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Migrations

Publié le 11/03/2013

Migrations internationalesMigrations en Méditerranée | Migrations en Afrique | Migrations en Chine

La migration est le fait de changer de domicile pour une durée longue ou définitive. Elle est l’une des modalités de la mobilité. Un couple qui quitte la ville-centre pour la banlieue, une expatriée qui travaille à l’étranger pour une multinationale, un retraité qui s’installe dans la région de son enfance sont tous, au sens statistique, des migrants. L'Insee parle de migrants résidentiels pour désigner les migrants intérieurs, par opposition aux migrants internationaux. En France, l’essentiel des migrations ne franchissent que de courtes ou moyennes distances. En 2014, 38 % des migrants intérieurs ont changé de domicile dans la même commune, 36 % dans le même département, 11 % dans un autre département de la même région, et 14 % ont changé de région (Insee, 2014). On peut également définir un taux annuel de migration pour 1 000 habitants, positif dans les régions attractives, négatif dans les régions répulsives (voir pull and push).

L’expression « migrations pendulaires » a parfois désigné improprement les navettes domicile-travail ; pour lever toute ambiguïté, on parle aujourd’hui de mobilités pendulaires, voire triangulaires.

La migration correspond rarement à une flèche à sens unique, qui est pourtant celui qui lui est le plus fréquemment attribué. En fait une migration correspond souvent à plusieurs allers-retours entre le lieu d’arrivée et celui de départ, avant et après le trajet définitif. Les fêtes religieuses ou les événements familiaux peuvent être des occasions de retours temporaires. En Chine, la période du Nouvel An est l’occasion d’un encombrement généralisé des transports et des axes, lié au très grand nombre de migrants intérieurs qui retournent simultanément dans leur région rurale d’origine (voir ci-après, migrations en Chine).

La migration économique, qui concerne le fait de partir pour chercher une meilleure situation professionnelle, a longtemps nourri l'exode rural, et c'est encore le cas dans certaines régions. Lorsqu’elle n’apporte pas les résultats escomptés, peut aussi aboutir à un retour définitif, comme dans le cas de certains des gardiens de sécurité à Nairobi étudiés par Jean-Baptiste Lanne (2017) qui finissent par repartir dans leur village d’origine.

Migrations internationales

En 2017, les migrants internationaux, c’est-à-dire « des personnes installées dans un pays différent de celui où elles sont nées » (INED), représentaient 258 millions de personnes, soit 3,4 % de la population mondiale. Parmi eux, les Européens sont presque deux fois plus nombreux que les Africains (61 millions contre 36 millions). L’Asie et l’Europe sont les deux continents où vivent le plus de migrants internationaux. La majorité des migrants sont des femmes. (Source de ces chiffres : INED d’après ONU, mars 2018).

Alors que l’accent médiatique est souvent mis sur les migrations internationales des « Suds » vers les « Nords », elles ne représentent qu’une partie de l’ensemble des migrations internationales, sans parler de l’ensemble des migrations. Sur le continent africain, les migrations internationales ne représentent, selon les sources, qu’un quart à la moitié des migrations (voir Mobilités et migrations intra-africaines, brève de janvier 2018).

Origine des migrants présents en Côte d'Ivoire, au Kenya et en Afrique du Sud
  Origine des migrants en Côte d'Ivoire Origine des migrants au Kenya Origine des migrants en Afrique du Sud  

Comme dans le cas des migrations intérieures, la migration internationale est un trajet en pointillés, avec des étapes, des retours, et elle tisse un ensemble de liens entre la région de départ et celle d’arrivée. Ces liens prennent aussi la forme de flux : appels téléphoniques, envoi de messages et de fichiers, remises d’argent (rémitances)… Et sauf dans les cas des frontières fermées qui rendent tout retour impossible, une migration définitive n’exclue pas de nombreux allers-retours.

Les statuts légaux des migrants sont très variables. Le terme « expatrié » distingue dans le langage courant un migrant issu d’un pays riche. Le réfugié, lui, a un statut légal, protégé par la Convention de Genève, mais tous les demandeurs d’asile ne parviennent pas à obtenir le statut de réfugié. L’immense majorité des migrants sont des migrants légaux. Compte-tenu du prix financier, des difficultés matérielles, des faibles chances de succès, et surtout du risque mortel des migrations illégales, elles ne sont entreprises que par une toute petite partie des migrants, la plus désespérée.

La migration est aussi une compétence : le migrant a appris des itinéraires, des langues, des codes, et il bénéficie des avantages de la double-culture et de la confrontation à l’altérité. « Le déplacement n'est donc pas l'état inférieur de la sédentarité : le nomade-migrant a la connaissance des grands chemins qui, menant d'un centre à l'autre, sont eux-mêmes condition de concentration et de diffusion de richesses matérielles, symboliques et immatérielles » (Tarrius, Marotel et Peraldi, 1994).

À cet égard, les diasporas jouent un rôle important. Elles structurent une communauté nationale hors de son aire géographique d’origine, et par des allers-retours, le pays de départ est influencé par les apports culturels issus de la diaspora. Certaines diasporas, comme la diaspora juive, chinoise ou indienne, ont une telle épaisseur historique qu’elles procèdent de l’histoire globale de l’humanité et des mondialisations successives.

Source : Pierre-Yves Trouillet, « Les populations d'origine indienne hors de l'Inde : fabrique et enjeux d'une "diaspora" », Géoconfluences, sept. 2015.

Références
Pour compléter

 

Dernière mise à jour : 2018

 


Migrations en Méditerranée (2008)

Les flux migratoires, à travers l'espace méditerranéen, sont de toutes les époques. De nos jours, ils résultent de différentiels, de gradients de toute nature, démographiques, socio-économiques, politiques. Ils peuvent être entièrement endogènes à l'espace méditerranéen ou d'origine exogène : migrants d'origine sub-saharienne, du sud ou de l'orient asiatique par exemple.

Le processus migratoire est multifactoriel et multiforme : il exprime les disparités économiques et politiques qui caractérisent les deux rives ; il répond à des besoins en main-d'oeuvre des pays du Nord ; il obéit à des logiques de regroupement familial ou communautaire.

Les migrations peuvent se faire dans un cadre légal, encadré, mais elles ne constituent qu'une partie du phénomène. Les migrations clandestines, par leur nature même, sont difficilement quantifiables. L'arrivée des clandestins, lorsqu'elle donne lieu à des drames, est fortement médiatisée. Ainsi, en Espagne, estime-t-on à 85% le nombre de migrants clandestins rentrant dans le pays par les ports et les aéroports et à 15% (8 000 à 10 000 par an selon les estimations du Ministère de l'Intérieur espagnol). Les drames répétés des pateras et de ce que la presse espagnole appelle "las espaldas mojadas" (littéralement "les épaules mouillées", expression semblable à celle des wet-backs de la frontière du Rio Grande) suscitent l'émotion. Selon l’Association des Amis et Familles des Victimes de l’Immigration Clandestine, le nombre de noyés entre 1997 et le 15 novembre 2001 s’est élevéà 3 286 victimes. On retrouve les mêmes situations dramatiques à l'arrivée sur les côtes italiennes, voire françaises par exemple. Notons enfin qu'on relève récemment l'apparition de flux migratoires d'un nouveau type : celui d'enfants mineurs non accompagnés.

L'accroissement des flux migratoires entre les deux rives de la Méditerranée ne va pas sans poser des problèmes socio-politiques autant qu’économiques. Mais l’exemple des États-Unis donne des éléments de comparaison : avec 56 millions d’immigrés et d’enfants d’immigrés, soit un cinquième de la population américaine, ils ont un taux d’immigration deux fois supérieur à celui de l'Europe (6,6% contre 3,5%).

Pour compléter

D​ans le dossier La Méditerranée, une géographie paradoxale :


Dans le dossier La frontière, discontinuités et dynamiques :

 


Migrations en Afrique (2006)

La libre circulation des personnes est inscrite dans les textes fondateurs de différentes organisations régionales africaines.

Dans le monde rural, lorsque les migrations sont transfrontalières, elles posent les problèmes complexes des relations entre autochtones et étrangers, dès lors que le statut de la terre, les questions foncières et l’exercice du pouvoir sont en cause. Les migrants ruraux, le plus souvent résidents temporaires, gardent un statut d’étrangers.

Mais ce sont les villes qui constituent aujourd’hui le principal lieu de destination des migrants africains. Les flux d’immigrés se composent majoritairement de jeunes hommes célibataires qui cherchent à accumuler un pécule, en vue du mariage, de la construction d’une maison ou de la création d’une entreprise "au pays". La plupart des migrants étrangers travaillent dans le secteur informel du commerce, des transports, de l’artisanat, des services, de la petite activité marchande où ils sont indispensables au fonctionnement de l’économie urbaine.

Ces migrants temporaires tissent des réseaux transnationaux, contribuent à une redistribution régionale des ressources monétaires, diffusent des pratiques religieuses et culturelles, participant ainsi à la formation d’une urbanité africaine. Si en période de crise politique ils sont exposés à la vindicte populaire et aux pillages et doivent parfois se résoudre à un rapatriement prématuré, ils ne posent pas de problèmes aussi complexes que dans le monde rural.

De leur côté, les étrangers non africains constituent une catégorie d’acteurs importante tant par leur rôle dans les secteurs économiques, que par leur influence politique et culturelle et leurs relations avec les élites africaines. Ils se répartissent en différents groupes ou réseaux ayant chacun leurs rôles spécifiques : "expatriés" Européens et Américains, Libano-Syriens, Indo-Pakistanais, et, de plus en plus, cadres et ouvriers chinois.

De nombreux États de l'Afrique subsaharienne sont confrontés à la présence de populations réfugiées et déplacées. La question des réfugiés n’est pas seulement humanitaire, elle est aussi politique : les réfugiés représentent en effet un potentiel d’instabilité régionale. Peu d'autres régions dans le monde connaissent des mouvements d'ampleur comparable. Les migrations sous contrainte créent des conditions de vie très artificielles, plus ou moins éphémères, généralement dans des camps gérés par le HCR, signe tangible de leur non-intégration dans le pays d’accueil. Une réflexion d’ensemble sur l’Afrique subsaharienne ne peut éluder un questionnement sur l’avenir des populations réfugiées et sur les possibilités de résorption des camps, soit par des politiques de retour, soit par des politiques d’intégration.

Voir, dans le dossier Afrique subsaharienne : territoires et conflits,

 


Migrations en Chine (2010)

Dans l'espace intérieur, le long processus de littoralisation des activités et la paupérisation des campagnes, contribuent à alimenter des flux migratoires vers les grandes agglomérations chinoises. L'ampleur du phénomène est difficile à mesurer : les mingong qui affluent, sans hukou (permis de résidence), vers les villes constituent une population mobile et quasi-clandestine dans le pays, estimée à 200 millions de personnes en 2009. L'exode rural est quant à lui estimé à 10 - 15 millions de personnes par an qui obtiennent un hukou urbain.

La situation de ralentissement, voire de récession, de l'économie mondiale dans les années 2008 et 2009 a mis en difficulté bon nombre d'entreprises de l'espace littoral et sub-littoral, qui ont fait des mingong leur première "variable d'ajustement" en les renvoyant dans leurs régions d'origine. Sans préjuger des évolutions futures, on peut penser qu'un certain nombre d'entre eux pourront être tentés de rester dans leur province ou région d'origine en profitant des dynamiques de développement urbain, mais aussi rural, de l'intérieur.

Sur le plan des migrations internationales, les Chinois continuent à alimenter le flot des migrations internationales de longue durée. Ils constituent des diasporas, communautés qui restent souvent solidaires et organisées spatialement au sein de quartiers identifiables dans les villes d'accueil.

Mise à jour :  janvier 2010