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Football

Publié le 03/03/2017

Le football est un objet d'étude important des sciences sociales. Comme les autres sports, il intéresse les historiens, les sociologues, ou les anthropologues, pour son rôle important et ancien dans de nombreuses régions du monde, au même titre que d'autres manifestations culturelles. 

Depuis sa codification en Angleterre au milieu du XIXe siècle (Cambridge rules en 1848, fédération anglaise en 1863), le football est devenu le sport le plus pratiqué et le plus médiatisé au monde (J.-P. Augustin). Il faut y voir le résultat de la diffusion internationale du modèle culturel britannique au moment où Londres occupait une place centrale dans l'économie-monde (du règne de Victoria à la première Guerre Mondiale). La Fédération Internationale de football association (FIFA) est un acteur international puissant : elle comptait 209 fédérations membres en 2015, soit plus que de pays à l'ONU (198). Dans les compétitions internationales, « la FIFA et les fédérations nationales se portent garantes de l'universalité des mesures de l'espace et du temps et de l'universalité des règles » ; les parties de football improvisées tendent également à se rapprocher de cette universalité, compte-tenu de la diffusion mondiale de ce sport (Debarbieux, 2015, p. 37).

Comme d'autres sports, le football cristallise des enjeux géopolitiques, permettant à des États en conflit ou en situation de tension de s'affronter dans un cadre normalisé et codifié. L'existence d'une fédération écossaise ou galloise séparément de l'Angleterre, l'intégration d'Israël au championnat européen, sont le résultats de décisions politiques. Les exemples de débordements liés à des rivalités territoriales autour d'un match de football sont nombreux. On parle de derby au sens strict lorsque deux clubs d'une même ville s'affrontent sur le terrain. Par extension le terme s'applique aussi à des villes spatialement proches mais rivales, contraignant parfois les pouvoirs publics à déployer des mesures de sécurité supplémentaires. C'est le cas par exemple de Saint-Étienne et Lyon, dont l'opposition ancienne trouve ses racines dans la sociologie de ces deux villes. Un autre derby célèbre est celui qui oppose la Juventus de Turin contre le l'Inter de Milan : c'est le Derby d'Italia. Un derby ayant une grande résonnance médiatique est un classico, d'un mot espagnol d'Amérique latine. Ce type de rencontre est la transposition dans le football de tensions qui dépassent le seul domaine sportif. L'opposition des Rangers contre les Celtics à Glasgow renvoie en réalité aux tensions entre les protestants presbytériens et la communauté catholique des immigrés irlandais. La rivalité entre le Réal et le Barça renvoie au séparatisme catalan face au pouvoir central madrilène, avec l'histoire du franquisme en arrière-plan.

Le football est aussi une industrie dont les acteurs sont la FIFA (dont le budget dépasse le PIB de 50 pays d'après Jean-Pierre Augustin), les clubs qui fonctionnent comme des entreprises capitalistes dont les joueurs sont presque les marchandises, les sponsors, et les médias, notamment les chaînes de télévision, qui achètent les droits de retransmission. L'industrie du football reproduit l'inégalité des termes de l'échange au profit des pays les plus riches, même si des pays émergents comme le Brésil occupent une place de plus en plus importante dans les circuits mondiaux, ainsi que l'ensemble du Cône Sud où ce sport est implanté presque depuis ses origines. La géographie du football est aussi largement une géographie des mobilités, qui ancre l'étude de ce sport dans celle de la mondialisation culturelle. Joueurs et entraîneurs franchissent des milliers de kilomètres au cours de mobilités très brèves, le temps d'une rencontre, ou d'une mobilité définitive lorsqu'ils changent de club. Les supporteurs également se déplacent pour suivre leur équipe. L'ancrage des supporteurs de la Juventus de Turin sur la côte est des États-Unis est à relier à la présence de descendants d'immigrés italiens.

En raison de son statut de sport le plus diffusé au monde, le football est aussi à l'origine de colossaux événements médiatiques comme la CAN, Coupe d'Afrique des Nations de football, qui se tient tous les deux ans, les années impaires depuis 2013, sans commune mesure cependant avec une machine économique comme l'Euro qui a lieu tous les quatre ans. L'édition 2020 se tiendra à travers toute l'Europe pour célébrer les soixante ans de la compétition. Le plus importants de ces rendez-vous sportifs et médiatiques est la coupe du monde, qui a d'importants effets sur la géographie du pays organisateurs. Ce fut notamment le cas au Brésil pour l'édition 2014, pour laquelle l'édification de nombreux stades très onéreux fut critiquée par une partie de l'opinion publique, soupçonnant le gouvernement de vouloir profiter de ces opérations pour expulser les pauvres de certains quartiers.

 

Carte des stades coupe du monde 2014 Brésil

Source : La Géothèque, 2014.
Carte libre de droit pour l'usage pédagogique en classe.

 

La mondialisation de ce sport implique aussi de tenir compte des conditions climatiques lors des rencontres internationales. Les joueurs de la coupe du monde de 1986 au Mexique ont ainsi dû s'adapter à des stades situés au dessus de 1 500 m d'altitude, comme celui de Guadalajara. Pour la coupe du monde de 2022 prévue au Qatar, le problème est celui des températures, très élevées en juillet dans ce pays du golfe Arabo-persique. Des stades climatisés ont d'abord été envisagés avant de déplacer les dates de l'événement en hiver. 

Jean-Christophe Gay, dans L'homme et les limites, a bien montré comment les règles sont matérialisées par les marquages au sol et incarnées par la personne de l'arbitre : « la contrainte se métamorphose, au fil du temps, en autocontrôle ou autocontention », et les normes finissent par être intériorisées. Le sport est ainsi « une école des limites » (p. 36). Les progrès technologiques sont mis à contribution pour limiter toute contestation, d'autant que les enjeux sont considérables lorsqu'une erreur d'appréciation accorde par erreur la victoire à une équipe nationale plutôt qu'à une autre. La technologie dite de la Goal-line, qui détecte le franchissement de la ligne de but par le ballon, a ainsi été utilisée pour la première fois lors d'une coupe du monde en 2014 au Brésil (ibid., p. 41).

« Dans un match de football, il y a donc au moins quatre formes de spatialité mobilisées : une étendue matérielle, celle de la surface sur laquelle se déroule le match, qui participe des conditions de possibilité de l'événement ; une forme constitutive du match, qui participe des règles institutionnelles et qui rapporte les objets et les emplacements à leur fonction agentive, y compris le terrain donc ; une forme phénoménologique et praxéologique, ne l'oublions pas, qui est celle dans laquelle évolue chaque footballeur et se construit en interaction ; une forme géographique qui correspond à l'aire à l'échelle de laquelle l'institution est susceptible de fonctionner. » (Debarbieux, 2015, p. 37)

Il existe aussi une géographie du terrain de football. Les commentateurs sportifs, les entraîneurs et les joueurs, outre le vocabulaire militaire (tactique, stratégie, offensive, capitaine, débâcle...) utilisent abondamment le champ lexical de l'organisation de l'espace (milieu, arrière, déborder sur les côtés, bloquer les espaces, déploiement...). Si aucune norme ne définit ses dimensions, un terrain de football a une superficie d'environ 70 ares ou 1,7 hectares. Cette dimension est fréquemment utilisée pour donner des ordres de grandeur de superficie, au point qu'elle semble devenir une unité de mesure pour décrire certains phénomènes (on lira par exemple sur des sites internet d'écologie que la déforestation de la forêt amazonienne représente 2 000 terrains de football par jour, ou un terrain toutes les 7 secondes).

Pour compléter :

 

Mise à jour : juin 2017