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Conflits

Publié le 08/03/2013

Les conflits en géographieConflits frontaliers | Conflits et jeux d'acteurs

Les conflits en géographie

Dans leur ouvrage Géographie des conflits, Amaël Cattaruzza et Pierre Sintès (2011) proposent la définition suivante du mot « conflit » : « situation relationnelle structurée autour d’un antagonisme » (p. 15) ; cette situation serait caractérisée par « la présence de de forces opposées, […] un désaccord, […] une rivalité ou à une inimitié » (p. 15). Par ailleurs, ces auteurs rappellent que « les conflits peuvent avoir différentes formes et être considérés selon leur degré de gravité ou selon la profondeur des dissensions entre les différents acteurs » (p. 15).

La notion de « conflit » serait privilégiée à celle de controverse par la recherche géographique en France sur les situations conflictuelles. Si les définitions et les typologies de conflits sont nombreuses dans la littérature scientifique contemporaine (Lecourt 2003 ; Dziedzicki 2003), l'ensemble des travaux s'inscrit dans la lignée du sociologue Georg Simmel (1995), décrivant les situations conflictuelles comme des formes positives de socialisation et non comme des pathologies sociales (Lascoumes 2001). Amaël Cattaruzza et Pierre Sintès (2011, p. 10) soulignent que « depuis plusieurs années, l’étude des conflits connaît un regain d’intérêt ». D’une part, l’engouement des sciences humaines et sociales pour l’étude des conflits s’expliquerait par des relations géopolitiques de plus en plus complexes à l’échelle mondiale depuis la fin de la Guerre Froide. D’autre part, il serait lié à l'émergence de nouveaux mouvements sociaux, à des conflits environnementaux (Charlier 1999) ou d'aménagement (Lecourt 2003) capables d'inverser des rapports de force et de bloquer des projets d'aménagement (Darly et Torre 2008).

En amont du conflit, des « tensions » peuvent être analysées (Depraz 2016) : « la tension sociale peut être définie comme la manifestation (verbale, symbolique) de jeux d’opposition n’ayant pas encore produit de démonstrations effectives et collectives de refus ». Plutôt que de s’intéresser à la formation d’un « système d’action » (Melé et al. 2004), les géographes étudiant les tensions sociales chercheraient à « mettre à jour les potentiels conflictuels dans le débat public, sans certitude de leur manifestation effective à terme » (Depraz 2016).

Pour compléter :

Silvia Flaminio
février 2017

Conflits frontaliers

Selon Y. Lacoste, la frontière est politique car elle marque la >limite territoriale entre deux pouvoirs politiques et parce que cette limite s’établit dans un rapport de force entre les deux entités. Il s’agit donc d’envisager les types de relations qu’il peut y avoir entre des espaces frontaliers. La frontière est ici une zone de contact, de frottements où s’exercent des tensions, des rapports de force qui peuvent conduire à des conflits entre deux entités territoriales. Ces conflits peuvent aboutir à une fermeture de la frontière. Cependant, ces situations conflictuelles évoluant rapidement, il y a divers degrés de fermeture de la frontière.

La frontière chaude renvoie à un conflit ouvert entre deux systèmes territoriaux. La frontière est contestée, l’espace frontalier est par conséquent instable. Il y a des tensions et des heurts. Une frontière chaude peut conduire à une redéfinition du tracé de la frontière. Ainsi, les frontières qui séparent la Turquie du Kurdistan irakien, l'Inde du Pakistan, peuvent être qualifiées de frontières chaudes.
Une frontière froide est marquée par l’absence de relations entre les espaces situés de part et d’autres de celle-ci. Il y a conflit mais ce n’est pas un conflit avec affrontement direct. L’intensité du conflit peut être importante mais celui-ci est gelé. Les deux systèmes territoriaux sont dans une stratégie de séparation ou de fossilisation. Les angles morts sont multipliés aux limites externes du système territorial. Il peut ainsi y avoir un no man’s land entre les deux espaces autour de la ligne frontière (frontière Corée du Nord/Corée du Sud jusque récemment). La frontière est alors une barrière, c’est une frontière fermée.

Sur le même thème, voir le glossaire La frontière : discontinuités et dynamiques

 

Conflits et jeux d'acteurs

L'aménagement du territoire relatif à l'organisation des transports, des déplacements, est une source fréquente de conflit spatial. Les cas d'affrontements entre "décideurs" d'aménagement d'infrastructures et riverains réellement lésés ou touchés par le syndrome Nimby (Not in my backyard), sont fréquents. Souvent juridiques, dans les sociétés d'États de droit du moins, les conflits peuvent parfois devenir physiques et plus ou moins violents.

Les intérêts de l'individu usager et de l'individu riverain peuvent diverger sensiblement. Les exemples abondent de mobilisation contre tel ou tel projet d'aéroport, de rocade, d'autoroute, de voie TGV, de canal, etc. Les arguments avancés portent sur divers points : les problèmes de santé, de bruit, d'environnement ; les dialectiques de l'intérêt collectif face à l'intérêt individuel. Il arrive, qu'une fois réalisé, tout le monde se réconcilie grâce aux avantages bien partagés du nouvel équipement : l'histoire récente du VAL (Véhicule automatique léger, transport en commun en site propre - TCSP) de la ville de Rennes en est un exemple.

Pour compléter :