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Le développement durable, approches géographiques

Prospective et scénarios : des méthodes pour simuler et préparer l'avenir

Publié le 29/06/2009
Auteur(s) : Sylviane Tabarly,
avec la collaboration d'Anne Honegger (UMR 5 600, université de Lyon)

Décideurs, aménageurs, doivent, pour prendre des décisions éclairées, anticiper le futur. Ils se livrent ainsi à des réflexions prospectives à partir des grandes tendances du présent. Mais ils doivent aussi anticiper les inflexions qui pourront résulter de nouvelles législations, de nouveaux comportements sociaux, et d'autres contraintes variées telles que les évolutions des marchés, les contraintes environnementales, etc. Et enfin, cette pensée prospective tient compte de projets plus ou moins volontaristes en termes d'objectifs à atteindre.

Cette page est à associer à l'article de Thomas Houet, Jean-Baptiste Narcy et Xavier Poux, en rubrique scientifique de ce dossier :

Apport d'une démarche prospective pour la gestion de l'eau du bassin versant du Blavet (Bretagne

 

La prospective est une discipline à laquelle on fait appel pour avoir un regard sur l'avenir destiné à éclairer l'action présente. La prospective a véritablement émergé en France au début des années 1950 grâce à G. Berger et B. de Jouvenel. Le terme même de "prospective" est créé par G. Berger en 1957 (Berger, 1957 & 1958), néologisme exprimant que le regard porte vers l'avenir par opposition au terme "rétrospective" qui regarde vers le passé. La prospective est une manière originale "de regarder au loin et de loin" une situation déterminée (Decouflé, 1972). C'est avant tout une attitude de l'esprit qui inverse le changement traditionnel, en partant de futurs possibles ou souhaitables pour revenir au présent. Les tendances passées et présentes sont utilisées "comme support à la réflexion" et non comme une cage qui emprisonne le futur dans les limites du présent (Massé, 1965). La prospective constitue un va-et-vient entre le présent et le futur, non pas pour prédire celui-ci mais plutôt pour aider une société à se construire un avenir désiré.

La prospective s'appuie communément sur l'élaboration de scénarios. La méthode générique des scénarios, méta-méthode conceptualisée par Godet (1986, 1992) et Poux (2003) en est un cadre méthodologique général. Mais certains cadres méthodologiques diffèrent toutefois selon l'échelle d'analyse et la dimension stratégique des scénarios.
On peut construire plusieurs types de scénarios. Le scénario de référence est un scénario dit "tendanciel" : il envisage l'évolution plausible, en général, pour la géographie, de territoires, de services liés aux spatialités (transports, aires de chalandises par exemple), etc.. Partant de ce scénario tendanciel, d'autres scénarios lui sont confrontés sur la base d'objectifs à atteindre et/ou de contraintes nouvelles prévisibles. On distingue alors :

- Les scénarios exploratoires ou normatifs (forecasting et backcasting) qui se différencient par leur construction. Les premiers partent d'une situation connue, initiale, pour explorer progressivement le futur.

À l'inverse, les scénarios prospectifs normatifs s'attachent à décrire des images du futur très contrastées (scénario idéal, scénario catastrophique, scénario alternatif) et à étudier les processus d'évolution qui conduisent à l'une ou à l'autre de ces situations. Le processus de modélisation est ici inverse aux scénarios exploratoires. Ces scénarios partent d'une norme de désirabilité (image souhaitable ou non) et remontent du futur vers le présent. Le cheminement est alors construit de façon rétrospective. Ils éclairent davantage les risques de ruptures et les moyens à mettre en œuvre pour parvenir à des objectifs prédéfinis (éviter telle situation ou atteindre telle autre) alors que les premiers illustrent les tendances les plus vraisemblables.

- Les scénarios tendanciels ou contrastés. Les premiers ou scénarios "sans surprise" (Hatem, 1993) correspondent à une poursuite des tendances actuelles, sans rupture majeure, et intègrent des facteurs de changements déjà connus dont la probabilité est certaine. À l'inverse, les scénarios contrastés sont destinés à explorer des hypothèses de rupture, ayant ou non un degré de probabilité faible mais dont l'impact est potentiellement important.

Proposition d'activité à partir d'une suggestion de l'article "Problématiques de l'agriculture et de l'eau du bassin versant du Blavet (Bretagne)" de Thomas Houet, Jean-Baptiste Narcy et Xavier Poux. Ils nous proposent la mise en récit de scénarios "optimiste" et "pessimiste" relativement à la qualité de l'eau pour l'un de leurs sites d'étude, le sous-bassin versant du Lestolet, affluent du Blavet.

Ces récits s'appuient sur des hypothèses plausibles, mais aussi sur des faits réels et/ou prévisibles à la date de leur conception en 2006. Les présupposés communs à ces scénarios sont les suivants :

  • la baisse du prix des céréales sur le marché mondial,
  • des crises sanitaires touchent sévèrement les filières d'élevage,
  • l'agrandissement des exploitations se poursuit (départs en retraite des exploitants, raréfaction des repreneurs),
  • le contexte favorable de la présidence française de l'UE en 2014,
  • les "Aides grandes cultures" sont maintenues au-delà de 2014,
  • la récurrence de sévères sécheresses.

 

Mais d'autres paramètres sont différents d'un scénario à l'autre, par exemple :

  • pour le scénario optimiste, l'existence d'une large structure partenariale et un travail collaboratif, la flambée des prix du pétrole et du gaz entraînant celle du bois de chauffage ;
  • pour le scénario pessimiste, la production de biocarburants est encouragée et se généralise.

 

Il se peut, bien entendu, que l'un ou plusieurs de ces paramètres soient démentis par l'évolution ultérieure des marchés et des choix politiques tant à l'échelle nationale, qu'européenne ou mondiale.

Avec des élèves : imaginer un scénario simplifié et proposer le changement de paramètres en tenant compte de l'évolution de la PAC et des dispositifs successifs du Grenelle de l'environnement par exemple. Alors, scénarios, optimiste ou pessimiste seront modifiés.

On pourra, sur un exemple similaire ou sur tout autre enjeu et toute autre dynamique d'aménagement et de développement des territoires, imaginer d'autres scénarios et concevoir d'autres récits, plus ou moins complexes et aménagés en fonction des niveaux d'enseignement concernés.

Annexe, pour établir des scénarios :

compléments d'information sur la  Politique agricole commune (PAC) : glossaire et repères

Mots clefs : Accord de Luxembourg / Agenda 2000 / Aides directes (ou paiements directs) / Bonnes conditions agricoles et environnementales (BCAE) / Bonnes pratiques agricoles / Conditionnalités des aides / Découplage (des aides) / Droit à paiement unique (DPU) / Dégressivité des aides (ou modulation des aides) / Éco-conditionnalité / Fonds européen agricole de garantie (FEAGA) et Fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER) / Gel des terres / Jachère / Mesures agro-environnementales / Organisations communes des marchés (OCM) / Politique agricole commune (PAC) / Piliers / Prix d'intervention ("prix de soutien" ou "prix plancher") / Quotas laitiers / Régime de paiement unique (RPU) / Restitution à l'exportation / Surfaces et terres agricoles.

En encadré : Les aides directes à l'agriculture en France (2006) ; le service Tele PAC.


Des ressources pour aller plus loin

 

Synthèse et propostions : Sylviane Tabarly,

avec la collaboration d'Anne Honegger (UMR 5 600, université de Lyon)

pour Géoconfluences le 30 juin 2009

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Mise à jour :   29-06-2009

 

 


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