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Murs et barrières frontalières

Publié le 02/07/2024
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>>> Voir aussi : barriérisation

En géopolitique, on parle de murs, de murs-barrières ou de barrières frontalières pour qualifier les ouvrages visant à contrôler de façon drastique, voire à rendre impossible les flux illégaux de personnes, mais aussi de certains biens aux frontières. Ces ouvrages relèvent de la logique de la fermeture spatiale et de l’exclusion. La construction des murs à l’heure de la mondialisation relève ainsi d'un paradoxe qui consiste à briser des flux dans un monde où les échanges explosent : on parle de barriérisation du monde et de teichopolitique pour désigner ce processus de cloisonnement des territoires nationaux par le biais de barrières matérialisées. Localement, ces constructions ne sont pas des lignes mais des bandes plus ou moins larges, le mur étant précédé d’un glacis vers l’extérieur et équipé d’ouvrages complémentaires vers l’intérieur (route, miradors à intervalles réguliers…)

Ce type de construction est ancien. Les fonctions assignées à ces édifices ont été tout d'abord essentiellement défensives. La Grande muraille de Chine a été construite pour stopper, au IIIe siècle avant J.-C., la progression des Huns. On peut aussi rappeler le rôle du limes romain : le mur d'Hadrien (120 km) au IIe siècle dressé par les légions romaines pour empêcher les intrusions des tribus en provenance de l'Écosse, ou le « mur du diable » de plus de 500 km sur la frontière germanique. Beaucoup plus récemment, la ligne Maginot, le « mur de Berlin » et le « Rideau de fer » ont été des frontières fortifiées qui ont marqué l'histoire européenne du XXe siècle.

Avec les évolutions technologiques (aviation, missiles), ces obstacles terrestres ont perdu de leur importance stratégique et les fonctions qui sont aujourd'hui assignées à ces barrières sont surtout de contrôler les flux d'échanges (marchandises, hommes), de tenter d'entraver la multiplication des flux non contrôlés (trafics illicites, migrations illégales) et de répondre aux problèmes de sécurité nationale. Différents exemples récents en témoignent :

  • Entre l'Afrique et l’Union européenne, la construction entre 2001 et 2015 d’une barrière de clôture renforcée autour des enclaves espagnoles en Afrique de Ceuta et Melilla (voir les photographies de Pascal Orcier, 2019). Plus globalement, c’est tout l’espace Schengen qui s’est progressivement doté de murs et barrières : on dénombrait en 2021 plus de 430 km de ce type d’installations à ses frontières : Mur de l’Évros entre la Grèce et la Turquie, mur « anti-migrants » entre la Hongrie et la Croatie…
  • Le cas de la frontière entre les États-Unis et le Mexique est un des plus médiatiques. Dès octobre 2006, la loi sur la clôture de sécurité (Secure Fence Act) avait autorisé le renforcement de la surveillance d'environ 1/3 de la frontière entre les États-Unis et le Mexique, notamment à travers le désert de l'Arizona. En 2017, suite à l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis la construction d’un véritable mur de plusieurs mètres de haut (« Trump wall ») fut décidée. À la fin de son mandat (janvier 2021), plus de 720 des 1600 km de murs prévus étaient ainsi réalisés. L’élection de son successeur, Joseph Biden, a ralenti mais n’a pas stoppé les travaux
  • Entreprise en 2002 et poursuivie jusqu’en 2016, la construction d'une « barrière de sécurité » de 650 km est destinée à séparer Israël des territoires palestiniens de Cisjordanie.
  • L’Arabie saoudite a, de son côté, érigé en 2006 une double barrière de protection dotée d'équipements électroniques sur 700 de ses 900 km de frontières avec l’Irak, par crainte d’infiltrations de combattants islamistes opposés au régime wahabite, d’un afflux de réfugiés et pour limiter le trafic de contrebande.
  • Les murs marquent aussi les espaces urbains pour séparer, clôturer, certains quartiers : si celui de Berlin (1961-1989) a été démonté, d'autres murs apparaissent : l’armée américaine avait érigé en 2007 un mur de protection autour du quartier sunnite d’Adhamiyah à Bagdad dans une ville à majorité chiite.

D’autres murs et barrières existent en Afrique et en Asie, témoignant ainsi de l’essor de ce phénomène de barriérisation.

Lorsqu'elles conservent une fonction de défense militaire essentielle, ces barrières frontalières peuvent aussi s'accompagner de zones démilitarisées, de « no man's land » ou glacis défensifs, par exemple : la zone démilitarisée (ou DMZ) entre Corées du Nord et du Sud aux alentours du 38e parallèle ; la « ligne verte » ou « Ligne Attila » entre les parties Nord et Sud de l'île de Chypre (1974) contrôlée, sur 180 km, par les Casques bleus de l'ONU (UNFICYP).

(ST) 2008, dernière modification (SB et CB), février 2023.


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