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Justice spatiale

Publié le 23/11/2015

La notion de justice spatiale ne doit pas être entendue comme une justice entre les lieux, mais comme la dimension spatiale de la justice entre les hommes. Parce que les sociétés organisent l'espace qu'elles habitent, les territoires reflètent les rapports sociaux. Parler de la justice spatiale, c'est donc parler du socio-spatial : action du social sur le spatial et rétroaction du spatial sur le social.
La notion de justice spatiale est pertinente à toutes les échelles, du local (opposition des beaux quartiers et des taudis urbains, conflits fonciers entre propriétaires et paysans sans terre) au mondial (contraste entre les pays du Nord et les pays du Sud) en passant par le national (disparités des régions) et le régional (inégalités internes à l'espace régional).

En s'appuyant sur la théorie du philosophe John Rawls, on peut donner à la justice spatiale les contours suivants. La justice spatiale c'est d'abord l'organisation de l'espace politique la plus adéquate pour le respect effectif de l'égalité des droits et pour la démocratie : le maillage politico-administratif du territoire, en particulier le découpage des circonscriptions électorales, est ici en cause. Ce maillage peut en outre servir ou desservir la justice selon la répartition qu'il induit des prélèvements fiscaux et de la dépense publique. À cela s'ajoute le problème de l'accès aux services publics (l'enseignement, la santé, par exemple), à l'emploi et à la mobilité. La stricte égalité n'étant pas possible compte tenu du milieu naturel, des contraintes économiques et de la répartition de la population, l'approche rawlsienne de cette difficulté dit qu'il faut porter au niveau le plus élevé possible la part de ceux qui sont le moins bien pourvus. C'est le principe de la maximisation du minimum, le maximin, utile pour penser la répartition géographique des services publics. Cela conduit à l'idée de l'aménagement du territoire comme outil de justice spatiale en application du principe rawlsien de réparation : remédier aux injustices, c'est-à-dire aux inégalités qui contreviennent au principe du maximin. En d'autres termes, la justice spatiale consiste aussi à corriger les injustices spatiales, à mettre en cohérence l'organisation du territoire avec un projet de société plus juste, à agir directement sur les lieux pour agir indirectement sur les hommes.
La justice spatiale n'est pourtant qu'une composante de la justice. Agir sur l'organisation de l'espace est utile, mais agir directement sur le social peut être encore plus efficace : l'important est de coordonner les différents registres de l'intervention publique en vue des objectifs visés.

Sous tous ces aspects, y compris immatériels, il n'existe aucun territoire qui soit pleinement juste parce qu'il n'existe aucune formation sociale qui soit elle-même juste. Néanmoins, certains territoires sont plus justes que d'autres, ce qui valide la notion de justice spatiale pour comprendre le fonctionnement social et pour faire évoluer les sociétés.

Pour compléter :

- Bernard Bret, Notion à la une : justice spatiale, 2015
- John Rawls, Théorie de la justice, 1971, trad.1987, Paris, Seuil, 666  p.
- Philippe Gervais-Lambony (dir) (2009), n° spécial Justice Spatiale, Annales de Géographie, n° 665 – 666, janvier-avril 2009.

Mise à jour : novembre 2015