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Limite(s)

Publié le 08/03/2013

Ligne réelle ou imaginaire discriminante, la limite définit une entité spatiale en la distinguant d’une autre : par exemple, Romulus crée Rome en traçant sa limite à la charrue.  Par extension, c’est la ligne au-delà de laquelle on passe dans un "ailleurs" ou bien la ligne qu’on ne peut pas franchir. La limite crée donc une discontinuité qui peut être plus ou moins marquée entre les deux systèmes territoriaux qu’elle sépare, selon leurs différences et les rapports qu’ils entretiennent.
Lorsque la limite est d’ordre spatial, on peut alors parler de frontière. Mais si toute frontière est une limite, toutes les limites spatiales n’ont pas forcément le statut de frontière qui est reconnu par l'appropriation des espaces et la reconnaissance juridique internationale de la limite.

Limites (de l'Europe) | Limites (du domaine, de l'aire, du monde méditerranéen)
 

Limites (de l'Europe)


La vulgate fait de l'Oural la frontière "naturelle" de l'Europe. Pourtant, cette limite n'est pas évidente. Alors que les géographes européens ont longtemps hésité sur la question des limites orientales de l'Europe, c'est pour des raisons politiques que l'Oural a été choisi par les Russes comme séparant l'Europe de l'Asie. Comment se fait-il que cette chaîne de montagnes qui ne dépasse pas les 2 000 mètres, aisément franchissable et qui, vers le sud, se prolonge par une plaine, ait été choisie comme limite naturelle du continent ? Ce choix ne s'est fixé que tardivement, à la rencontre des traditions cartographiques occidentales et des géographes russes qui cherchaient à l'imposer.

Avec la christianisation de l'Europe et la nécessité de la défendre, l'idée d'Europe va acquérir une signification religieuse et politique, qui l'opposera aux autres continents. D'une terre hétéroclite au nom mythologique, elle deviendra un territoire à défendre contre l'invasion des infidèles.

Longtemps, la Russie reste indifférente à tous ces débats. Mais cette attitude va changer en quelques décennies : l'expansionnisme russe découvre qu'il n'est pas seul et qu'il doit composer avec les puissances européennes. La Russie de Pierre le Grand veut s'affirmer comme une puissance et aussi donner une justification aux avancées territoriales vers l'Est. Or, si la Russie se veut un État européen, elle doit aussi se définir en termes géographiques comme appartenant à l'Europe. Les vieilles cartes faisant apparaître la limite de l'Europe à proximité de Moscou ne conviennent donc plus. C'est l'historien et géographe Vassili Tatichtchev, à qui le tsar avait commandé une géographie de l'Empire, qui avança l'idée de l'Oural comme limite. Le choix n'avait rien d'évident. L'Oural avait été, tout au plus, une étape de la conquête et de la colonisation de l'est, un point de passage vers les avant-postes sibériens. Ce choix obéissait à la nouvelle image que Pierre le Grand voulait donner de la Russie : un "empire" selon le modèle des grands empires coloniaux, avec une partie européenne, vue comme la métropole civilisatrice, et une partie asiatique, vue comme une périphérie.

La vision de l'Oural comme frontière de deux continents et axe médian de l'Empire deviendra à la fin du XVIIIe siècle la règle enseignée dans les manuels scolaires. Ce modèle sera repris par les géographes occidentaux contemporains de Tatichtchev et par leurs successeurs. Modèle constamment critiqué, il finira cependant par s'imposer comme pratique dans les manuels de géographie et dans les atlas du monde entier, le besoin de fixer des limites étant plus fort que celui de cohérence géographique.

Il reste que l'approche de l'Europe par la recherche de ses limites est à la fois une bonne et une mauvaise question : elle mérite d'être posée mais doit être dépassée. La compréhension de l'objet géographique Europe n'est pas réductible à la fixation de ses limites. Mais un enjeu fort est sous-jacent : celui de qualifier, ou non, les candidats à l'adhésion à l'Union européenne.

- Olivier Vilaça : L'Europe vue de la Lituanie, "La carte du mois" - revue EspacesTemps, novembre 2003 - http://www.espacestemps.net/articles/leurope-vue-de-la-lituanie/

Sur le même thème, voir le glossaire Territoires européens : régions, États, Union

Mise à jour : juin 2004

 

Limites (du domaine, de l'aire, du monde méditerranéen)


Les limites de l'aire ou du domaine méditerranéen sont couramment fondées sur des critères bio-climatiques.
L'olivier est ainsi tout à la fois symbole et limite du domaine méditerranéen vers le nord. Dans l'Antiquité, à travers les textes sacrés (Ancien Testament, Coran), il occupe une place de choix en représentant à la fois la justice et la paix. Les géographes du XIXe siècle font de l'"aire de l'olivier" le critère définissant le mieux le monde méditerranéen. Arbre cultivé dérivé de l'oléastre, l'olivier a longtemps joué un rôle essentiel dans les économies traditionnelles. Mais son extension, si elle convient assez bien pour définir le domaine méditerranéen au nord pour les plaines et les basses pentes, ne convient pas toujours dans les cas suivants : montagnes et hautes terres (plateaux de la meseta ibérique par exemple) ; limites méridionales du domaine marquées par l'apparition du palmier-dattier fructifère dont les premières plantations annoncent le début du domaine désertique avec une sécheresse estivale qui se dilate sur la plus grande partie de l'année.
Qu'ils soient biologiques (aires du chêne vert, du pin d'Alep, etc.) ou climatiques (régions ayant au moins deux mois de sécheresse estivale, isotherme de 10°C pour le mois de janvier, etc.), aucun critère ne suffit à lui seul pour définir un milieu dont les diversités font aussi la richesse. L'élévation en altitude dans les espaces montagnards, ou la proximité de régions désertiques, atténuent ou aggravent les contraintes du climat méditerranéen. Dans ces conditions, la question de savoir où s'arrête le milieu méditerranéen est délicate, ses marges montagnardes ou désertiques ne forment pas une ligne continue aisément repérable.

Adapté de : La Méditerranée - Hachette Université - 2002

Mais l'étude du monde méditerranéen dans sa globalité n'est pas réductible à de telles limites bio-climatiques. Pour en étudier les dynamiques territoriales, socio-économiques, géopolitiques, on pourra juger pertinent de prendre en compte, en profondeur, les arrières-pays et de considérer l'ensemble des territoires des États riverains, avec leurs principaux systèmes d'échange et de communication vers l'intérieur des continents auxquels ils sont rattachés.
Au niveau international, le monde méditerranéen ne fait que rarement l'objet d'une identification régionale unique, le Plan Bleu (associé au Plan d'action pour la Méditerranée, le PAM) étant, à ce titre, original et intéressant. Les ensembles couramment étudiés sont : le Proche-Orient, le Maghreb et/ou le Makrech, les pays de l'UE, les PECO (avant l'élargissement), l'Afrique du Nord, le Monde arabe, la zone Middle East North Africa (MENA) pour la Banque mondiale, etc. Il convient donc de rassembler, dans ces différents sous-ensembles régionaux, les informations exhaustives nécessaires.

Inventaire des principales organisations régionales