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articles d'information du dossier scientifique
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Innovation et territoire, enjeu essentiel des politiques
d’aménagement
en Europe
(Jacques Fache, Marion Gobin)
Union européenne – Russie :
des "politiques de voisinage" de l'énergie (Julien Vercueil)
Comprendre la Lettonie : un pays des confins
(Pascal Orcier)
Une nouvelle
architecture territoriale pour les États
d’Europe centrale et orientale
(Lydia Coudroy de Lille)
État,
territoires et maillage. La construction de l'État
bulgare en Europe
(Emmanuelle Boulineau)
Sur
le chemin de l’intégration européenne
: les difficultés de la réforme
régionale bulgare (Emmanuelle
Boulineau)
Quelle Europe des régions ? (Agnès
Bénassy-Quéré)
Vieille Europe, jeune Europe : une
dualité rhétorique ou réelle
?
(Gérard-François Dumont)
Dans d'autres dossiers, des articles complémentaires (nouvelles fenêtres) :
Les frontières russes entre effets d'héritages et nouvelles polarités (David Teurtrie)
Jeux de frontières à Chypre,
quels impacts sur les flux migratoires en Méditerranée orientale ? (Olivier Clochard)
L’élargissement de l’Union européenne à l'Est :
Bruxelles au défi des relations transfrontalières (Emmanuel Bioteau et Bénédicte Michalon)
Une
nouvelle architecture territoriale pour les États
d’Europe centrale et orientale
(Lydia Coudroy de Lille)
L’Union Européenne
a accueilli, au 1er mai 2004, dix nouveaux États
membres, dont huit appartiennent à l’Europe
post-socialiste. Cette terminologie, pas encore
désuète, nous rappelle que la date
de 1990 n’a pas remis les compteurs à
zéro, et que ces pays entreront dans l’Europe
avec un certain nombre de marques héritées
de la parenthèse historique du socialisme,
malgré une décennie consacrée
à la restructuration globale des systèmes
économiques, sociaux et politiques.
L’analyse géographique des modalités
de cette "transition" vise à
explorer les dimensions spatiales de ces processus
de restructuration. Pour ce qui est de la restructuration
politique, l’abandon du système socialiste
revient à remplacer des logiques centralisatrices
d’exercice du pouvoir par un système
de relations plus complexe, dans une architecture
territoriale totalement revisitée. Les
réformes territoriales mises en œuvre
partout correspondent en effet à un double
objectif :
- mettre en place des cadres territoriaux pour
l’exercice de la démocratie, et au
service d’une administration réformée,
- préparer les collectivités locales
ainsi constituées à recevoir les
fonds structurels européens.
La commune,
socle de la décentralisation
Un des premiers actes politiques
forts des États post-socialistes fut la
restauration du principe d’autonomie locale,
dès 1990. Cette mesure répondait
à une exigence de démocratisation
: en même temps que les mécanisme
du multipartisme étaient restaurés,
on redonna à l’échelon local,
la commune, son autonomie politique (par des élections
libres au suffrage universel), budgétaire
et patrimoniale (transfert d’une partie
du patrimoine de l’État vers les
municipalités). La commune est donc appelée
à être le terreau dans lequel s’enracinera
la démocratie retrouvée : les "conseils
du peuple" deviennent de véritables
collectivités locales. Parfois, le principe
d’autonomie locale fut enrichi d’une
loi sur l’autodétermination municipale,
qui ouvrit la voie à une tendance à
l’émiettement communal par l’augmentation
du nombre de communes (Hongrie, République
Tchèque, Slovaquie). La pratique de l’intercommunalité
s’avère alors un rempart possible
contre la désintégration du territoire
(encadré ci-dessous). Ailleurs, le maillage
communal est resté stable (Roumanie, Bulgarie,
Pologne).
La fragmentation
communale en République Tchèque
La République Tchèque a
choisi la voie de la fragmentation communale
dans la refonte du territoire opérée
dans les années 1990. La taille
moyenne des communes actuelles est en
effet des plus basses : 17 km²,
1 700 habitants ; 80% des communes
ont moins de 1 000 habitants. Cette
tendance est un renversement par rapport
à une phase de contraction du maillage
communal entamée en 1950, au nom
de la rationalisation du territoire. De
11 459 communes en 1950 on était
passé à un total de 4 120
en 1989, au détriment surtout des
villages qui avaient dû fusionner,
et contre les vœux de la population.
Dans les années 1990, ces mêmes
villages ont repris leur autonomie communale,
si bien que 60% des 6 246 communes
ont aujourd’hui moins de 500 habitants.
Mais ces petites collectivités
territoriales expérimentent parallèlement
la coopération intercommunale,
sur des champs divers (tourisme, environnement,
transports, etc.).
Source : d’après
ILLNER M., 2002, Multilevel Government
in Three East Central European Candidate
Countries and its Reforms after 1989,
EUI Working Papers, European University
Institute
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Les élections locales
à cette échelle, qui ont eu lieu
déjà 4 fois dans certains pays,
montrent une érosion de la participation,
reflet à la fois des grands espoirs qu’on
avait fondés dans cet échelon et
des déceptions que les édiles locaux
ont pu susciter.
L’échelon
régional, au cœur de la stratégie
d’intégration européenne
Dans un deuxième temps,
on s’est attaqué au chantier plus
complexe de la réforme au niveau régional.
Cet objectif était présent dès
1990 dans les politiques de démocratisation.
Mais il fallait d’abord défaire l’existant,
réformer des maillages régionaux
issus de la période précédente
: ils avaient été plusieurs fois
remodelés depuis 1945, et exprimaient une
logique de gestion centralisée des territoires.
Les contours étaient artificiels par rapport
aux structures du peuplement, à l’histoire,
à la géographie, et le nombre élevé
d’unités reflétait le souci
de quadriller le territoire dans une logique de
contrôle politique et social.
En outre, le redécoupage régional
coïncide avec une injonction externe, celle
de l’Union Européenne. Le lancement
des programmes de pré-adhésion,
puis des politiques structurelles après
2004 (ou 2007 pour la Bulgarie et la Roumanie)
nécessite la création de collectivités
régionales chargées à la
fois d’initier des politiques de développement
régional, et de gérer les aides
financières européennes. Ces nouvelles
régions correspondent donc au niveau NUTS
2 du maillage européen.
Leur mise en place fut longue, et parfois l’objet
de débats politiques houleux. À
moins en effet d’opter pour un découpage
technocratique insipide (voir encadré ci-dessous),
le choix de telle ou telle limite impose de réfléchir
sur les identités régionales, l’usage
des régions historiques, les armatures
urbaines, etc.. sans parler de considérations
purement électoralistes qui au final ont
pu prendre le dessus.
L’État
roumain se méfie toujours des identités
régionales
"La Roumanie, État jeune
issu de l’union de provinces dotées
d’une forte personnalité
historique et géographique (Moldavie,
Valachie, Transylvanie) n’a eu de
cesse, lors d’incessants redécoupages
régionaux au long du XXe siècle,
de dissoudre ces identités dans
des maillages qui les ignoraient totalement.
De plus, entre 1968 et 1997, le niveau
régional fut purement et simplement
écarté du fonctionnement
de l’État roumain. Ce n’est
que sous la pression de l’Union
européenne qu'ont été
créées 8 "régions
de développement", pour la
distribution des aides régionales
dans l’étape préparatoire
à l’intégration. Dotées
de noms impersonnels (du type "Nord-Est"),
leur découpage ignore délibérément
les limites des provinces historiques
et géographiques (Transylvanie,
Valachie, etc..) dont elles semblent perpétuer
la négation, alors même que
celles-ci structurent toujours certaines
dynamiques de l’espace roumain (circulation,
migrations régionales, etc)."
Source : d’après
GROZA O., & MUNTELE I., Le maillage
sans territoire – la région
de développement en Roumanie,
Colloque Refonder les territoires,
ENS LSH, janvier 2003
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Les collectivités
territoriales contre les États ?
Les nouvelles régions
n’ont pas pour l’heure conquis une
assise politique, opérationnelle et identitaire
stabilisée. Elles souffrent d’un
certain nombre de faiblesses, et cherchent encore
leur place à côté des États.
Le rôle central des régions consiste
aujourd’hui à mettre en œuvre
les stratégies de développement
territorial financé par les fonds européens.
Or, l’expérience montre qu’elles
ont du mal à consommer les crédits
disponibles, à la fois par manque d’expérience,
mais aussi parce qu’elles sont entravées
par la persistance de pratiques centralisatrices
du côté des administrations gouvernementales.
Un fréquent décalage existe ainsi
entre l’étendue des compétences
des régions et la réelle maîtrise
financière dont elles disposent. Cette
indigence opérationnelle rejaillit sur
les faibles performances électorales aux
scrutins régionaux, et par conséquent
sur la capacité des collectivités
régionales à fonder la démocratie
"par le bas". Les électeurs montrent
par leur forte abstention aux scrutins locaux
une faible identification au territoire régional.
Par ailleurs, les nouveaux maillages évitent
les configurations qui rappelleraient la territorialité
de minorités ethniques, sauf en Pologne
où la minorité allemande a obtenu
de haute lutte une voïvodie en Silésie
(voir encadré ci-dessous). La crainte que
les identités régionales ne menacent
l’intégrité de l’État
et de la nation apparaît à travers
les lois instituant les régions : par exemple,
les régions polonaises doivent entretenir
"le caractère national polonais".
Une
réforme territoriale mouvementée
en Pologne
La Pologne
se singularise dans le déroulement
de la réforme administrative de
l’État par le caractère
passionné que prit le débat.
Ce qui commença comme un chantier
technocratique d’experts envahit
l’espace politique, des tribunes
parlementaires jusqu’à la
rue, voire aux églises (en Silésie,
des messes ont été célébrées
pour invoquer la création d’une
région propre). Il faut dire que
l’enjeu était plus complexe
dans ce grand pays de 320 000 km².
À la nécessaire refonte
du découpage régional (émietté
en 49 voïvodies) s’ajoutait
la nécessité de recréer
un niveau de gestion intermédiaire
entre les régions et les communes
: le powiat. En 1992, le gouvernement
diffusa une proposition de découpage
régional en 12 grandes voïvodies.
La classe politique se divisa sur trois
options à partir de cette proposition
(selon des clivages plus territoriaux
que partisans), puis la carte des nouveaux
powiat souleva de nouvelles protestations
dans les communes mécontentes de
leur rattachement à une ville voisine
plutôt qu’à une autre.
Des collectifs en tous genres, relayés
ou non par les partis politiques, ont
exprimé leur position jusqu’à
l’adoption de la nouvelle carte
administrative en 1998, avec finalement
16 voïvodies. Il en ressort un activisme
très affirmé de l’identité
silésienne (qui a permis de faire
apparaître une région propre
là où la part de la minorité
allemande est de 30%), et plus généralement
des régions les plus urbanisées
de l’ouest dans lesquelles les propositions
gouvernementales ont le plus été
affectées par les contestations
locales.
Source : Lydia Coudroy de Lille, "Réforme
territoriale et repositionnement des métropoles
en Pologne" in Rey V. et Saint-Julien
T., Identités et recompositions
territoriales en Europe, à
paraître à ENS-Editions,
2004
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Photo
: "Défends ta commune !",
Varsovie, 2002
Une affiche de la campagne politique autour
de la réorganisation administrative
de la capitale. À Varsovie, comme
ailleurs, les communes s’étaient
habituées depuis 1990 à une
large et nouvelle autonomie politique. Mais
en 2002, elles ont été transformées
en arrondissement et ont perdu leurs prérogatives.
D’où le slogan : "Liquidation
= désorganisation. Défends
ta commune !" |
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La difficile émergence
des régions peut être interprétée
à la fois comme un héritage des
traumatismes démographiques consécutif
à la Guerre (exterminations, déplacements
massifs de populations), et comme le résultat
de 45 ans de centralisme démocratique.
Mais il ne faut pas mésestimer le rôle
d’héritages plus anciens : avant
1918, dans les empires qui alors se partageaient
l’Europe centrale et orientale, la quête
des identités nationales était prioritaire.
Les États-nations sont jeunes : la méfiance
de certains États aujourd’hui envers
les régions renvoie donc au spectre de
la perte de cohésion nationale.
La "gouvernance
territoriale" en Europe : divergence ou convergence
?
On pourrait croire que les pays
d’Europe centrale et orientale suivent un
"modèle" de gestion des relations
entre l’Union et les différents niveaux
de gestion administrative ; or l’injonction
européenne se limite au respect de quelques
principes fondamentaux - la subsidiarité,
la Charte de l’autonomie locale
de 1985, et le respect du droit des minorités
-, et à la mise au point d’un outil,
le maillage NUTS, pour la distribution des fonds
structurels. Le reste est du ressort des États
respectifs, ce qu’a bien fait ressortir
la décennie passée, puisque les
dispositifs installés, à taille
égale de population, montrent une grande
divergence à la fois dans le nombre de
niveaux choisis, et la taille des unités
territoriales (voir encadré ci-dessous).
Du reste, comment pourrait-il en être autrement,
alors que tout oppose par exemple la région
autonome espagnole, très soucieuse de ses
conquêtes face à l’État,
à la région grecque, qui ne servent
que de tiroirs-caisses pour les fonds structurels
?
L’Union à 25 sera tout aussi disparate
de ce point de vue, les pays nouvellement entrants
adaptant leur architecture territoriale à
leur stratégie nationale.
Comment
découper des petits pays ? Hongrie,
Slovaquie, Bulgarie
À
population comparable, trois États
d’une dizaine de millions d’habitants
chacun ont choisi des architectures très
différents. La Bulgarie a conservé
un maillage communal large, avec de grosses
communes, et imposé par-dessus
la trame régionale un découpage
au niveau NUTS 2 en "régions
de développement". Le
centralisme s’est maintenu, sous
d’autres formes. La Hongrie présente
une voie moyenne : 7 "régions
statistiques de planification"
et plus de 3000 communes d’environ
3000 habitants. La République Tchèque
s’en distingue non pas par le niveau
régional (avec les 8 "régions
programme"), qui est comparable
au cas hongrois mais par l’émiettement
communal prononcé.

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Lydia Coudroy de
Lille, Université de Lyon II, Géophile

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| Mise
à jour : 30-11-2005
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