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France-Afrique, Françafrique / Afrique-France

Publié le 11/01/2013

La deuxième formulation, forgée par F.-X. Verschave, désigne, avec une nuance d'ironie et de critique, les relations que la France entretient avec les pays issus de son ancien domaine colonial en Afrique. Depuis les indépendances, certaines "affaires" ont pu illustrer le mélange douteux d'intérêts politiques et économiques et discréditer ainsi l'action française en Afrique.
Ancienne puissance coloniale majeure en Afrique, la France a conservé des relations privilégiées avec ses anciens territoires. Elles se traduisent de différentes manières.
- Celle de la francophonie, chapeautée par l'Organisation internationale de la francophonie (OIF) et dont le secrétaire général est, en 2005, l'ancien président du Sénégal Abdou Diouf. Périodiquement, les sommets de la francophonie s'efforcent de promouvoir les diversités linguistiques et culturelles ainsi que le respect des droits de l'homme. Ils sont aussi l'occasion de réunir de nombreux acteurs de la coopération décentralisée et de la société civile.
- Mais aussi une présence militaire française revêtant des formes variées qui lui ont valu le qualificatif de "gendarme de l'Afrique". Des accords de défense lient la France à six États (fin 2006 : Sénégal, Côte d'Ivoire, Togo, Gabon, Cameroun, Centrafrique) et, au Tchad, par un simple "accord de coopération militaire". Environ 11 000 militaires (fin 2006) y sont positionnés et peuvent agir à partir de 5 bases permanentes (Abidjan, Djibouti, Libreville, Dakar, N'Ddjamena).

Des interventions militaires directes, ont été décidées au fil des années et des crises africaines. Par exemple : dans l'ex-Zaïre en 1978 (opération sur Kolwezi) ; pour soutenir le Tchad face à la Libye (opérations "Manta" en 1983, "Epervier" en 1986) ; au Rwanda de 1990 à 1994 (opération "Turquoise"* en 1994) ; en intervenant dans la vie politique centrafricaine (1979, 1996) ou togolaise (1986) ; par des opérations de forces spéciales, dans le cadre d'une force multilatérale d'urgence sous mandat de l'ONU, pour sécuriser la ville de Bunia (Ituri) et son aéroport (RDC, opération "Artémis" en 2003). Dans le contexte actuel de la crise ivoirienne, sous mandat international, la France maintient sur le terrain 3 000 hommes de la force "Licorne" (au 21 mai 2007) auxquels il faut ajouter le déploiement de plus de 7 000 casques bleus. Le 6 novembre 2004, l'attaque de la base de Bouaké causant la mort de neuf soldats français, a marqué un point de rupture et elle symbolise les contradictions et les difficultés auxquelles la présence française en Afrique est confrontée.

Sous le poids des nouvelles réalités de la géopolitique mondiale, la France cherche aujourd'hui d'autres voies pour encadrer et justifier ses actions en Afrique sans courir le risque d'être accusée d'ingérence abusive ni le risque inverse d'être jugée indifférente. Les stratégies en sont multiformes : gestion multilatérale des crises, incitation à la prise en charge régionale des problèmes du continent par le biais de l'UA, de l'ONU, par exemple ; "européanisation" de la politique africaine.
La "communauté de destin" franco-africaine du XXIe siècle est en pleine reconfiguration. Ainsi, au cours du 23e sommet Afrique-France de Bamako, au Mali (2 au 4 décembre 2005), il a été annoncé que deux des cinq bases militaires permanentes actuellement en activité devraient fermer : N'Djamena et Abidjan. Tous les États-majors concernés par le théâtre africain œuvreraient, à terme, en liaison avec les soldats de la paix de l'Union africaine (UA) qui, à l'horizon 2010, aura mis sur pied cinq "brigades en attente" de 5 000 hommes, activables dès qu'il s'agira de prévenir ou d'enrayer un conflit sur le continent (exercices Recamp : Renforcement des capacités africaines de maintien de la paix). Mais, en attendant, des crises telles que celle du Darfour peuvent imposer leurs urgences.

Notons enfin que, dans un nouveau contexte où les États perdent de leur influence par rapport aux firmes transnationales, le concept de "France - Afrique" perd peu à peu son contenu. Et il est probable que la concurrence, déjà effective et croissante, d'autres influences (États-Unis, Chine, Inde, mais aussi religieuses, humanitaires) contribuera également à limiter l'influence française dans son ex- "pré carré" africain.

Voir aussi,
- dans ce dossier :
> par Eric Bordessoule (L’État-nation en Afrique subsaharienne)
> par Christian Bouquet, "La crise ivoirienne par les cartes"
> Un exemple : la coopération de l'AFD en Centrafrique (Benoît Boutefeu)


- Les sommets Afrique - France / France - Afrique : une frise chronologique :www.diplomatie.gouv.fr/fr/IMG/frise
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