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Attraction et attractivité

Publié le 24/01/2022

Dans un modèle gravitaire, l’attraction, force centripète et agrégative, est le contraire de la répulsion, centrifuge et distributive. Les logiques d’attraction, inspirées de la physique et des sciences expérimentales, relèvent de la géographie quantitative et leur utilisation repose nécessairement sur une mesure. On peut ainsi mesurer l’attraction démographique comparée de plusieurs villes, ou la capacité de territoires à attirer des capitaux.

L’utilisation du terme est toujours délicate lorsqu’elle sort du champ de la mesure pour se placer dans celui de l’appréciation : l’attraction supposée d’un territoire ne saurait être postulée à partir d’un ressenti personnel, du discours des acteurs locaux, ou des seuls témoignages d’habitants, quand bien même (ou d’autant plus que) ces discours ont une dimension performative.

L’attractivité désigne la capacité d’un espace à attirer. Avec le tournant néolibéral des politiques publiques, à toutes les échelles, à partir du dernier quart du XXe siècle, l’aménagement du territoire, devenu aménagement des territoires, est passé d’une logique planificatrice, centralisée, redistributive, à une logique de compétitivité, dans laquelle chaque territoire doit valoriser ses atouts pour améliorer l’attractivité. Parmi les exemples de ces politiques d’attractivité à différentes échelles, on retrouve parmi tant d’autres les zones franches (telles que les ZES), les incitations fiscales, les pôles de compétitivité, les pépinières et clusters d’entreprises, le marketing territorial, ou encore les priorités définies par la Commission européenne pour l’attribution des fonds structurels (« more competitive and smarter », plus compétitifs et « intelligents »).

La plupart du temps, l’attractivité est considérée comme un but en soi sans que ne soit jamais précisé ce qui doit être attiré. Il peut être question d’attirer les actifs, les étudiants, les riches, les cadres, les touristes, ou toute catégorie « désirable » pour les pouvoirs publics, ou bien d’attirer les équivalents monétisés de ces catégories (des emplois qualifiés, des retombées financières, des taxes, des devises étrangères…). Les discours officiels indiquent rarement ce qui n’est pas désirable, ce qu’on ne souhaite pas attirer. L’autre vide de la notion d’attractivité est l’absence de questionnement sur la capacité d’un seul territoire à être attractif pour des catégories si différentes : un territoire attractif pour les entreprises et les investissements peut s’avérer trop cher pour les étudiants ou trop pollué pour les touristes.

Si des effets de croissance forts sont observés à l’échelle locale, à l’échelle régionale et nationale, les politiques d’attractivité tendent à accentuer les inégalités entre les territoires. D’après un rapport de 2021, jusqu’en 1980, la part des inégalités entre pays par rapport aux inégalités internes aux pays ne cessait d’augmenter. Depuis 1980 les courbes se sont inversées et les inégalités à l’intérieur des pays ont pris le pas sur les inégalités entre pays.

Depuis les années 2010, de plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer l’inefficacité des politiques d’attractivité. Les chercheurs Michel Grossetti et Olivier Bouba-Olga (2021) ont ainsi appelé à se « désintoxiquer » de ce qu’ils appellent la « mythologie CAME (Compétitivité, Attractivité, Métropolisation, Excellence) ».

>>> Voir aussi : Attraction et attractivité des lieux touristiques

(JBB) janvier 2022.


Références citées
Pour compléter

 

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