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Migrations

Publié le 10/11/2022

Sens général

La migration est le fait de changer de domicile pour une durée longue ou définitive. Elle est l’une des modalités de la mobilité. Un couple qui quitte la ville-centre pour la banlieue, une expatriée qui travaille à l’étranger pour une multinationale, un retraité qui s’installe dans la région de son enfance sont tous, au sens statistique, des migrants. L'Insee parle de migrants résidentiels pour désigner les migrants intérieurs, par opposition aux migrants internationaux. En France, l’essentiel des migrations ne franchissent que de courtes ou moyennes distances. En 2014, 38 % des migrants intérieurs ont changé de domicile dans la même commune, 36 % dans le même département, 11 % dans un autre département de la même région, et 14 % ont changé de région (Insee, 2014). On peut également définir un taux annuel de migration pour 1 000 habitants, positif dans les régions attractives, négatif dans les régions répulsives (voir pull and push).

L’expression « migrations pendulaires » a parfois désigné improprement les navettes domicile-travail ; pour lever toute ambiguïté, on parle aujourd’hui de mobilités pendulaires, voire triangulaires.

La migration correspond rarement à une flèche à sens unique, qui est pourtant celui qui lui est le plus fréquemment attribué. En fait une migration correspond souvent à plusieurs allers-retours entre le lieu d’arrivée et celui de départ, avant et après le trajet définitif. Les fêtes religieuses ou les événements familiaux peuvent être des occasions de retours temporaires. En Chine, la période du Nouvel An est l’occasion d’un encombrement généralisé des transports et des axes, lié au très grand nombre de migrants intérieurs qui retournent simultanément dans leur région rurale d’origine (voir ci-après, migrations en Chine).

La migration économique, qui concerne le fait de partir pour chercher une meilleure situation professionnelle, a longtemps nourri l'exode rural, et c'est encore le cas dans certaines régions. Lorsqu’elle n’apporte pas les résultats escomptés, peut aussi aboutir à un retour définitif, comme dans le cas de certains des gardiens de sécurité à Nairobi étudiés par Jean-Baptiste Lanne (2017) qui finissent par repartir dans leur village d’origine.

Migrations internationales

En 2017, les migrants internationaux, c’est-à-dire « des personnes installées dans un pays différent de celui où elles sont nées » (INED), représentaient 258 millions de personnes, soit 3,4 % de la population mondiale. Parmi eux, les Européens sont presque deux fois plus nombreux que les Africains (61 millions contre 36 millions). L’Asie et l’Europe sont les deux continents où vivent le plus de migrants internationaux. La majorité des migrants sont des femmes. (Source de ces chiffres : INED d’après ONU, mars 2018).

Alors que l’accent médiatique est souvent mis sur les migrations internationales des « Suds » vers les « Nords », elles ne représentent qu’une partie de l’ensemble des migrations internationales, sans parler de l’ensemble des migrations. Sur le continent africain, les migrations internationales ne représentent, selon les sources, qu’un quart à la moitié des migrations (voir Mobilités et migrations intra-africaines, brève de janvier 2018).

Origine des migrants présents en Côte d'Ivoire, au Kenya et en Afrique du Sud
Origine des migrants en Côte d'Ivoire Origine des migrants au Kenya Origine des migrants en Afrique du Sud  

Comme dans le cas des migrations intérieures, la migration internationale est un trajet en pointillés, avec des étapes, des retours, et elle tisse un ensemble de liens entre la région de départ et celle d’arrivée. Ces liens prennent aussi la forme de flux : appels téléphoniques, envoi de messages et de fichiers, remises d’argent (rémitances)… Et sauf dans les cas des frontières fermées qui rendent tout retour impossible, une migration définitive n’exclue pas de nombreux allers-retours.

Les principaux flux de remises migratoires dans le monde en valeur d'après la Banque mondiale

flux de remises dans le monde

Extrait de : Ninon Briot, Florence Nussbaum et Franck Ollivon, « Cartographier les remises : pas de frontières pour les devises ? », Géoconfluences, décembre 2020.

 

Les statuts légaux des migrants sont très variables. Le terme « expatrié » distingue dans le langage courant un migrant issu d’un pays riche. Le réfugié, lui, a un statut légal, protégé par la Convention de Genève, mais tous les demandeurs d’asile ne parviennent pas à obtenir le statut de réfugié. L’immense majorité des migrants sont des migrants légaux. Compte-tenu du prix financier, des difficultés matérielles, des faibles chances de succès, et surtout du risque mortel des migrations illégales, elles ne sont entreprises que par une toute petite partie des migrants, la plus désespérée.

La migration est aussi une compétence : le migrant a appris des itinéraires, des langues, des codes, et il bénéficie des avantages de la double-culture et de la confrontation à l’altérité. « Le déplacement n'est donc pas l'état inférieur de la sédentarité : le nomade-migrant a la connaissance des grands chemins qui, menant d'un centre à l'autre, sont eux-mêmes condition de concentration et de diffusion de richesses matérielles, symboliques et immatérielles » (Tarrius, Marotel et Peraldi, 1994).

À cet égard, les diasporas jouent un rôle important. Elles structurent une communauté nationale hors de son aire géographique d’origine, et par des allers-retours, le pays de départ est influencé par les apports culturels issus de la diaspora. Certaines diasporas, comme la diaspora juive, chinoise ou indienne, ont une telle épaisseur historique qu’elles procèdent de l’histoire globale de l’humanité et des mondialisations successives.

Source : Pierre-Yves Trouillet, « Les populations d'origine indienne hors de l'Inde : fabrique et enjeux d'une "diaspora" », Géoconfluences, sept. 2015.

(La rédaction) dernières mise à jour : 2018, décembre 2020.


Références
Pour compléter
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