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La
Méditerranée : un modèle
spatial de référence ? (Vincent
Clément)
Unité
ou fracture en Méditerranée : d'un
mythe à l'autre (Vincent Clément)
Situations démographiques et logiques migratoires
trans-méditerranéennes
(Gérard-François Dumont)
Gestion de l'eau en Espagne : les canaux
de la discorde (Laurent Carroué)
Dans d'autres dossiers, des articles complémentaires (nouveaux onglets) :
Le tourisme de croisières en Méditerranée
(Carine Fournier)
Jeux de frontières à Chypre,
quels impacts sur les flux migratoires en Méditerranée orientale ? (Olivier Clochard)
La France méditerranéenne
en feu : retour sur les incendies de forêts
de l'été 2003
(Vincent Clément)
La
Méditerranée, un modèle spatial
de référence ? (Vincent Clément)
Le concept de "méditerranée"
a été érigé en modèle
spatial pour caractériser d’autres
espaces dans le monde. Les exemples les plus connus
sont la Méditerranée caribéenne
et la Méditerranée asiatique. Mais
il existe sur la planète d’autres
espaces ayant la même configuration. Ainsi
la Baltique, l’Arctique ou le Golfe persique
sont aussi des espaces qui s’organisent
autour d’une mer intérieure.
Lors d’un colloque organisé à
la Maison de la Géographie à Montpellier
sur le concept de "méditerranée",
et dont les actes ont été publiés
dans la revue L’Espace Géographique
en 1995, certains participants avaient même
défendu l’idée que l’Océan
Indien pouvait être considéré
comme une méditerranée. L’idée
avait notamment été suggérée
par Pierre-Yves Mangin, historien et spécialiste
de l’histoire des mers d’Asie. P.Y.
Mangin avait justifié son idée en
expliquant que bien qu’il n’y ait
pas de limite physique méridionale à
l’Océan Indien, pour les Arabes et
pour les Indonésiens il y a une véritable
frontière psychologique : vers le sud,
au-delà du 6° parallèle N.,
commence pour eux un monde maudit d’où
l’on ne revient pas.
Considérer l’Océan Indien
comme une méditerranée avait été
rejeté par la plupart des géographes
présents au colloque de Montpellier. Cependant,
le débat a eu le mérite de mettre
en évidence la nécessité
de mieux définir le concept de "méditerranée",
et de souligner l’impossibilité d’associer
toute mer entourée de terres à une
méditerranée. Par effet de miroir,
ce débat invite aussi à s’interroger
sur les caractéristiques de la Méditerranée
de l’Ancien Monde et sur la pertinence de
l’ériger en modèle universel.
Les "mensurations"
d'une méditerranée
Quelles sont les "mensurations"
idéales d’une méditerranée
? Cette interrogation qui ressemble à
une boutade est en réalité une question
tout à fait centrale, hélas trop
souvent éludée. En effet la question
de la taille, sur laquelle se greffe implicitement
la forme et la distance, détermine trois
séries de facteurs incontournables pour
l’analyse d’un espace géographique
: a) les interfaces, les proximités, les
échanges ; b) la manifestation de conflits
d’intérêt sur un espace partagé
; c) les complémentarités entre
des milieux géographiques contrastés.
Les dimensions d’une méditerranée
ne doivent être ni trop grandes, ni trop
petites. Pas trop grandes, pour exclure les océans
qui, dans l’absolu, sont aussi des mers
au milieu des terres. Pas trop petites non plus,
pour exclure les mers fermées ou les grands
lacs, déconnectées de l’Océan
mondial. Pour parler de méditerranée
on peut s’en tenir à des mers dont
les points les plus éloignées sont
compris entre 2000 km et 4000 km. Cette taille
permet à la fois l’accessibilité
et la relative facilité des communications,
tout en mettant en contact des espaces et des
milieux différenciés. C’est
le cas de la Méditerranée, qui s’étire
sur 4000 km de Tanger à Beyrouth (même
ordre de grandeur que la méditerranée
asiatique ou caribéenne) et sur 800 km
dans sa plus large épaisseur entre Gênes
et Bizerte. La Méditerranée met
ainsi en contact des milieux différenciés
: un noyau dur à climat méditerranéen,
bordé par des marges tempérées
vers le nord et par le désert du Sahara
qui vient lécher la mer sur les côtes
de Libye et d’Égypte. La relative
proximité des rivages méditerranéens
a permis depuis l’Antiquité à
la fois des échanges et des confrontations
entre des cultures différentes, mais aussi
un mélange des populations par des déplacements
volontaires ou par des diasporas.
Un espace
articulé
Une méditerranée
n’est pas qu’un vaste plan d’eau
au milieu des terres. C’est un espace articulé
par des péninsules et par des îles
qui constituent des médiateurs territoriaux
entre la terre et la mer, facilitant ainsi les
liens entre les espaces continentaux bordiers,
liens qui se déclinent en logiques d’interfaces
ou d’affrontements.
Les péninsules découpent l’espace
méditerranéen en plusieurs sous-ensembles
avec une dissymétrie majeure entre rive
nord et rive sud en Méditerranée
puisque les péninsules sont toutes ancrées
sur la rive septentrionale du Mare Nostrum.
Le découpage le plus évident est
celui qui oppose le bassin occidental et le bassin
oriental de la Méditerranée, de
part et d’autre de la charnière italienne.
À une échelle plus fine, les péninsules
sont séparées par de grandes échancrures
qui individualisent des sous-ensembles maritimes
(mer Égée ou mer Adriatique par
exemple).
Le rôle des îles est lui aussi essentiel
dans l’articulation de l’espace méditerranéen.
Les îles s’inscrivent dans le prolongement
des continents et des péninsules. Ce sont
des territoires ambigus, à la fois mi-terrestres
et mi-maritimes. Par convention internationale,
les îles sont intégrées dans
le calcul de la superficie de la Méditerranée
dont elles représentent environ 4%. Leur
répartition souligne la dissymétrie
existante entre les deux rives : comme les péninsules,
elles se concentrent principalement au nord de
la Méditerranée.
Îles et péninsules ont incontestablement
facilité les communications et les échanges
en Méditerranée depuis l’Antiquité.
Les navigateurs n’étaient jamais
éloignés de plus de 350 km d’un
rivage ce qui, en cas de gros temps, leur permettait
de trouver aisément des havres naturels
où s’abriter. On comprend ainsi que
dès l’Antiquité grecque, la
navigation ait été maîtrisée
sur l’ensemble de la Méditerranée
: Ulysse, au cours de son périple, était
parvenu jusqu’aux colonnes d’Hercule
(Détroit de Gibraltar). D’où
aussi la conscience précoce des peuples
riverains de la Méditerranée d’habiter
autour d’une mer commune, comme l’exprima
Platon de manière humoristique : "Comme
des grenouilles autour d’un marais, nous
sommes tous assis au bord de la mer".
La Méditerranée,
réalité unique ou modèle
universel ?
L’analogie est
le principe essentiel sur lequel se fonde toute
classification. La Méditerranée
n’est pas le seul espace à avoir
été érigé en modèle.
Le modèle alpin par exemple sert aussi
à caractériser d’autres espaces
montagnards dans le monde. On parle ainsi des
Alpes scandinaves ou des Alpes de Sichuan. En
observant un atlas du monde, on s’aperçoit
que la Méditerranée caribéenne
ou la Méditerranée asiatique possèdent
une configuration des lieux qui rappelle la Méditerranée
de l’Ancien Monde. La ressemblance est toutefois
partielle puisque ces deux méditerranées
ne mettent pas en contact deux grandes masses
continentales. Elles s’appuient sur une
seule façade continentale (Amérique
centrale ou Asie) et sont incomplètement
fermées par des guirlandes insulaires.
Ce sont aussi des espaces moins bien articulés
en raison du nombre plus limité de péninsules
et par la quasi-absence d’îles relais
au cœur de leur espace maritime.
Face à ces copies imparfaites, on serait
tenté de croire que la Méditerranée
de l’Ancien Monde est un espace unique.
L’ambiance climatique particulière
de la Méditerranée, l’historicité
des lieux et en particulier la romanisation, la
familiarité des paysages méditerranéens,
l’héritage culturel, tout ceci concourt
à faire de la Méditerranée
un monde à part. Mais que la Méditerranée
soit un espace unique n’est pas contradictoire
avec le fait de la poser en modèle universel.
Un modèle est par définition un
objet de référence, une sorte d’archétype
idéalisé auquel on se compare. En
ce sens, notre Méditerranée peut
servir de modèle pour analyser les espaces
qui dans le monde ont une configuration géographique
comparable, comme les méditerranées
caribéenne ou asiatique. Le modèle
de référence peut aussi être
le point de départ d’un questionnement
transposable à d’autres espaces organisés
autour d’une mer intérieure. Une
méditerranée fonctionne-t-elle en
vase clos, ou, au contraire, forme-t-elle un monde
ouvert sur l’extérieur ? Est-ce une
interface ou une frontière ? Un finistère
partagé entre des masses continentales,
ou un espace central autour duquel s’organise
les flux et les échanges ? Ces différentes
interrogations qui traversent la géographie
de la Méditerranée sont tout à
fait transposables aux autres méditerranées
dans le monde.
Vincent
Clément, pour Géoconfluences le
01/03/2004

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| Mise
à jour : 01-03-2004
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