| L’intérêt
pour la conservation des petites îles
est ancien. C’est précocement
qu’en métropole, ces espaces
ont bénéficié de mesures
de protection, avant les littoraux continentaux
qui leur font face. On comptait, en 2000,
607 îles ou îlots, sur les 1 200
environ recensés sur le territoire
métropolitain, faisant l’objet
d’une ou plusieurs protections. Le
Conservatoire du littoral par exemple en
avait acquis, partiellement ou en totalité,
plus de 40. Dans la législation française
en outre, les îlots inhabités
font partie des "espaces terrestres
et marins, sites et paysages remarquables
ou caractéristiques du patrimoine
naturel et culturel du littoral" et
des "milieux nécessaires au
maintien des équilibres biologiques".
L’article L 146-6 du code de l’urbanisme,
l’un des piliers du volet protecteur
de la loi "littoral", en affirme
le principe. Les départements d’outre-mer
n’échappent pas à cette
règle et l’intérêt
porté aux îlets ou îlots
situés au large de la Guadeloupe,
de la Martinique et de la Guyane est grand.
Leur nature (îlets rocheux –
volcaniques ou calcaires -, sableux ou couverts
de mangrove), leur taille, leur population
et leur statut administratif invitent à
les considérer à part des
grandes îles qu’ils bordent
et qui dans le cas d’espèce
s’apparentent à des littoraux
continentaux.
Deux raisons intimement
liées expliquent cet intérêt
pour les îlets : les milieux insulaires
sont fragiles et subissent des pressions
proportionnelles à la fascination
qu’ils exercent ; ils recèlent
une valeur symbolique, nourrissent l’imaginaire
occidental, leur protection ayant du même
coup une fonction d’emblème.
Dans les mers chaudes, cette équation
gagne en puissance, la figure de l’île
tropicale comme paradis ayant fondé
le développement du tourisme international
et multiplié les menaces de dégradation
des écosystèmes et des paysages.
Les petites îles tropicales, notamment
les petits États insulaires tropicaux,
furent par conséquent au cœur
des préoccupations des rédacteurs
de l’Agenda 21, texte de référence
publié à l’issue de
la Conférence des Nations Unies
sur l’environnement et le développement
qui s’est tenue à Rio en juin
1992 (voir
annexe ci-dessous). Préoccupations
internationales et nationales s’accordent
donc autour de l’impératif
de protection des îlets, ses enjeux
étant à la fois écologiques,
symboliques et politiques.
Ci-dessous, successivement
:
- Les îlets du Grand Cul-de-Sac Marin
en Guadeloupe : un exemple d’arbitrage
entre protection et tourisme
- Quand la protection des îlets revêt
une valeur symbolique : le cas des îlets
guyanais, négatifs du littoral continental
- Les îlets martiniquais comme enjeu
politique
Les îlets
du Grand Cul-de-Sac Marin en Guadeloupe
:
un exemple d’arbitrage entre protection
et tourisme
Près
de 3 000 hectares de mangrove, situés
au fond d’une baie de 15 000
hectares, forment à l’échelle
de la Caraïbe un ensemble remarquable
qui a justifié en 1987 la création
d’une réserve naturelle, instrument
de protection forte dans la législation
française. Le Grand Cul-de-Sac Marin,
vaste échancrure située au
nord de la Rivière Salée,
bras de mer séparant la Grande-Terre
de la Basse-Terre, est en outre protégée
par un récif-barrière de 25
kilomètres, l’un des plus longs
des Petites Antilles, qui court de Sainte-Rose
à l’ouest au nord de Vieux-Bourg
à l’est et émerge par
endroits à marée basse. Sur
les formations coralliennes actuelles de
la barrière ou sur les hauts fonds
plus proches de la côte reposent des
îlets sablo-vaseux, bordés
le plus souvent de mangrove. La réserve
naturelle ne couvre pas l’ensemble
du Grand Cul-de-Sac Marin mais inclut d’une
part les deux plus grandes extensions de
mangrove - celle de la Grande Rivière
à Goyaves et celle des Abymes -,
d’autre part des îlets et une
partie de la mer territoriale qui les entoure,
colonisée par des herbiers de phanérogames
marines. L’association de la mangrove,
de récifs coralliens, d’herbiers
sous-marins et d’une faune, notamment
aviaire, particulièrement nombreuse
explique à la fois la protection
de cet espace et les convoitises que sa
mise en tourisme suscite.
Pour en savoir plus sur la mangrove, voir
l'autre page d'information scientifique
du dossier :
La
mangrove : un modèle de développement
touristique durable ?
Enjeux
de protection de la mangrove et des îlets
du Grand Cul-de-Sac Marin, Guadeloupe
(cliquer
sur l'image pour l'agrandir)
Au
cours d’une journée
passée dans le Grand Cul-de-Sac
Marin, le séjour sur l’îlet
dure environ quatre heures ; les
groupes y arrivent en milieu de
matinée, se baignent dans
les eaux peu profondes qui l’entourent
et en découvrent les fonds
marins avec un masque et un tuba,
s’y restaurent et s’y
reposent ; ce n’est qu’en
milieu d’après-midi
qu’ils en repartent et longent
le littoral à mangrove et
le front des rhizophora, avant de
regagner leur port de départ.
Proches ou éloignés
du littoral guadeloupéen,
ces îlets sont par conséquent
des espaces à enjeux forts,
indispensables aux prestataires
touristiques s’ils veulent
vendre leurs sorties dans le Grand
Cul-de-Sac Marin mais aussi convoités
par une clientèle de plaisanciers
ou par des groupes de particuliers
qui s’y font déposer
par des pêcheurs des communes
riveraines et y passent la journée
complète.
|
Ilet
la Biche, dans le Grand Cul-de-Sac
Marin, Guadeloupe

Photographie Judith Klein (janvier
2002)
Ilet sablo-vaseux en partie colonisé
par la mangrove, il est l'une des
haltes pour les visiteurs du Grand
Cul-de-Sac Marin (ici des kayaks
des mers). Situé au sud de
la Petite Biche, l'îlet la
Biche, où nichent les jeunes
hérons victime d'une chasse
aujourd'hui interdite, n'est pas
ouvert à la fréquentation
et seules les embarcations non motorisées
sont autorisées à
s'en approcher au plus d'une centaine
de mètres"
La principale originalité
de cette réserve naturelle
vient du fait qu’elle s’attache
à protéger des îlets
formés pour partie de mangrove.
Il s’agit des îlets
Christophe, la Biche - 2 hectares
respectivement -, Carénage
- cet archipel de 2,5 hectares est
formé de deux îlets
principaux - et Fajou. Une partie
de la mer territoriale qui les entoure
est incluse dans le périmètre
de protection ; elle est colonisée
par des herbiers de phanérogames
marines, plantes à fleur
et à systèmes racinaires
qui abritent une faune riche et
variée. Sur l’îlet
à Fajou se reproduit le Râle
gris (Rallus longirostris manglecola),
sous-espèce endémique
de poule d’eau, et viennent
pondre des tortues marines. Afin
de favoriser leur reproduction et
celle des oiseaux nicheurs, l’éradication
des rats et mangoustes portant atteinte
aux œufs et l’accès
limité aux zones les plus
tranquilles ont été
préconisés dans le
plan de gestion pour la période
1998-2002. Il est interdit de débarquer.
Le mouillage forain est interdit
; les bouées mises en place
par le gestionnaire sont utilisables
pour les autres embarcations. Deux
espèces de sternes nichent
sur le banc de sable de l’îlet
Carénage : la Petite Sterne
(Sterna antillarum), endémique
à la Caraïbe, et la
Sterne Pierregarin (Sterna hirundo).
Un arrêté préfectoral
de décembre 1997 interdit
de débarquer sur l’îlet
blanc pendant la période
de nidification des sternes, du
1er mai au 31 août. Sur l’îlet
la Biche, les jeunes hérons
font l’objet d’une chasse
préjudiciable à la
nidification. Seules les embarcations
non motorisées sont autorisées
à découvrir le milieu
marin, en respectant une distance
de fuite d’une centaine de
mètres. L’îlet
Christophe enfin est habité
depuis les années 1970 ;
le résident bénéficie
d’une autorisation d’occupation
temporaire et protège de
fait l’îlet des visiteurs
qui voudraient porter atteinte à
sa faune.
|
La protection de certains
îlets et l’interdiction d'organiser
leur fréquentation a eu comme contrepartie
un report de la charge sur d’autres,
jugés moins sensibles mais qui le
deviennent du fait des très fortes
convoitises dont ils font l’objet.
C’est surtout l’îlet Caret,
minuscule accumulation sableuse située
à la limite entre le Grand Cul-de-Sac
Marin et la pleine mer, sur la barrière
récifale, qui est le plus emblématique
et le plus convoité de tous. Le Conservatoire
du littoral, établissement public
chargé de mener une politique d’acquisitions
foncières, avait même formé
le projet de l’inclure dans son patrimoine
mais il ne fut pas soumis à l’approbation
de son Conseil d’administration. Son
très grand attrait touristique, sa
trop petite taille et la protection d’autres
îlets proches par le biais de la réserve
naturelle du Grand Cul-de-Sac Marin rendait
l’opération moins nécessaire
que prestigieuse et ne se justifiait finalement
pas. Assurer la protection des îlets
de mangrove du Grand Cul-de-Sac Marin implique
qu’un équilibre soit trouvé
entre la sanctuarisation de certains et
l’ouverture au public des autres.
Or, et c’est le cas de l’îlet
Caret, l’érosion dont sont
affectées les plages de certains
îlets fait craindre aux gestionnaires
de la réserve naturelle un report
de la fréquentation sur l’îlet
à Fajous, tout proche mais entièrement
dans le périmètre de la réserve
naturelle et dont l’accès est
par conséquent restreint.
Quand
la protection des îlets revêt
une valeur symbolique :
le cas des îlets
guyanais, négatifs du littoral continental
"À
vue d’œil, c’est
ravissant. Elles forment, en pleine
mer, l’un de ces petits groupes
imprévus qui charment les dames
et leur font dire au commandant d’un
paquebot : "Oh ! commandant !
si vous étiez gentil, vous
arrêteriez là !"
Des cocotiers les parent. C’est
vert, bien tenu. On vous affirmerait
qu’un opulent casino orne le
plateau de Royale, que cela vous semblerait
naturel. Décor pour femmes
élégantes et leurs ombrelles
! Les îles sont la terreur des
forçats."
Les îles du Salut en Guyane,
vues par Albert Londres (Au bagne,
1923) |
Le paysage décrit
par le journaliste Albert Londres est celui
d’une carte postale, telle qu’on
la vend aujourd’hui en Guyane, et
qui contribue à façonner une
image partiale de la France équatoriale,
notamment auprès d’une clientèle
de croisiéristes nord-américains.
Il n’est en effet pas rare que leur
seule escale guyanaise soit l’île
Royale. Les îles du Salut identifient
la Guyane d’une manière forte
et incontestable. Pourtant, le cadre enchanteur
des îles fut celui du bagne qui, de
1852 à 1946, contribua à forger
de la Guyane une image négative.
Avant cet épisode, l’île
Royale, la plus grande des trois îles
du Salut, a servi de mouillage aux navires
qui, lors de l’expédition de
Kourou de 1763, menée par Thibaud
de Chanvalon, alors intendant de la colonie,
ne trouvèrent pas sur la côte
continentale de la Guyane de rade naturelle.
Appelées jusqu’alors les îles
du Diable, elles constituèrent alors
un refuge pour les colons rescapés
de cette expédition, et gagnèrent
à cette occasion leur nom actuel
et une réputation de salubrité
par rapport au continent. L’image
aujourd’hui attractive de ces îles
trouve par conséquent ses origines
dans un épisode plus ancien que celui
du bagne : l’échec de l’expédition
de Kourou, qui avait pour objet de coloniser
la Guyane, fut l’occasion d’un
retournement majeur ; les îles devinrent
alors une Guyane en négatif, dont
la côte a gagné une réputation
d’espace répulsif, qui perdure
jusqu’aujourd’hui. Tant du point
de vue paysager que de celui du patrimoine
naturel, les îles du Salut sont une
exception guyanaise : point de mangrove
mais une végétation essentiellement
importée, notamment le cocotier,
qui participe de l’imagerie mythique
insulaire en même temps qu’il
connaît une extension incontrôlée
qui met en péril la diversité
végétale sur l’île.
Les îles du Salut
appartiennent aujourd’hui, à
l’exception de quelques bâtiments
restés propriété de
l’État (DDE), au Centre Spatial
Guyanais (CSG) qui ne peut ni en empêcher
l’accès ni entraver le développement
du tourisme. Les quelques résidents
permanents - gérants de l’hôtel
sur Royale, gendarmes - doivent simplement
les quitter à chaque lancement de
fusée, ces îles se trouvant
en face de la base spatiale de Kourou. Le
Conservatoire du littoral est propriétaire,
depuis la fin de l’année 1990,
de la maison du directeur du bagne et de
son emprise de 2 185 m2 ; cette acquisition
fut assortie d’une servitude de protection
étendue aux trois îles, qui
prévoit qu’aucun bâtiment
neuf, à l’exception de ceux
que l’activité spatiale exige,
ne pourrait y être construit - un
carbet abritant une salle de restaurant
attenante à l’auberge avait
été édifié au
début des années 1980, avec
l’accord de l’Architecte des
Bâtiments de France-. En achetant
l’un des plus beaux bâtiments
de l’île Royale, qui surplombe
la baie des Cocotiers et offre une vue sur
le littoral de Kourou, le Conservatoire
du littoral a assurément réalisé
une opération de prestige et hautement
symbolique ; sa restauration, grâce
au concours financier du CSG, a scellé
une coopération dont les deux parties
tirent chacune un bénéfice
aussi grand : le Conservatoire du littoral,
en associant son nom aux îles du Salut,
peut prétendre à une place
parmi les acteurs principaux de la protection
du littoral guyanais ; le CSG, qui souffre
en Guyane d’une image mitigée,
trouve dans le Conservatoire du littoral
le partenaire qu’il cherchait pour
la corriger, l’établissement
étant réputé pour sa
collaboration avec les collectivités
territoriales.
Les îles du Salut,
au même titre que les autres îlots
du littoral guyanais, sont des éléments
stables sur un littoral mouvant, le long
duquel se déplacent des bancs de
vase qui rendent la navigation difficile,
et où s’étend une mangrove
qui établit une frontière
le plus souvent infranchissable entre la
mer et les terres basses. Elles offrent
ce qui fait défaut à la Guyane
continentale, à savoir l’insularité
et ses paysages mythiques, des dimensions
"à l’échelle humaine",
le loisir de parcourir le littoral à
pied et d’en faire le tour, une anthropisation
dont les signes sont abondants et contrastent
avec le vide guyanais. Cela explique leur
succès auprès des touristes
et du même coup la nécessité
de contrôler leur fréquentation,
qui ne peut se faire sans le renforcement
des moyens de gestion. Si les îles
du Salut sont les seules dont l’accès
soit libre (et encore ne s’agit-il
que de l’île Royale), leur protection
s’inscrit dans une stratégie
plus générale de préservation
de l’ensemble des îlets du littoral
guyanais, prolongements en mer de la presqu’île
de Cayenne, la seule avancée, de
l’Orénoque à l’Amazone,
du bouclier guyanais jusqu’à
la mer. Et cela même si aucune menace
particulière ne pèse sur eux,
ni aucun patrimoine faunistique ou floristique
remarquable ne les distingue.
Les îlets
martiniquais comme enjeu politique
Sur la côte atlantique
de l’île, de la presqu’île
de la Caravelle au nord à la pointe
sud de la commune de Sainte-Anne, s’égrènent
près d’une trentaine d’îlets
; ils prolongent la succession des caps
et ferment les nombreuses baies de ce littoral
peu profond et protégé par
une barrière corallienne. L’intérêt
du Conservatoire du littoral pour les îlets
ne se dément pas en Martinique mais
la signature d’une "Charte des
îlets", sorte de code de bonne
conduite veillant à assurer la protection
d’espaces dont la fragilité
est proportionnelle à leur taille
réduite, s’inscrit dans un
contexte particulier. Privés pour
la plupart, et abritant des résidences
secondaires le plus souvent, voire des hôtels
de luxe, les îlets appartiennent en
majorité aux blancs créoles,
descendants des propriétaires de
plantations et connus sous le nom de békés.
L’attrait exercé en général
par les îlets se double dans ce département
de l’intérêt que manifestent
les acteurs politiques locaux pour ces espaces
et notamment de leur volonté d’en
voir l’appropriation limitée.
Les interventions des acteurs étatiques
en faveur de la protection des îlets
se trouvent par conséquent prises
dans le jeu politique opposant les deux
parties, celle des propriétaires
et celle des élus, aux décisions
desquels le travail du Conservatoire du
littoral est par nature très étroitement
lié.
Localisations
et image satellite
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Jusque dans les années 1970, Les îlets martiniquais
n’étaient guère fréquentés
que par les pêcheurs, pour lesquels
ils constituaient une base - ils y laissaient
du matériel et y passaient la journée
- et, pour un usage récréatif,
par leurs propriétaires qui y avaient
construit le plus souvent des résidences
secondaires. Les premières sorties
de loisir dans la baie du Robert et sur
ses îlets remontent au milieu des
années 1970. Elles étaient
alors organisées par le Parc Naturel
Régional tout juste naissant, dont
le personnel encadrait au maximum une
cinquantaine de personnes par semaine.
On se baignait dans les eaux de l’îlet
Madame mais la motivation de ces sorties
ne résidait pas dans la reproduction,
sur des plages isolées, des classiques
pratiques balnéaires.
L’organisation d’excursions
fut réellement mise sur pied au
début des années 1980 et
la fréquentation des îlets
prit de l’ampleur à partir
du milieu de cette même décennie.
Elle ne cesse depuis d’augmenter
et de se concentrer sur quelques îlets
particulièrement, sur lesquels
les problèmes se multiplient -
dégradation de la végétation,
pollution des eaux du fait des rejets
non maîtrisés, gestion des
déchets, transformations paysagères
- , alors que d’autres sont encore
préservés. La plupart des
îlets reste en effet inaccessible
à qui ne possède pas sa
propre embarcation, n’a pas recours
aux services d’un pêcheur
ou ne participe pas à une excursion.
La location de kayaks est par ailleurs
à l’origine de débarquements
ponctuels sur certains îlets mais
ceux-ci ne représentent en aucun
cas une fréquentation importante.
Éléments importants du développement
touristique des communes du centre-atlantique,
et de la Martinique par extension, les
îlets apparaissent par conséquent
à la plupart des élus comme
un patrimoine dont la mise en valeur est
empêchée par leur appropriation
au profit d’un nombre très
limité de propriétaires.
Alors que l’idée
de protection des îlets est chaque
jour davantage portée par les représentants
de l’État, qu’il s’agisse
du Conservatoire du littoral ou l’ONF,
gestionnaire depuis la fin des années
1970 d’une partie du littoral non
bâti dans les Antilles, et soutenue
par les élus, les propriétaires
développent un discours concourrant
à disqualifier ces acteurs et à
leur dénier de quelconques qualités
en matière de préservation
de l’environnement. Les îlets
martiniquais sont un exemple d’espaces
convoités à la fois du fait
de leur rareté, de ce que leurs rivages
très peu construits contrastent avec
ceux qui leur font face, et de leur identification
à un groupe social particulier (encore
qu’il faille nuancer cette dernière
affirmation, certains îlets n’appartenant
pas à des familles békés).
L’enjeu que revêt leur protection,
s'il est écologique, est surtout
économique et politique : les convoitises
qu’ils suscitent accroissent leur
fragilité, en même temps que
leur ouverture au public pourrait être
le support d’un tourisme original
; la protection de l’environnement
littoral est aussi affaire de symboles et
doit satisfaire des attentes, conscientes
ou inconscientes, des administrés
pour que les élus en soient les porte-drapeaux.
Le caractère symbolique de la protection
des îlets n’est pas moins fort
dans les autres DOM, voire en métropole.
Annexe
| Les
littoraux, les îles et le développement
durable
Chapitre 17 de l’Agenda 21 adopté
à Rio en 1992 (titre et table
des matières)
"Protection
des océans et de toutes les
mers - y compris les mers fermées
et semi-fermées - et des zones
côtières et [la] protection,
[l’]utilisation rationnelle
et [la] mise en valeur de leurs ressources
biologiques" :
a) Gestion intégrée
et développement durable des
zones côtières, y compris
de la zone économique exclusive
;
b) Protection du milieu marin ;
c) Exploitation durable et conservation
des ressources biologiques marines
en haute mer ;
d) Exploitation durable et conservation
des ressources biologiques marines
relevant de la juridiction nationale
;
e) Examen des incertitudes fondamentales
concernant la gestion du milieu marin
et les changements climatiques ;
f) Renforcement de la coopération
et de la coordination internationales,
notamment au niveau régional
;
g) Développement durable des
petites zones insulaires.
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