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Esclavage

Publié le 11/01/2013

Esclavage rural et travail forcé au Brésil | esclavage moderne en Afrique

L'esclavage est une situation historique dans laquelle, dans une société donnée, une partie des individus est dépouillée de tout droit et est considérée comme un bien appartenant à d'autres individus, au même titre que les objets ou les animaux domestiques. L'esclavage a existé sous des formes très diverses selon les époques et les sociétés, selon qu'il était généralisé ou toléré, central dans l'économie ou relativement marginal. Un processus progressif d'abolition a été entamé au XVIIIe siècle a connu une accélération au XIXe siècle. Si l'esclavage est aujourd'hui officiellement illégal partout dans le monde, la servitude d'être humains subsiste aujourd'hui sous des formes variées et parfois insidieuses. 

(2020)

Esclavage rural et travail forcé au Brésil

Les origines du peuple brésilien sont étroitement liées à la traite des esclaves. Entre le XVIe siècle et le XIXe siècle, près de 4 millions d’esclaves africains seraient arrivés au Brésil, or, en 1872, la population esclave y était estimée à 1,5 million ! Ce qui montre la dureté particulière de leur condition (par comparaison, les États-Unis ont reçu environ 400 000 esclaves africains pendant toute la période de la traite atlantique et comptaient, en 1860, plus de 4 millions d’esclaves). Les esclaves débarquaient dans les ports de Rio de Janeiro, Salvador, Recife et São Luis, où ils étaient entassés dans des baraques en attendant d’être vendus.

Des mouvements de rébellion se sont organisés en communautés d’esclaves marrons appelées quilombos. Le quilombo le plus important, celui de Palmares à l’intérieur de l’État d’Alagoas, fut fondé au XVIIe siècle et devint, avec la figure légendaire de Zumbi (arrêté et exécuté en 1695), le centre de la résistance contre l’esclavage. La traite des esclaves fut interdite en 1850 mais, d'étape en étape, il fallut attendre 1888 pour que l'esclavage soit totalement aboli (lei Aurea). Ainsi, le Brésil aura été l’un des derniers pays au monde à abolir l’esclavage et, au début du XXIe siècle, différentes formes de travail forcé y subsistent encore, surtout dans le monde rural. La Commission pastorale de la terre (CPT) est particulièrement active pour dénoncer ces pratiques d'un autre temps, par ses enquêtes et ses signalements du travail esclave.

Esclavage moderne en Afrique (2005)

Des formes modernes d'esclavage sévissent encore de nos jours dans le monde et plus particulièrement en Afrique subsaharienne. Les Cahiers d’études africaines y ont consacré un numéro. Pour Roger Botte, anthropologue à l’EHESS, s’il existe des zones résiduelles d’esclavage en Afrique (Mauritanie, Niger), on ne peut plus parler d’esclavage en tant que tel sur ce continent. Mais de nouvelles formes d’assujettissement sont apparues comme le travail forcé, l’exploitation de travailleurs migrants, de la main d’œuvre enfantine ou l’esclavage domestique. Définie par le Bureau international du travail (BIT/OIT) en 1993, la notion d’esclavage moderne a été ensuite abandonnée pour retenir celle de travail forcé, qui ne fait pas intervenir la notion de propriété. Mais utiliser le terme d’esclave à la place de celui de travailleur exploité porte préjudice au combat contre le travail contraint illégal, souligne Roger Botte. Un point de vue partagé par plusieurs chercheurs comme Alain Morice (CNRS-URMIS, Paris), qui critique cette notion fourre-tout où se retrouve un ensemble hétéroclite de rapports d’oppression et de travail contraint ou sous la menace.

Mike Dottridge, ancien directeur de l’ONG Anti-Slavery International, dresse une typologie des différentes formes de travail forcé et de violations en Afrique subsaharienne. De son côté, Suzanne Miers (Ohio University, États-Unis) fait le point sur le nouveau visage de l’esclavage contemporain, de la servitude pour dettes à la prostitution forcée, en passant par le trafic d’êtres humains, le travail des enfants, l’exploitation de la main d’œuvre, le tourisme sexuel, les enfants soldats et l’adoption d’enfants en vue de leur exploitation. Enfin, Françoise Vergès, professeur au Goldsmiths College (Londres), s’interroge sur les "troubles de la mémoire" concernant la traite négrière et l’esclavage.

Plusieurs articles de la revue étudient en détail les pratiques d’esclavage qui perdurent en Afrique ainsi que leur prolongement dans les pays traditionnels d’émigration. Florence Boyer (France) parle de l’esclavage chez les Touaregs de Bankilaré (Niger). Issa Saïbou (Cameroun) évoque la survivance de l’esclavage royal dans la partie nord du Cameroun. Mathias Deshusses (Genève) livre les résultats d’une étude menée sur les petites bonnes ivoiriennes victimes d’esclavage domestique en France. Fabio Viti (Italie) parle de l’exploitation de jeunes apprentis déqualifiés dans les métiers artisanaux du secteur informel urbain en Côte d’Ivoire. Nasima Moujoud et Dolorès Pourette (France) évoquent la "traite" des femmes migrantes originaires de pays défavorisés orientée vers la domesticité et la prostitution. D’autres articles constatent également la survivance de liens de dépendance et de clientélisme entre descendants d’esclaves et descendants de maîtres comme à Madagascar, en Tunisie ou en Mauritanie.

Source : MFI, Isabelle Verdier www.rfi.fr/Fichiers/MFI/CultureSociete/1733.asp
et Cahiers d'études africaines, n° 179-180 (2005) : "Esclavage moderne ou modernité de l’esclavage ?" http://etudesafricaines.revues.org/sommaire5572.html