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Prospective territoriale, géographie prospective

Publié le 20/03/2017

La géographie prospective, ou prospective territoriale (en anglais foresight), est une démarche qui peut être utilisée en géographie, en aménagement, en urbanisme, et dans les sciences sociales en générale. Chloë Vidal (2015, p. 257) la définit comme « une philosophie de l’action collective s’efforçant de répondre à la nécessité politique de « conjuguer » les temps (passé, présent, futur) et d’offrir une représentation cohérente de l’avenir ». La question est pour elle de savoir si, « dans une "société de défiance", et à l’heure de la "vie numérique" (qui entraîne des mutations de nos cultures spatiales et temporelles) », la prospective, peut permettre de « repenser l’être et l’agir collectif. » (ibid.)

« La prospective, c’est l’art de fonder la décision non sur le prolongement des données du passé, mais sur les hypothèses qu’on peut légitimement faire quant à l’avenir » (Edgar Pisani, ministre français et commissaire européen, cité par Brunet, 1993). Elle consiste à étudier un territoire dans plusieurs dimensions (mobilités, environnement, bâti, risques...), en s'intéressant en premier lieu à ses acteurs, et éventuellement d’élaborer des scénarios futurs pour guider la décision politique. La prospective n’est pas pour autant la géographie du futur, comme la géohistoire serait une géographie du passé. C'est une démarche qui vise à prendre en compte les acteurs, les usagers, les habitants, et l'ensemble des non-spécialistes de l'espace, dans le processus de décision opéré par les spécialistes. Parmi les outils prospectifs, figurent par exemple l’enquête de terrain ou l’élaboration de scénarios prospectifs. La dimension historique est également importante puisque la prospective est aussi une « maîtrise conjuguée de la mémoire et de l’imagination » (Découflé, 2009), qui doit permettre d’éviter la reproduction des erreurs architecturales du passé, en matière d’aménagement et d’urbanisme.

En France, la prospective territoriale a été popularisé par les travaux du Cget (précemment Datar ou Diact) qui dépend du cabinet du Premier ministre, et dont elle est l'une des missions. Elle a d’abord consisté à mettre en garde les pouvoirs publics contre les devenirs possibles du territoire national, dans une optique parfois presque catastrophiste. Ainsi les résultats du premier programme de prospective réalisé par la Datar, publiés en 1971, s’intitulaient Une image de la France en l’an 2000 : le scénario de l’inacceptable (Cordobes, 2013). Les débuts de la prospective territoriale, telle que pratiquée par l'État en France, étaient particulièrement ambitieux, dans une optique presque prédictive. Les limites de ces scénarios à 20 ou 40 ans à l’échelle du territoire national sont vite apparues. C’est à une échelle plus fine que la géographie prospective a fait la preuve de son utilité, afin de guider la décision des collectivités territoriales dont les compétences s’élargissent avec la décentralisation. « Un intérêt majeur de l’étude prospective en géographie est d’amener à penser les systèmes de production d’espace dans leur dynamique, à formuler des hypothèses, à prendre des risques, et même le risque d’être "convaincu d’erreur" (Bourdieu), si commodément rare dans les sciences "non réfutables" », écrivait Roger Brunet en 1993.

La démarche prospective n'est pas nouvelle dans les programmes scolaires, par exemple avec l'étude d'aménagement locaux ou du territoire où est situé l'établissement, adossée à une sortie sur le terrain et une rencontre avec des acteurs. Les programmes scolaires du collège de 2015 donnent une place importante à la géographie prospective, en tant que démarche plutôt que comme objet d’étude : « À partir d’une problématique spécifique, cette démarche peut s’attacher à un travail d’enquête, associant terrain et travail sur des documents de référence et des projets existants, visant à élaborer un diagnostic territorial. Cette première phase peut aboutir à l’écriture de scenarios prospectifs relatifs à l’aménagement choisi. Ce peut être l’occasion de rencontrer des acteurs publics ou privés de l’aménagement. La démarche s’organise autour de réalisations concrètes des élèves : écritures de scenarios, récits prospectifs sur les futurs possibles du territoire, élaboration de posters, croquis et schémas, de cartes… et une participation des élèves à des débats, dans la classe ou hors de la classe. » (Fiche Éduscol de 3e « S’approprier les différents thèmes du programme », 2016, p. 3).

Références :

  • Brunet Roger, Deler Jean-Paul, « Prospective », in Brunet Roger, Ferras Robert, Théry Hervé (dir.), Les mots de la géographie. Dictionnaire critique. Reclus, La Documentation française. 1993 (1e éd. 1992), p. 406
  • Cordobès Stéphane, « Prospective territoriale », in Lévy Jacques, Lussault Michel (dir.), Dictionnaire de la géographie et de l’espace des sociétés. Belin, 2013 (1e éd. 2003), p. 819-821.
  • Découflé André-Clément, « Prospective », in Merlin Pierre et Choay Françoise (dir.), Dictionnaire de l’urbanisme et de l’aménagement. Presses universitaires de France, Quadrige, 2009 (1e éd. 1988), p. 736-737
  • Dumont, Gérard-François (dir.), Populations et territoires de France en 2030, le scénario d’un futur choisi, Paris, L’Harmattan, 2008.
  • Vidal Chloë, La prospective territoriale dans tous ses états. Rationalités, savoirs et pratiques de la prospective (1957-2014). Thèse de doctorat dirigée par Michel Lussault et Jean-Jacques Wunenburger, université de Lyon, 2015.
     

Pour compléter :

 

(JBB) mise à jour : avril 2017