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Conflictualité

Publié le 28/02/2013

Alors que la guerre est censée être un état de fait manifeste et perceptible par tous, le terme de conflictualité, souvent au pluriel, permet de rendre compte des nombreux états intermédiaires existant entre la paix parfaite et la guerre totale.

L’étude de la conflictualité permet d'analyser et caractériser un éventail vaste de situations de violence collective. Elle tire son origine dans la guerre froide, lorsque les deux grandes puissances mondiales se sont opposées et affrontées avec une très grande violence, sans pour autant prendre la forme d’un conflit mondial comme pendant la première moitié du siècle. L’escalade nucléaire, le financement ou le soutien à des coups d’États ou des guérillas, ou encore des guerres localisées dans un théâtre d’opération circonscrit (Vietnam, Afghanistan), ont obligé les spécialistes des relations internationales à repenser la dualité entre guerre et paix.

L’après guerre froide a débouché sur l’étude de nouvelles conflictualités. L’ouverture ou la confirmation de nouveaux espaces de conflits (cyberespace, usage militaire de l’espace…) et l’apparition de nouvelles formes de conflictualités (conflits asymétriques, terrorisme, guerre de l’information, cyberguerre, guerre économique…) ont renouvelé les questionnements sur l’étude des guerres et des conflits.

Une partie des auteurs insiste sur la diminution globale du niveau moyen de violence, en établissant par exemple que le nombre de morts provoqués par les conflits armés diminue tendanciellement sur le temps long. Pour d’autres, cette réalité masque en fait une normalisation de la violence : des formes moins évidentes de violence (violence de la menace nucléaire par exemple) ont transformé la conflictualité, l’ont intégré aux mentalités, sans la faire disparaître pour autant. L’apparent état de paix perpétuelle ne serait pas simplement troublé par des conflits localisés, mais masquerait en réalité un état permanent de conflictualité. La baisse du nombre de morts dans les conflits s’explique aussi par la doctrine du « no boots on the ground » (qu’on peut traduire par « aucun soldat sur le terrain) pratiquée par les grandes puissances (qui privilégient des frappes ciblées ou des opérations menées par les forces spéciales) et par les progrès de la médecine : la mesure de la conflictualité basée sur le nombre de morts oublie les blessés et les victimes de séquelles psychologiques. Or le nombre de morts par an est le principal indicateur permettant de qualifier l’intensité d’un conflit (seuls ceux de la plus forte intensité étant considérés comme des « guerres »), même si les organismes de recherche spécialisés dans cette question ne fixent pas les mêmes seuils (David et Rapin, 2018, p. 30)

(JBB) mars 2019.

Références