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(Dossier) États-Unis : espaces de la puissance, espaces en crises

Les paradoxes de la puissance californienne

Publié le 07/07/2015
Auteur(s) : Frédéric Leriche, professeur des universités - CEMOTEV / Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines

Aux États-Unis, la Californie n’est pas un État banal, tout au contraire, comme l’expriment Walker et Suresh (2013) : « La Californie est un monde à part, une région en soi, un État dans l’État, un territoire doté d’un caractère propre » [1] (p. 9) ; en outre, comme ces fins connaisseurs de la Californie le soulignent également, la Californie est, d’abord, un mythe. Aboutissement de la conquête du continent et de la progression vers l’Ouest de la « civilisation » au dépens de la « sauvagerie », précipité du rêve américain stimulant les imaginaires, aujourd’hui porte ouverte de l’immigration en provenance d’Asie et d’Amérique latine, État tourné vers l’innovation technologique et vers les utopies de tous ordres (technologiques, environnementales, sociétales), creuset de la liberté d’expression et de la contestation du modèle américain, sorte de lieu refuge pour celles et ceux dont les modes de vie se situent volontiers en dehors du mainstream America, sorte de laboratoire de « l’Amérique de demain », la Californie est en effet un État marqué par l’exceptionnalité (Foucrier, Coppolani, 2004). Et puis, plus concrètement, la Californie est un grand État au sein même des États-Unis. En termes d’effectifs de population, de superficie, de poids politique, de richesse produite, de potentiel scientifique et de capacité d’innovation technologique, elle pèse en effet d’un poids considérable dans l’Union. À la pointe dans de nombreux domaines – agriculture à forte valeur ajoutée, industries culturelles, haute technologie [2] –, grande puissance exportatrice, la Californie est un État puissant, un « État qui gagne ». Qui plus est, à l’échelle globale, ouverte sur le monde et même « région » motrice des dynamiques de la mondialisation, la Californie est, depuis quelques décennies déjà, un État à l'origine de nombreuses transformations du monde (Dorel, 2008), en matière de mode, d’innovation esthétique, artistique et sociétale, comme l’illustre le mouvement de la contre-culture qui s’y amorce dans les années 1960 (Leriche et Rubin, 2011), ou encore en matière de technologie appliquée à la vie quotidienne, à l’instar de nos jours des smartphones ou des moteurs de recherche sur internet, mais aussi dans des domaines plus sombres tels que la répression, la lutte contre la criminalité et l’emprisonnement, ou encore la pollution et la détérioration des milieux naturels… mais aussi – a contrario, et fort heureusement – la protection de l’environnement (Celnik, 2012).
Pour autant, la Californie n'est pas à l'abri de difficultés propres (Deysine, 2004). La géopolitique interne de la Californie révèle en effet de nombreuses formes et sources de dissension, si ce n’est de fragilité. Ainsi, en raison des dynamiques internes de la Californie, le traditionnel clivage Nord-Sud est-il peu à peu complété voire remplacé par une nouvelle ligne de clivage, opposant le littoral et l’intérieur de l’État (Douzet, Kousser, Miller, 2008). Quoi qu’il en soit, en dépit de tensions marquées et régulièrement mises sur le devant de la scène médiatique, la Californie reste un État dont la cohésion politique et territoriale est solide, en raison tout particulièrement de nombreuses politiques publiques conduites sous l’autorité de Sacramento – la capitale – s’inscrivant dans la durée et à l’échelle de l’État (Leriche, 2014) [3].
Sur la base de ces éléments généraux, l’objectif est ici de porter un regard renouvelé sur les contradictions internes de la Californie ; les inégalités territoriales sur lesquelles nous souhaitons nous attarder constituent d’excellents révélateurs des paradoxes de la puissance californienne. Dans cette perspective, nous tâcherons donc tout d’abord de montrer que la Californie est une puissance « émergente » [4], aux États-Unis et dans le monde ; nous chercherons ensuite à comprendre quels sont les éléments moteurs de cette puissance ; enfin, en privilégiant le comté comme unité de référence et en nous appuyant sur quelques cartes, nous analyserons les dynamiques démographiques générales de la Californie, avant d’analyser plus en détail quelques indicateurs socio-économiques pour montrer que cet État si spécifique, certes puissant et encore unifié et cohérent, est néanmoins confronté à des inégalités de développement marquées [5].
 

1. La Californie : une grande puissance « émergente »

1.1. Un État désormais majeur aux États-Unis

Aux États-Unis, la Californie est un État dont le poids va croissant. Différentes facettes de l’avènement de la Californie comme État « central » aux États-Unis peuvent être mises en avant, à partir de quelques éléments factuels.
Du point de vue démographique, la Californie était, au début du XXe siècle, un État relativement marginal (elle représentait alors 2 % de la population du pays) ; pesant aujourd’hui 12,2 % du total national, la Californie est l’État le plus important des États-Unis. Inscrite dans le temps long, cette évolution est une donnée structurelle de la transformation plus générale des États-Unis, qui se traduit par l’avènement des États de la Sunbelt, dont la Californie est la figure de proue. La région de Los Angeles (18 millions d’habitants) et la région de San Francisco (7 millions d’habitants) représentent l’essentiel de la population totale de l’État (de l’ordre de 48 % pour la première, et 19 % pour la seconde).

Population en Californie et aux États-Unis, 1900-2014 (en millions d’habitants)
 
  1900 1950 2000 2014
Californie 1,5 10,5 33,9 38,8
États-Unis 76,2 150,7 281,4 318,9
Poids relatif de la Californie (%) 2 7 12 12,2

Source : US Census Bureau

 

Cette croissance démographique se traduit aussi par la montée en puissance politique de la Californie au sein de l’Union ; ce qui n’est pas sans répercussions sur les élections présidentielles en particulier. La véritable entrée sur la scène politique nationale de la Californie est symboliquement marquée par l’accès de Ronald Reagan – gouverneur de la Californie entre 1967 et 1975 – au rang de président des États-Unis en 1980. De nos jours, en raison de son poids démographique, la Californie compte 55 « grands électeurs », personnalités cruciales lors des élections présidentielles nationales [6] devant le Texas (38 grands électeurs), la Floride et l’État de New York (29 grands électeurs chacun) [7].

En termes de richesses produites (mesurées par le PIB), depuis le début du XXIe siècle, le poids relatif de la Californie oscille entre 12 et 13 % du PIB national – chiffre variable en raison des aléas de la conjoncture économique. Grâce à de puissantes activités motrices [8], la Californie est ainsi devenue le premier État du pays. Mais surtout, la Californie joue un rôle central dans l’économie nationale, pour le meilleur et pour le pire. En effet, l’économie californienne joue un rôle déterminant pour la santé de l’économie nationale, tant – the good – pour ce qui concerne une innovation schumpétérienne (technologies, produits, méthodes commerciales en particulier) considérée comme étant largement à l’origine de la capacité de rebond de l’économie américaine, que – the bad – pour l’effet dépressif de l’économie californienne sur l’ensemble de l’économie nationale, comme l’ont amplement démontré la crise du marché immobilier dans les suburbs (banlieues) des métropoles californiennes et la crise corrélative dite des subprimes (prêts hypothécaires à risque) qui en 2008-2009 entraîne l’économie américaine puis mondiale dans la « Grande Récession » (Bardhan et Walker, 2010 ; Le Goix, 2014).

1.2. Une puissance montante dans le concert international

Mais la Californie est aussi une « étoile montante » dans le concert international des grandes puissances économiques ; avec un PIB de près de 2 000 milliards de dollars, elle se place aujourd’hui aux alentours du 10ème rang mondial. Une « carte d’identité » de la Californie sur la base de quelques indicateurs classiques de puissance atteste de la place de cet État sur la carte mondiale des puissances économiques [9] ; cet État est désormais en lui-même une sorte de « puissance émergente ».

La Californie, puissance économique de rang mondial (comparaison internationale, sélection d’États)
 
  Population (en millions d’habitants, 2013) Superficie (en km²) PIB (en milliards de dollars, 2013)
Afrique du Sud 53 1 221 000 350
Taïwan 23,3 36 000 475
Pologne 38,5 313 000 530
Corée du Sud 50,2 100 000 1300
Espagne 47** 504 000 1390
Canada 35,2 9 984 000 1830
Inde 1252 3 288 000 1880
Californie 38,8 424 000 1960**
Russie 143,5 17 098 000 2100
Brésil 200 8 516 000 2250
France 66 552 000*** 2800
Allemagne 80,6 357 000 3700

*2014 / **2012 / ***Total pour la France : 671 000 km²      Source : Banque mondiale, US Census Bureau, INSEE

Quelques remarques s’imposent pour bien saisir le positionnement de la Californie dans cette sélection d’États, que nous pouvons regrouper en différents sous-ensembles.
La Corée du Sud et Taïwan sont deux États emblématiques de ces « dragons asiatiques » qui, émergeant dans les années 1980, semblaient aptes à bousculer la hiérarchie des puissances mondiales. Pour autant, le PIB de Taïwan, dont l’économie est étroitement associée à celle de la Californie (Saxenian, 2006), n'est égal qu'au quart du PIB californien. La Corée du Sud, puissance économique reconnue dans le monde pour ses performances technologiques, industrielles et commerciales, dispose d’un PIB inférieur au PIB de la Californie, alors que sa population est plus nombreuse.
Canada, Pologne et Espagne sont trois puissances « moyennes » – à l’échelle mondiale – relativement comparables à la Californie. Celle-ci, à certains égards (population, richesse produite), n’a pas grand-chose à envier au Canada, membre du G7. Comparativement à l’Espagne ou à la Pologne, puissances moyennes dans le concert européen, la Californie se montre bien plus productive.
Russie, Brésil, Inde et Afrique du Sud, quatre pays « membres » de ce groupe souvent appelé les « BRICs », sont considérés comme des puissances émergentes sur la scène mondiale ; en termes de richesse produite (et uniquement sur ce critère), la Californie se situe dans la même catégorie que le Brésil, la Russie et l’Inde, et loin devant l’Afrique du Sud.
La comparaison est également intéressante par rapport à des États comme la France ou l’Allemagne : l’économie californienne représente respectivement 70 % et 53 % du PIB de ces deux États, deux puissances majeures dans le monde.

 

Pour autant, ces commentaires ne doivent pas oblitérer le fait que la Californie, grande puissance technologique, industrielle et commerciale, reste avant tout un État fédéré, une composante d’un ensemble plus large, les États-Unis. Ne disposant pas des attributs d’un État souverain, elle n’est pas une puissance politique inter-nationale. Des voix s'élèvent néanmoins en Californie pour que l'État prenne peu à peu en mains les rênes de son destin ; Löwenthal (2009) avance ainsi pour sa part que : « La Californie a la puissance ainsi que les connexions et les intérêts planétaires d’une nation. Il lui manque, bien sûr, les attributs légaux et les instruments politiques d’un pays souverain, dans la mesure où la Constitution américaine réserve expressément le soin de conduire la politique extérieure au gouvernement fédéral » [10] (p. 1) ; et il ajoute que : « Nous Californiens avons tort de penser que les questions internationales ne sont pas notre problème, ou que nous ne pouvons ou ne devons pas promouvoir et mettre en avant nos intérêts globaux. (…) Les enjeux sont trop importants pour que nous laissions le gouvernement fédéral à Washington, à des think tanks de la côte Atlantique, et à des initiatives locales et citoyennes ad hoc et épisodiques apporter les réponses aux défis qui se posent à nous. Les Californiens ont besoin de réfléchir de manière plus stratégique à la politique internationale » [11] (p. 12-13).

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2. Les moteurs de la puissance californienne

2.1. Une économie diversifiée, un territoire maîtrisé

Géant économique de rang mondial, la Californie est un État leader dans de nombreux secteurs, comme l’agriculture, les industries de haute technologie, les industries culturelles, grâce à des investissements massifs dont une partie relève du capital-risque, grâce à un système de recherche et de formation extrêmement performant et attractif pour des chercheurs du monde entier, auquel sont adossés ces secteurs, grâce aussi à des politiques publiques favorables au développement, ainsi qu’au travail d’une main d’œuvre – pour partie – qualifiée, innovante et créative, dont le niveau de vie est parmi les plus élevés du monde, mais aussi nombreuse et – pour une autre partie, à l’autre bout du spectre du marché du travail –, peu qualifiée, bien souvent exploitée, voire surexploitée et faiblement rémunérée. État vaste et complexe, la Californie dispose d’un socle économique extrêmement diversifié, avec des effets de polarisation ou au contraire de diffusion dans l'espace variables selon les secteurs d'activité. Du milieu du XIXe siècle à nos jours en effet, le processus d’expansion économique s’est traduit par une transformation spectaculaire du territoire ; en un temps finalement très court, les Californiens – hommes et femmes – se sont approprié un immense territoire, explorant chaque partie de cet espace, pour y exploiter des ressources minières abondantes [12] pour y transformer des espaces ruraux parfois ingrats – quasi arides au sud de l’État en particulier – en vastes zones de production agricole, pour y développer une économie parmi les plus dynamiques et les plus performantes au monde, pour y bâtir des métropoles comptant jusqu’à 18 millions d’habitants (Los Angeles) et des infrastructures colossales (ports, routes et autoroutes, barrages et aqueducs etc.), mais aussi pour préserver et protéger des espaces naturels souvent sublimes [13].

S’il est difficile de résumer en quelques lignes l’inscription géographique d’une économie si complexe et étendue, il est possible d'en souligner quelques traits saillants, en insistant en particulier sur les activités motrices de la croissance. L’activité d’extraction joue un rôle particulier ; elle amorce, en effet, le démarrage économique de la Californie, à l’occasion de la ruée vers l’or de 1848 (Brechin, 1999). De nos jours, l’exploitation pétrolière continue à être une activité importante, marquant de sa présence le sud de la grande Vallée Centrale (région de Bakersfield [14]), ainsi que le littoral, et bien des territoires urbains, via les stations de pompage, les plates-formes off-shore (à Long Beach par exemple), et les raffineries ; en outre, les terres rares [15] sont à nouveau exploitées dans la mine de Mountain Pass (dans l’est du comté de San Bernardino) [16].
L’agriculture se développe rapidement à partir de la fin du XIXe siècle. Désormais pilier de l’économie, l’agriculture californienne est spécialisée dans les produits à forte valeur ajoutée (fruits et légumes, noix diverses, vins, produits laitiers) ; elle est véritablement une agriculture capitaliste. Moderne, novatrice, très productive, clef de voûte d’une industrie agro-alimentaire puissante, utilisant des méthodes de production et de management industrielles, elle est aussi – corrélativement – polluante et dure avec ses salariés (souvent des travailleurs d’origine mexicaine). Cette agriculture est florissante en particulier dans la grande Vallée Centrale (drainée par la Sacramento River au Nord, et par la San Joaquin River au Sud), mais aussi – à un degré moindre certes – dans la Vallée de la Salinas (Comté de Monterey), la Vallée Impériale (Comté Imperial), ou encore la Napa Valley (Comtés de Napa et de Sonoma) ou le Comté de San Luis Obispo par exemple, pour la production viticole.
Motrice du développement urbain, l’industrie manufacturière accélère sa croissance à partir des années 1930, puis, surtout, après la Seconde Guerre mondiale, grâce essentiellement aux industries de haute technologie (défense, aéronautique à Los Angeles, électronique et informatique dans la région de San Francisco), et aux industries culturelles (cinéma, musique, télévision, à Los Angeles essentiellement) (Scott, 1994 ; Walker, 1996). Néanmoins d’autres industries se maintiennent voire se développent, comme le secteur de la machine-outil, la métallurgie, le textile-habillement, les industries agro-alimentaires et le raffinage de pétrole. La Californie est ainsi devenue, depuis les années 1970, le plus grand État industriel du pays, et les principales métropoles californiennes constituent désormais de puissants fers de lance – des espaces centraux – de l’expansion du capitalisme industriel national.

D’autres activités – périphériques expliquent la vigueur et alimentent le marché du travail de la Californie, bien sûr, concourant aux transformations du territoire de cet État, comme l’industrie financière, la promotion immobilière, les transports, le commerce, les services aux entreprises, l’éducation, les services sociaux ; néanmoins, ces activités non directement productives œuvrent plus comme des « adjuvants » – nécessaires – de la croissance que véritablement comme des activités motrices. Par ailleurs, la croissance économique et les transformations de l’espace en Californie s’expliquent largement par les dépenses massives liées à la défense qui se déversent dans l’État depuis la Seconde Guerre mondiale, comme par exemple (mais pas uniquement) à San Diego [17], ou encore dans le comté de Kern [18]. Et puis progressivement, depuis les années 1970, la santé économique de la Californie s’explique de plus en plus par l’essor du nombre de touristes, attirés par les métropoles, mais aussi par les parcs et espaces naturels et protégés de l’État.

2.2. Deux principaux pôles de croissance

La Californie est un centre mondial majeur en matière d’innovation. Cette capacité d’innovation se révèle dans une multitude de secteurs d’activité : aéronautique, systèmes de transmission, électronique, biotechnologie et génie génétique, « greentech », mais aussi cinéma, ou industrie agro-alimentaire par exemple. La Californie est comme structurellement tournée vers l’innovation sous toutes ses formes, technologique, industrielle, de produits, de procédés, commerciale, managériale. Cette orientation particulière s’explique par trois éléments principaux : (1) un afflux continuel et massif de travailleurs qualifiés et créatifs, (2) un dispositif scientifique (universités, centres de recherche, systèmes de financement de la recherche) performant, (3) une masse colossale de capitaux, prêts en particulier à être investis dans les entreprises innovantes et prometteuses.

Cependant, la Californie n’est pas un territoire « égal » – lisse, ou homogène – au regard de cette capacité d’innovation ; sans surprise, en matière de haute technologie par exemple, l’emploi se concentre dans les deux principaux pôles urbains de l’État, la région urbaine de San Francisco (environ 420 000 emplois) et l’agglomération de Los Angeles (environ 320 000 emplois) [19]. En conséquence, ces métropoles constituent désormais deux pôles de croissance majeurs du capitalisme contemporain ; elles sont les leviers fondamentaux de la puissance économique de la Californie. Dans la région urbaine de San Francisco, l’industrie motrice est l’industrie électronique et informatique ancrée dans la Silicon Valley ; dans le prolongement de cette industrie s’est développée, depuis le milieu des années 1990, une industrie multimédia florissante, tandis que d’autres secteurs prospèrent également, comme l’industrie des biotechnologies, les industries « vertes » [20], mais aussi l’industrie cinématographique (autour d’entreprises comme Lucasfilm et Pixar). À Los Angeles, l’industrie motrice est l’industrie du cinéma, qui se développe à Hollywood depuis le début du XXe siècle (Leriche et Scott, 2008) ; extraction et raffinage du pétrole, industries de haute technologie (aéronautique, défense), industrie textile sont les autres piliers importants de l’économie locale de Los Angeles. En outre, ces deux métropoles sont des lieux attirant un volume croissant de touristes, nationaux et internationaux.

Complément : les studios Pixar, success story de la région de San Francisco

Au total, la géographie du développement en Californie oppose distinctement des pôles de croissance extrêmement dynamiques et puissants, espaces centraux moteurs de l’expansion du capitalisme industriel californien contemporain, à des espaces stagnants, voire en déclin, espaces périphériques parfois en marge des dynamiques de la croissance. Cette opposition se traduit par des dynamiques démographiques contrastées à travers l’État, ainsi que par des indicateurs socio-économiques révélateurs de ces inégalités de développement.

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3. La Californie qui gagne, la Californie qui perd

3.1. Quelques éléments de cadrage

Dans le cadre de cette analyse, nous proposons une lecture des dynamiques territoriales à l’échelle de l’État californien en utilisant comme unité de référence l’échelon administratif du comté (carte ci-contre) ; cet échelon ne nous permet pas d’analyser les contrastes sensibles à l’intérieur même des comtés (ou encore des villes et des quartiers urbains) ; ceux-ci sont donc homogénéisés. En outre, les éléments statistiques retenus ici s’inscrivent dans une temporalité courte, en l’occurrence, une période de trois années (2010-2013). Si elle ne permet pas d’obtenir une lecture sur le long terme des évolutions en jeu, une telle approche  permet en revanche de proposer une « photographie post-traumatique » de la Californie, au lendemain de la « Grande Récession » de 2008-2009, crise du capitalisme américain particulièrement sévère dans cet État. Nous analyserons, dans un premier temps, des cartes portant sur la variation des effectifs de population puis, dans un second temps, des cartes portant plus spécifiquement sur divers indicateurs socio-économiques.

Les comtés en Californie

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3.2. Répartition et variations de la population : des contrastes qui s’accentuent

Population de la Californie par comté (2010)

Population de la Californie par comté (2013)

Les cartes ci-dessus sont identiques ; les variations quantitatives de population sur une période si courte ne permettent pas en effet à l’un des comtés de passer l’un des seuils retenus ici [21]. Ces cartes illustrent néanmoins la répartition de la population dans l’espace californien. Les deux grandes concentrations démographiques évoquées plus haut apparaissent clairement : la baie de San Francisco d’une part (à proximité de laquelle se trouve le Comté de Sacramento), et la Californie du Sud de l’autre (la région de Los Angeles, plus le Comté de San Diego). Elles correspondent aux lieux d’ancrage des principales industries motrices de la Californie. Situés entre ces deux grands pôles de croissance de l’État, les comtés du littoral et de la Californie centrale sont également relativement peuplés ; le littoral offre de bonnes conditions pour le développement du tourisme, de la pêche ou encore de l’agriculture, le centre voit se développer – essentiellement – la production agricole, ainsi que la production pétrolière. En revanche, sauf quelques rares exceptions comme par exemple le comté de Placer (367 000 habitants en 2013), les comtés situés dans l’Est et au Nord de l’État, sans pôles urbains moteurs, sans activités économiques majeures, comptent des effectifs de population généralement modestes (inférieurs à 200 000 voire, bien souvent, à 50 000 habitants).

Taux de variation de la population (par comté, 2010/2013)

Variations démographiques en Californie (par comté, 2010/2013)

Les cartes ci-dessus offrent des images éloquentes quant aux variations, à la hausse ou à la baisse, des effectifs de population dans les comtés de l’État [22]. Comme l’indique la carte des taux de variation, certains de ces comtés sont particulièrement dynamiques (avec des taux de croissance supérieurs à la moyenne de l’État, soit entre +2,9 et +5,4 %). Ces comtés sont généralement situés dans l’orbite des grandes métropoles dynamiques de l’État (régions urbaines de San Francisco et de Los Angeles), ou de villes situées en dehors de l’État ; quelques-uns de ces comtés illustrent ce propos. Au Sud de la Californie, les comtés de Riverside (+4,7 %, grâce à sa partie occidentale), d’Orange (+3,5 %, comté en expansion rapide depuis les années 1980) et de San Diego (+3,7 %) continuent leur expansion ; l’ensemble de la région de la baie de San Francisco se développe rapidement, en particulier les comtés de Contra Costa (+4,3 %), d’Alameda (+4,5 %), de Santa Clara (+4,5 %) [23] et de San Benito (+4,2 %) ; situation étonnante dans l’Est de l’État, plus au Nord, la croissance du Comté de Placer (record de l’État, avec +5,4 %) s’explique par la localisation même de la ville de Placer (pôle urbain principal de ce comté), située en effet entre Sacramento et, à proximité immédiate, mais de l’autre côté de la frontière, dans l’État du Nevada, des villes de Reno et Carson City. A contrario, certains comtés perdent de la population de manière spectaculaire (taux de variation entre -7,8 et -4 %) ; situés dans le Nord-Est de l’État, ces comtés – ruraux –, sont éloignés des pôles de croissance et des grands axes de circulation. La façade Nord-Est de la Californie est donc tout particulièrement touchée par la déprise humaine ; les comtés de Lassen, Sierra, Plumas, Modoc et Amador perdent respectivement 7,8 %, 6 %, 5,7 %, 5,6 % et 4,1 % de leur population en trois ans [24]. Entre ces deux situations extrêmes, les autres comtés constitutifs de la Californie connaissent des fortunes diverses. Certains sont en déclin (de -4 % à 0) ; il s’agit des comtés éloignés des grands pôles urbains, ceux, d’une part, du Nord littoral et plutôt rural, ceux, d’autre part, de l’Est désertique de l’État, situés par delà la barrière constituée par la Sierra Nevada. Certains, au contraire, sont en expansion, à un niveau cependant inférieur au rythme californien moyen (de 0 à +2,9 %) ; il s’agit alors des comtés situés dans la grande Vallée Centrale agricole, de ceux du littoral californien central, et de ceux relevant des grands centres urbains de l’État. La dernière carte croise les données en valeurs absolues  des effectifs de population par comtés en 2010 et 2013 et la variation (hausse ou baisse) de la population ; cette carte corrobore les éléments d’analyse tirés de la carte des taux de variation. Les comtés éloignés des grands centres urbains, particulièrement touchés par la Grande Récession de 2008-2009, ont été confrontés à une sévère décrue de leurs effectifs de population.

Cette cartographie de la répartition et des variations de la population (à la hausse ou à la baisse) confirme le postulat que les espaces centraux – puissants et polarisants, moteurs des dynamiques contemporaines du capitalisme – traversent les crises économiques plus aisément que les espaces périphériques. Les lieux porteurs de l’expansion capitaliste actuelle, adossés au développement de nouvelles industries (culturelles, créatives, technologiques), de l’agro-business, du tourisme, et des fonctions de commandement, voient leurs effectifs de population augmenter ; a contrario, et logiquement, les lieux délaissés par ces formes de développement ne cessent de voir leur population régresser.

3.3. Indicateurs socio-économiques : éducation, emploi, richesse, un effet cumulatif

Divers indicateurs socio-économiques permettent d’apporter quelques éléments explicatifs complémentaires pour mieux saisir les ressorts des dynamiques démographiques de l’État. Nous nous attarderons ici sur quatre indicateurs : le niveau d’éducation, le taux de chômage, les revenus des ménages et le taux de pauvreté.

La carte de l’éducation en Californie (2009-2013) donne des indications quant au niveau moyen de formation de la population dans les comtés, mesuré par la part de la population ayant un diplôme égal ou supérieur au Bachelor [25]. Ces niveaux de formation sont bien sûr à mettre en relation avec les besoins des employeurs, qui se manifestent sur le marché du travail ; il s’agit donc là d’indications claires quant à la situation économique des comtés californiens.
La région urbaine de San Francisco – où les industries de haute technologie sont omniprésentes – se distingue très nettement ; en effet, dans certains comtés de cette région, entre 41 et 55 % de la population détiennent un diplôme égal ou supérieur au Bachelor, dans d’autres comtés de cette même région, le niveau oscille entre 31 et 41 %. Dans l’Est de l’État, le Comté de Placer et les comtés adjacents (Nevada, El Dorado, Alpine) se situent également dans une fourchette haute (entre 31 et 41 %). Il se dessine ainsi entre le Comté de San Francisco et le Comté de Placer en passant par Sacramento, un premier axe Ouest-Est au niveau de formation élevé. Le Sud littoral (du Comté de San Luis Obispo au Comté de San Diego) se place également dans une telle fourchette haute, à l’exception du Comté de Los Angeles ; ce comté, cosmopolite, foyer de l’immigration en provenance d’Amérique latine [26] plus populaire, plus ouvrier, accueille une population dont le niveau moyen de formation est inférieur aux niveaux constatés dans le Sud littoral de l’État.
Dans le reste de l’État, le niveau de formation se situe en dessous de la moyenne, soit entre 11 et 21 % (valeurs souvent rencontrées du Nord-Est au Sud-Est de l’État, formant un second axe sur lequel le niveau moyen de formation est plus faible, traversant ainsi en arc-de-cercle l’ensemble de l’État) ou entre 21 et 31 % (sur le littoral Nord et central, à l’extrême Est, et dans quelques comtés du cœur de l’État).
L’éducation en Californie (par comté, 2009-2013)

La carte du chômage offre elle aussi une image contrastée de la Californie. En janvier 2014, le taux de chômage varie considérablement d’un comté à l’autre [27] ; les situations extrêmes peuvent en effet aller de moins de 5 % (Comtés de Marin et de San Mateo, dans la région de San Francisco) à plus de 22 % (Comtés d’Imperial et de Colusa). Ces situations reposent sur des configurations du marché du travail local spécifiques.
Dans les comtés peu peuplés, la bonne ou la mauvaise santé d’une entreprise ou d’un secteur peut avoir un effet surdéterminant, pénalisant bien souvent l’emploi ; inversement, dans les comtés très peuplés, l’ampleur, la diversité et la complexité du marché du travail jouent généralement un rôle positif pour amortir les effets de la Grande Récession, et le niveau du chômage y reste plus bas. En outre, la mise en parallèle des cartes de l'éducation et du chômage valide l’hypothèse selon laquelle il existe une forte corrélation entre niveau de formation et exposition au risque du chômage ; c’est ce qui est indiqué, plus précisément, dans le tableau ci-dessous, qui met en relation niveau du chômage et niveau de formation à partir des quatre comtés dans lesquels le chômage est le plus élevé (situés dans des lieux reculés de l’État) et – inversement – des quatre comtés dans lesquels le chômage est le plus bas (situés dans les cœurs urbains et économiques centraux de l’État), en janvier 2014.
Le chômage en Californie, par comté

Le diplôme, une sécurité contre le risque du chômage (sélection de comtés)
 
Comtés Taux de chômage (janvier 2014, en %) Niveau d’éducation (Bachelor ou plus, 2009-2013, en %)
Colusa 25,9 13,8
Imperial 22,0 13,3
Sutter 16,2 18,7
Merced 15,9 12,6
Orange 5,8 36,8
San Francisco 5,3 52,4
San Mateo 4,9 44,4
Marin 4,7 54,6

Source : d’après US Census Bureau

 
Revenu des ménages (par comté, 2009-2013)

Taux de pauvreté (par comté, 2009-2013)

Les cartes du revenu des ménages et du taux de pauvreté corroborent largement la carte du niveau d’éducation, ainsi que les cartes de la  répartition de la population. Niveaux de formation et compétences de la main d’œuvre, dynamiques du marché du travail local, niveaux de revenu et – inversement – de pauvreté de la population sont des éléments d’un système liés dans une logique interactive et dynamique. La carte du revenu des ménages indique clairement qu’il existe un pôle majeur de concentration de la prospérité en Californie, à savoir, la région urbaine de San Francisco, dans laquelle tous les comtés se situent au-dessus de la moyenne de l’État (60 100 dollars) ; non sans quelques contrastes locaux, certes, puisque se distinguent tout particulièrement les comtés de Marin (90 800 dollars de revenus médian par ménage), ainsi que, dans la Silicon Valley, San Mateo (88 200 dollars) et Santa Clara (91 700 dollars) ; ces trois comtés sont les plus riches de la Californie. Le Sud littoral de l’État est également une région prospère, avec, là aussi, quelques contrastes locaux : ainsi, les revenus médians dans le Comté de Los Angeles (55 900 dollars) se situent-ils à un niveau inférieur aux revenus dans le comté voisin d’Orange (75 400 dollars). Un troisième pôle de prospérité émerge sur la carte, dans l’Est de la Californie (comtés de Nevada et Placer, voire aussi Mono). La carte du taux de pauvreté donne des indications abondant dans le même sens.

Cette cartographie relative à l’éducation, à l’emploi et aux niveaux de richesse et/ou de pauvreté de la population est bien sûr à mettre en relation avec la cartographie des dynamiques démographiques des comtés. Clairement, il existe une forte corrélation entre la santé démographique des comtés et la constitution « qualitative » de la population résidentielle ; les comtés dans lesquels la population est la mieux formée, où le taux de chômage est le plus bas, où le revenu est le plus élevé (et le taux de pauvreté de la population est le plus bas) sont les comtés dans lesquels la croissance démographique est la plus vive.
 

Conclusion

Souvent perçue de l’extérieur à travers quelques images mythiques, véhiculées par les médias (au premier rang desquels se trouve l’industrie cinématographique), par les produits technologiques mis sur le marché par les entreprises californiennes et, de plus en plus, par les acteurs d’une industrie touristique en expansion, la Californie bénéficie d’une « aura » positive. Appréhendée dans son intégralité, la Californie est certes un État cohérent, puissant, et où il fait bon vivre pour une grande partie de la population. Néanmoins, une analyse plus fine des dynamiques du développement montre qu’il existe des contrastes forts entre, d’un côté, des espaces centraux, moteurs de la croissance et de la prospérité de l’État, et, de l’autre, des espaces périphériques, dont certains sont fonctionnellement reliés et associés à ces espaces centraux (à l’instar de la grande Vallée Centrale agricole), tandis que d’autres sont marginalisés dans la mesure où ils sont soit trop éloignés (en distance et/ou en temps) de ces espaces centraux, soit peu utiles voire inutiles au bon déroulement du processus d’accumulation capitaliste dans ces espaces. Qui plus est, même si l’échelon du comté retenu ici ne nous a pas permis de l’observer, rappelons qu’à l’intérieur même de ces espaces centraux, les inégalités sont frappantes, comme le rappelle l’omniprésence d’une population paupérisée dans le cœur des grandes métropoles californiennes [28].
Les métropoles de San Francisco et de Los Angeles, qui polarisent hommes et activités, constituent désormais d’immenses concentrations de travail et de capital extrêmement performantes, non seulement à l’échelle des États-Unis, mais aussi à l’échelle mondiale. Les inégalités territoriales mises ici en évidence, sur une période courte « post-traumatique » (au lendemain de la « Grande Récession » de 2008-2009) et à partir des indicateurs de croissance démographique et de quelques indicateurs socio-économiques, ne doivent pas être comprises comme les failles d’un système ; elles sont en effet, tout au contraire, le résultat logique des processus de la croissance capitaliste, par essence génératrice d’inégalités de développement (social et territorial). Les « paradoxes » de la puissance californienne ne sont donc qu’apparents, et les espaces « en crise » en Californie ne sauraient entraver l’expansion économique et la montée en puissance de cet État.

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Notes

[1] « California is a world apart, a region unto itself, a state within a state, a place with its own character ».

[2] Technologies d’information et de communication, technologies « vertes », biotechnologies par exemple.

[3] Ces politiques publiques forgent des solidarités territoriales dans des domaines comme la gestion de la ressource en eau, l’agriculture, la recherche scientifique et la formation universitaire, la protection de l’environnement, la promotion et le développement touristique.

[4] Cette idée que la Californie est une sorte de « puissance émergente » peut prêter à débats. Nous entendons ici par cette idée simplement le fait que la Californie est, au même titre que des États souvent qualifiés de la sorte, une puissance qui compte de plus en plus dans le concert des grandes puissances, grâce, pour partie, à son poids économique. Précisons sur ce point que le taux de croissance du PIB sur le moyen et long terme est un indicateur objectif et indiscutable de cette idée de l’émergence. Cet indicateur ne doit cependant pas être pris sans quelques précautions. Ainsi, entre 2000 et 2013, l’Inde (par exemple) voit son PIB passer de 480 à 1880 milliards de dollars, tandis que celui de la Californie passe de 1290 à 1960 milliards de dollars ; si le ratio de l’expansion de l’économie indienne est impressionnant (3,91) comparativement à celui de l’économie californienne (1,52), il convient de rappeler que l’économie indienne part de « très bas » et que l’économie californienne pèse quoi qu’il en soit d’un poids considérable et qu’elle est particulièrement performante dans des secteurs considérés comme stratégiques.

[5] Nous remercions vivement Isabella Damiani pour son aide concernant la réalisation des cartes.

[6] Les élections présidentielles américaines sont des élections au suffrage universel indirect ; ces grands électeurs constituent le Collège électoral qui désigne le président des Etats-Unis. Le nombre total de grands électeurs (538) est égal à la somme du nombre de représentants de chaque Etat à la Chambre des Représentants (435 membres), du nombre de sénateurs (deux par Etats, pour un total donc de 100 sénateurs), et de trois représentants pour la capitale, Washington D.C. Le nombre de représentants de chaque État à la Chambre des Représentants est lui-même proportionnel aux effectifs de population ; c’est par ce biais que l’évolution du poids démographique relatif des Etats pèse sur le processus de l’élection présidentielle. En effet, le nombre de grands électeurs est régulièrement révisé, en fonction des données démographiques ; leur nombre actuel, tel qu’indiqué ici, vaut pour les élections de 2012, 2016 et 2020 (source : US Census Bureau).

[7] Le Texas, la Floride et New York qui, avec la Californie, constituent les quatre principaux États du pays, comptent respectivement 27, 19,9 et 19,7 millions d’habitants.

[8] Voir infra, la partie 2.

[9] Dans ce tableau, les pays sélectionnés sont classés par ordre croissant de richesse produite (mesurée en PIB nominal) ; cet ordonnancement permet d’indiquer clairement que la Californie se situe à un rang élevé dans la hiérarchie des grandes puissances économiques.

[10] “California has the power as well as the global links and interests of a nation. It lacks the legal attributes and policy instruments of a sovereign country, of course, for the American constitution expressly reserves the conduct of foreign affairs to the federal government”.

[11] “It is wrong for Californians to think that international issues are not our concern, or that we cannot or should not effectively promote and advance our global interests. (…) Too much is at stake for Californians to leave our responses to international challenges up the U.S. government in Washington, to Atlantic Coast think tanks and to ad hoc and episodic local and citizen initiatives. Californians need to think more strategically about international policy”.

[12] Comme par exemple, dans des conditions extrêmement hostiles, le borax – un minéral utilisé pour divers usages industriels – entre 1883 et 1888 dans la Vallée de la Mort.

[13] Comme le site de Yosemite, qui fit l’objet de mesures de protection dès 1864, avant d’être classé parc national en 1890.

[14] Principal gisement en Californie, le comté de Kern, où se trouve Bakersfield, produit environ 10 % du pétrole de l’ensemble des États-Unis.

[15] Les « terres rares » sont un groupe de 17 éléments physico-chimiques (numéro 21, 39, puis 57 à 71 dans le tableau périodique de Mendeleïev) dotés de propriétés particulières ; ces éléments sont aujourd’hui utiles dans certaines industries (défense, industries « vertes », technologies d’information et de communication) ; les terres rares sont à ce titre considérées comme des minéraux stratégiques.

[16] La mine de Mountain Pass fut le principal site de production de terres rares durant des décennies (entre 1952 et 2002) ; le site ferme en 2002, avant de rouvrir en 2012 pour des raisons stratégiques liées à la rivalité avec la Chine, qui domine la production et le marché mondial.

[17] Présence de bases militaires, financement de la recherche, achat d’équipement et de matériel.

[18] Dans ce comté se trouvent plusieurs bases liées aux programmes militaires ou spatiaux : Edwards Air Force Base, China Lake Naval Air Weapons Station, Mojave Spaceport.

[19] D’après Walker et Suresh, op. cit. (p. 53) ; relevons en outre la présence, au sud immédiat de Los Angeles, de San Diego (environ 115 000 emplois de haute technologie).

[20] Tesla Motors (fondée en 2003), constructeur d’automobiles électriques haut de gamme dont le siège social est situé à Palo Alto, au cœur de la Silicon Valley, est l’une des entreprises les plus célèbres et les plus emblématiques de ces industries « vertes » qui se développent dans la région urbaine de San Francisco. Voir dans ce dossier, le complément 2 dans l'article de Charlotte Ruggeri, «  Repenser la politique ferroviaire aux États-Unis : des projets à plus ou moins grande vitesse », Géoconfluences, 2015.

[21] Au-delà du seuil de 50 000 habitants, le Census Bureau, considère les comtés comme « métropolitains » ; ce seuil s’impose donc. Les autres seuils ici fixés (200 000 et 1 million d’habitants), de manière « arbitraire », permettent de définir trois catégories de comtés de tailles croissantes, jusqu’à celui de Los Angeles (10, 017 millions d’habitants en 2013).

[22] Au cours de cette période, la croissance moyenne de la Californie est de +2,9%.

[23] Cœur de la Silicon Valley, le Comté de Santa Clara est, depuis les années 1960, l’un des comtés les plus dynamiques de la Californie.

[24] Soulignons néanmoins que ce déclin se déroule dans des territoires où les effectifs de population sont faibles ; soit : 32 200 habitants (Lassen), 3 000 (Sierra), 18 900 (Plumas), 9 100 (Modoc), 36 500 (Amador) pour un total de 99 700 habitants (en 2013).

[25] Bachelor : diplôme correspondant à un niveau Bac+2 / Bac+3 dans le système d’enseignement supérieur français ; pour la Californie, la moyenne se situe à 30,7 %.

[26] Les données statistiques du Census Bureau indiquent que 45 % environ de la population du comté est hispanique ou latino.

[27] Au cours du mois de janvier 2014, le taux de chômage moyen pour la Californie est de 8,5 %.

[28] Sur ce point, voir par exemple un article récent publié par le journal Le Monde, qui, se faisant l’écho d’un rapport officiel des services municipaux, souligne que le nombre de SDF a augmenté de 12 % au cours des deux dernières années à Los Angeles ; « Le nombre de sans-abri explose à Los Angeles », Le Monde, 13 mai 2015.

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Pour compléter :

Ressources bibliographiques :
  • Bardhan A. et Walker R. (2010), California, Pivot of the Great Recession, UC Berkeley: Institute for Research on Labor and Employment.
  • Brechin G. (1999), Imperial San Francisco: Urban Power, Earthly Ruins, Berkeley, University of California Press.
  • Celnik J. (2012) ,« L’environnementalisme américain à San Francisco », in Giband D. (éd.), L’Amérique du Nord au XXIème siècle : enjeux, défis et perspectives, Paris, Ellipses, pp. 145-157.
  • Deysine A. (ed.) (2004), La Californie, pays de rêve ?, Revue des deux mondes.
  • Dorel G. (2008), Atlas de la Californie au cœur de toutes les mutations contemporaines, Éd. Autrement.
  • Douzet F., Kousser T., Miller K. (eds) (2008), The New Political Geography of California, Berkeley Public Policy Press.
  • Foucrier A., Coppolani A. (eds) (2004), La Californie, périphérie ou laboratoire ?, L’Harmattan.
  • Le Goix R. (2014), « Financiarisation, crise et prix immobiliers : le lotissement des promesses », BAGF, n° 2014-2, pp.164-180.
  • Leriche F. et Scott A. (2008), « Hollywood, un siècle d’industrie cinématographique », in Leriche F. et al. (éd.), L’économie culturelle et ses territoires, Presses Universitaires du Mirail, Toulouse, pp. 29-41.
  • Leriche F. et Rubin J. (2011), « Contre-culture et territoire : de North Beach à Haight-Ashbury (San Francisco) », in Robert F. (éd.), Révoltes et utopies : la contre-culture américaine dans les années soixante, Ellipses, Paris, pp. 119-129.
  • Leriche F. (2014), « Californie : les fragilités d’une grande puissance », Outre-Terre – Revue Européenne de géopolitique, n° 38, pp. 135-151.
  • Lowenthal A.. (2009), Global California: Rising to the Cosmopolitan Challenge, Stanford University Press.
  • Saxenian AL. (2006), The New Argonauts. Regional Advantage in a Global Economy, Harvard University Press.
  • Scott A. (1994), Technopolis: High-Technology Industry and Regional Development in Southern California, Berkeley et Los Angeles, University of California Press.
  • Walker R. (1996), “Another Round of Globalization in San Francisco”, Urban Geography, n° 17/1, pp. 60-94.
  • Walker R. et Suresh L. (2013), The Atlas of California. Mapping the Challenges of a New Era, University of California Press.
Ressources webographiques :

En complément sur la Californie, dans ce dossier de Géoconflluences, voir :
- l'article de Raphaël Schirmer, Le vignoble californien, vignoble de la mondialisation.
 

Frédéric LERICHE,
professeur des universités, CEMOTEV / UVSQ
,

réalisation cartographique : Isabella Damiani, CEMOTEV / UVSQ

conception et réalisation de la page web : Marie-Christine Doceul,

pour Géoconfluences, le 7 juillet 2015

Pour citer cet article :
Frédéric Leriche, « Les paradoxes de la puissance californienne », Géoconfluences, 2015, mis en ligne le 7 juillet 2015
URL : http://geoconfluences.ens-lyon.fr/informations-scientifiques/dossiers-regionaux/etats-unis-espaces-de-la-puissance-espaces-en-crises/articles-scientifiques/les-paradoxes-de-la-puissance-californienne

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