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Murs, remparts et autres barrières frontalières

Publié le 08/03/2013

L’édification de murs et de murailles exprime au sens le plus concret du terme la fonction de barrière de la frontière. Ils introduisent une perturbation notable des flux, dans le sens de leur réduction, de leur détournement. Murs et murailles relèvent de la logique de la fermeture spatiale et de l’exclusion. La construction des murs à l’heure de la mondialisation relève ainsi d'un paradoxe qui consiste à briser des flux dans un monde où les échanges explosent.
Les fonctions assignées à ces édifices ont été tout d'abord essentiellement défensives. La Grande muraille de Chine bien sûr pour stopper, au IIIe siècle avant J.-C., la progression des Huns. La protection du limes romain : le mur d'Hadrien (120 km) au IIe siècle dressé par les légions romaines pour empêcher les intrusions des tribus en provenance de l'Écosse, le "mur du diable" de plus de 500 km sur la frontière germanique. Beaucoup plus récemment la ligne Maginot, le "mur de Berlin" et le "Rideau de fer" ont été des frontières - lignes de défense qui ont marqué l'histoire européenne du XXe siècle.
Avec les évolutions technologiques (aviation, missiles), ces obstacles terrestres ont perdu de leur importance stratégique et les fonctions qui sont aujourd'hui assignées à ces barrières sont surtout de contrôler les flux d'échanges (marchandises, hommes), de tenter d'entraver la multiplication des flux non contrôlés (trafics illicites, migrations illégales) et de répondre aux problèmes de sécurité nationale. Différents exemples récents en témoignent :
- Entre l'Afrique et l'Europe la construction d’une barrière de clôture renforcée autour des enclaves espagnoles en Afrique de Ceuta et Melilla.
- La loi sur la clôture de sécurité (Secure Fence Act) promulguée en octobre 2006, autorise le renforcement de la surveillance d'environ 1/3 de la frontière entre les États-Unis et le Mexique, notamment à travers le désert de l'Arizona : un mur de 1 200 km, doté de miradors et de caméras high-tech, devrait limiter les migrations illégales des populations latinos-américaines.
- Entreprise en 2002, la construction d'une "barrière de sécurité" de 650 km est destinée à séparer Israël des territoires palestiniens de Cisjordanie.
- L’Arabie saoudite de son côté va ériger une double barrière de protection dotée d'équipements électroniques sur les 900 km de frontières avec l’Irak, par crainte d’infiltrations de combattants islamistes opposés au régime wahabite, d’un afflux de réfugiés et pour limiter le trafic de contrebande.

Les murs marquent aussi les espaces urbains pour séparer, clôturer, certains quartiers : si celui de Berlin (1961-1989) a été démonté, d'autres murs apparaissent : l’armée américaine érige un mur de protection autour du quartier sunnite d’Adhamiyah à Bagdad dans une ville à majorité chiite (depuis 2007).

Lorsqu'elles conservent une fonction de défense militaire essentielle, ces barrières frontalières peuvent aussi s'accompagner de zones démilitarisées, de "no man's land" ou glacis défensifs, par exemple : la zone démilitarisée (ou DMZ) entre Corées du Nord et du Sud aux alentours du 38e parallèle ; la "ligne verte" ou "Ligne Attila" entre les parties Nord et Sud de l'île de Chypre (1974) contrôlée, sur 180 km, par les Casques bleus de l'ONU (UNFICYP).

Voir :
- un article d'Olivier Clochard, Jeux de frontières à Chypre : quels impacts sur les flux migratoires en Méditerranée orientale ?
- dans le dossier La Méditerranée, une géographie paradoxale (nouvelle fenêtre) : Flux migratoires et effets de barrières en Méditerranée
- L'exposition "Frontières" Muséum de Lyon, 2007) : www.museum-lyon.org/expo_temporaires/frontieres/premonde_0.php  
et à propos de cette exposition "Migrations et réfugiés : le monde qui accueille et celui qui se ferme" : http://blog.mondediplo.net/2007-04-04-Migrations-et-refugies-le-monde-qui-accueille-et