 2005, 506 pages, pages 424-426))À une échelle plus fine, on peut identifier de nombreuses associations régionales qui dessinent une cartographie complexe de l'Afrique des grands ensembles. On ne peut les évoquer sans évoquer concomitamment les facteurs qui les expliquent. Certaines d'entre elles sont des héritages coloniaux, même si elles ont pu connaître des ajustements depuis les années 1960. C'est ainsi le cas des unions monétaires des zones franc, qui délimitent d'abord l'aire d'extension d'une monnaie unique, gagée sur le trésor français et gérée par deux banques centrales (BCEAO et BEAC).((Pour une approche critique (et critiquée) du Franc CFA posant aussi la question de l'intégration régionale, voir Nubukpo Kako, « Le franc CFA, un frein à l'émergence des économies africaines ? », L'Économie politique, 4/2015 (N° 68), p. 71-79.))Une autre doit son histoire à la volonté d'encercler l'Afrique du Sud à l'époque de l'apartheid avant de devenir l'aire d'extension de l'influence sud-africaine en Afrique australe (la SADC). D'autres enfin correspondent à de réels projets d'intégration régionale, plus ou moins poussés. La CEDEAO est sans doute celle qui va le plus loin dans l'intégration des territoires, notamment par l'application d'un principe de libre circulation (qui ne doit toutefois pas masquer les difficultés effectives). D'autres peinent à véritablement fonctionner, comme la CEMAC dont le principe de libre circulation n'est par exemple pas ratifié par deux de ses membres (le Gabon et la Guinée Équatoriale).

De façon générale, la question de la contribution de ces associations intégratrices régionales au développement suscite débats et discussions (Hugon 2015 et CNUCED 2013 notamment p. 4 et 5). Parallèlement à ces associations régionales, on peut également voir émerger des associations fonctionnelles sectorielles dont la constitution est souvent suscitée par de grands projets internationaux. On peut ainsi évoquer l'association du Kenya, de l'Ouganda, du Rwanda, du Burundi, de la RDC et du Soudan du Sud au sein de l'Autorité de coordination de transit et de transport du corridor Nord dont l'unique raison d'être, pour l'instant, est d'assurer la réalisation d'un ample programme de corridors de transports et de développement ayant pour ambition de désenclaver États et régions... en redessinant parfois (souvent) de nouvelles configurations régionales qui bousculent les associations traditionnelles et imposent de penser autrement les associations régionales et grands ensembles corrélés. On peut aussi citer les nouvelles associations dans le secteur de l'énergie ayant essentiellement la responsabilité de mettre en œuvre l'interconnexion des réseaux électriques, priorité promue par le NEPAD (Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique) : le Southern African Power Pool (SAPP) semble ainsi la plus avancé, lui qui depuis 1995 regroupe 16 opérateurs nationaux (d'Afrique du Sud, Angola, Botswana, Lesotho, Malawi, Mozambique, Namibie, R.D.C., Swaziland, Tanzanie, Zambie, Zimbabwe) et soutient actuellement 25 projets (Magrin et al., 2016, p. 70-71). 

On le voit, la question des grands ensembles géographiques et de leur définition est une question délicate. Elle renvoie aussi à une question géographique fondamentale : si les grands ensembles régionaux et les associations régionales ont pu sembler pendant les années 1980 et 1990 être une entrée pertinente pour analyser d'abord à cette échelle et selon ce processus le déploiement de la mondialisation, conçue ici comme étant à la fois « l'émergence du monde comme espace » (Lévy 2008) et, dans une perspective néo-braudelienne, l'extension du système capitalisme et de ses multiples composantes et variantes, le rapport de la mondialisation à l'espace et aux territoires est apparu de plus en plus complexe depuis lors. On retrouve d’ailleurs cette complexité dans l'intitulé du programme de terminale et dans le document d'accompagnement publié sur Éduscol qui renvoient non pas à ces grands ensembles régionaux mais bien à d'autres échelles et catégories spatiales et territoriales, que l'on peut ici définir comme étant des lieux de la mondialisation.

Si la mondialisation maritime apparaît aujourd'hui comme étant un élément majeur d'analyse de l'intégration spatiale à la mondialisation, si les ports et les corridors semblent commander l'aménagement des territoires en paraissant apporter une réponse aux enjeux de l'enclavement (Debrie et Steck, 2001, p. 26-36), ce dernier reconnu par l'ONU depuis 2003 comme étant un facteur aggravant de mal-développement, si associés ces éléments peuvent concourir à justifier une approche de l'Afrique par grands ensembles, quand bien même les limites (mouvantes) de ces derniers et la multiplicité des facteurs d’identification doivent conduire à une approche sans doute un peu plus fine de ce qu'ils sont, il semble toutefois nécessaire d'appréhender aussi à une autre échelle les espaces et territoires mondialisés de l'Afrique et d'analyser avec d'autres outils la question des articulations entre aménagement et développement (local, durable, local et durable). De ce fait, l'approche par grands ensembles, si elle a sa pertinence, doit être complétée. Il ne s'agit évidemment pas d'évoquer tous les types d'espaces et de territoires qui sont concernés, mais d'en identifier quelques-uns, particulièrement pertinents pour saisir les dynamiques africaines contemporaines en posant la question de leur réticularité et de leurs ancrages au sein de territoires plus amples et plus complexes : les ports et les corridors ; les espaces productifs et les enjeux du développement (durable) local (Pecqueur 2007) ; les métropoles. Le développement, par la prééminence de sa dimension économique, impose en effet que l'on questionne le fonctionnement des systèmes productifs et, en particulier, que l'on questionne le fonctionnement des espaces productifs sur lesquels ils se déploient et qui eux aussi agissent sur leur fonctionnement. Le rapport 2009 de la Banque mondiale, « Repenser la géographie économique », comme le rapport 2015 de La BAD-OCDE, « Développement territorial et inclusion spatiale », qui  se présentent comme des diagnostics prospectifs prescripteurs de politiques, rappellent bien ce qui est de leur point de vu un impératif : que politiques de développement et politiques d'aménagement des territoires soient, dans toutes leurs dimensions, fermement associées.((Il faudrait pour être complet revenir sur les débats que suscite la notion de " développement " en elle-même. On pourra se reporter avec profit à Rist Gérard, Le développement, histoire d'une croyance occidentale. Paris, Presses de Sciences Po, 2013 (4ème édition)))

 

 

1.3. Ports et corridors, les infrastructures et l'aménagement des territoires

Les ports et les corridors sont incontestablement des hauts lieux de la mondialisation et leur localisation en tant qu'interfaces est un enjeu majeur sur le continent africain. Que ce soit en Afrique du Nord, comme en Afrique de l'Ouest, australe ou orientale, les investissements dans les grandes infrastructures portuaires et logistiques continentales sont une tendance généralisée (carte 5). Les articles de Fabrice Folio et de Cristina D'Alessandro montrent comment les méga-projets en Afrique orientale et australe recomposent leur géographie à plusieurs échelles. Ces investissements, souvent portés par des grands groupes extérieurs au continent, témoignent de l'intérêt que ce dernier suscite. On peut ainsi retrouver, dans les ports, de grands acteurs des opérations portuaires en concession (le danois Maersk, à travers sa filiale APM Terminals, présent notamment à Tanger Med ; Dubai Ports World, présent notamment à Djibouti ; le français Bolloré, présent dans de nombreux ports ouest-africains), ports qui attirent les armateurs parmi les plus puissants du monde comme Maersk et CMA-CGM, qui opèrent également sur les routes Afrique-Asie (Debrie, 2014). Ces ports jouent aujourd'hui tous un rôle majeur dans l'aménagement des territoires auxquels ils appartiennent et qu'ils structurent de plus en plus (Steck, 2016). Ce n'est certes pas un fait nouveau, et certains d'entre eux ont déjà joué un rôle majeur dans l'organisation de l'espace des pays où ils se situaient, mais cela se fait aujourd'hui à une autre échelle, avec une autre ampleur et avec de nouveaux acteurs, notamment appartenant au secteur privé. Il est ici une fois encore possible d'évoquer le rôle que peut jouer un grand groupe logistique comme le groupe Bolloré dont les projets ferroviaires en Afrique de l'Ouest sont d'envergure et ne seront pas sans effet sur l'aménagement des territoires, conçus ici à une toute échelle qu'étatique : il en va ainsi du projet de boucle ferroviaire reliant Abidjan (Côte d'Ivoire), le Burkina Faso, le Niger et Cotonou (Bénin).

 
Carte 5 : Aménager pour intégrer : les corridors de développement entre ouverture au monde et développement local ?

Nouvelles frontières commerciales en Afrique, corridors

Source : OCDE et Banque africaine de développement, 2015

 

Dans ce contexte, de nouvelles questions émergent. D'une part, se pose la question de l'identification des acteurs qui portent ces projets et qui de ce fait apparaissent comme étant les principaux acteurs des politiques d’aménagement des territoires : quelle est la place respective des investisseurs du secteur privé, des bailleurs internationaux (carte 6), des organisations supranationales et des États ? En particulier, qui a la maîtrise des calendriers et des échéanciers ? Les bailleurs chinois ont ainsi après la crise de 2008 renoncé à leurs projets d’infrastructures en RDC. Ils ont cependant participé à une accélération des projets ferroviaires kényans, le gouvernement de ce pays ayant voulu mettre à profit le sommet Chine-Afrique de Johannesburg en décembre 2015 pour obtenir un financement. Les résistances au projet de boucle ferroviaire en Afrique de l'Ouest sont une illustration des résistances que suscitent parfois ces grands projets en partie portés de l'extérieur et participant de ce fait des approches de la mondialisation en Afrique.

 
Carte 6 : Les enjeux du désenclavement du Katanga, entre enjeux économiques et enjeux politiques

Source : carte créée par Philippe Rekacewicz, visionscarto.net, 2009, avec l'aimable autorisation de l'auteur

 

L'étude et l'analyse de ces grands projets infrastructuraux ne peut se faire sans que soit abordée une question majeure, fondamentalement géographique : quelle est leur contribution à l'aménagement des territoires et qu'attend-on d'eux ? Ont-ils pour vocation de franchir une distance entre deux pôles majeurs (ou un pôle majeur et son exutoire maritime) au plus vite ou ont-ils aussi vocation à assurer une certaine forme de desserte locale ? Le modèle de corridor de développement, promu par de nombreux acteurs, a pour ambition de tenter d'associer les deux dimensions : le corridor de Maputo, qui relie Johannesburg à la capitale et au port mozambicain est sur le papier un modèle du genre, sans cesse cité en exemple dans les rapports des grands bailleurs et producteurs de modèles de développement. L'enjeu est d'importance, car au-delà du nécessaire désenclavement stratégique des espaces productifs enclavés (l'aire métropolitaine du  Gauteng en Afrique du Sud ; les régions d'horticulture et industrielles de Naivasha et de Nakuru au Kenya ; le Katanga minier en RDC, via l'Afrique orientale rattachant ainsi cette partie de l'Afrique centrale à un autre grand ensemble régional ; les régions cotonnières sahéliennes...) se pose en effet la question de l'aménagement des espaces traversés et de la contribution des infrastructures au développement local, quand bien même cette contribution peut être discutée.((« Les effets structurants des infrastructures de transport », L’Espace géographique, 1/2014 (Tome 43).))

 

 

1.4. Espaces productifs et développement local

Mondialisation, infrastructures, réticularité... cette dernière renvoie à la multiplicité et à la diversité des espaces productifs et à leur dispersion. Si la question de leur mise en réseau est évidemment centrale et renvoie très directement à la question de l'effectivité de l'ancrage de ces territoires africains à la mondialisation, une autre question émerge alors immédiatement : celle de la contribution de ces espaces productifs au développement, et notamment au développement local en interrogeant ses éventuels effets d'entraînements territorialisés.((Sur la notion et les politiques de « territorialisation », voir Bassett Thomas J. et Gautier Denis, « Territorialisation et pouvoir : la Political Ecology des territoires de conservation et de développement », EchoGéo [En ligne], 29 | 2014.))Une fois encore, la question n'est pas nouvelle, mais elle a connu ces dernières années un renouvellement certain porté par de nouvelles approches et analyses. On évoquera en particulier les travaux de G. Magrin qui aborde en géographe la question de l'économie de rente et de ses effets territoriaux (Magrin 2013, Magrin et Perrier-Bruslé 2011) et l'analyse à travers la figure spatiale de l'enclave, ici extractive. A la qualité du désenclavement de l'espace productif connecté aux marchés mondiaux répond l'ampleur des effets d'enclave qu'il suscite concomitamment. G. Magrin propose de le modéliser à partir de ses travaux (carte 7) et suggère ainsi qu'une géographie des flux (flux entrants de capitaux, flux sortant de marchandises et de revenus) s'oppose ici à une géographie de l'intégration territoriale. Celle-ci ne se fait pas faute d'effets d'entraînements locaux, pourtant parfois prévus dans les projets initiaux mais rarement conduits à leur terme.((Voir par exemple : Magrin Géraud, « Le pétrole contre l’enclavement : un enjeu de la mondialisation au sud du Tchad », Labyrinthe [En ligne], 16 | 2003, à actualiser avec « Pétrole tchadien: la Banque mondiale retire ses billes », Alternatives Économiques, 2008))

 
Figure 7 : Le modèle de l'enclave

schéma économie d'extraction d'après Magrin 2013

Source : D'après Géraud Magrin, Voyage en Afrique rentière : une lecture géographique des trajectoires de développement, 2013, p. 356

 

Plusieurs types de ces espaces productifs « enclavés » peuvent être présentés, débouchant sur des analyses géographiques qui, au-delà des études de cas considérées, offrent généralement des perspectives thématiques et théoriques plus amples. On se permettra d'en évoquer quelques-uns, qui tous à leur façon questionnent la pertinence des approches affichées en termes de durabilité.

La capacité de l'espace productif à s'inscrire dans la durée et à pouvoir résister aux mutations des systèmes productif est évidemment centrale, et participe du premier enjeu de la durabilité. Alors que de nombreux pays d'Afrique font de la valorisation de leurs ressources extractives un pilier de leurs politiques de développement économique, bien peu envisagent la question de « l'après » : c'est notamment le cas en Guinée-Équatoriale où les années de croissance du PIB des années 1990-2000 ont cédé la place à des années de récession sans que ni l'espace productif ait pu être consolidé, ni que les disparités économiques et de développement au sein des territoires du pays aient pu être atténuées.((« Guinée Équatoriale » dans Images Économiques du Monde : géo-politique/-économie 2017. Paris, Armand Colin, 2016. Voir aussi les anciennes éditions (depuis 2009 et la fiche consacrée à « Malabo-Bata ») pour saisir l'évolution du pays ces dernières années.))La fermeture en 2012 de l'usine d'alumine de Fria, en Guinée, en est, à une autre échelle, une autre excellente illustration : lancé à la toute fin de la période coloniale, le programme d'aménagement industriel de Fria ne s'est jamais traduit par une diversification des activités et rien n'a été conçu pour localement fonctionner en dehors de la dépendance à l'usine. Les principaux services urbains étaient assurés par les groupes industriels qui se sont succédé (santé, école...), y compris les services en réseaux (eau et électricité, la ville de Fria n'ayant été raccordée au réseau national guinéen qu'en 2015). La fermeture de l'usine a donc été localement une catastrophe faute non seulement d'alternatives économiques ailleurs que dans un informel urbain de survie, mais aussi du fait d'une conception qui pousse à l'extrême la logique de l'enclave, étendue ici à la ville sans que cette extension puisse ici être qualifiée d'intégration. La ville aurait perdu, selon les estimations, jusqu'à 20 % de sa population.((Knierzinger Johannes, "Fria in Guinea: A Dismissed Bauxite Town". Stichproben, vol. 30/2016, p. 137-161 et pour situer Fria dans son contexte Knierzinger Johannes, « Après le boom : la laborieuse mise en œuvre de nouvelles régulations dans le secteur minier guinéen », EchoGéo [En ligne], 38 | 2016))On le voit ici, inscription dans le temps et articulation aux territoires font partie d'un même enjeu, économique et social.

Cette question du lien entre espaces productifs et développement local se pose aussi en termes environnementaux, ce qui permet de compléter cette approche par la durabilité, approche que l'on ne doit pas limiter à la simple, quoi que essentielle, question de la remise en état des sites lorsque l'activité cesse... Ainsi, au Kenya, la région de Naivasha, haut lieu de l'horticulture mondialisée, les enjeux du développement durable renvoient à la fois aux conditions de travail au sein des fermes qu'aux pressions qu'exerce un tel système productif sur le milieu et notamment sur la question de l'eau (Calas, 2013, Rouillé et al., 2015, p. 131-146). À une autre échelle, le désenclavement de cette région, notamment par une ligne de chemin de fer à gabarit international, pose la question des conditions de réalisation de cette dernière, qui empiète sur de larges étendues d'espaces naturels protégés, notamment au sein du Parc national de Nairobi((Garric Audrey, « Au Kenya, le parc national de Nairobi au bord de l’asphyxie », Le Monde, 2015)) - et ce alors même que le patrimoine, naturel et culturel, est de plus en plus souvent considéré comme un support majeur de développement local, comme le montre l'article de Marie Bridonneau, « Mondialisation, patrimoine et tourisme en Éthiopie : La petite ville sacrée de Lalibela ». 

Dernier exemple que l'on évoquera ici, celui des effets que l'enclave minière peut avoir sur les modes de vie et les territoires des populations occupant les sites transformés en espaces productifs. A. Afane et L. Gagnol (2010, 2014), dans leur étude portant sur les Touaregs Kel Ewey du Niger, montrent bien combien l'intrusion d'un projet de grande ampleur comme celui du site d'Imouraren (aujourd'hui suspendu), du groupe français Areva, bouleverse l'espace vécu d'une population nullement associée au projet. Se posent alors des questions qui renvoient, avant même qu'il puisse être question de développement par capillarité, d'effet d'entraînement ou d'intégration, aux enjeux de la participation des populations concernées et à la reconnaissance de leurs droits d'usages, analysée ici, par ces auteurs, sous le prisme théorique de la justice spatiale.

Enfin, cette brève et partielle présentation de quelques types d'espaces productifs africains ne pourra être complète sans que l'on attire aussi l'attention sur des territoires qui s'articulent à la mondialisation sans avoir été nécessairement la cible de politiques entrepreneuriales, d'aménagement du territoire ou de développement. Il y a bien là une « mondialisation par le bas » qui mérite une grande attention et qui est elle aussi un facteur de profondes transformations, notamment des pratiques des habitants par la diffusion de pratiques de consommation qui ne vont pas toujours sans poser des problèmes macro-économiques. (voir à ce sujet le rapport de la CNUCED (2013) qui évoque la sur-représentation de la consommation finale des ménages et donc du commerce dans la croissance des PIB africains, qui se traduit par une accentuation des déséquilibres commerciaux).

Ces quelques exemples permettent de montrer combien l'approche de la mondialisation à des échelles plus fines est nécessaire pour comprendre combien les enjeux temporels, territoriaux et toujours pluriscalaires sont ici essentiels pour reposer, encore et toujours, la question politique des jeux complexes d'acteurs nombreux et d'importance ou d’influence inégales.

 

 

1.5. Les métropoles africaines, piliers d'une intégration réticulée à la mondialisation ?

Si l'approche par les grands ensembles conduit à tenter de définir ces derniers, à identifier les réseaux qui les structurent et qui, au-delà des institutions qui peuvent les gérer et (parfois) les gouverner, contribuent à leurs intégrations ; si l'approche par les ports, corridors et espaces productifs permettent de saisir les enjeux d'une intégration réticulée par les réseaux posant en d'autres termes et à d'autres échelles la question du désenclavement et de ses enjeux ; une dernière catégorie spatiale et territoriale mériterait dans le cadre de cette brève présentation une attention toute particulière : les villes et les métropoles.

S'il est bien évident que l'on ne peut évoquer les réseaux qui structurent les territoires sans prendre en considération les réseaux urbains, et s’il est aujourd'hui communément admis que même lorsque l'on parle de dynamique pionnière on parle d'abord de l'extension d'un réseau de villes petites et moyennes bien connectées représentant autant de points nodaux de première importance, alors ces villes sont bien une composante essentielle de cette transformation des espaces dont il est question ici. Au-delà de cette approche en réseaux, les villes sont aussi des lieux de la mondialisation, des lieux de développement, des lieux où l'ensemble des enjeux que l'on a pu décrire dans les lignes qui précèdent sont aussi présents. Alors que le continent africain s'urbanise à un rythme soutenu, cette question urbaine ne peut rester secondaire dans l'analyse et participe de l'analyse des dynamiques territoriales que l'on propose ici. Il n'est bien évidemment pas possible en quelques lignes de développer ici cette ample question, mais au moins s'agit-il de donner quelques pistes. C'est une question sur laquelle existe une littérature abondante et qui apparaît aujourd'hui stratégique aux grandes agences internationales qui s'intéressent au développement du continent. Ainsi, en mai 2016, la Banque Africaine de Développement et l'OCDE ont consacré leur rapport annuel Perspectives économiques en Afrique aux « Villes durables et transformations structurelles », un an après celui consacré au « Développement territorial et inclusion spatiale ». Le rapport de la Banque mondiale de 2008 évoqué plus haut accorde lui aussi une très grande importance au fait métropolitain, non sans susciter de nombreuses critiques, justifiées (Giraut, 2009).

Les villes apparaissent donc comme étant au cœur d'enjeux et de stratégies politique de toute première importance : bien loin des discours portant sur les « biais urbains », les politiques d'aménagement du territoire et de développement intègrent aujourd'hui pleinement les villes dans leurs projets, et fondent même bien souvent ces derniers sur leur existence. De ce fait, la question des articulations entre villes et territoires se posent en des termes renouvelés, selon différentes entrées, à différentes échelles.

- Les relations villes-campagnes doivent être revues dans une perspective qui certes continue de poser la question des approvisionnements vivriers, des jeux territorialisés différentiels de gestion de crise (Chaléard et Dubresson, 1990, p. 277), mais qui aborde aussi les échanges marchands allant des villes vers les campagnes, notamment dans un contexte mondialisé((Voir par exemple le cas du commerce des sandales en plastique au Cameroun : Racaud Sylvain, « Chasing a Pair of Chinese Sandals: Markets and Trade Routes in Cameroon », Articulo - Journal of Urban Research [Online], 12 | 2015)), et, c'est essentiel, repose la question de la frontière entre la ville et la campagne dans un contexte d'extension métropolitaine (Chaléard 2014).

- Le rôle des villes dans l'aménagement des espaces régionaux est remis en avant, et avec lui la question des dynamiques des réseaux urbains, qui invitent de ce fait à retravailler la notion de macrocéphalie.

- La question des relations de coopération ou de compétition entre métropoles mérite une attention particulière, qu'elle se fasse entre métropoles nationales (Douala et Yaoundé au Cameroun, Brazzaville et Pointe Noire au Congo, Johannesburg, Le Cap, Durban en Afrique du Sud...), ou entre métropoles ayant des ambitions régionales au sein des grands ensembles (Abidjan, Accra, Lagos ; Nairobi, Addis-Abeba...). Un grand projet, portée par la CDEAO et la Banque mondiale comme le corridor Abidjan-Lagos, montrent bien ce que sont les enjeux contradictoires de la construction d'un tel ensemble, d'une telle façade : essentiel à l'intégration de la sous-région ouest-africaine aux réseaux de la mondialisation, il repose sur l'intégration entre elles de métropoles portuaires concurrentes... (Lombard, Ninot et Steck, 2014, p. 253-272)

 
Carte 8 : Géopolitique africaine alternative

Carte de synthèse en coloriage, par Philippe Rekacewicz, monde diplomatique

Source : Cette carte de Philippe Rekacewicz est le résultat d'un « dialogue cartographique » avec Achille Mbembe, entre 1999 et 2012. Lire l'article sur visionscarto.net. Avec l'aimable autorisation de l'auteur.

 

La place de ces métropoles au sein de leurs territoires, à la fois hub, relais et centre, ainsi que leur aménagements propres posent toujours la même question, que l'on pourrait d'ailleurs étendre aux autres parties de cette présentation et qui servira de conclusion : celle des modalités de la combinaison des impératifs de la compétition métropolitaine et des impératifs de la gestion territoriale et, pour les plus grandes d'entre elles, mégapolitaine. C'est à l'évidence là un enjeu majeur pour l'Afrique, qui, afin de dépasser une approche territorialisée opposant une Afrique « utile » à une Afrique marginale (carte 8), doit combiner promotion de la croissance économique, achèvement des objectifs du développement (durable) et justice et équité sociales et spatiales.((Voir les objectifs fixés par l’ONU et consulter la carte de Cécile Marin dans Le Monde diplomatique (2015) Sur la notion de justice spatiale, on peut consulter la revue en ligne Justice Spatiale.))

Jean-Fabien STECK,
maître de conférences, université de Paris Nanterre, équipe Mosaïques de l'UMR 7218 LAVUE

 

 

2. Cadrage pédagogique

par Nathalie Reveyaz

Si l’Afrique en tant que continent a toujours été présente dans les programmes scolaires, la manière de l’aborder et de l’étudier suit l’évolution de la discipline. Support de l’étude des gradients de développement et des liens population et développement, l’Afrique comme objet continental questionné comme les autres espaces au prisme de la mondialisation est une approche plus récente. Ainsi, Le programme de première bac pro((Bulletin officiel spécial n° 2 du 19 février 2009))entame cette évolution en permettant d’aborder dans l’étude de la mondialisation en sujet d’étude 4 « Les dynamiques des périphéries », le choix pouvant alors se porter sur un pays africain. Les programmes de 2013 de la classe terminale des séries générales ES-L et de de la série S((Bulletin officiel n° 42 du 14 novembre 2013 et Bulletin officiel n° 8 du 21 février 2013))considèrent les dynamiques géographiques de grandes aires géographiques, et voient le continent africain face au développement et à la mondialisation. Les nouveaux programmes de collège permettent à deux moments du cycle 4 d’aborder le continent africain ou certains de ses territoires, mais c’est en classe de quatrième que l’angle d’étude choisi est à la fois continental et régional par « les dynamiques d’un grand ensemble géographique africain (au choix : Afrique de l’Ouest, Afrique Orientale, Afrique australe) » dans le thème 3 « les espaces transformés par la mondialisation ». De fait ces deux entrées en lycée et en collège, invitent à conduire le raisonnement sous le prisme du rapport du territoire à la mondialisation en étudiant les effets les plus importants comme les dynamiques à la fois régionales et internes.

Le dossier thématique « Afrique(s), dynamiques régionales » permet aux enseignants d’appuyer leur réflexion sur des approches permettant de considérer l’Afrique comme un ensemble inséré dans la mondialisation qui cherche à valoriser ses aménités tout en révélant par le choix des acteurs des dynamiques pouvant conduire à des inégalités régionales ou sociales. Il fournit également des exemples ou des entrées pour l’étude de la mondialisation.

 - L’approche d’étude privilégiée peut considérer le lien avec l’étude de la mondialisation par :

- les lieux, notamment les métropoles comme pôles de la mondialisation. L’étude peut porter sur la pratique urbaine au sein des métropoles. Deux villes sont présentées : Nairobi et Lomé - « Vendre ou courir, il faut choisir : Déguerpissements et réinstallations des commerçants de rue à Lomé » de Natacha Gourland sous la direction d’Amandine Spire - « Portrait d’une ville par ceux qui la veillent. Les citadinités des gardiens de sécurité dans la grande métropole africaine (Nairobi, Kenya) » Jean-Baptiste Lanne –– L’exemple de Nairobi peut servir, en plus des positionnements déjà cités, d’étude de cas pour la classe de sixième dans le « thème 1 – Habiter une métropole » par l’étude des trajectoires de vie de certains habitants, d’une modalité particulière de l’habiter, de la citadinité dans une ville fragmentée.

 - les ressources, qu’elles soient naturelles ou patrimoniales. La valorisation des ressources permet une insertion dans les réseaux mondiaux d’échanges ou est génératrice de flux, de migrations tout en participant aux dynamiques locales et territoriales tout en favorisant le développement. Ainsi, les articles « Géographies accélérées du pétrole et du gaz en Afrique orientale » de Cristina D’Alessandro et « Acteurs et réglementation de l’espace halieutique : du conflit à l’intégration des communautés de pêcheurs sur l’Aire Marine Protégée de Cayar au Sénégal » d’Isabelle Siffert peuvent être porteurs de cette dimension. Alors que l’article de Marie Bridonneau « Mondialisation, patrimoine et tourisme en Éthiopie : La petite ville sacrée de Lalibela » peut guider une étude sur les écarts de richesses et les tensions avec la dimension touristique introduite par le classement au patrimoine de l’UNESCO du complexe des églises rupestres d’une petite ville dans une région rurale pauvre.   

 - les acteurs, le jeu des acteurs (locaux, régionaux, ou étrangers, publics ou privés…) peuvent se retrouver dans de nombreux articles du corpus documentaire. Les articles de Marie Bridonneau et d’Isabelle Siffert cités supra, pour l’étude à l’échelle locale du jeu des acteurs et les conflits d’usages induits, ou l’article également.

- les processus en abordant les flux, l’urbanisation et la métropolisation, la maritimisation et les enjeux stratégiques. Les différents articles du corpus peuvent servir d’appui à ces approches dans les questions programmes du thème 3 « Les espaces transformés par la mondialisation » de la classe de quatrième (cycle 4) et du thème 3 des programmes de terminales générales mais également utilisés dans l’étude des thèmes 2 « Les dynamiques de la mondialisation » en terminale ES-L et les dynamiques de la mondialisation en terminale S.

 - L’approche choisie peut être en lien avec des dynamiques internes ou régionales – Les mutations sociales et les recompositions territoriales comme les jeux d’influences  peuvent s’appréhender soit à partir d’un pays – article de Fabrice Folio «  Dynamisme et réorientation territoriale au Mozambique : un PMA en sortie ? » (Première bac pro sujet d’étude « 4 les dynamiques des périphéries », un PMA au choix) soit à l’échelle d’aire régionale – article de Solène Baffi et Jeanne Vivet « L’Afrique australe : un ensemble composite, inégalement intégré à la mondialisation », article d’Alain Gascon « Afrique orientale : des civilisations de l’hinterland face à la maritimisation » en quatrième : thème 3 « Les dynamiques d’un grand ensemble géographique africain (au choix : Afrique de l’Ouest, Afrique Orientale, Afrique australe »), et en Terminales ES-L et S pour une typologie régionale dans le continent africain face au développement et à la mondialisation. Les composantes et les enjeux dynamiques de la mondialisation s’étudient aussi sur un espace donné. Les interactions, le poids de certains facteurs exogènes comme les investissements, les zones d’influence s’étudient alors à différentes échelles et permettent de comprendre les recompositions. Ce processus peut s’envisager dans un jeu d’échelle par exemple du Mozambique à l’espace régional de l’Afrique australe jusqu’à l’espace mondial.

Le dossier « Afrique(s), dynamiques régionales », dans son ensemble, permet de considérer le continent africain dans une approche renouvelée, bien inséré dans la mondialisation mais révélant la réalité économique et sociale qui est la sienne tout en construisant de nouvelles dynamiques à l’échelle locale, nationale, des aires régionales et continentale.

Nathalie REVEYAZ
IA-IPR histoire et géographie – Académie de Grenoble

Mise en web : Jean-Benoît Bouron

 

 

Bibliographie

Voir aussi la bibliographie générale du dossier

Programmes et documents d'accompagnement
Bibliographie de référence
  • Chaléard J.-L. (éd.), Métropoles aux Suds : le défi des périphéries ? Paris, Karthala, 2014
  • Chrétien Jean-Pierre, Boilley Pierre, Brunel Sylvie, Gruzinski Serge, Kabanda Marcel, Levallois Michel, « Misères de l'afro-pessimisme », Afrique & histoire, 1/2005 (vol. 3), p. 183-211.
  • Dubresson Alain, Marchal Jean-Yves, Raison Jean-Pierre, Afriques au Sud du Sahara de, Géographie Universelle, Paris, Belin, 1994
  • Dubresson Alain, Moreau Sophie, Raison Jean-Pierre, Steck Jean-Fabien, L’Afrique subsaharienne, une géographie du changement. Paris : A. Colin, 2011
  • « Géopolitique du Sahara ». Hérodote 2011/3 (n° 142), URL : http://www.cairn.info/revue-herodote-2011-3.htm
  • Grataloup Christian, L’invention des continents : comment l’Europe a découpé le monde. Paris : Larousse, 2009, 224 p.
  • Hugon Philippe, Géopolitique de l'Afrique. Paris: Armand Colin, 2016 (4ème éd.), 132 p.
  • Lévy Jacques (éd.), L'invention du monde: une géographie de la mondialisation. Paris: Presses de Sciences Po, 2008, 402 p.
  • Magrin Géraud, Dubresson Alain, Ninot Olivier, Atlas de l'Afrique, un continent émergent ? Paris, Autrement, 2016, 96 p.
  • Magrin Géraud, « L’Afrique entre "malédiction des ressources" et "émergence" : une bifurcation ? », Revue Française de Socio-Économie, 2/2015, p. 105-120. DOI : 10.3917/rfse.hs1.0105
  • Magrin Géraud, Voyage en Afrique rentière : une lecture géographique des trajectoires de développement. Paris : Publications de la Sorbonne, 2013, 424 p.
  • Rist Gérard, Le développement, histoire d'une croyance occidentale. Paris, Presses de Sciences Po, 2013 (4ème édition)
  • Scott Allen J., Storper Michael, « Régions, mondialisation et développement », Géographie, économie, société, 2/2006 (Vol. 8), p. 169-192. DOI : 10.3166/ges.8.169-192
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