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Risques et sociétés

Une vague de chaleur meurtrière : les enseignements de l'été 2003 en France

Publié le 10/09/2004
Auteur(s) : Jean-Pierre Besancenot, Directeur de recherche au CNRS, Laboratoire "Climat et santé", Dijon

Au début de la deuxième semaine d'août 2003, les Français en vacances ont découvert avec stupeur que la vague de chaleur qui sévissait de façon discontinue depuis le début de l'été, et qui s'était soudain amplifiée, était en train de provoquer une terrible hécatombe.

Fig. 1. L'hécatombe de l'été 2003 a profondément marqué les Français

L'incrédulité a rapidement fait place à un sentiment d'horreur. Presque chaque jour, le nombre des victimes recensées était révisé à la hausse : d'abord une cinquantaine, puis plusieurs centaines, bientôt 2 000, puis 5 000, 11 000 et, pour finir, près de 15 000. Il devenait ainsi évident qu'un phénomène météorologique banal dans sa genèse et sa nature, sinon dans son intensité, pouvait se transformer en une catastrophe sans précédent, semant le deuil dans tout le pays, au point de faire vaciller le pouvoir politique.

 

Une vague de chaleur d'une intensité et d'une durée exceptionnelles, doublée d'une forte pollution chimique de l'atmosphère

L'anticyclone des Açores (ou son prolongement) s'étant durablement installé au dessus de l'Europe occidentale, configuration classique en été, toutes les perturbations ont été rejetées vers l'Irlande et le nord de la Scandinavie, maintenant sur la France un air sec et stable. De fait, sur la période du 1er juin au 11 août (figure 2), l'année 2003 se situe en moyenne nationale comme la plus chaude que la France ait connue depuis 1950 – voire, en bien des endroits, depuis le début des enregistrements météorologiques, généralement au milieu du XIXème siècle.

Ainsi, après un mois de juin qui, en moyenne, avait dépassé la normale de 4 à 5°C et un mois de juillet resté plus proche des dispositions habituelles (+1,8°C), mais marqué par un vigoureux pic thermique au cours de sa deuxième décade, la première quinzaine d'août a subi une canicule à caractère exceptionnel.

Fig. 2 - Moyenne des températures minimales et maximales, en France, pour la période du 1er juin au 11 août, de 1950 à 2003.

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Source : Météo-France

Il faut dire que la température était alors extrêmement basse, à la fois sur le centre de l'océan Atlantique (au sud du Groenland) et en Asie centrale. La conjonction de ces deux centres froids a dirigé sur nous une masse d'air très chaud et très sec en provenance du sud de la Méditerranée. Arrivée par les Pyrénées, elle a littéralement enveloppé la France : à près de 5 000 mètres d'altitude, cette puissante dorsale a agi comme une "couverture", empêchant les basses couches de se refroidir (de jour aussi bien que de nuit) et inhibant toute convection. Plus de 80 départements ont alors été exposés au moins une fois à un maximum dépassant 35°C (figure 3), 61 d'entre eux étant confrontés à cette situation pendant au moins 9 jours consécutifs.

Fig. 3 - Nombre de jours où la température maximale a dépassé 35°C, en France, entre le 1er et le 18 août 2003. Les pointillés désignent les régions d'altitude supérieure à 500 mètres.

Source : Météo-France.

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Des records absolus de température ont été battus dans plus de 70 des stations de Météo-France, sur les 180 sites représentatifs des principales villes françaises. Le seuil des 40°C a été franchi dans 15% de ces stations, y compris en Bretagne – ce qui ne s'était encore jamais produit depuis la mise en place du réseau météorologique. Auxerre a même enregistré 8 jours successifs au-delà de 40°C. Mais c'est finalement dans deux localités du Gard, Saint-Christol-les-Alès et Conqueyrac, que le thermomètre a atteint son niveau le plus élevé, avec 44,1°C le 12 août.

La chronologie des températures maximales à Dijon, une station assez représentative de l'ensemble du pays (figure 4), permet de distinguer trois phases successives :
  • une hausse thermique progressive jusqu'au 5 août, avec des chiffres grimpant d'une valeur proche de la normale (24,9°C le 31 juillet) jusqu'à 38°C ;
  • un maintien de ces températures entre 38 et 39,5°C du 6 au 13 août ;
  • enfin un fléchissement rapide dans les jours suivants, en liaison avec la baisse du champ de pression, la réorientation du flux au Sud-Ouest et l'arrivée de ciels chaotiques ; dès le 14 août, le thermomètre ne dépassait plus 29°C, et c'est seulement à la fin du mois qu'il remontera très fugitivement à 32,1°C.
Fig. 4 - Températures maximales journalières de Dijon, du 27 juillet au 1er septembre 2003

Source : données Météo-France, réalisation J.-P. Besancenot

Dans cette période, à un moment où les effets cumulatifs de la canicule étaient déjà très sensibles, les 11 et 12 août ont un peu partout présenté la situation la plus critique. Ils ont enregistré non seulement les températures maximales les plus élevées, mais aussi des records absolus de températures minimales en bien des endroits : c'est ainsi qu'au moment le plus "frais" de la nuit, le thermomètre indiquait encore 25,5°C à Paris, ce qui dépasse de loin le record précédent de 24,0°C établi en juillet 1976. Encore s'agit-il là des températures enregistrées dans des endroits bien dégagés, en l'occurrence des stations météorologiques ; il ne fait aucun doute que les quartiers densément bâtis ont souffert de minima beaucoup plus élevés encore. L'absence presque totale de vent (rarement plus de 1 à 2 m/s de 06 à 14 heures) a pu avoir un caractère aggravant, en accentuant l'inconfort thermique et l'impression de fournaise. En revanche, il n'y a pas lieu de s'attarder sur l'humidité relative, souvent reconnue comme facteur péjoratif de la canicule, mais restée généralement faible en 2003 (12% le 9 août à Dijon !), si ce n'est localement en façade atlantique. Ce qui suggère que les choses auraient pu être pires encore, en présence d'une vague de chaleur humide.

La situation aérologique à l'origine de cette canicule a également contribué à créer et à entretenir une forte pollution de l'atmosphère. D'une part, en effet, l'importance de la radiation solaire était propice à la formation dans les basses couches de grandes quantités d'ozone, à partir des oxydes d'azote, des composés organiques volatils et de divers autres précurseurs, à partir notamment des oxydes d'azote et des composés organiques volatils. D'autre part, la persistance d'un puissant anticyclone a amené la stagnation des polluants, l'absence de vent s'opposant à toute dispersion horizontale tandis que la forte subsidence faisait obstacle à la moindre dispersion verticale. Des records de teneurs de l'air en polluants et de nombre de jours pollués ont été dépassés début août dans de nombreuses régions, et ils l'avaient souvent déjà été en juillet. Pour l'ozone, la procédure d'information des populations (que la réglementation impose au seuil de 180 µg/m³ sur une heure) a été activée près de 50 jours dans la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur, et une trentaine de jours aussi bien en Alsace qu'en Île-de-France ; elle l'a été pour la première fois dans bien des localités de l'Ouest (figure 5).

Fig. 5 - Nombre de jours de dépassement du seuil de 180 µg/m³ (seuil d'information) pour l'ozone entre juin et septembre 2003.

Source : données ADEME

Fig. 6 - La teneur de l'air en ozone en France le 12 août 2003

Source : INERIS/ CNRS/Ademe PREV'AIR

En outre, un maximum horaire de 417 µg/m³ (supérieur au seuil d'alerte à l'époque fixé à 360 µg/m³, et ramené depuis lors à 240) a été relevé dans les Bouches-du-Rhône. Là encore, les 11 et 12 août (figure 6) ont presque partout représenté la situation la plus critique. La durée et l'extension spatiale de la pollution (notamment par l'ozone) ont finalement été plus exceptionnelles que son intensité. Un pic de dioxyde d'azote (NO²) a également été noté les 11 et 12 août en de nombreux endroits, tout spécialement à Paris.

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L'impact sanitaire de cette canicule, révélé par la surmortalité

Comme dans la plupart des épisodes caniculaires récents, les fortes températures et la mauvaise qualité de l'air ont combiné leurs effets pour entraîner une élévation brutale et majeure de la mortalité (figure 7), sans que l'on soit encore capable de quantifier la responsabilité respective de la chaleur et de la pollution. La confrontation des diverses sources de données disponibles permet d'évaluer à un peu plus de 56 500 le nombre des décès survenus au cours du mois d'août 2003. Par rapport à la mortalité attendue (définie comme la moyenne de la période correspondante des trois années précédentes), cela représente un excédent de 14 802 décès, chiffre ultérieurement relevé à 14 947 (+55% par rapport à la mortalité attendue). L'espérance de vie moyenne de la population française s'en est trouvé réduit de deux mois.

Fig. 7 - Nombres journaliers de décès d'août 2003, comparés à ceux des trois mois d'août antérieurs (France entière)

Source : données INSEE

La surmortalité a été remarquablement synchrone de l'évolution des températures (figure 8). Elle a débuté le 4 août, avec près de 300 décès surnuméraires, alors que la marge normale de variation interjournalière pour les mois d'été n'excède pas 150. Le nombre quotidien de décès en surnombre s'est ensuite régulièrement et massivement accru jusqu'à atteindre 1 200 le 8 août et près de 2 200 le 12. Le brutal décrochement de la courbe de la mortalité les 11 et 12 août doit être lié au niveau très élevé des températures nocturnes.

Fig. 8 - Surmortalité d'août 2003 en France et températures extrêmes journalières

Source : Institut de Veille Sanitaire

C'est en effet un constat que l'on peut faire lors de toutes les périodes caniculaires, en Europe comme en Amérique du Nord, que la chaleur de l'après-midi, si forte soit-elle, est relativement bien supportée tant que les nuits permettent de "récupérer" dans de bonnes conditions ; dans le cas contraire, en présence de nuits étouffantes, l'hécatombe s'installe. La mortalité a ensuite amorcé une discrète régression (environ 2 000 décès) le 13 août, parallèlement à la courbe des températures, le recul s'amplifiant le lendemain (environ 1 000 décès le 14) pour retrouver une valeur quasi normale à partir du 19. La surmortalité observée est ainsi entièrement comprise entre le 1er et le 20 août.

Toutefois, la vague de chaleur n'a pas frappé indistinctement les populations exposées. Les diverses classes d'âge ont été inégalement affectées. L'élévation de la mortalité, restée insignifiante au-dessous de 45 ans, a été importante au-delà : +23% entre 45 et 54 ans, +29% entre 55 et 74 ans, +70% entre 75 et 94 ans, voire +122% à 95 ans et plus. À la fragilité de la personne âgée, souvent polypathologique, et à son incapacité progressive à assurer sa constance thermique interne, s'ajoute le fait que le vieillard n'éprouve de sensation de chaleur et ne ressent le besoin de se protéger que pour une élévation proche de 5°C de sa température cutanée, contre 0,5°C chez l'adulte. Le besoin de boire est, lui aussi, de moins en moins perçu avec l'âge, une déshydratation modérée n'entraînant guère de sensation de soif au-delà de 70 ou 75 ans.

Si les deux sexes ont été touchés, la surmortalité observée chez les femmes (+73,5%) a été presque double de celle qui frappait les hommes (+38%). Ce différentiel, habituel en Europe, tient en partie à la féminisation croissante de la population âgée, mais il subsiste après standardisation des taux. Il est vrai qu'à partir de la soixantaine, les femmes présentent une plus forte occurrence de troubles de la régulation thermique, notamment de troubles de la sudation. Elles sont également plus nombreuses à vivre seules avec de faibles revenus, ce qui constitue un important facteur de risque.

La surmortalité a concerné l'ensemble du territoire métropolitain, mais avec une intensité inégale que confirment des taux s'échelonnant de 17 à plus de 130% (figure 9).

Fig. 9 - Surmortalité (%) en France métropolitaine du 1er au 20 août 2003. Répartition départementale

Source : Institut de Veille Sanitaire

Les régions à composante côtière de Basse-Normandie, Bretagne et Nord-Pas-de-Calais ont été les moins touchées. Les régions habituellement les plus chaudes (Languedoc-Roussillon, Corse, Midi-Pyrénées) ont également enregistré une augmentation inférieure à la moyenne nationale. Les plus fortes surmortalités ont été observées en Île-de-France (+134%) et dans la région Centre (+103%). À elle seule, avec 18,7% de la population, la région parisienne a contribué pour un tiers à l'ensemble de la surmortalité. Le nombre de décès en Île-de-France est allé jusqu'à dépasser six fois sa valeur habituelle le 12 août. Au sein d'un même département, il a pu y avoir des variations importantes. Ainsi, en Côte d'Or, l'arrondissement de Dijon a enregistré une surmortalité de 87%, contre 14% pour celui de Beaune (petites villes et campagnes) et 9% pour celui de Montbard (rural profond).

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L'influence urbaine est généralement bien marquée, du fait de l'action conjuguée de la pollution atmosphérique et des modifications imprimées au climat local par la présence de la ville (îlot de chaleur). Mais ce n'est guère qu'à partir de 200 000 habitants que le phénomène devient sensible (figure 10) et, de toute manière, de fortes disparités peuvent être mises en évidence d'une ville à l'autre.

Fig. 10 - Surmortalité (%) du 1er au 20 août 2003 en fonction de la taille des communes (ou des unités urbaines)

Source : Jean-Pierre Besancenot

Ainsi, mise à part l'agglomération parisienne déjà évoquée, c'est sans doute Dijon qui a connu le pic de surmortalité le plus proéminent (+93%). Ce pic a été très fort également pour les villes du Mans (+82%), de Lyon (+80%) et de Poitiers (+79%). Il n'a pas dépassé la moyenne nationale à Nice (+53%, alors que l'on aurait pu craindre davantage en raison de la forte proportion de personnes âgées) et à Strasbourg (+51%). Enfin, on n'a constaté qu'un pic assez modéré à Bordeaux (+43%), à Rennes et à Toulouse (+36%), à Grenoble (+28%), à Marseille (+25%, probablement grâce à une efficace campagne locale de prévention) et, surtout, à Lille (+3 à 4%, un peu à l'écart de l'épicentre de la vague de chaleur).

La canicule a fortement modifié la répartition habituelle de la mortalité par causes, mais une exploitation de ces données n'a encore pu être réalisée que pour la région Centre, région il est vrai particulièrement touchée puisque l'on y a constaté, selon les départements, 70 à 130% de décès excédentaires. Dans 28,9% des cas, surtout au-delà de 75-80 ans, l'élévation de la chaleur a été la cause initiale du décès, par débordement des défenses naturelles du sujet, incapable de préserver la constance thermique de son organisme : c'est le tableau classique du "coup de chaleur", avec atteinte du système nerveux central. Quoi qu'il en soit, sept sur dix des décès surnuméraires n'ont pas résulté directement d'une mise en échec des mécanismes thermorégulateurs. La chaleur peut aussi aggraver une maladie déjà installée ou contribuer à la déclencher. Viennent en tête de ces causes de décès surreprésentées pendant la canicule les pathologies de l'appareil génito-urinaire (au total, +240%) et les maladies de l'appareil respiratoire (+180%). Ont également été nettement plus fréquents que les années précédentes les décès par maladies cardiovasculaires (+110%, par exemple, pour l'infarctus du myocarde), par maladie métabolique (diabète, notamment), ainsi que par trouble mental et décompensation d'état démentiel (+140%, surtout en cas de maladie d'Alzheimer). La plupart des autres causes de décès ont, elles aussi, été surreprésentées pendant les jours les plus chauds, mais avec des progressions moins marquées (+44% pour les noyades, +20% pour les cancers et les suicides, +10% pour les accidents de la route).

Une question capitale, encore incomplètement résolue, est de savoir quel sera le bilan net de cette canicule. Dans quelle mesure les personnes décédées auraient-elles survécu durablement en l'absence d'un tel excès météorologique ? Après une vague de chaleur meurtrière, on peut assister à une sous-mortalité compensatrice (ce fut le cas à Bruxelles durant l'été 1994, les décès observés lors du pic de chaleur devant alors être interprétés comme de simples anticipations d'issues fatales inéluctables chez des personnes très vulnérables). Mais il arrive aussi que l'on constate le maintien durable d'un excédent de décès, comme à Marseille, durant les six mois qui ont suivi le pic thermique de juillet 1983, de nombreuses personnes fragilisées par la canicule ne s'étant jamais remises du fait de capacités physiologiques limites. Il est encore tôt pour se prononcer. Si septembre, octobre et novembre ont enregistré des mortalités égalant celle des années précédentes, décembre a été marqué par un nouveau pic de décès, notamment par grippe, chez des personnes âgées qui avaient été fragilisées par la canicule. Au total, sur l'année 2003, les décès ont augmenté de 3% par rapport à 2002 : 550 000 en France métropolitaine, contre 534 000 l'année précédente. Il y a donc eu un réel surcroît de décès et non une simple concentration sur les jours les plus chauds de l'été de disparitions de personnes à l'état de santé très précaire, qui devaient de toute façon mourir à bref délai... Sinon, la période post-estivale aurait été marquée par une légère baisse du nombre de décès.

 

En guise de conclusion

Un bilan aussi lourd que celui de l'été 2003 ne peut s'expliquer que par le caractère sans précédent de la vague de chaleur qui y a sévi. Sans précédent, bien sûr, par son intensité. Sans précédent, aussi, par sa durée puisque les premières températures anormalement élevées remontent au 25 mai et que des jours très chauds ont été enregistrés en juin, dans l'ensemble bien supportés malgré un pic très saillant de morbidité et de mortalité le 17, passé sur le moment totalement inaperçu. Sans précédent, encore, par la date à laquelle s'est produit le paroxysme thermique : en août, mois où la France vit au ralenti et où les personnes âgées sont plus isolées que jamais, la famille et les voisins étant en vacances. Sans précédent, on l'a peut-être un peu trop négligé, par son extension spatiale : c'est sans doute la première fois que l'ensemble du territoire national était touché de façon presque homogène (la période caniculaire de 24 juin au 7 juillet 1976 avait surtout frappé le Sud-Ouest et l'Ouest, puis l'Île-de-France et la Champagne ; on y avait dénombré quelque 6 000 décès en surnombre, soit +30% en moyenne nationale, mais déjà +71% à Paris et dans son agglomération). Sans précédent, enfin, par la vulnérabilité de la population concernée, du fait du pourcentage de plus en plus élevé de personnes âgées et très âgées : par rapport à l'été 1976, le nombre des plus de 85 ans a été multiplié par plus de 4.

Or, force est de constater que l'on éprouve toujours les pires difficultés à gérer un risque auquel on n'a jamais été confronté. Une crise de cette ampleur ne se gère pas dans l'urgence, elle n'a de chances d'être efficacement surmontée que si elle est anticipée, à différentes échelles de temps. À très court terme, d'abord, ce qui souligne la nécessité de mettre en place des dispositifs d'alerte, capables d'informer en temps réel de la survenue d'une élévation anormale des appels aux services d'urgence et de la mortalité. À court terme, ensuite, ce qui implique que l'on dispose de prévisions médico-météorologiques fiables, permettant d'annoncer plusieurs jours à l'avance l'éventualité d'une vague de chaleur meurtrière. À moyen et long terme, enfin, avec l'élaboration d'un système performant (ci-dessous en annexe) visant à identifier les dangers pour la santé et la sécurité et à en préciser les contours (nature, existence actuelle ou prévisible, probabilité de survenue, ampleur des effets néfastes possibles).

À défaut de pouvoir les contrôler complètement, il faut apprendre à vivre avec de tels risques, dont on peut craindre qu'ils ne deviennent de plus en plus fréquents, du triple fait du vieillissement de la population, de sa concentration croissante dans de grandes agglomérations et d'un possible dérèglement climatique lié à un effet de serre additionnel d'origine anthropique.

 

Annexe - Le Plan canicule

Le Plan canicule comprend quatre niveaux d'action, fondés sur des seuils biométéorologiques régionaux qui les activent ou les désactivent et qui entraînent des réponses graduées.

Niveau 1 : vigilance. Du 1er juin au 30 septembre de chaque année, l'Institut de Veille Sanitaire et Météo-France mettent en place leur procédure de veille climatique et sanitaire. Tous les services concernés, au niveau national, départemental et communal vérifient que les dispositifs d'alerte sont opérationnels. Les coordonnées des personnes vulnérables sont vérifiées. Des messages de recommandations sanitaires sont diffusés.

Niveau 2 : alerte. Il est activé dans une région quand Météo-France prévoit trois jours à l'avance dans au moins un site de cette région le dépassement pendant trois jours consécutifs des seuils biométéorologiques. Le ministre de la Santé et de la protection sociale saisit alors le PC Santé et informe les préfets. Ces derniers pilotent les cellules de crise.

Fig. 11 - Le niveau 3 du Plan National Canicule

Niveau 3 : intervention. Il est activé sur la base du bulletin d'alerte de l'Institut de Veille Sanitaire ou d'autres éléments disponibles (constat d'un excès de mortalité humaine ou animale en relation avec de fortes chaleurs…). Le ministre de la Santé et de la protection sociale demande alors aux préfets le passage de l'Alerte à l'Intervention : le Centre opérationnel de gestion interministérielle des crises (COGIC), sous la responsabilité du ministre de l'Intérieur, centralise les informations et diffuse les instructions dans les zones de défense et les départements concernés. Les préfets actionnent le plan Blanc de mobilisation des hôpitaux et des services d'urgence, le plan Rouge de mobilisation de la sécurité civile et des pompiers et s'appuient sur les plans Bleu de mobilisation des maisons de retraite. Parallèlement, ils activent le plan Vermeil à destination des personnes âgées isolées et mobilisent les associations de bénévoles. Enfin, ils s'assurent de la permanence des soins auprès des médecins de ville.

Niveau 4 : réquisition. Il est activé principalement quand les indicateurs biométéorologiques prévus pour les prochaines 24 heures dépassent les seuils critiques dans plusieurs régions sur une longue durée, avec apparition d'effets collatéraux (black-out, saturation des hôpitaux…). Si les ministres de l'Intérieur et de la Défense estiment que les risques sont susceptibles de porter atteinte à l'ordre public, ils en informent le ministre de la Santé et de la protection sociale. Ensemble, ils saisissent le Premier ministre qui décide, le cas échéant, de réquisitionner tous les moyens adaptés à la gestion de la catastrophe : moyens de transport (avions, trains, autocars), médias, armée. Le COGIC commande également la mise en œuvre renforcée des plans Bleu, Blanc, Rouge, Vermeil. Les élus locaux sont informés et communiquent au COGIC les informations dont ils disposent sur le terrain.

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Des ressources pour aller plus loin, une sélection

Quelques mots-clés (pour des recherches documentaires autonomes)

Français : vague de chaleur, canicule, santé, épidémiologie, mortalité, surmortalité, coup de chaleur, risque climatique, catastrophe climatique, facteur de risque, qualité de l'air, pollution atmosphérique, pollution photochimique, ozone, îlot de chaleur urbain, personnes âgées, gestion de crise, système d'alerte, dispositif de surveillance, plan de prévention, France

Anglais : heat wave, scorching heat, health, epidemiology, mortality, comparatively high death rate, heat stroke, climatic risk, climatic disaster, risk factor, air quality, atmospheric pollution, photochemical pollution, ozone, urban heat island, elderly, crisis management, warning system, monitoring system, prevention plan, France

Espagnol : ola de calor, canícula, salud, epidemiología, mortalidad, exceso de mortalidad, insolación, riesgo climático, catástrofe climatica, factor de riesgo, cualidad del aire, contaminación atmosférica, polución fotoquímica, ozono, isla de calor urbana, personas de edad, gestión de crisis, sistema de alertas, sistema de vigilancia, plano de prevención, Francia

Des informations scientifiques. Sites experts, sites institutionnels
  • La canicule de l'été 2003 pourra être replacée dans le contexte des grandes vagues de chaleur qui frappent périodiquement l'Europe et l'Amérique du Nord en consultant l'article de R. Basu et J.M. Samet ("Relation between elevated ambient temperature and mortality: a review of the epidemiologic evidence". Epidemiological Review, vol. XXIV, 2002, n° 2, pp. 190-202) ou celui de J.P. Besancenot ("Vagues de chaleur et mortalité dans les grandes agglomérations urbaines". Environnement, Risques et Santé, vol. I, 2002, n° 4, pp. 229-240), également accessible en ligne : www.john-libbey-eurotext.fr/fr/revues/sante_pub/ers/e-docs/00/01/FB/EF/article.md
  • Deux livres relatent au jour le jour le déroulement des faits, que leurs auteurs ont vécu "de l'intérieur", et ils en proposent une interprétation (parfois divergente). Le premier a été rédigé par le Directeur Général de la Santé, en charge de la sécurité sanitaire, qui a démissionné de son poste le 18 août 2003 (L. Abenhaim, Canicules. La santé publique en question. Paris : Fayard, 2003, 267 p.) ; le second est l'œuvre du bouillant président de l'Association des médecins urgentistes hospitaliers de France, qui a "sonné l'alarme" (P. Pelloux, Urgentiste. Paris : Fayard, 2003, 260 p.).
  • La situation météorologique de l'été 2003 pourra être approfondie à l'aide d'un article bien illustré de P. Bessemoulin, N. Bourdette, P. Courtier et J. Manach ("La canicule d'août 2003 en France et en Europe". La Météorologie, n° 46, 2004, pp. 25-33).
  • Les aspects météorologiques sont détaillés sur le site de Météo-France :www.meteo.fr/meteonet/actu/archives/dossiers/canicule/canicule2003.htm
  • On trouvera quelques indications complémentaires sur le site de la Cité des Sciences et de l'Industrie et du Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE), respectivement : www.cite-sciences.fr/francais/ala_cite/science_actualites/sitesactu/.../article=1503 et www.grid.unep.ch/product/publication/download/ew_heat_wave.fr.pdf
  • Sur un sujet plus particulier, la difficulté des prévisions au-delà de cinq ou sept jours, des indications intéressantes seront à glaner auprès du Centre Européen pour la Prévision Météorologique à Moyen Terme (en anglais) : www.ecmwf.int

 

 

 

  • Quatre autres rapports méritent d'être consultés :
  • celui de l'Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS) (F. Lalande, S. Legrain, A.J. Valleron, D. Meyniel, M. Fourcade, Mission d'expertise et d'évaluation du système de santé pendant la canicule 2003, 57 p.) : www.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/034000558/0000.pdf ou :www.ladocfrancaise.gouv.fr/BRP/034000558/0000.pdf ; on prendra garde, toutefois, au fait que ce rapport, publié dès le 8 septembre 2003, donc dans les suites immédiates de l'événement, formulait certaines hypothèses que les investigations ultérieures n'ont pas confirmées ; avec le recul, certain passages sont à utiliser avec prudence ;
  • celui de la Mission commune d'information du Sénat (J. Pelletier, V. Létard, H. Flan­dre, S. Lepeltier, La France et les Français face à la canicule : les leçons d'une crise. Paris, Sénat, 2003-2004, Rapport n° 195, 405 p.), accessible en ligne avec une pagination légèrement différente www.senat.fr/rap/r03-195/r03-1951.pdf ou www.senat.fr/rap/r03-195/r03-1951.html ;
  • celui de la Commission des Affaires Culturelles, Familiales et Sociales de l'Assemblée Nationale (D. Jacquat, Rapport d'information sur la crise sanitaire et sociale déclenchée par la canicule, Paris, Assemblée Nationale, 2003, Rapport n° 1091, 3 vol., 59 + 580 + 581 p.) :www.assemblee-nat.fr/12/dossiers/canicule.asp ;
  • et celui de la commission d'enquête de l'Assemblée Nationale (C. Evin, F. d'Aubert, Le drame de la canicule : une gestion déficiente révélatrice d'une crise structurelle. Paris : Assemblée Nationale, 2004, Rapport n° 1455, 2 vol., 233 + 575 p.) :www.assemblee-nat.fr/12/pdf/rap-enq/r1455-t1.pdf et www.assemblee-nat.fr/12/pdf/rap-enq/r1455-t2.pdf

 

  • Cette canicule de 2003 a inspiré à P. Caseau d'utiles réflexions sur les notions d'aléa et de vulnérabilité ("A propos de la canicule…", Cybergeo : revue européenne de géographie, 12/09/ 2003) : http://193.55.107.45/ptchaud/canicule1.pdf. On trouvera dans la même revue une importante contribution d'un spécialiste de science politique, que chacun devrait lire, sur l'attitude de la société française et des pouvoirs publics face à cette crise (J.P. Gaudin, "Une canicule politique", 24/11/2003) :http://193.55.107.45/ptchaud/canicule2.htm.
  • Enfin, le système d'alerte mis au point en 2004 est présenté en détail dans plusieurs publications de l'Institut de Veille Sanitaire (InVS), notamment Système d'alerte canicule et santé 2004. Rapport opérationnel. (Saint-Maurice : Institut de Veille Sanitaire, 2004, 34 p.) :www.invs.sante.fr/publications/2004/syst_alerte_canicule/rapport_SACS_2004.pdf à compléter par un numéro spécial du Bulletin épidémiologique hebdomadaire BEH n° 30-31 du 6 juillet 2004 ("Plan National Canicule", pp. 133-140), accessible en ligne : www.invs.sante.fr/beh/2004/30_31/beh_30_31_2004.pdf
  • Quant au détail du dispositif de prévention (Actions nationales et locales à mettre en œuvre par les pouvoirs publics afin de prévenir et réduire les conséquences sanitaires d'une canicule, Paris, 2004, 208 p.), il figure notamment sur le site du Ministère de la Santé et de la Protection Sociale :www.sante.gouv.fr/canicule/doc/plan_canicule.pdf.
Des ressources générales autour du thème "géographie et santé", une sélection

Par exemple :

 

Sur le web, de très nombreuses sources sont disponibles, souvent riches en données spatialisées, en cartes parfois interactives.

  • L'Institut de veille sanitaire (InVS) : www.invs.sante.fr
  • L'Institut de recherche et documentation en économie de la santé (IRDES, ex CREDES) produit des données et des analyses en économie de la santé, il observe et analyse l'évolution des comportements des consommateurs et des producteurs de soins à la fois sous l'angle médical, économique, géographique et sociologique. On y trouvera des données chiffrées sur l'état de la santé et une typologie des "paysages" de la santé : www.irdes.fr
  • La Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (DREES) du Ministère de la santé propose des statistiques et des cartes sur la mortalité et l'équipement médical. STATISS 2000 fournit des cartes et statistiques par départements. Les cartographies permettent d'aborder les thèmes des différenciations spatiales : www.sante.gouv.fr/drees/statiss/default.htm
  • Développé par l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM) -www.inserm.fr/servcom/servcom.nsf - Sentiweb, ou "réseau Sentinelles", est un système de surveillance nationale qui permet, depuis novembre 1984, le recueil, l'analyse et la redistribution en temps réel de données épidémiologiques issues de l'activité des médecins généralistes libéraux. Il s'intègre au dispositif mis en place par l'Institut de veille sanitaire (InVS). Cette surveillance hebdomadaire concerne les pathologies transmissibles fréquentes en médecine de ville. Les données recueillies concernent aussi l'asthme, les tentatives de suicide et le recours à l'hospitalisation. Elles permettent d'élaborer : des systèmes d'information géographique et temporelle qui donnent aux médecins généralistes un état des lieux de l'activité hebdomadaire nationale et régionale des maladies surveillées ; des modèles de détection, d'alerte et de prévisions des épidémies avec une simulation de leur propagation géographique sur les 3 semaines à venir ; des enquêtes épidémiologiques transversales.http://rhone.b3e.jussieu.fr/senti/php/navigation/accueil
  • Une importante base de données (Matisse) sur les causes de décès en France, établie par J. Vallin et F. Meslé selon la nomenclature internationale de l'OMS (Classification Internationale des Maladies, Traumatismes et Causes de Décès - CIM) de 1925 à 1994. Les procédures de requête sont très précises : www-causfra.ined.fr
  • Ou aussi, les données sur la mortalité en France métropolitaine, par sexe et âge, suivant la cause, depuis 1950, ont leur source dans la statistique annuelle des décès selon la cause initiale produite par l'INSEE (1950-1967) et par l'INSERM (depuis 1968). Les causes retenues regroupent les rubriques détaillées de la CIM). Depuis 1950, divers changements sont intervenus dans la CIM, mais la variation du contenu de chacune des causes retenues a été aussi limitée que possible. Au total 240 causes (ou groupes de causes) sont disponibles, mais certaines ne recouvrent qu'une partie de la période 1950-1994. La base comprend 163 causes relativement détaillées, dont 111 se rapportent à toute la période. Les causes sont ordonnées en 14 chapitres, correspondant généralement aux chapitres de la CIM : www-deces.ined.fr/intro.html
  • Les Observatoires régionaux de la santé (ORS) et leur fédération nationale, la FNORS, www.fnors.org On y trouve la base de données Score : indicateurs qui permettent des comparaisons régionales entre niveaux d'accès aux soins, d'équipement, sous forme de tableaux, par région (9 thèmes eux-mêmes déclinés en sous-thèmes). www.fnors.org/Score/accueil.htm Accès à la base SCORE par mots-clefs :www.fnors.org/Base/Indic/Index/Index.htm
  • Le site du "Centre technique d'appui et de formation" (CETAF) des Centres d'examens de santé (CES), créé à l'initiative de la Caisse nationale de l'assurance maladie des travailleurs salariés (CNAMTS). Tableaux de bord cartographiques de la santé à partir d'indicateurs :www.cetaf.asso.fr/index.htm
  • Parhtage, portail des Agences régionales de l'hospitalisation : www.parhtage.sante.fr
  • L'Observatoire des réseaux de télésanté : www.observatoire-telesante.sante.gouv.fr
  • L'Union régionale des caisses d'assurance maladie (URCAM). Des cartes interactives sur l'offre de soin régionale) : www.rhone-alpes.assurance-maladie.fr
  • Les pages de l'Organisation mondiale de la santé (OMS - WHO), donnent accès à des bases de données internationales : www.who.int/fr/index.html

 

Par Jean-Pierre Besancenot, Directeur de recherche au CNRS,

Laboratoire "Climat et santé", Dijon

Sélection web complémentaire établie par Sylviane Tabarly

Première mise en ligne le 10/09/2004

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Mise à jour :  10-09-2004

 


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