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Le Brésil, ferme du monde ?

La fazenda Santa Maria da Amazônia de Sorriso (Mato Grosso)

Publié le 15/05/2009
Auteur(s) : Damien Arvor et Vincent Dubreuil

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La fazenda Santa Maria da Amazônia est située à Sorriso (figure ci-dessous à droite), la plus grande commune productrice de soja du pays, dans la zone naguère couverte d'une forêt de transition (entre savanes arborées et forêt dense amazonienne). Le climat y est de type tropical continental à saisons alternées (1 800 mm concentrés sur la saison pluvieuse d'octobre à avril). D'une superficie totale de 13 000 hectares, la fazenda était à l'origine tournée vers l'élevage, une activité qui y avait été développée lors de la première vague de migration du début des années 1970, à la suite de l'ouverture de la route BR-163 (Cuiaba-Santarem) et d'une phase de colonisation privée individuelle dans le cadre de grandes fazendas dépassant les 10 000 ha. À partir de 1975, la colonisation sur les terres non occupées a été organisée par l'entreprise de colonisation Colonizadora Feliz, qui attirait des producteurs venant des États du Parana, du Santa Catarina et du Rio Grande Do Sul. Ces derniers pratiquent alors une agriculture mécanisée centrée les premières années sur la production du riz.

La fazenda Santa Maria da Amazônia (Sorriso, Mato Grosso) : localisations et anatomie

Panneau d'entrée de la fazenda

cliché : Hervé Théry, octobre 2007

Sur le panneau ci-contre, tout est dit : le nom la fazenda, celui du propriétaire (DGF = Darcy Getúlio Ferrarin), sa taille (sede a 5 km = le siège de la fazenda est à cinq kilomètres, parcourus intégralement à l'intérieur de la propriété), les objectifs affichés (produzindo alimentos, garantindo o futuro, preservando a natureza = poduire des aliments, garantir l'avenir, préserver la nature), l'appui d'un bon fournisseur, Bayer

Le plan ci-contre indique :

- la localisation des bureaux (sede agrícola), à 5 km de l'entrée,

- la maison du propriétaire (sede social), à plus de 20 km de l'entrée.

Il dénombre les superficies consacrées à chaque activité : 7 656 ha en culture, 233 en élevage, 5 396 en forêt, total 13 289 ha.

Localisation générale

GEarth.gif Pointeur .kmz sur l'image Google Earth de Sorriso - 55°42'38.56"O / 12°32'37.56"S

Plan de la fazenda

D'après une borchure réalisée par la fazenda

Au cours des années 1990, la progression des cours du soja (voir : Le cadre général des échanges internationaux : organisation des marchés, fluctuations des cours) aidée par des taux de change Real/Dollar favorables, a progressivement incité les producteurs à s'orienter vers la culture du soja. L'élevage est ainsi abandonné et la fazenda Santa Maria da Amazônia est rachetée, en 1998, par un industriel originaire du Rio Grande do Sul, venu cultiver le soja. Au moment de l'achat, toute l'attention est tournée vers une exploitation maximale de la propriété. Ainsi, quelques parcelles de forêt sont encore déboisées pour être plantées en soja. Aujourd'hui, la réserve en forêt représente 40% (5 000 ha) de la superficie de la fazenda, ce qui est inférieur aux normes légales, mais supérieur aux taux rencontrés dans bon nombre de fazendas voisines.

Les figures ci-contre résument l'évolution de l'occupation du sol dans la fazenda, à partir d'images Landsat, depuis 1975. L'élevage a dominé jusqu'en 1998 avant d'être remplacé par le soja. Les premières années, le soja est pratiqué de manière conventionnelle sur les 7 700 hectares cultivés de la fazenda, c'est-à-dire que l'agriculteur ne sème qu'une culture de soja par an. Cependant, les résultats n'étaient pas satisfaisants car la qualité des sols s'était largement dégradée par les nombreuses années d'élevage antérieures.

L'exploitant a donc décidé d'adopter de nouvelles pratiques culturales afin de restaurer la fertilité des sols et d'améliorer sa rentabilité économique, tout en réduisant la vulnérabilité de l'exploitation en cas de crise économique. L'adoption de ces nouvelles pratiques s'inscrit aussi dans le cadre d'un processus d'intensification agricole.

D'une part, l'exploitant cherche à maintenir une couverture végétale permanente sur les sols : pour ce faire, après la récolte du soja (d'octobre à février), il sème une deuxième culture de millet, de sorgho ou de brachiaria (une graminée). Durant la saison sèche (de mai à septembre), il laisse les résidus végétaux sur le sol afin de pouvoir réaliser un semis direct de soja dès l'apparition des premières pluies.

D'autre part, après avoir récupéré une bonne fertilité des sols, l'exploitant décide de diversifier sa production agricole en semant du maïs. À l'instar du sorgho, du millet et de la brachiaria, il sème cette culture après le soja, afin de réaliser deux récoltes commerciales dans l'année, en semis direct.

Satisfait des résultats, l'exploitant a décidé de pousser l'expérience de l'intensification agricole plus loin en adoptant une pratique combinant les cultures et l'élevage : c'est une méthode d'intégration culture-élevage qui permet d'avoir trois revenus par an sur une même parcelle. Cette méthode consiste à semer conjointement du maïs et de la brachiaria une fois la récolte du soja effectuée, en février. Les deux couverts végétaux se développent alors en profitant de la fin de la saison pluvieuse. En juin, le maïs est récolté tandis que la couverture de brachiaria reste en place pendant la saison sèche et accueille des troupeaux de bœufs en engraissement.

La carte de la fazenda (ci-contre) pour l'année 2005-2006 illustre l'adoption des pratiques culturales plus intensives :

  • 7 600 hectares sont couverts en permanence, soit 96% des surfaces cultivées.
  • 3 800 hectares sont cultivés en soja et maïs, soit 50% des surfaces cultivées.
  • 220 hectares sont cultivés en intégration culture-élevage, soit 3% des surfaces cultivées.
L'utilisation du sol et son évolution : le rythme de la déforestation

Utilisation du sol de la fazenda lors de la récolte 2005 - 2006


Sources : images Landsat, INPE. Réalisations : D. Arvor et V. Dubreuil

Le parc de machines de la fazenda

Cliché : Hervé Théry, octobre 2007

13 moissonneuses-batteuses, 15 tracteurs, diverses machines d'épandage

La fazenda dans son environnement local

Image Google map (interrogation > sorriso, mato grosso, mai 2009) : http://maps.google.fr/maps

Coordonnées de la fazenda : 12°20'36.75 S ; 55°47'03.10 O

La fazenda Sta Maria da Amazônia est localisée au nord de Sorriso, sur les berges du fleuve Teles Pires. La fazenda se situe à proximité de la route BR-163 qui est l'axe principal d'exportation du soja. Les coûts de production sont donc légèrement réduits par rapport à d'autres fazendas situées plus en avant sur le front pionnier. L'image ci-dessus montre en effet que le territoire du soja s'étend de part et d'autre de la route BR-163, sur une largeur d'environ 100 km. Ce front continue de progresser aujourd'hui, incorporant de nouveaux espaces forestiers non encore convertis. Cette progression n'est pas continue car les grands producteurs rentrent parfois en compétition avec d'autres classes sociales pour la conquête d'un territoire. Notamment, les petits producteurs sont d'autres acteurs du front pionnier qui cohabitent avec eux. Par exemple, à l'ouest de l'image, on remarque un espace destiné à l'agriculture traditionnelle qui se caractérise par un parcellaire plus petit et une organisation spatiale géométrique qui lui est propre.

Notes

[1] Damien Arvor et Vincent Dubreuil, Université Européenne de Bretagne, Rennes-2, CNRS, COSTEL UMR6554 LETG , FR/IFR CAREN

 

Damien Arvor et Vincent Dubreuil, Université Rennes 2- COSTEL UMR6554 LETG,

édition web : Sylviane Tabarly,

pour Géoconfluences, le 15 mai 2009

 

 

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Mise à jour : 15-05-2009

 

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Pour citer cet article :  

Damien Arvor et Vincent Dubreuil, « La fazenda Santa Maria da Amazônia de Sorriso (Mato Grosso) », Géoconfluences, mai 2009.
https://geoconfluences.ens-lyon.fr/doc/etpays/Bresil/BresilDoc3.htm