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Tchétchénie

Publié le 11/03/2013

Ce conflit n'a, en fait, jamais cessé depuis la guerre du Caucase au début du XIXe siècle. Il rebondit en 1942 lorsque les Tchétchènes espèrent leur indépendance de l'invasion nazie. Les représailles s'ensuivirent : à partir de février 1944, Staline ordonne la déportation de la totalité de la population tchétchène et ingouche vers le Kazakhstan et l'Asie centrale.
Après le retour des Tchétchènes de leur exil kazakhstanais, les relations russo-tchétchènes n'ont cessé de se dégrader, notamment au niveau local. La montée des tensions entre les deux communautés avait conduit un grand nombre de Russes à faire leurs bagages dès les années 1960. Ces départs se sont multipliés en 1991, après la déclaration unilatérale d'indépendance de la Tchétchénie et l'arrivée de Djokhar Doudaëv au pouvoir. Boris Eltsine instaure alors l'état d'urgence et envoie des troupes dans la capitale. Elles se retirent au bout de trois jours face à la très forte résistance tchétchène.
En décembre 1994 commence véritablement la première guerre de Tchétchénie : Moscou envoie une force de 30 000 hommes pour remettre au pas la province rebelle. En 1995, l'armée russe pénètre dans la capitale, Grozny, après l'avoir massivement bombardée. En 1996, Alexandre Lebed, secrétaire du Conseil de sécurité, est envoyé sur place avec des pouvoirs élargis et il négocie l'arrêt des combats en échange du retrait des troupes russes.
La guerre reprend en septembre 1999 (seconde guerre de Tchétchénie) avec une intervention massive de l'armée russe. Le Kremlin tente une issue politique électorale pour maintenir la Tchétchénie dans la Fédération.
Au cours de ces années de guerre en Tchétchénie, l’OSCE a été la seule institution internationale à avoir un statut d'observateur extérieur et de médiateur dans ce conflit. Les résultats concrets en sont limités : les accords élaborés en 1995 n'ont pas eu de lendemains et elle n’a pu assister qu’impuissante au déclanchement de la seconde guerre de Tchétchénie. Depuis, les observateurs de l'OSCE se cantonnent à un rôle humanitaire pour l'essentiel.

Début 2005 le bilan provisoire peut s'établir ainsi :
- L'islamisme radical a fortement progressé en Tchétchénie et la lutte des Tchétchènes a pris d'autres formes (prises d'otages, par exemple en septembre 2004, l'école de Beslan en Ossétie du Nord). Ces nouvelles "forces du mal" (Tchétchènes et "wahhabites") sont considérées par l'opinion publique russe comme les principaux agents subversifs lancés à l'assaut de la nation. Au-delà du conflit tchétchène, c'est tout le problème de l'"intégration" de la communauté musulmane de Russie, forte d'une dizaine de millions d'individus, dans la société russe qui se pose.
- Des experts allemands évaluent à 80 000 le nombre de victimes tchétchènes depuis le début de la guerre lancée en août 1999. Côté russe, près de 4 500 membres des forces fédérales ont été tués, selon des chiffres officiels. Ceux-ci sont contestés par l'ONG des Mères de soldats, qui estime à 11 000 le nombre d'appelés tués en Tchétchénie depuis octobre 1999. Les Mères de soldats ne prennent pas en compte les Kontraktniki (mercenaires russes, qui constituent 80% des recrues). Les ONG internationales évaluent à 30 000 le nombre de victimes russes en incluant les Kontraktniki.
- De 1991 à 1999, plus de 250 000 Russes ont quitté la Tchétchénie, mais aussi des Tatars, des Ingouches et des Juifs. Les Tchétchènes eux-mêmes ont fui massivement la République pour des territoires périphériques (Ingouchie, Géorgie, etc.)
Au total, la Tchétchénie aurait perdu plus de la moitié de sa population.

Pour compléter, prolonger :
- Dans la rubrique "corpus documentaire",
> La Fédération de Russie et ses périphéries (
tour d'horizon ; identités et influences) ainsi que :
> Le dessous d’une carte : un regard polonais sur la Tchétchénie (Lydia Coudroy de Lille)
- Sur le site
la Documentation française,
> un dossier, La deuxième guerre de Tchétchénie (1999-2006), 2007
> Aude Merlin, Moussa Basnoukaev, « Tchétchénie. Images de la reconstruction et construction d’image », P@ges Europe, 22 avril 2013