Entreprises
et développement durable ... drôles
d'atmosphère !
L'exemple du Rhône
et de l'agglomération lyonnaise
La cohabitation
entre certains sites industriels et les zones
résidentielles denses n'est pas toujours
aisée. Au cours des dernières
décennies, d'importants progrès
ont cependant été réalisés,
mais certains incidents mineurs, parfois des
accidents majeurs (AZF à Toulouse), rappellent
que la vigilance s'impose à l'égard
des risques technologiques et industriels et
que les arbitrages sont parfois délicats
pour concilier croissance et développement
d'une part, durabilité et gestion environnementale
d'autre part.
La région lyonnaise doit une partie
de son développement et de sa prospérité
à l'industrie et, en particulier, au
pôle chimique localisé au Sud de
la cité dans ce que l'on appelle parfois
le "couloir de la chimie" rhodanien.
Rançon de ce développement industriel,
la pollution atmosphérique y est souvent
importante, en fonction des conditions météorologiques.
Localisations
à partir de l'image Spot 2 du
2 juillet 2000
Composition colorée en "fausses
couleurs naturelles"
Cliquer
sur l'image pour une meilleure définition
de l'image.
Voir aussi les photographies ci-dessous.
Copyright CNES / distribution Spot Image
d'après les données de
la banque d'images MJENR - Spot Image
Composition
colorée en "fausses couleurs
naturelles" construite selon l'ordre
suivant : plan rouge = canal XS2 ; plan
vert = canal XS1 ; plan bleu = canal
XS3.
Informations
sur les images Spot sur cette page
du dossier "Les espaces littoraux"
Qu'est-ce
qu'un "cluster"
? Dans la doctrine économique
récente le concept de "cluster",
qui peut être traduit par "grappe
technologique", désigne
un regroupement d’entreprises
de tailles et de provenances sectorielles
diverses, unies par des intérêts
communs, des complémentarités
ou des interdépendances et développant
volontairement des relations de coopération
dans un ou plusieurs domaines. Les institutions
publiques sont également associées
pour favoriser ces alliances. Une entreprise
peut appartenir à une ou plusieurs
grappes.
|
Lyon
est un berceau historique de la chimie
française qui y est née
vers la fin du XVIIIe siècle
pour apporter à l’industrie
textile les teintures nécessaires.
Elle s'est développée
avec la fabrication de produits pour
les soieries (teinture, détergents,
acides), la création de Rhône-Poulenc
dans les années 20, la mise en
route de la raffinerie puis du vapocraqueur
de Feyzin en 1967, le développement
des activités chimiques de Rhône-Poulenc
dans les années 1970, devenu
Rhodia à la fin des années
1990.
Plus de 13 200 salariés sont
employés directement à
Lyon dans le secteur de la chimie (chimie
lourde, chimie fine et parachimie).
La chimie de spécialités
(ou chimie fine) compte une soixantaine
d'établissements employant un
total de 7 500 salariés. La chimie
lourde et la parachimie représentent
quant à elles respectivement
28 et 79 établissements (source
SIRENE, janv 2002). Elle compte de nombreux
groupes mondiaux dont AtoFina (groupe
Total, Elf), Rhodia, Air liquide, Ciba
spécialités chimiques,
etc.
La chimie fine, exige un processus de
recherche et de développement
intense et propose des produits à
très forte valeur ajoutée.
C’est l’axe stratégique
que la région a choisi en matière
d’industrie chimique.
Au total, la chimie y constitue un véritable
cluster* (voir définition ci-contre
à gauche), alimenté en
amont par la pétrochimie, et
alimentant en aval une multitude d'activités
(sous-traitance, logistique, traitement
des déchets, ingénierie...).
Les compétences proches d'Oyonnax,
"plastic valley"
française, des bassins de Saint-Étienne
et de Sainte-Sigolène, capitales
du film plastique, renforcent le cluster
lyonnais.
|
L'agglomération
lyonnaise est par ailleurs un pôle de
dimension internationale dans le domaine de
la pharmacie et des sciences de la vie. Réalisant
20% de la production nationale, l'industrie
pharmaceutique de Rhône-Alpes s'impose
comme un pôle d’excellence à
l'échelle européenne, notamment
en matière de santé humaine et
animale (deuxième pôle national
de recherche en matière de santé)
Chimie lourde et chimie de spécialité
sont concentrées dans le secteur Sud-est
du Grand Lyon, incluant Feyzin. L’analyse
des indices de spécificité y fait
ressortir particulièrement quatre branches
d’activité : le raffinage de pétrole,
l’industrie chimique minérale,
la fabrication d’équipements automobile,
les activités de recherche & développement.
Vues
sur le port, le "couloir de la chimie"
et l'environnement urbain du
sud de l'agglomération lyonnaise


Cliquer sur la miniature pour voir le panoramique
et les indications de localisation*

Voir le point de vue et l'angle de vue sur l'image
satellite ci-dessus. Clichés : Sylviane
Tabarly, juillet 2004
* Si l'agrandissement
de l'image en pop-up ne se fait pas correctement,
cliquer
ici
Le
"couloir de la chimie", situé
sur les deux rives du Rhône, s’étend
à partir du port fluvial Édouard
Herriot en direction du sud. Tous les grands
groupes chimiques lyonnais y sont présents
: AtoFina, Rhodia, Ciba Geigy, Air Liquide.
Le secteur accueille aussi des centres de recherche,
soit intégrés aux grands groupes,
soit indépendants comme l’Institut
Français du Pétrole.
Le rôle de la chimie, essentiel au développement
économique de l'agglomération
et de la région, a des conséquences
sur la nécessaire gestion du risque technologique.
Ainsi, plusieurs sites industriels sont "classés
Seveso". On dénombre sur le territoire
Sud-est du Grand Lyon huit établissements
ICPE*, tous sont classées à risques
technologiques "AS" seuil haut (voir
l'encadré ci-dessous):
- à St Fons : AtoFina, Ciba spécialités,
Rhodia Belle Étoile, Rhodia Organique,
Rhodia Silicones,
- à Feyzin : Total Fina Elf, Air Liquide,
Rhône Gaz
| L’appellation
"Établissement SEVESO"
est issue d’une première
Directive européenne (SEVESO I)
datée de 1982 et d’une seconde
qui la remplace (Directive n°96/82/CE
dite SEVESO II du 9 décembre 1996),
concernant la maîtrise des dangers
liés aux accidents majeurs impliquant
des substances dangereuses. Elle prend
en compte la quantité de substances
dangereuses présentes dans l’établissement
et prévoit deux seuils de classement.
On parle alors d’établissements
SEVESO II Seuil haut et d’établissements
SEVESO II Seuil bas.
Cette Directive européenne a été
transcrite en droit français notamment
à travers l’Arrêté
ministériel du 10 mai 2000
relatif à la prévention
des accidents majeurs impliquant des substances
ou des préparations dangereuses
présentes dans certaines catégories
d’ICPE (Installations Classées
pour la Protection de l’Environnement)
soumises à autorisation. Les seuils
retenus dans la réglementation
française diffèrent parfois
de ceux proposés dans la Directive
SEVESO II. Les critères français
sont plus larges et plus pénalisants.
Pour exemple, les dépôts
pétroliers (essences et assimilés)
sont classés Astreints
à Servitudes (AS) dès
10 000 tonnes alors que SEVESO Seuil haut
retient le seuil de 50 000 tonnes.
"L’étude de
dangers" est un document
de référence. Si le classement
d’un établissement permet
de déterminer un potentiel de risques,
l’étude de dangers
va permettre d’apprécier
l’extension des conséquences
d’accidents et les mesures de prévention.
C’est donc un document fondamental
qui est élaboré, sous la
responsabilité de l’exploitant,
pour toute installation soumise à
autorisation au titre des ICPE. Pour les
établissements SEVESO Seuil haut
ou AS, ce document sert à examiner
et à mettre en place des mesures
de prévention et de protection
visant à réduire les risques
ainsi qu’à élaborer
des plans de secours et les procédures
liées à la maîtrise
de l’urbanisation. Il est également
essentiel pour la mise en œuvre des
documents internes d’intervention
de l’exploitant (Plan d’Organisation
Interne) et des services de secours
(Plan d’Établissement
Répertorié).
La législation
des installations classées : http://aida.ineris.fr
|
Industries
et rejets atmosphériques
26
juin 2004, dans l'après-midi,
vue depuis le quai Rambaud (rive gauche
de la Saône, à proximité
de la confluence avec le Rhône).
Voir les localisations sur l'image satellite
ci-dessus.

|
Un nuage noir chargé en dioxyde de
soufre et en azote s'élève
au-dessus de la raffinerie TotalFinaElf
de Feyzin, conséquence d'un incendie
"banal". L'incendie fut maîtrisé
et les fumées jugées "non
toxiques", en deçà du
"seuil d'information et de recommandations"
aux populations selon les informations officielles
délivrées aux médias. |
Analyse
des rejets atmosphériques du Rhône
(niveau départemental) : les dix entreprises
les plus polluantes par type de polluant
Cliquer pour
une meilleure définition du tableau
Document réalisé d'après
le Bilan 2002 de l'environnement en Rhône-Alpes
de la Direction régionale de l'industrie,
de la recherche et de l'environnement (DRIRE)
et le magazine Lyon - Capitale (semaine du 30
juin 2004) : www.lyoncapitale.fr/actu-483-05.html
On peut constater que la raffinerie Total Fina
Elf de Feyzin domine très largement le
tableau. Les opérations d'incinération
sont également très impliquées
dans les rejets, on sait qu'il s'agit d'une
des principales sources de pollution à
la dioxine. Mais une baisse significative des
rejets atmosphériques dus à l'activité
industrielle en Rhône-Alpes peut être
constatée : le dioxyde de soufre, rejeté
à 80% par l'industrie, est passé
de 40 000 tonnes en 1994 à 30 000
tonnes en 2000. La diminution des rejets de
particules est engagée : Total Elf Fina
s'est récemment dotée d'un "dépoussiéreur",
filtre à particules géant.
Notons enfin que les transports routiers sont
également très largement responsables
de la pollution atmosphérique de la région
Rhône-Alpes, les industries n'en étant
que partiellement la source. Et n'oublions pas
que, si l'industrie chimique est parfois "le
problème", elle peut aussi, bien
souvent contribuer à "la solution".
Ressources en
ligne, une sélection
- Agence pour le développement économique
de la région lyonnaise - Aderly: www.aderly.com/defaultfr.asp
- La Région Rhône-Alpes : www.cr-rhone-alpes.fr/v2/index.cfm
- Entreprendre dans le Grand Lyon : http://eco.grandlyon.com
et ce document comportant une carte du secteur
sud-est : http://eco.grandlyon.com/.../pdf/zone_economique/Conference_des_Maires/2SudEst.pdf
- La Coparly, surveillance et information sur
la qualité de l'air en Rhône-Alpes
: www.atmo-rhonealpes.org
- Le SPIRAL (Secrétariat Permanent pour
la Prévention des Pollutions Industrielles
et des Risques dans l'Agglomération Lyonnaise),
créé en 1990, est une structure
collégiale (DRIRE, collectivités,
industriels, associations) de concertation et
d'information : www.lyon-spiral.org
- La DRIRE en Région Rhône-Alpes
: www.rhone-alpes.drire.gouv.fr
et le bilan 2002 de l'environnement industriel
:
www.rhone-alpes.drire.gouv.fr/environnement/portailenvironnement/BEI2002/avantpropos/index.html
- La Maison de la chimie Rhône-Alpes :
www.chimie-rhonealpes.org/index2/index2.html
- Le Conseil européen de l'industrie
chimique (European Chemical Industry Council,
CEFIC) prend en compte le développement
durable et le site met à disposition
diverses informations (statistiques, etc.) :
www.cefic.be
- Par l'IFEN, les données essentielles
de l'environnement en France, la qualité
atmosphérique :
www.ifen.fr/dee2003/index.htm
Petit glossaire de la
pollution et de la santé
- Dose journalière admissible
(DJA) - Dose d'exposition sans conséquence
appréciable pour la santé de l'homme
(ou de l'animal). Valeurs établies pour
les additifs alimentaires et les résidus
de pesticides dont la présence dans les
aliments répond à des besoins
techniques ou qui sont nécessaires pour
la protection des plantes (définition
de l'OMS).
- Dose journalière d'exposition
(DJE) - Dose (interne ou externe) de
substance reçue par l'organisme rapportée
au poids de l'individu et au nombre de jours
d'exposition (dans le cas d'une substance non
cancérogène) et au nombre de jours
de la vie entière (dans le cas d'une
substance cancérogène).
- Indice de risque - Rapport
entre la dose journalière d'exposition
et la dose journalière tolérable.
Un indice supérieur à 1 indique
la possibilité de survenue d'un effet
toxique.
- Indice Atmo - C'est un indicateur
destiné à fournir une information
synthétique sur la qualité de
l'air dans les agglomérations françaises
de plus de 100 000 habitants. Actuellement,
près de 60 agglomérations ont
l'obligation de le fournir quotidiennement.
Il est calculé par les Associations
agréées de surveillance de la
qualité de l'air (AASQA). Il varie
sur une échelle allant de 1 (très
bon) à 10 (très mauvais). Une
carte de France des indices en 2002 : www.ifen.fr/dee2003/qualiteair/qualiteair9.htm
- Dose létale 50 ou DL50
- Dose moyenne requise pour entraîner
la mort de 50 % des sujets d'une population.
- Exposition aiguë - Exposition
unique à un corps chimique ou exposition
multiple dans une brève période,
généralement 24 heures ou moins.
- Exposition chronique - Exposition
de longue durée à faible concentration
(la dose est subie à une certaine fréquence,
généralement quotidienne ou hebdomadaire,
sur une longue période) pour laquelle
le taux d'exposition dépasse la capacité
de détoxification d'un organisme.
- Facteur de sécurité
- Facteur destiné à tenir compte
de l'incertitude inhérente à l'estimation
des effets d'un corps chimique sur l'humain
à partir des résultats tirés
d'animaux d'expérience. Le facteur de
sécurité permet de tenir compte
des différences éventuelles de
sensibilité entre les animaux d'expérience
et l'être humain, entre des humains moyens
et d'une personne à une autre dans la
population humaine.
- Polluant organique persistant (POP)
- Ensemble de composés organiques qui
possèdent des caractéristiques
toxiques ; ils sont persistants ; ils sont susceptibles
de bio-accumulation ; ils peuvent aisément
être transportés dans l'atmosphère
sur de longues distances et se déposer
loin du lieu d'émission ; ils peuvent
avoir des effets nocifs pour l'environnement
et la santé aussi bien à proximité
qu'à une grande distance de leur source.
En complément :
- en rubrique Géographie
vivante, la Responsabilité
sociale et environnementale (RSE) des
entreprises.
- le dossier "Risques
et sociétés"