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La France : des territoires en mutation

L’Euro 2016, révélateur des enjeux de l’aménagement des grands stades en France

Publié le 28/11/2011
Auteur(s) : Stéphane Merle, docteur en géographie, chercheur associé à ISTHME (Université de Saint-Etienne, UMR 5600 EVS)

1. Les enjeux sportifs : des politiques publiques face au spectacle sportif

2. Les enjeux sociaux : vers une normalisation du supportérisme ?

3. Les enjeux économiques et managériaux : la rentabilité en question

4. Les enjeux politiques : les avatars de la politisation des stades

5. Les enjeux d'aménagement : un géomarketing à deux échelles

6. Vers une typologie des projets de grands stades

Depuis quelques années, notamment dans le cadre de la candidature à l'organisation de l'Euro 2016 de football, fleurissent des projets de grands stades, ex nihilo ou à partir d'anciens stades rénovés, dans la majorité des grandes agglomérations françaises. À l'échelle européenne, ils s'inscrivent dans deux grandes tendances, tantôt d'affirmation du pouvoir des grands clubs par des projets de stades privés ou semi-privés, tantôt d'affirmation des États et des métropoles dans l'organisation des grands événements sportifs, par exemple, la Coupe du Monde de football 2006 en Allemagne.

En France, l'acceptation, en mai 2010, de la candidature à l'organisation de l'Euro 2016 n'a fait qu'accélérer un ensemble de projets d'aménagement portés par de nombreux acteurs, publics, privés et de type partenariat public-privé (PPP). Si douze stades ont été sélectionnés dans ce cadre en 2010 (un nombre limité à 9 en mai 2011), la perspective d'accueil d'un tel événement sportif n'est pas la seule motivation de ces projets : au moins une vingtaine de projets ont été recensés dans les années 2000, certains en voie d'abandon, la plupart en cours de concrétisation.

Sans prétendre à l'exhaustivité dans l'analyse de ces projets d'aménagement sportif, c'est bien le prisme de la géographie politique, identifiant les acteurs et les processus inscrits dans l'espace, qui permet d'appréhender le rôle du sport dans la construction et dans le renouvellement des territoires métropolitains. Nous chercherons ainsi à savoir si ces politiques d'aménagement sportif évoluent vers un consensus entre intérêts publics et intérêts privés. Dans cette approche d'une instrumentalisation du fait sportif, les projets de grands stades relèvent tous d'enjeux sportifs et extra-sportifs (économiques, sociaux, politiques et géomarketing) qu'il s'agira d'analyser avec le recul nécessaire – mais compliqué par les multiples rebondissements dans l'avancement de ces projets de stades (à l'image du projet phare de Lyon) – avant de proposer une typologie des projets.

Les enjeux sportifs : des politiques publiques face au spectacle sportif

Plusieurs chercheurs, principalement en management du sport, ont bien montré le poids des grands événements sportifs dans le marketing territorial (Barget et Vailleau, 2008). Les projets de grands stades concernent deux types de manifestations sportives : l'événement sportif unique de grande ampleur comme l'Euro 2016 (soutenu par des acteurs publics : l'État, les collectivités territoriales, la Fédération française de football / FFP) ; le spectacle sportif régulier comme le championnat de football professionnel, soutenu plutôt par des acteurs privés, la Ligue de football professionnelle (LFP) et les clubs, en particulier les plus puissants, membres de l'Association européenne des clubs (ECA). Leurs stades sont donc soumis à des doubles normes, nationales (celles de la Ligue de football professionnel / LFP) et européennes (celles de l'Union européenne des associations de football / UEFA), de plus en plus drastiques en matière de confort et de sécurité. Celles-ci suscitent d'ailleurs des tensions depuis plusieurs années avec les collectivités locales propriétaires / gestionnaires des stades, notamment avec l'Association nationale des élus en charge du sport (Andes) quant aux demandes de bâche ou de pelouse chauffantes, voire de pelouse synthétique, etc.

Pour l'Euro 2016, ces normes de l'instance européenne, au printemps 2009, imposent huit stades d'une capacité minimale de 30 000 places, dont trois autour de 40 000 places et deux autres de 50 000 places, pour l'ouverture et la finale. Mais aussi, dans le détail,  un grand nombre de places VIP, 4 850 contre 2 200, avec sièges élargis de 4 centimètres par rapport aux anciennes normes, attestant d'une inflation des normes à la suite des difficultés d'organisation de l'Euro 2012 en Ukraine et en Pologne [2]. L'UEFA a ainsi mis en œuvre un système de notation des stades de football en Europe suivant ces critères de capacité, de sécurité et de confort, introduisant une labellisation sous forme de catégories, jusqu'aux cinq étoiles, pouvant accueillir les grands événements comme la finale de la Ligue des Champions (document ci-dessous). Or le retard français sur ces normes de grands stades est flagrant, surtout vis-à-vis de ses voisins : en 2010, la capacité moyenne des stades de l'élite (première division) est d'à peine 30 000 places en France, contre 45 000 pour l'Allemagne, 40 000 pour l'Italie, plus de 35 000 pour l'Angleterre et plus de 30 000 pour l'Espagne). Et la France possède cinq stades de plus de 40 000 places, contre respectivement 15, 12, 9 et 10 chez ses voisins.

Bref, l'Euro 2016 est impossible à organiser sans projet de nouveaux stades et à ce titre le Mondial 2006 en Allemagne fait figure d'opération modèle. En faisant du dossier 'stades' une priorité absolue, les Allemands ont investi 1,4 milliard d'euros, dont la moitié en fonds privés, pour en construire cinq et en rénover sept, tous confortables et souvent multifonctionnels. Même les stades anglais ont été rénovés ces dernières années sans perspective d'organisation d'un grand événement, grâce à l'implication de riches clubs propriétaires de leurs installations : le seul stade d'Arsenal a coûté quelques 625 millions d'euros.
Caractéristiques des stades de première division pour les 5 ligues majeures

Les raisons du retard français (tableau comparatif ci-dessus) sont autant structurelles (contraintes administratives, absence d'investisseurs privés, réticences de certaines municipalités propriétaires des stades) que conjoncturelles, liées à l'organisation du Mondial 1998 : ce n'est pas un hasard si de grands projets concernent des stades non rénovés en 1998 comme Nice ou Lille. En effet, l'État français a dépensé 600 millions d'euros pour douze enceintes, mais à lui seul, le Stade de France, seul nouveau stade ex nihilo construit depuis 1985, en a englouti 420 millions au détriment de profondes rénovations ou de nouvelles constructions modernes en région. Bref, de nombreux acteurs du football français estiment que le pays n'a pas su profiter de la rare occasion du Mondial 1998 pour vraiment moderniser ses infrastructures sportives. Peut-être peut-on y voir un héritage du jacobinisme français face au fédéralisme allemand.

Sur un plan strictement financier, l'enveloppe de l'État prévue pour l'Euro 2016 est inférieure au Mondial 1998 (158 millions d'euros contre 180), selon une proportion dans le financement total chutant de 30% à 8% puisque, pour 2016, le coût total des stades est estimé à 1,8 milliard d'euros. Ce qui pose la question de l'opportunité du financement de l'Euro 2016 dans un contexte budgétaire très tendu et incertain depuis 2009 : réalisation éventuelle suspendue au choix des 9 villes principales, polémique sur les normes UEFA, complexité des enquêtes publiques, durée des travaux très longue, coût très important et casse-tête sur la répartition des subventions étatiques.

Il y avait 17 villes candidates en 2009, dans toutes les métropoles régionales [3]. Des villes ont été rejetées en mai 2010 ou ont abandonné leur projet. Nantes s'est ainsi écartée à l'été 2009 devant le coût de la mise aux normes, malgré des travaux de modernisation en 1998 et 2007 (coupe du Monde de rugby). Il en restait 12 jusqu'à l'été 2010. Le retrait strasbourgeois (descente du club en National, coût pour la municipalité après la défaillance d'un financeur privé pour le grand projet Eurostadium) porte à onze, en 2011, le nombre de villes candidates.

Réalisation : Hervé Parmentier (UMR 5600 EVS, ENS Lyon)

En revanche on dénombre une dizaine d'autres projets de grands stades, dans d'autres villes françaises sans statut de métropole régionale, selon des projets de collectivités locales, liés à des clubs, comme à Valenciennes ou au Havre. L'idée générale est d'éviter ainsi d'associer un stade au seul événement sportif de l'Euro 2016 car le risque serait d'avoir des "éléphants blancs", des enceintes à moitié vides et surdimensionnées, comme ce fut le cas aux lendemains de l'Euro 2004 au Portugal [4].

Notons que ce fardeau des grandes compétitions sportives n'est pas propre au football, les Jeux Olympiques suscitant la création de nombreux équipements dont la vie sportive est très éphémère.

Les investissements considérables à prévoir d'ici 2016 peuvent rendre les politiques sportives locales encore plus déséquilibrées entre le soutien au sport de masse d'une part, au sport de haut niveau d'autre part, entre sport professionnel et sport amateur. Nombreux sont les acteurs du monde associatif qui dénoncent le sacrifice du sport pour tous au profit du sport spectacle et qui demandent un plan de relance général, un "plan Marshall" des équipements sportifs (Maudet et Vailleau, 2010). Le tableau synthétique ci-contre met en perspective ces projets de grands stades avec l'ensemble des projets d'équipements sportifs donc des politiques sportives locales.

Evolution du modèle des équipements sportifs en France

La seule participation étatique de 158 millions d'euros provient du Centre national pour le développement du sport (CNDS, qui est alimenté par des taxes sur les revenus de la Française des Jeux), soit 15% de son enveloppe normalement dédiée à la pratique sportive et aux projets d'équipements sportifs du monde amateur. Or les tensions entre pouvoirs publics et clubs de football professionnel remontent aux années 1980 avec le processus de marchandisation du football. Celle-ci, nettement renforcée dans les années 2000, suscite divers problèmes et questions : sur le droit à l'image lié à l'exonération de charge salariale ; sur la  gestion des clubs professionnels, notamment la limitation de la masse salariale ; sur leur statut d'entreprise de spectacle sportif qui peut surtout rentrer en opposition avec leur mission d'intérêt général comme le rappelle le rapport de la Cour des comptes en décembre 2009 [5] ; et enfin sur l'épineuse question d'une possible instauration de quotas visant à protéger les joueurs "franco-français" au détriment des dits "binationaux" [6].

Mais au delà de ce débat sur les politiques sportives locales, l'enjeu sportif principal réside dans la compétitivité des clubs français à l'échelle européenne, qui plus est dans une situation financière fragile : déficit qui se creuse, dépendance vis-à-vis de droits télévisuels avec 55% des budgets de clubs professionnels contre 35 à 40% en Espagne, Allemagne ou Angleterre (document ci-dessous à droite). D'où l'obligation de générer des recettes différemment. Sponsoring, billetterie, produits dérivés sont autant de relais de croissance pour lesquels la France est très en retard par rapport à ses voisins européens : en Angleterre et en Allemagne, des clubs moyens de l'élite sont propriétaires d'un nouveau stade, comme Tottenham où la modernité du récent stade compense la valeur historique de l'ancien.

Remplissage et sources de profit des clubs européens de la Ligue des champions

Les recettes des clubs européens de la Ligue des champions en 2009 - 2010

Plusieurs études ont montré le rôle joué par la modernisation de l'infrastructure "stade" dans l'affirmation des grands clubs, que ce soit dans le football anglais ou allemand. Les stades allemands sont devenus de vrais centres de profits après 2006, bien remplis, avec 42 000 spectateurs de moyenne en première division en 2009/2010 (face aux 20 000 spectateurs en France pour la même saison) contre  22 000 au début des années 2000 (documents ci-dessus). Pour l'Angleterre citons le cas d'Arsenal où le passage à l'été 2006 du vieux stade d'Highbury de 38 400 places à l'Emirates stadium et ses 60 000 places, a permis d'assurer les revenus de billetterie (99% abonnés) et des droits télévisuels. Cet "effet nouveau stade" ne se limite pas à une augmentation de la capacité mais engendre de l'affluence avec des taux de remplissage souvent supérieur de 30%, comme à Grenoble, club moyen évoluant en général en Ligue 2, dont le taux est passé de 49% à 83% entre la dernière saison de l'ancien stade (12 000 places) et la première saison du nouveau stade des Alpes de 20 000 places, inauguré en février 2008. En 2010, l'agence de marketing Sportfive (principale agence d'expertise dans le football professionnel, appartenant au groupe Lagardère, www.sportfive.com) a réalisé une étude pour le compte de la LFP sur ce que rapporterait au football français 20 stades neufs ou rénovés : ce serait à terme 183 millions de ressources supplémentaires pour les clubs (86 millions pour la billetterie classique, et 97 millions pour les loges et places VIP), chiffres basés sur un taux de remplissage hypothétique de 75% et sur une capacité moyenne des stades passant de 25 000 à 35 000 places [7]. Ce qui supposerait de rationaliser la fréquentation des stades en fidélisant davantage les supporters et en repensant leur accueil.

Les enjeux sociaux : vers une normalisation du supportérisme [8] ?

La recherche d'une affluence maximale dans les stades passe par une culture d'abonnement, forte en Angleterre et en Allemagne, globalement faible en France, sauf l'exception de l'Olympique de Marseille, seul club sportif disposant d'environ 25 000 abonnés. Quatre autre clubs ont entre 15 000 et 25 000 abonnés, dans les grandes métropoles (Olympique lyonnais à Lyon, PSG à Paris) et dans les villes de football et de culture populaire (Racing Club de Lens et ASSE à Saint-Etienne). Bien souvent, le nombre d'abonnés reflète l'ensemble de la fréquentation des stades (tableau ci-dessous), qui reste assez faible. Les clubs professionnels des villes où sont pourtant prévus des grands stades, comme Nice ou Lille, n'ont que 5 000 abonnés environ. De même, seuls 76% des billets vendus en France le sont en amont du match (Desbordes et Richelieu, 2011).

Or les abonnés garantissent une ambiance et des recettes, sans l'aléa des résultats sportifs et sans oublier les avantages marketing d'un public captif, voire d'une base de données : le supporter fidèle est consommateur de produits dérivés. Il existe justement une différence dans la culture de consommation, plus forte en Allemagne où le panier moyen du spectateur dépasse 15 euros (contre moins de 5 euros en France).

Depuis la fin des années 2000, la priorité politique est celle d'une pacification du supportérisme, tenant à la fois d'une politique répressive (interdictions de stade et dissolution de certains groupes ultras, caméras de surveillance) et d'une timide politique préventive. Le "modèle" des commissions de supporters comme à Saint-Etienne a été repris au niveau national par le lancement du Conseil national du supportérisme en 2011, à la suite d'un premier congrès des associations de supporters et d'un livret vert des supporters en 2010 (Hourcade, Lestrelin, Mignon, 2010). Parallèlement à cet encadrement croissant du supportérisme, le principe de sanctuarisation des stades reste la priorité des instances françaises et européennes. Le stade moderne, à la lecture des différents projets des années 2000, est à la fois sûr, sécurisé et confortable, ce qui suppose certes des modifications d'architecture (toitures, suppression de poteaux de soutien comme à Saint-Etienne (voir en corpus documentaire) ou Lens, sièges avec dossier, vidéosurveillance, écrans géants, accès handicapés généralisés) mais surtout une large gamme de services pour le supporter : restauration rapide, toilettes, voire halte-garderie. Le stade est amené à devenir un véritable "lieu de vie expérientiel" (Desbordes et Richelieu, 2011).

Source : Ligue de football professionnel (LFP), statistiques : www.lfp.fr/ligue1/affluences/journee

D'un côté,  les projets de grands stades associés à l'Euro 2016 peuvent être l'occasion de repenser la place des supporters dans le stade, notamment celle des groupes ultras, les plus démonstratifs donc garants de l'ambiance, en plaçant par exemple les collectivités locales en position de médiatrices et en adoptant chartes et conventions. D'un autre côté, les principaux acteurs des projets (clubs, LFP et UEFA) se concentrent sur l'augmentation des places VIP, les plus rentables en termes de communication et en termes financiers. Lors de l'Euro 2008 en Suisse et en Autriche elles ont rapporté plus que le spectateur ordinaire (12% des recettes, contre 7%), l'UEFA privilégiant les structures d'accueil haut de gamme pour les partenaires financeurs de l'événement. Les clubs français et la LFP se réjouissent donc de ces gains de places par comparaison aux anciens stades jugés obsolètes. Mais il s'agit plus de suivre un modèle allemand de stades populaires qu'un modèle anglais où le prix des places a fortement augmenté ces dernières années, en partie pour exclure les catégories populaires d'où sont issues les hooligans, ce qui suppose des choix économiques et politiques clairs.

Les enjeux économiques et managériaux : la rentabilité en question

Puisque ce sont les collectivités locales qui sont en France propriétaires / gestionnaires des stades (sauf à Ajaccio et à Auxerre), la première question est celle du rapport entre les coûts d'investissements (malgré un financement privé proche de la moitié pour les onze stades de l'Euro 2016 et des retombées économiques incertaines, surtout en comparaison avec une coupe du monde.

Il y a bien des effets d'annonce présentant l'organisation de l'Euro 2016 comme un remède anti-crise pour l'économie française. Par exemple, la LFP pronostiquant en 2009, à la suite d'une étude de Protourisme (Protourisme, mai 2010), des retombées économiques de 8 milliards d'euros (indirectes et induites) et des retombées sur l'emploi avec la création de 15 000 emplois entre 2011 et 2014 et de 4 000 emplois durables. De grands groupes français du BTP (Vinci, Bouygues et Eiffage) sont déjà bien impliqués, répondant largement aux appels d'offre pour les projets lancés par les collectivités concernées (cf. carte ci-contre).

Certains processus favorisent l'implication des investisseurs et des entreprises privées, tel le naming, une pratique qui consiste à donner, sur une période déterminée, le nom d'une marque à une enceinte sportive, lui permettant ainsi d'en retirer des bénéfices marketing. Initié au début du XXe siècle par des entreprises investissant dans le football (Philips stadion à Eindhoven dès 1913), le naming est repris et développé d'abord aux États-Unis (dès les années 1960 mais surtout dans les années 1980, sur de longs contrats) puis en Europe depuis une dizaine d'années.

Réalisation : Hervé Parmentier (UMR 5600 EVS, ENS Lyon). Le groupe Vinci l'a souvent remporté à la suite des procédures d'appel d'offres

C'est avec la construction de nouveaux stades, notamment en Allemagne pour la Coupe du Monde 2006, que les contrats se sont multipliés, même s'ils existent aussi pour de petits stades (autour de 10 000 places) grâce à des contrats de cinq ans en général avec des groupes locaux ou régionaux dans les pays pionniers comme les Pays-Bas, l'Angleterre et l'Allemagne qui ont respectivement 12, 17 et 35 contrats en naming. Désormais, 12 des 18 stades de la Bundesliga portent le nom d'une marque. Cette pratique marchande commence à être importée en France où le premier contrat signé est, en 2007, celui de l'assureur MMA avec la ville du Mans gestionnaire du stade devenu MMArena en 2011, symbole d'un modèle intermédiaire qui associe un groupe au rayonnement national du secteur de l'assurance à un stade de 25 000 places [9]. Il repose sur un principe juridique de 1993, la délégation de service public mais avec un montage complexe lié au concessionnaire Le Mans Stadium, filiale de Vinci. Les avantages et les limites du naming sont désormais connues en management du sport : entre sécurisation des ressources pour le club et/ou le propriétaire du stade et amélioration d'image et de légitimité pour le partenaire d'un côté, réticences des collectivités, aléa dans le rayonnement sportif et l'image (violence dans le stade, concurrence du sponsor maillot ...) d'un autre côté.

Il existe aussi des partenariats publics-privés (PPP) plus anciens dans le football : le bail emphytéotique administratif (BEA), à Nancy, Lens et Paris où la ville transfère la propriété du stade à un locataire pour une très longue durée, jusqu'à 99 ans. Les travaux sont alors à la charge du bailleur, mais, grâce à la nouvelle loi Depierre votée en 2011, avec des subventions des collectivités locales : c'est le cas des villes de Nancy et de Lens, de la région Ile-de-France pour le Parc des Princes suite au refus de financement par la ville de Paris. La seconde forme de PPP (prévue par une ordonnance de 2004 modifiée en 2008, complétant la délégation de service public accordée depuis 1993) est celle où la ville est propriétaire du stade et fait appel à des partenaires privés pour le financer et l'exploiter pendant une durée moyenne de 30 ans.

Durant cette période, elle rembourse le constructeur-exploitant et perçoit une redevance du club résident. Trois villes ont choisi cette formule pour construire leur nouveau stade, Lille, Bordeaux et Nice, sans oublier Marseille pour la grande rénovation du stade Vélodrome. Aux yeux des collectivités, des stades neufs ou modernisés permettent de multiplier les revenus annexes selon diverses hospitalités, les jours de match ou non, voire au quotidien. Outre le club résident, les utilisateurs peuvent être d'autres clubs sportifs (en football dans le cadre de délocalisations ou en rugby, voire en athlétisme et en sports mécaniques pour des stades multifonctionnels comme le Stade de France), des organisateurs de concerts, des entreprises qui organisent de l'événementiel (visites, séminaires, etc). L'offre complémentaire peut être décisive : musée, restaurant, boutique du club, commerces, salle de fitness, bureaux à louer ... comme le montre le schéma ci-contre sur le projet lyonnais.
Les revenus attendus par OL Groupe avec l'exploitation du futur stade à Décines

Le projet de grand stade et d'OL Land à Décines, voir l'étude de cas en corpus documentaire

Bref, il s'agit d'équilibrer un budget en tenant compte de l'aléa sportif et des revenus classiques du spectacle sportif. Mais il s'agit également de déterminer une identité au projet, au futur équipement : à Lille, la communauté d'agglomération a ainsi refusé au concessionnaire Eiffage l'implantation au stade de son siège régional, au prétexte d'être identifié comme activité de BTP, non sportive. Mais nous sommes encore loin en France, malgré ces perspectives, du modèle américain où les investisseurs sont souvent propriétaires du stade, voire des exploitants multi-stades qui gèrent plusieurs types de spectacles. Par exemple, la seule idée de mutualiser les usages d'un stade les jours de match (spectacle sportif mais aussi déambulation commerciale ou restauration) est complexe puisqu'elle nécessite une neutralisation des éventuels commerces plusieurs heures avant et après la rencontre sportive. D'ailleurs, aucun projet immobilier et commercial n'est défini à Lille au printemps 2011, ce que confirme la longueur des procédures et des mises à l'agenda des grands stades.

Les enjeux politiques : les avatars de la politisation des stades

L'implication de l'État est assez forte dans la candidature française à l'organisation de l'Euro 2016. Il intervient par la création depuis 2008 de commissions sur la modernisation des enceintes sportives et les enjeux du sport professionnel, qui produisent des rapports d'aide à la décision. Il en est ainsi du rapport Besson sur la compétitivité du football français remis au Premier ministre le 5 novembre 2008 (Besson, 2008) insistant sur la nécessaire modernisation des stades par recours aux investissements privés, puis du rapport Séguin sur les grands stades remis au Premier ministre le 24 novembre 2008 (Séguin, 2008). Ce dernier conforte les idées du rapport Besson, il propose le recours à une déclaration d'intérêt général, le recours au secteur privé pour le financement (naming) et le pilotage, etc. [10].

Dans cette logique, après un premier débat dans le cadre du Plan de relance début 2009, est votée la loi du 22 juillet 2009 sur les services touristiques, dont l'article 28 donne aux équipements sportifs un statut "d'intérêt général" quelle qu'en soit la propriété, publique ou privée. Mais de nombreux acteurs du monde sportif, notamment les présidents de clubs, attendaient une loi cadre sur les grandes infrastructures et sont très critiques [11]. Cette impression de bricolage juridique est renforcée par l'activité législative depuis 2009, à l'image des longues discussions, en 2011, sur la loi Depierre "relative à l'organisation du championnat d'Europe de football de l'UEFA en 2016" [12].

De même, le consensus politique affiché au printemps 2010 à l'approche de la désignation du pays organisateur de l'Euro 2016 est tout relatif, voire de façade étant donné les positions des écologistes opposés aux grands projets d'équipements sportifs (agrandissement du stade Roland-Garros ou nouveau circuit de Formule 1 et a fortiori plusieurs grands stades) ou encore  de l'extrême gauche craignant, à l'aulne d'un football professionnel assimilé à "quelques milliardaires en short qui courent après un ballon" [13], une évolution vers des stades réservés à des clubs cotés en bourse et flanqués de centres commerciaux.

En conséquence, l'agenda des projets de grands stades est étalé, malgré les souhaits de l'UEFA attendant la réalisation des travaux pour 2014, surtout lorsqu'au plan local ces dossiers sont instrumentalisés à des fins de compétition politique. Ainsi, à Bordeaux a-t-on pu observer l'opposition partisane entre maires et élus des autres niveaux de gouvernement local, notamment lors des campagnes électorales pour les régionales de 2010 et les cantonales de 2011 (Honta, 2010). Les oppositions entre maires des communes d'une même agglomération, voire entre municipalité et intercommunalité, sont également fréquentes sachant que le pilotage des projets se fait souvent à ce dernier échelon et par l'intervention de services autres que celui des sports : services économique, communication & transport, urbanisme. C'est un double signe :  le sport professionnel et/ou de haut niveau est déconnecté de la pratique sportive amateur et les logiques politiques de l'aménagement sportif sont complexes.

Les enjeux d'aménagement : un géomarketing à deux échelles

À l'échelle nationale, ces projets de grands stades concernent clairement les grandes métropoles, surtout à l'approche de l'Euro 2016. Après le Stade de France de 1998 à Saint-Denis, on retrouve un héritage des métropoles d'équilibre dans la localisation des grands stades des années 2010, presque tous en région. La construction de ces grands stades, surtout ex nihilo, est à recadrer dans les politiques publiques de grands équipements, sportifs ou non, dont l'enjeu urbanistique est souvent dépassé par des enjeux d'affirmation régionale voire nationale (document ci-dessous).

Outre la présence ancienne de grands stades et de grands clubs, plusieurs facteurs poussent les pouvoirs métropolitains à envisager des stades modernes de grande capacité. Il faut d'un côté prendre en compte la gestion des risques qui nécessite des mises aux normes ainsi que la mise en conformité avec les règles d'accessibilité aux personnes handicapées notamment. D'un autre côté il faut prendre en considération, dans un contexte de compétition inter-urbaine, les effets stimulants d'un grand stade pour le rayonnement métropolitain à l'échelle nationale et internationale [14], par exemple : l'innovation par l'architecture et l'urbanisme ou par la prise en compte du "développement durable" ; le renouvellement des dynamiques urbaines avec la fin de la marginalisation des équipements sportifs dans les projets urbains ; la prise en compte de l'échelon intercommunal ; etc. Le géographe Loïc Ravenel a initié cette approche géomarketing, en montrant le poids du critère démographique mais aussi ses limites (Ravenel, 1998).
L'enjeu des grandes rencontres internationales depuis 1998

À l'échelle locale, d'abord celle de l'agglomération, la localisation des grands stades est souvent problématique, à commencer par le simple choix entre ville-centre et communes périphériques : le coût du foncier, voire la sécurisation des accès, mais aussi le défi de créer un nouveau quartier comme dans le cas du nouveau stade de Munich, Allianz Arena [15], poussent à délocaliser en périphérie, loin des zones d'habitat. Mais l'idée de faire du stade un lieu de vie et un marqueur des territoires urbains rend la proximité nécessaire, surtout pour un bon accès en transports collectifs et alternatifs à la voiture, ce qui augmente alors les nuisances potentielles et les recours d'associations d'habitants. Plus que cela, le stade est présenté ces dernières années – par les urbanistes mais plus seulement – comme un outil de développement d'un quartier. L'exemple français le plus récent, le plus emblématique, est celui du Stade de France, au cœur d'une Plaine-Saint-Denis passée du statut de marge urbaine (nombreuses friches industrielles, tissu urbain déchiré) à celui d'espace urbain moderne et relativement unifié : espaces publics couvrant l'autoroute A1, accès RER et métro, nombreux logements, pôle d'activités. Le stade est bien ici, comme son homologue anglais de Wembley [16] par exemple, l'équipement phare du développement urbain. La réussite du stade se joue de plus en plus autour de l'enceinte, comme dans le projet du stade du Havre qui, en 2011 et 2012, crée une structure avec un seul niveau, assurant mixité des fonctions et des publics, en particulier avant et après le match.

En fait, toute modernisation de stade demande une réflexion urbanistique à plus petite échelle, en particulier sur l'accessibilité, comme à Toulouse où le stade est installé sur l'Ile du Ramier, espace central qu'il faut désengorger par les différents modes de transport, supposant alors une participation de tous les niveaux de collectivités. La complexité de l'aménagement sportif va bien au-delà : aujourd'hui par exemple, le droit de l'urbanisme ne permet pas de mutualiser les places de parking d'un programme commercial avec celles d'une enceinte sportive, de même que les matchs des clubs professionnels ne sont pas considérés comme relevant du service public. Certains cas sont ubuesques comme à Valenciennes où la construction de Nungesser II a été suspendue en 2009 en raison d'une non-conformité de l'édifice avec le plan local d'urbanisme, alors que l'enceinte était, elle, achevée aux deux tiers.

De manière générale donc les projets de grands stades reposent sur des systèmes d'acteurs complexes, intégrant mal les différents rôles entre collectivité, club, fédération, architecte etc. L'étude de plusieurs cas en France nous permet de clarifier ces systèmes d'acteurs, de proposer une ébauche de typologie de ces projets.

Vers une typologie des projets de grands stades

Pour simplifier, trois grands types de projets se dégagent (tableau ci-contre) : le stade public rénové comme à Saint-Etienne, Lens, Nancy ou Toulouse ; le stade privé ex nihilo comme à Lyon avec OL Land (et son Stade des Lumières) ; le stade du PPP comme à Lille avec le Grand Stade, mais encore Nice ou Bordeaux.

Le premier type est encore dominant (sept stades sur onze) dans le cadre de l'Euro 2016 : rappelons la tradition française d'avoir des équipements sportifs, y compris de grande taille et dédiés au spectacle sportif, propriété des collectivités locales. Cet état de fait est maintenu lorsque les acteurs privés, club de football local en tête, sont insuffisamment solides ou stables pour porter un projet privé. Coûteuse, cette solution concerne des communautés d'agglomérations propriétaires et / ou gérantes de stades déjà modernisés en 1998, qui ont fait le choix d'une "simple rénovation" comme à Toulouse, Lens ou Saint-Etienne. À Saint-Etienne, c'est surtout un moyen pour la collectivité de garder un contrôle sur le football professionnel qui représente encore beaucoup en termes d'image de marque (Merle, 2005).

Pour une typologie des projets de grands stades accueillant l'Euro 2016

Exemples de Saint-Etienne et de Lyon : voir en corpus documentaire

Le deuxième type de projet concerne le plus puissant club de football français, financièrement et sportivement, et il s'inscrit dans une stratégie marketing ancienne, développée par le président de l'Olympique Lyonnais J-M. Aulas depuis son arrivée en 1987. Plusieurs étapes ont permis d'en faire un projet d'intérêt général, donc prioritaire, en 2011 (corpus documentaire). Le modèle poursuivi est celui des grands clubs européens, tel le Bayern de Munich et son Allianz Arena : le projet comprend un parc sportif (stade, centre de formation) mais aussi un complexe immobilier et commercial, directement associé à l'OL ou non (boutiques, hôtel, restaurant, musée, bowling, bureaux). C'est le type de projet le plus conflictuel, quant à la localisation, le coût et l'ambition : à côté des 450 millions d'euros pour le stade financés par le club (fonds propres, levée de fonds en bourse, emprunts et naming), il faut ajouter 180 millions pour l'aménagement des alentours financés par les collectivités territoriales, sans oublier que le projet suppose de laisser vide le stade actuel de Gerland, avec un coût d'entretien pour le Grand Lyon, peut-être limité par la future installation du LOU, club de rugby local. Les tensions s'exercent à plusieurs niveaux (élus, club, gouvernement, habitants), évoluent en conflits ouverts (multiples associations, relais de la presse locale) et elles ont retardé l'agenda du projet.

Les mêmes problèmes se retrouvent pour le troisième type de projet, également ex nihilo, celui des nouveaux stades en PPP, qui reposent souvent sur des projets polyvalents comme à Lille où l'initiateur du projet, Lille Métropole Communauté Urbaine, prévoit l'exploitation du futur stade avec l'utilisateur sportif classique (le club de football professionnel, le LOSC) mais aussi avec les autres utilisateurs via une filiale spécifique du constructeur Eiffage qui gèrerait un pôle immobilier de 20 000 m² : le stade prévu est proche d'une Arena avec une transformation en salle de concerts et de sports indoor ("boîte à spectacle") de 29 500 places. Outre l'aspect financier, l'avantage réside dans le partage des tâches, tout en introduisant une souplesse dans le suivi du projet avec,  par exemple, modulation du loyer du club en fonction du risque sportif. Nous ne sommes donc plus dans le modèle classique du stade "temple du football" mais dans un équipement de grand spectacle, un lieu d'organisation d'événements divers, support des stratégies de métropolisation.

Au total, contrairement à ce qui passe chez nos voisins, les stades demeurent en France un enjeu politique et apparaissent timidement comme des "centres de ressources et de profits" : ce qui apparaissait comme une invective des gérants du football professionnel (LFP et grands clubs) face à un modèle français jugé obsolète – voire un obstacle pour les propriétaires des clubs qui craindraient d'investir faute d'avoir la garantie d'être l'usager unique du stade sur une longue durée – devient une réalité dans l'avancement chaotique des projets de grands stades. S'entrecroisent des intérêts divergents, qui dépassent les oppositions classiques (public-privé, local-national) et rendent l'avancement des projets souvent problématique.

Mais il faut savoir prendre du recul face à l'emballement médiatique lié au futur événement sportif : si l'organisation de l'Euro 2016 est l'occasion de (re)lancer les projets de grands stades en France, il ne faut pas caricaturer par avance l'opposition entre un avant obsolète et un après idyllique. La gouvernance du football professionnel valorise depuis longtemps des partenariats public-privé, y compris dans la gestion des stades avec les régimes de concession domaniale, de bail emphytéotique ou de délégation de service public. Mais les collectivités locales restent les pivots du système de construction/exploitation des grands stades, disposant des réserves foncières, du contrôle des procédures administratives, finançant les accès, etc. Reste à savoir si l'aménagement sportif peut être dynamisé avec "souplesse et pragmatisme" comme le recommandait le rapport de la commission Séguin en 2008, balancé entre deux évolutions contradictoires : interventionnisme et désengagement des pouvoirs publics. Reste à savoir également, de manière plus générale, si un stade, aussi grand et moderne soit-il, peut être un élément clé de la civilisation urbaine, un lieu de vie bien inséré dans la ville.

Notes

[1] Docteur en géographie, chercheur associé à ISTHME (Université de Saint-Etienne, UMR 5600 EVS), auteur de plusieurs articles et ouvrages sur les politiques d'aménagement sportif. Laboratoire ISTHME : http://portail.univ-st-etienne.fr/LABCREN/0/fiche___laboratoire

[2] Ajoutons à cette liste les exigences, certes temporaires,  relatives aux espaces dédiés aux médias et aux partenaires économiques : dépose minute de 500 m², aire de régie TV de 6 000 à 7 000 m², un éclairage de 2 000 lux afin de favoriser la diffusion des matchs en HD, des espaces hospitalité VIP compris selon les stades entre 700 et 1 600 m², entre 400 et 800 places en loges, des salons 6 750 m² pour le club UEFA plus 11 700 m² pour les entreprises pour les matchs de groupes allant jusqu'à 9 000 m² et 18 000 m² pour un quart de finale et respectivement 36 000 m² et 40 500 m² pour la finale, entre 4 et 6 studios de télévision avec vue sur le terrain, une zone mixte de 300 m² minimum....

Sources et références :

[3] Ces 17 villes sont : Nice, Marseille, Montpellier, Toulouse, Bordeaux, Nantes, Rennes, Saint-Etienne, Lyon, Lille, Lens, Strasbourg, Nancy, Metz, Paris (Parc des Princes), Saint-Denis (stade de France), Puteaux (stade des Hauts-de-Seine, le stade du Racing-Métro, en remplacement du vieux stade privé de Colombes).

[4] L'exemple des retombées de l'Euro 2004 au Portugal, quelques aperçus et points de vue :

[5] La loi du 15 décembre 2004 définit "un régime spécifique pour la rémunération du droit à l'image collective des sportifs professionnels" : compte tenu de "la forte progression des produits de la commercialisation des droits télévisés" et de "la vente des produits dérivés", une partie de leur rémunération doit rétribuer leur apport personnel à l'image de leur équipe.
Sur l'ensemble de ces questions, des ressources :

[6] Le site du Centre international d'étude du sport de l'université de Neuchâtel (CIES Football Observatory), www.eurofootplayers.org/?lang=fr

[7] Ce surplus de recettes ferait passer la part des droits audiovisuels dans leur budget de 57% à 46%. Les recettes fiscales permettront aux clubs de compenser en deux saisons les 150 millions d'euros investis par l'État (www.football.fr du 24 janvier 2010).  De même, inspirée par la réussite de la Bundesliga, la LFP espère une progression des budgets de clubs français de 49,6 millions d'euros pour 2007/08 à 69,3 pour 2014/15. Source : www.lnr.fr/actions-colloque-stades-colloque-stades/.../2010-10-208-11746,11746.html

[8] Ce néologisme de supportérisme désigne le monde des supporters, leur façon de supporter les équipes sportives : d'abord reconnu dans le champ de la sociologie du sport, le terme est désormais utilisé dans le champ politique, notamment depuis le printemps 2011 et l'installation d'un comité du supportérisme au ministère des Sports.

[9] Le contrat pour MMArena est de 1 million d'euros par an, soit cinq fois moins qu'à Arsenal et trois fois moins que le sponsoring maillot moyen en Ligue 1, pour un avantage en termes d'image de marque incertain car les processus de mémorisation sont mal connus. L'ancrage identitaire peut être plus fort qu'un sponsor maillot instable, mais peut prendre du temps compte tenu de l'inertie d'appellation par l'ancien nom.

[10] Le rapport Besson est consultable ici : www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/084000693/index.shtml.
Le rapport Séguin  ici : www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/084000725/index.shtml.
Ajoutons à ces deux rapports sur le football le rapport Arenas 2015 de la commission Grandes Salles remis au secrétariat d'État aux sports par D. Costantini et F. Besnier le 10 mars 2010. Il insiste sur le caractère multifonctionnel des enceintes, associant sport et spectacle, un type de salle où le retard français sur ses voisins européens est encore plus flagrant, www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/104000122/index.shtml

[11] "On a voté sous Bernard Laporte une demi-loi qui introduit un concept d'intérêt général pour la construction des stades. Mais c'est tellement vague qu'elle permet aussi de tout bloquer" : interview de Christophe Bouchet, patron de Sportfive et ancien président de l'Olympique de Marseille, dans  le Journal du Dimanche  du 12 octobre 2009.

[12] Prévue en 2009 pour concerner toutes les enceintes sportives, la loi Depierre est finalement limitée à quelques projets de grands stades. Plusieurs acteurs du monde sportif parlent d'une occasion manquée de moderniser l'ensemble des grands équipements sportifs, en partie liée aux tensions politiciennes entre des collectivités tenues par la gauche et un État ancré à droite (comme à Lyon). B. Depierre évoque, au moment du vote de la loi en 2011, l'idée d'une expérimentation pour modifier en profondeur les modes de financement.
Référence : B. Depierre. Rapport sur la proposition de loi "relative à l'organisation du championnat d'Europe de football de l'UEFA en 2016", 8 mars 2011, www.assemblee-nationale.fr/13/rapports/r3203.asp

[13] Dixit Xavier Thuilot, le directeur général du club de Lille. Source : www.latribune.fr du 29 janvier 2009.

[14] Voir l'exemple de Montréal et des J.O. de 1976 : Ville internationale, image internationale : le cas de Montréal (Charles-Edouard Houllier-Guibert)

[15] Le nouveau stade de Munich, Allianz Arena, installé dans la périphérie nord de la ville, telle un no man's land, a été présenté comme la première pierre d'un plan d'urbanisation, www.allianz-arena.de/en

[16] Mais les exemples sont nombreux dans le reste de l'Europe, comme en Suisse avec le stade de Berne, ultra-moderne dans un environnement urbain renouvelé avec campus universitaire.

Bibliographie (recherche, expertise)

Bibliographie de référence
  • Barget E. et Vailleau D. – Management du sport, théories et pratiques, De Boeck, 381 p., 2008
  • Besson E. - Accroître la compétitivité des clubs de football professionnel français, rapport auprès du Premier ministre, nov. 2008,
  • Bromberger C. - Le match de football. Ethnologie d'une passion partisane à Marseille, Naples et Turin, Édition de la Maison des sciences et de l'homme, 1995
  • Desbordes M. et Richelieu A. – Néo-marketing du sport, regards croisés entre Europe et Amérique du Nord, De Boeck, 186 p., 2011
  • Douillet D. - L'attractivité de la France pour l'organisation de grands événements sportifs, rapport de D. Douillet auprès de la Présidence de la République, juillet 2010, www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/104000380/index.shtml
  • Dufaut A. - Proposition de loi relative à l'organisation du championnat d'Europe de football de l'UEFA en 2016, rapport n° 439 fait au nom de la commission de la culture, de l'éducation et de la communication, avril 2011, www.senat.fr/rap/l10-439/l10-439.html
  • Galland G. - La décision publique face aux nouveaux enjeux des stades, mémoire de Séminaire "Services publics et sphère privée : les nouveaux partenariats", sous la direction de : Pierre-Yves Péguy, 2010 - 2011, http://doc.sciencespo-lyon.fr/Ressources/.../galland_g.pdf
  • Helleu B. - Régulation des ligues sportives professionnelles, une approche géographique : le cas du football européen (1975-2005), thèse sous la direction de Christophe Durand et Loïc Ravenel, 2007
  • Honta M. – Gouverner le sport, action publique et territoire, Presses universitaires de Grenoble, 200 p., 2010
  • Hourcade N., Mignon P. et Lestrelin L. - Livre vert du supportérisme, rapport remis à Rama Yade (ce rapport a été rédigé par trois sociologues spécialistes du football), secrétaire d'État au sport le 27 octobre 2010 > www.sports.gouv.fr/index/communication/a-la-une-846/remise-du-livre-vert-du
  • Merle S. – "Le stade Geoffroy Guichard de Saint-Etienne, un ‘monument' du sport local ?'", Géocarrefour, vol. 79, n°3, pp.213-222, 2004
  • Merle S. – "Saint-Etienne : l'image de marque d'une ville par le sport", in Bouchet P. et Sobry C. (coord.), Management et marketing du sport : du local au global, Presses Universitaires du Septentrion, pp.143-166, 2005
  • Merle S. – Politiques et aménagements sportifs en région stéphanoise, L'Harmattan, 420 p., 2008
  • Murat B. et Martin P. - Faut-il avoir peur des supporters ?, rapport d'information n° 467, Sénat, 2006-2007 - www.senat.fr/rap/r06-467/r06-467_mono.html
  • Protourisme - "L'Euro 2016 : entre 7 et 9 milliards d'euros de retombées économiques pour la France", mai 2010, http://fr-fr.facebook.com/note.php?note_id=120947224612077
  • Seguin P., Valentin J.-L. - Grands stades - Rapport de la Commission Euro 2016 auprès du Premier ministre, nov. 2008, www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/084000725/index.shtml
Bibliographie pour aller plus loin
  • Augustin J-P. – Sport, géographie et aménagement, Nathan, 254 p., 1995
  • Cossoul N. – "Le processus de concertation autour du projet OL Land", l'émergence d'un conflit, ENTPE, 95 p., 2008
  • Dietschy P. - "Le foot, du local au mondial", Vingtième Siècle, revue d'histoire, Presses de Sciences Po, 2011, www.pressesdesciencespo.fr/fr/livre/?.../=sommaire
  • Faure J-M. et Suaud C. – Le football professionnel à la française, PUF, 262 p., 1999
  • Gillon P., Grosjean F. et Ravenel L. - Atlas du sport mondial, Editions Autrement, 2010
  • LFP (Ligue de Football Professionnel) – "Nouveaux stades : top départ'", Foot pro magazine hors série, 76 p., février 2008
  • LFP – "Stades, le futur c'est maintenant !", Foot pro magazine hors série, 20 p., novembre 2010
  • Maudet T. et Vailleau D. (coord.) – "Quels équipements sportifs pour demain ?'", Les cahiers de l'INSEP n°45, 252 p., 2010
  • Ravenel L. – "Une approche géomarketing du sport", Annales de géographie 4/2011 (n° 680), p. 383-404, www.cairn.info/revue-annales-de-geographie-2011-4-page-383.htm.
  • Ravenel L. – La géographie du football en France, PUF, 143 p., 1998
  • Roth H. - "Coupe du monde de football 2006 : l'Est de l'Allemagne hors-jeu", Mappemonde, n° 82, 2006, http://mappemonde.mgm.fr/num10/lieux/lieux06201.html
Webographie, pour compléter et prolonger

 

pour Géoconfluences, le 28 novembre 2011

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Mise à jour :   28-11-2011

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