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Fait religieux et construction de l'espace

Jérusalem, une guerre pour l’éternité. Conflits territoriaux autour des cimetières musulmans et juif de Bab ar-Rahma, Yosefiya et Har HaZeitim

Publié le 08/12/2016
Auteur(s) : Clémence Vendryes, agrégée de géographie, ENS de Lyon, Paris 1 Panthéon-Sorbonne
À la porte orientale de la vieille ville de Jérusalem, s’étendent des cimetières juifs, chrétiens et musulmans. Dans un contexte d'extension territoriale et de réappropriation de sa capitale réunifiée, Israël cherche à investir l'espace des champs funéraires chrétiens et musulmans. L’article interroge les moyens mis en oeuvre pour conquérir l’espace des morts, de l’échelle du mont des Oliviers jusqu’à l’échelle de la tombe.

Jérusalem est une capitale politique, effective pour l’État d’Israël depuis 1950 bien qu’elle soit contestée et non reconnue par l’ONU, théorique pour la Palestine depuis la revendication de 1950 par l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP). Jérusalem est aussi une capitale religieuse, assise de l’unique sanctuaire du judaïsme, les vestiges du Temple sont situés au coeur de la vieille ville de Jérusalem, lieu le plus saint d’une terre sainte, mais aussi troisième ville sainte de l’islam après la Mecque et Médine (Encel, 2008).  À la discorde engendrée par l’intrication de ces deux statuts s’ajoutent le statut de ville sainte chrétienne et la présence fort ancienne des autorités orthodoxes, arméniennes et catholiques.
La ville de Jérusalem est l’objet d’innombrables travaux qui relèvent de deux logiques principales, l'une religieuse (Halbwachs, 1941, Passia Team, 2014), l'autre géopolitique et historique (Dieckhoff, 1989, Parizot, 2013). Ces travaux dissocient trop souvent l’espace sacré de l’espace habité. Or, les représentations d’une terre à la fois sainte et quotidienne se juxtaposent pour les Israéliens et les Palestiniens. Les questions politico-religieuses alimentent le conflit israélo-palestinien qui se focalise sur le partage des lieux saints, la frontière israélo-palestinienne et les colonies. Mais à l’ombre de ces lieux disputés reposent des champs funéraires a priori silencieux. Peu abordés par les études urbaines, les cimetières (Philifert, 1998, Petit, 2009) sont dédiés à des pratiques cultuelles qui font à la fois affleurer des perceptions de l’espace ordinaire et des questions relevant du statut exceptionnel d’une terre trois fois sainte [1].
Gisants sans parole, les défunts sont des corps à la merci de discours politiques et religieux d’autant plus puissants qu’à la porte orientale (porte des Lions) de la vieille ville de Jérusalem, s’étendent trois cimetières qui se sont partagé la terre de la résurrection. Selon la Torah, la Bible et le Coran, l’Apocalypse doit advenir entre le mont des Oliviers et le mont du Temple. Ces défunts seront les premiers à se relever pour être jugés et passer par la porte Dorée aujourd’hui scellée. Le sol dans lequel ils sont inhumés possède la même vertu sacrée, seule la religion des futures âmes méritantes le différencie.

 

Le relief de la vallée pemet un étonnant agencement des cimetières : les cimetières musulmans de Bab ar-Rahma et Yosefiya longent toute la muraille orientale et font face au vaste cimetière juif de Har HaZeitim situé de l’autre côté de la vallée. Les tombes juives enveloppent la partie sud du mont des Oliviers et descendent jusqu’au fond de la vallée du Cédron où se trouvent une centaine de tombes chrétiennes encloses dans un jardin d’oliviers franciscain en face de l’église de Gethsemani.

 

Dans un contexte d'extension territoriale et de réappropriation de sa capitale réunifiée, Israël cherche à investir cet espace de champs funéraires chrétiens et musulmans. Ces cimetières sont d’autant plus stratégiques qu’ils correspondent à une marge urbaine, malgré leur centralité spirituelle. Les habitants des cimetières, privés de parole et parfois de porte-parole, apparaissent comme plus faciles à déplacer. Ils ne sont pas la priorité des Palestiniens qui se battent pour leur survie.

Cette approche permet de renouveler l’objet urbain en s'interrogeant sur les moyens mis en oeuvre par l’État d’Israël pour non seulement s’approprier la sainteté de Jérusalem, mais aussi pour convertir la valeur religieuse des cimetières musulmans et chrétiens. Dans un premier temps, les autorités israéliennes contrôlent l’aménagement d’une zone de cohabitation religieuse. La mise en tourisme forcée des cimetières n’occulte cependant pas un conflit religieux qui transforme, en dernier recours, les défunts en soldats et les champs funéraires en champ de bataille. Les cimetières apparaissent alors comme des espaces paradoxaux, dédiés au repos éternel, mais aliénés par la guerre israélo-palestinienne.

Complément : Jérusalem, approche géopolitique par les cartes

 

 

1. D’une terre de diversité religieuse à la mise en tourisme d’un espace de monothéismes

Jérusalem est une ville de faible importance démographique et économique. Pour affirmer son rayonnement territorial, Israël cherche à faire correspondre le prestige de sa capitale et son statut politique. Les autorités municipales ont pour objectif de développer le patrimoine religieux hiérosolymitain. Pour exister au même rang que les autres métropoles mondiales ou du moins européennes, Jérusalem doit se doter d’attributs symboliques et fonctionnels : grandes voies, vie nocturne, festivals, infrastructures d’accueil touristique d’envergure. En modernisant son patrimoine, le pouvoir israélien façonne de manière unilatérale un paysage religieux pourtant pluriel.

1.1. Israël, chantre du fait religieux universel

Les cimetières musulmans de Bab ar-Rahma et Yosefiya sont intégrés au circuit touristique de la vallée du Cédron. La municipalité de Jérusalem les valorise, alors qu’elle pourrait tenter de les escamoter. Mais longeant les remparts de la vieille ville, les deux cimetières musulmans sont difficiles à rendre invisibles. Il est stratégiquement plus intéressant de les encadrer. C’est pourquoi les aménageurs israéliens imposent aux musulmans leur participation à leur grand projet touristique autour du mont des Oliviers.
Israël justifie ainsi les bénéfices que Jérusalem retire de son administration controversée : depuis leur « libération », les lieux de culte sont accessibles aux fidèles du monde entier. Alors que, de son côté, le Waqf, l'autorité religieuse musulmane qui gère mosquées et cimetières, ne cache pas son désir de fermer l’accès des cimetières aux non-musulmans [2], sans en avoir pour autant les moyens politiques. Israël se porte garant de la circulation dans la municipalité hiérosolymitaine. Cette ouverture spatiale effective est ensuite traduite en discours de tolérance religieuse et de générosité politique. Mais voie d’accès n’est pas synonyme d’accessibilité.
Sous couvert de promouvoir la cohabitation pacifique des trois religions, ce discours vise à démontrer qu’islam et christianisme ne peuvent s’épanouir que sous la coupe israélienne. Les deux monothéismes sont forcés de s’inscrire dans un environnement entièrement orchestré par un État représentant l’identité juive. Entre 1986 et 1996, la municipalité de Jérusalem se consacre à l’aménagement du mont des Oliviers avec un projet d’ampleur nationale confié à l’architecte Arie Rahamimoff [3], qui prépare alors "a Comprehensive Plan of a Sacred Mountain". Son ouvrage met sans cesse en avant l’islam et le christianisme qui participent de la religiosité des paysages. Son plan favorise des essences bibliques pour les arbres, conçoit un système d’illumination respectueux des morts et installe des belvédères pour contempler les différents lieux saints. Ce chantier permet de réorganiser les perspectives topographiques autour du cimetière juif qui subit d’importantes restaurations : murs, portails, reconstruction de nombreuses tombes. L’aménagement de l’espace est mis au service des trois religions, mais sans consulter les deux autres. Il permet aussi de les inscrire dans une version juive de l’histoire. Selon ce plan, les juifs sont l’origine et le destin de la terre sainte, ils ont fondé la cité de David et font prospérer un État moderne. Leur héritage est mis en valeur de façon prioritaire. Le mont des Oliviers est efficacement relié à la vieille ville et aux circuits touristiques, proposant une version harmonieuse de la pluralité religieuse. Ces travaux ont été réalisés sans consulter les résidents palestiniens dans le but de se réapproprier une ville sous tutelle arabe entre 1948 et 1967. La réussite à l'échelle étatique est indéniable, mais à l’échelle métropolitaine, les habitants de Jérusalem-Ouest n’ont pas investi cet espace nouveau, « libéré » et restauré.

Maquette de la vallée du Cédron par le cabinet d’architecture d’Arie Rahamimoff
 


Vue du nord vers le sud.
Cette modélisation permet une vue globale du relief et de l’agencement de la vallée. Elle traduit l'ambition israélienne de remodeler son territoire tout en le rendant plus « originel », c’est-à-dire fidèle aux descriptions paysagères de la Torah.

 

1.2. Une mise en tourisme internationale du mont des Oliviers au détriment de l’espace quotidien palestinien

L’espace quotidien des Israéliens n’inclut pas Jérusalem-Est, territoire implicite des Palestiniens. Le mont des Oliviers est toujours perçu comme un lieu dangereux, héritage des traumatismes de la guerre et des intifadas. Les rares habitants de la ville se rendant au mont des Oliviers viennent se recueillir sur la tombe de leurs proches ou prier sur la tombe de saints juifs. Peu d’Israéliens acceptent d’enterrer leur famille sur le mont des Oliviers de peur qu’il ne retombe aux mains des Palestiniens et qu’il leur devienne impossible de venir prier sur la tombe, comme le veut la loi juive.

La volonté israélienne d’occuper cet espace déserté par les vivants s’est donc tournée vers la fréquentation touristique internationale. Le sentier pédestre King’s Trail suivant la Vallée du Cédron est un aménagement notable destiné à favoriser les visites dans un espace jusqu'alors peu praticable et réputé mal famé. Il relie tous les lieux à découvrir : deux tombes antiques très connues, le pilier d’Absalom et la tombe de Zacharie, la porte des Lions, l’église de toutes les Nations dite de Gethsemani et le reste du cimetière juif composé de nombreuses tombes de personnalités religieuses et politiques. Il est balisé de panneaux directionnels et d'informations qui favorisent les lieux identitaires juifs.
L’intention israélienne est couronnée de succès car le mont des Oliviers est déjà visité par 1,5 million de touristes par an, venus voir les lieux saints, le cimetière ou simplement le panorama. Cet afflux de touristes légitime des installations israéliennes de plus en plus ambitieuses. En juillet 2016, des responsables municipaux réaffirment la volonté d’attirer davantage de visiteurs, en construisant un vaste musée racontant l’histoire du mont des Oliviers, ce qui justifierait le renforcement de mesures de sécurité. L’affirmation d’une échelle nationale et d’un rayonnement international sur le mont des Oliviers contribue à l’inscrire dans l’exceptionnel. Or la moitié nord du mont des Oliviers correspond au quartier palestinien d’At-Tur, une zone d'habitat coupée des projets touristiques de l’espace funéraire et patrimonial.
King’s trail, un axe touristique israélien

 Au premier plan, la borne du chemin est identifiée par le code couleur bleu et blanc, qui reprend les couleurs symboliques du judaïsme, présentes aussi sur le drapeau israélien. Le sentier s'avance vers le sud, rejoignant des sites d’intérêt archéologique tout en ignorant le quartier palestinien de Ras al-Amud visible à gauche à l’arrière-plan. Sur la droite, l’itinéraire prend de la hauteur pour rejoindre la route qui mène à la porte des Lions vers le nord ou à la porte des Déchets (accès au Kotel) vers le sud.

1.3. Verdir pour « pacifier » : convertir les cimetières en aménité paysagère

Pour le développement économique et le rayonnement idéologique de la capitale israélienne, il est nécessaire que la ville soit la plus pacifiée possible. Loin des combats qui agitent les quartiers palestiniens concernant l’électricité, l’eau ou les écoles (Salenson, 2014), la politique de la Direction de la nature et des parcs (DNP) est de se concentrer sur les espaces verts.

Les cimetières musulmans de Bab ar-Rahma et Yosefiya appartiennent au Parc national des remparts de Jérusalem, premier parc créé après la réunification de Jérusalem en 1967. Si l'ensemble des remparts est entouré d’un fin ruban de pelouse verte ou d’une barrière d’arbres, la muraille orientale fait exception. Sur les cartes topographiques, le cimetière est considéré comme une zone urbanisée, mais de plus en plus de plans touristiques officiels représentent Bab ar-Rahma et Yosefiya en zones non construites ou vertes, contrairement au cimetière de Har HaZeitim qui reste un espace urbain à visiter pour ses monuments funéraires. Cette représentation permet d’assurer une continuité environnementale et de diluer l’identité musulmane. Il n’y a théoriquement rien à détruire dans ces cimetières musulmans transformés en surface verte homogène. La DNP ignore leur fonction funéraire. La situation peut même aller jusqu’à s’inverser : ce sont les musulmans qui deviennent criminels en construisant des tombes dans un espace protégé [4].
 

La seconde conséquence de la classification des cimetières en parc naturel est de les mettre en valeur pour des raisons paysagères et non religieuses. Le sens spirituel du cimetière est converti en aménité paysagère. L'effet de banalisation est renforcé par le projet de la DNP d’unifier les trois parcs nationaux de Jérusalem-Est : celui des Remparts, le parc d’Emek Tzurim et le parc des pentes du mont Scopus. Bab ar-Rahma et Yosefiya seront noyés dans cette masse verte qui sanctuarise les alentours de la vieille ville [5]. L’emprise de la DNP sur les cimetières est décisive. Elle empiète sur le rôle des autorités religieuses musulmanes et entrave le fonctionnement habituel du cimetière. Le directeur de la DNP de Jérusalem est un ancien haut responsable d’El’ad, organisation d’extrême droite rassemblant des colons actifs dans la zone de Silwan. Dotée de gros moyens financiers et de l’appui implicite de l’État, elle gagne en influence dans l’aménagement du mont des Oliviers. Ce rapport de force engendre un jeu d’acteurs de plus en plus inégal, car les acteurs compétents ou engagés se raréfient du côté palestinien.

 

 

2. Cimetières ennemis, une gestion conflictuelle de la mort

2.1. Régenter la mort, un jeu de pouvoirs multiscalaire

Les pouvoirs de la Direction de la nature et des parcs et ceux du Waqf se chevauchent. Chaque organisation a son propre domaine d’action : la nature ou la religion, mais l’objet patrimoine fait se chevaucher leurs compétences respectives, dont la hiérarchie reste indéterminée à cause du déni de souveraineté palestinienne de la part d’Israël. Il apparaît alors que l’environnementalisme de la DNP a pour objectif de prendre le pas sur le rôle funéraire des cimetières.
Le combat ne se fait pas à forces égales. La DNP est un organisme gouvernemental maître sur son territoire, soutenu par la Jerusalem Development Authority (JDA), organisme mixte fondé par la municipalité et par l’État [6]. Chargé de toutes les affaires d’intérêt national échappant à la seule responsabilité de la mairie, la JDA a pour but de préserver et développer Jérusalem, tandis que le Waqf de Jérusalem est isolé en territoire ennemi, dépendant des conflits d’intérêt entre autorités palestiniennes et royaume de Jordanie. Séparé depuis 1994 du Waqf de Cisjordanie rendu aux Palestiniens, l’administration du Waqf de Jérusalem est en effet tributaire des tensions entretenues avec les Jordaniens, qui souhaitent garder la protection du Haram al-Sharif dit esplanade des mosquées, où se trouve le Dôme du Rocher, lieu saint pour les trois monothéismes.
Sur le terrain archéologique aussi, la lutte est inéquitable. Le Comité public de prévention de la destruction des antiquités du mont du Temple, dont le nom indique la mission, a une vision très spécifique et sélective de l’origine de la sacralité de l’espace. Toute action à l’intérieur du périmètre historique datant du roi David est perçue comme une dégradation des vestiges juifs. Cette divergence de perception engendre un conflit d’usage du sol des cimetières de Bab ar-Rahma et Yosefiya qui jouxtent un chantier de fouilles. Le site internet officiel du Comité public de prévention de la destruction des antiquités du mont du Temple présente une série de photographies de « destructions » et d’enterrements « illégaux » par des habitants musulmans à Bab ar-Rahma. La cité de David, quartier au sud de la vieille ville, est déjà contrôlée par les Israéliens grâce à cet argumentaire. Cette justification ne cesse de s’étendre, englobant par contiguïté de nouveaux espaces jusque-là dédiés aux pratiques funéraires musulmanes.

 

 

2.2. Conflit d’usage du cimetière : exhumer des vestiges ou inhumer des cadavres ?

Un grand chantier de fouilles a été ouvert au sud de Haram al-Sharif par des archéologues appointés par Israël, à défaut d'avoir accès à l’esplanade des mosquées. Il se situe dans le quartier palestinien de Silwan appelé cité de David par les Israéliens, car il se trouve sur les premières fondations urbaines de Jérusalem. Pour le peuple juif, la sacralité qui remonte jusqu’en 1800 avant notre ère, est ensevelie sous les débris des siècles. Pour les Palestiniens, l’histoire est une superposition de strates. Ces deux visions servent leurs objectifs politiques : l’un cherche à révéler ses racines, l’autre à faire prévaloir une présence continue. Ces approches opposées correspondent aussi à la perception de la mort selon les deux religions. La tombe musulmane est réutilisée indéfiniment, ouverte tous les trois ans pour y placer un nouveau corps en poussant sur le côté les ossements précédents. Au bout d’environ 50 ans d’abandon, un cimetière musulman peut perdre sa fonction funéraire et sa terre être désacralisée, tandis que la tombe juive a une valeur éternelle. Une fois que des ossements ont reposé en un lieu, il est impossible d’y toucher, à tel point que des fouilles archéologiques autorisées par l’État d’Israël dans des cimetières juifs suscitent des réactions très violentes de la part de certains juifs.
À Bab ar-Rahma, ce sont les inhumations musulmanes qui menacent les restes archéologiques des fondations du Temple, selon les archéologues israéliens. C’est pourquoi en 2005, le Comité public de prévention de la destruction des antiquités du mont du Temple a déposé une première demande auprès de la Haute Cour de justice afin d’interdire les enterrements dans la moitié sud du cimetière, mitoyenne de l’aire de fouilles. Au terme d’une seconde demande, le Comité public de prévention a obtenu gain de cause, à l’automne 2014.

 
Concurrence et complémentarité au pied du mur

Du fait de la sacralité du lieu, les deux espaces mitoyens sont a priori dédiés à une pratique identique, la prière. Mais l'usage du sol devient conflictuel lorsque la tere est retournée à la fois par les fossoyeurs et par les archéologues.

 

La topographie de Jérusalem fait éclater une concurrence entre deux usages d’une terre sainte étroitement convoitée. L’arête tranchante des remparts illustre cette âpre dispute territoriale entre deux espaces religieux à la fois divisés et reliés par le même mur.

2.3. Comment disqualifier un espace religieux par le comportement de ses fidèles

Les deux cimetières musulmans sont assujettis à des interdictions qui se multiplient. Or non seulement, ces interdictions servent à disqualifier l’usage funéraire de Bab ar-Rahma et Yosefiya, mais elles permettent aussi de remettre en cause le rapport de l’islam à un espace dont il est responsable et qu’il considère comme sacré.
Les habitants de Silwan ne reconnaissent pas toutes les décisions israéliennes. Dans le cas où ils s’y soumettent, ils ne nettoient pas le cimetière, ils le laissent se dégrader. Alors le directeur de la DNP les accuse d’être irrespectueux et incapables d’entretenir leur propre cimetière. Or manquer de respect envers les morts est une faute extrêmement grave pour les juifs dont la loi stipule des visites sur la tombe du défunt, contrairement aux musulmans. Ces accusations permettent de montrer que les musulmans sont irresponsables. S’ils ne sont pas capables de s’occuper de leurs propres espaces sacrés, il est a fortiori impossible de leur confier la charge de lieux juifs ou chrétiens. La négligence des musulmans orchestrée en partie par la Direction de la nature et des parcs et le Comité public de prévention de la destruction des antiquités du mont du Temple permet de démontrer que l’islam a des effets négatifs sur l’espace.
Dans le cas inverse, les habitants de Silwan refusent les interdictions et entrent dans l’illégalité. Des enterrements interdits ont lieu régulièrement et certains occupent des tombes réservées par d’autres familles.  En 2013, le quartier a organisé une journée de nettoyage des cimetières, mais les responsables ont été arrêtés par la police, car les habitants se trouvaient dans la partie en procès avec le Comité public de prévention de la destruction des antiquités du mont du Temple. Dans les deux cas, les habitants de Silwan restent désarmés, même s'ils ont fondé en 2007 le centre communautaire Wadi Hilwan qui a mandaté un avocat pour défendre le quartier face aux archéologues israéliens [7].

Le cimetière est le miroir de la vie palestinienne. Traditionnellement perçu comme le reflet de la condition de la ville des vivants, le cimetière est révélateur des conditions de vie des résidents palestiniens. Leurs tombes sont aussi mal traitées que leurs maisons. Priver les habitants de Silwan de leur dernière demeure, c’est reproduire les démolitions et récupérations de maisons des vivants par les Israéliens. À l’échelle des tombes aussi se déroule une lutte, caveau par caveau, mètre par mètre.

 

 

3. Champ de bataille et champ funéraire

La perception des cimetières musulmans comme sales et chaotiques est d’autant plus forte que le cimetière juif de Har HaZeitim est propre et majoritairement restauré. Dans le Dictionnaire de la mort (Di Folco, 2010), le critique français Roger Judrin écrit : « Le cimetière n’est qu’un champ de bataille où les cadavres sont mal enterrés et où les tombeaux sont des impostures ». Dans le cas israélo-palestinien, cette phrase prend un relief particulier. Les tombes sont le dernier poste avancé des juifs et des musulmans entre le mont des Oliviers et le mont du Temple. La bataille se joue sur deux tableaux : l’emprise spatiale de la tombe et le réinvestissement symbolique du corps du défunt qui devient un soldat de l’au-delà.

3.1. Lutte des places : une occupation acharnée de l’espace par les morts et les vivants

Le cimetière de Har HaZeitim a des difficultés à intéresser les juifs qui préfèrent être enterrés dans le cimetière plus moderne et plus sécurisé de Givat Shaul à l’entrée occidentale de la ville. Au contraire, Bab ar-Rahma et Yosefiya sont très demandés par les musulmans, car la construction du mur de séparation entre Israël et la Cisjordanie a isolé un certain nombre de villages palestiniens de leur cimetière traditionnel. C'est ainsi que les résidents de Jérusalem n’ont plus accès au grand cimetière de Jéricho, car les convois mortuaires palestiniens ont interdiction de traverser la frontière.
Or les tombes définissent un pré-carré. Les musulmans accusent ainsi les juifs de construire des tombes vides afin de gagner du terrain, et les juifs accusent les musulmans de venir profaner régulièrement leur cimetière en brisant des pierres tombales. Des accusations qui ont permis à la municipalité de justifier l’installation de 137 caméras de surveillance tout autour de Har HaZeitim.
De l’autre côté de la vallée du Cédron, les employés de la Direction de la nature et des parcs étudient chaque tombe en bordure de Bab ar-Rahma dont seul l’abrupt dénivelé sert de démarcation sur le côté est, afin de voir si les tombes ne dépassent pas de quelques centimètres la lisière du cimetière. Le cimetière de Yosefiya est entouré d’un mur, mais comme si celui-ci ne suffisait pas à assurer le maintien du champ funéraire, on peut observer sur la photographie que les nouvelles tombes ont été prioritairement construites le long du mur alors qu’il reste des places ailleurs, afin de marquer la véritable frontière entre vivants et morts, et entre juifs et musulmans.

Les morts veillent à la frontière du cimetière de Yosefiya

Les pierres tombales horizontales sont toutes identiques et ont été manifestement construites en série avant d’être attribuées à des défunts. La seconde tombe n’a pas de pierre tombale verticale indiquant l’identité du mort. Encore vide, elle forme déjà avec les autres caveaux une ligne de défense bordant la limite sud du cimetière de Yosefiya. On aperçoit à l'arrière-plan le fronton crénelé de la porte des Lions.

3.2. Du symbole religieux à la revendication identitaire       

Les morts inhumés dans les cimetières juifs et musulmans deviennent des porte-paroles de la cause des vivants. À l’échelle du cimetière se multiplient des symboles religieux dont le sens premier devient identitaire.

Au cimetière juif d'Har HaZeitim

Les barrières structurant le cimetière juif sont ornées d’étoiles de David. Au centre, des fidèles se recueillent sur la tombe d’un rabbin.

Épitaphe d’une tombe palestinienne nationaliste

Sur la pierre tombale de ce « martyr » palestinien mort en 2008, le drapeau renforce le texte nationaliste.

À l’échelle de la tombe, le discours peut être ouvertement militant, et lisible même en partie pour les non-arabophones grâce au drapeau. Ce discours nationaliste reflète le militantisme du Waqf qui fait pression sur les musulmans grâce à son pouvoir sur le cimetière. Tout résident palestinien ayant vendu un bien à un Israélien, ou ayant « collaboré » d’une autre manière, n’a pas le droit d’être enterré dans les cimetières gérés par le Waqf [8]. Cette décision est d’une rare violence de la part d’une administration religieuse qui se livre à une sorte de vengeance. Le Waqf transforme les funérailles de son peuple en représailles. L’accès aux tombes est soumis à un chantage post-mortem : il faut être un Palestinien patriote pour mériter de reposer en paix dans le cimetière.

3.3. Instrumentaliser la résurrection

L’argument religieux est omniprésent dans le cadre du conflit israélo-palestinien. On observe que la fonction des cimetières est détournée par les belligérants. C’est pourtant la force de l’inscription spatiale du cimetière qui les intéresse ou qui les inquiète. Qu’ils la combattent ou l’instrumentalisent, elle est reconnue par les deux parties. Une telle puissance est engendrée par la conception religieuse de l’espace par l’islam et le judaïsme. Si les conséquences de la sacralité du sol sont utilisées à des fins politiques, sa cause appartient au domaine du divin (Pullan, 2014). Le mont des Oliviers est un espace exceptionnel d’inscription du fait religieux, car il appartient à un horizon eschatologique.
Cette perspective temporelle confère une existence particulière aux morts inhumés au plus proche de Dieu. Leur présence sculptée par les pierres tombales rend visible et tangible leur poids corporel et symbolique posthume. Les discours prêtant leurs mots aux morts sont d’autant plus efficaces qu’ils sont l’expression d’une attente en une vie éternelle méritée en fonction de la sainteté de l’âme du défunt et en fonction de sa fidélité à sa foi, qui a tendance à se confondre avec ses actions militantes pour son pays. La téléologie de cette vision religieuse permet de délivrer des messages politiques des plus puissants mis au service de la guerre israélo-palestinienne.
 

Conclusion

Les morts constituent en quelque sorte un peuple au plus près de la ville sainte et leur territoire est difficile à battre en brèche. La tombe concrétise l’inertie du corps en décomposition et la religion consacre cette absence. C’est pourquoi il est utile de mobiliser quatre types d’espaces stratégiques comme dans une opération militaire (Dieckhoff, 1989), afin de comprendre la conquête de l’espace des morts par les deux belligérants :
- par l’espace démographique, le but est d'enterrer le plus de défunts de sa confession dans le cimetière et d’y faire venir le plus de visiteurs de sa religion, il s’agit « d’habiter » le cimetière,
- par l’espace économique, le but est de développer le tourisme dans le cimetière afin de l’intégrer à son territoire et à l’économie nationale ou locale,
- par l’espace symbolique, le but est de faire vivre les représentations d’un espace en danger, profané ou sauvé et de mobiliser les esprits dans le cadre d’un conflit qui repose particulièrement sur les enjeux de la mémoire collective d’une occupation plurimillénaire,
- par l’espace religieux, le but est de sacraliser tous les espaces disponibles pour s’en garantir la jouissance terrestre au profit d’un propriétaire divin.
Le conflit territorial qui anime les cimetières de la vallée du Cédron révèle une concurrence directe entre deux religions. La sainteté de Jérusalem émane pourtant fondamentalement de la même source pour les trois monothéismes. L’importance de mêmes épisodes dans les trois religions le prouve, comme le sacrifice d’Isaac//Ismaël par son père Abraham, hérité du judaïsme par le christianisme et l’islam. Ce moment fondateur regroupe les fidèles autour d’un lieu identifié comme le rocher de la Fondation sur le mont du Temple, aujourd’hui sous le Dôme du Rocher. On constate alors qu’il ne s’agit pas seulement de cohabitation religieuse à l’exemple des lieux de culte, églises, mosquées et synagogues, ou encore de superposition de strates religieuses suivant la logique historique, à l’exemple des fondations du Temple juif sur lesquelles repose l’esplanade des mosquées. Il s'agit d'un type de lieu défini par Mircea Eliade comme « hiérophanique », c'est-à-dire élu directement par l’action divine. Jérusalem possède une origine sainte unique, c’est pourquoi la configuration de Jérusalem est polémique : le même lieu manifeste le sacré pour tous les croyants de l’islam, du judaïsme et du christianisme. La grâce de Dieu choisit un espace que les religions se répartissent, mais le principe de cette sacralité ne peut être divisé. Tout partage semble alors inconcevable. Si la vallée du Cédron est séparée en différents champs funéraires par la religion, tous les morts reposent pourtant dans la même terre.

 

 

Notes

[1] Cet article est tiré d’un mémoire de géographie encadré par Éric Verdeil « Mourir, demeurer et ressusciter à Jérusalem, une géographie spectrale des cimetières de Bab ar-Rahma, Yoesfiya, Gethsemani et Har HaZeitim », 2014. Cette étude s'appuie sur un travail de terrain de deux mois à Jérusalem, avec observation dans les cimetières et trente entretiens réalisés auprès d’habitants, de professionnels dans les domaines touristiques et funéraires, de gestionnaires politiques et religieux.

[2] Entretien du 30 avril 2014 avec le secrétaire du directeur du Waqf de Jérusalem.

[3] Entretien du 6 avril 2014 avec l’architecte Arie Rahamimoff.

[4] Entretien du 24 avril 2014 avec le directeur de la Direction de la nature et des parcs de Jérusalem.

[5] Entretien du 3 avril 2014 avec un membre de l’association israélienne Emek Shaveh, dont le but est de dénoncer les exactions des archéologues israéliens employés par l’État.

[6] Entretien du 31 mars avec le directeur du développement de la vieille ville au sein de la JDA.

[7] Entretien du 18 avril avec un responsable de Wadi Hilwan.

[8] Entretien du 30 avril 2014 avec le secrétaire du directeur du Waqf de Jérusalem.

Ressources bibliographiques

  • Attias J.-C. & Benbassa E., ([1998] 2001), Israël, la terre et le sacré, Paris, Flammarion, première parution sous le titre d’Israël imaginaire, Manchecourt, 391 p.
  • Bourmaud P., (2009), « Une sociabilité interconfessionnelle, lieux saints et fêtes religieuses en Palestine (XIXe siècle-1948), in Heacock R., Temps et espace en Palestine, flux et résistances identitaires, Beyrouth, Presses de l’Ifpo, p. 179-203
  • Dieckhoff A., (1989), Les espaces d’Israël, Paris, Presses de la fondation nationale de sciences politiques, 210 p.
  • Di Folco (dir.), (2010), Dictionnaire de la mort, Paris, Larousse, 1133 p.
  • Eliade M., (1969), Le mythe de l’éternel retour, archétypes et répétition, Paris, Gallimard, NRF, 187 p.
  • Encel F., (2008), Géopolitique de Jérusalem, Paris, Flammarion, Champs essais, 300 p.
  • Halbwachs M., (1941), La topographe légendaire des Évangiles en Terre Sainte, PUF, coll. Bibliothèque de la philosophie contemporaine, Paris, 206 p.
  • Mardam-Bey F. & Sanbar E. (coord.), (2000), Jérusalem, Le sacré et le politique, Textes réunis et présentés, Arles, Babel, Actes Sud, 401 p.
  • Parizot C. et Latte Abdallah S. dir., (2013), À l’ombre du Mur : Israéliens et Palestiniens entre séparation et occupation, Arles, Actes Sud / MMSH, Coédition CNRS, 334 p. 
  • Passia Team, ([2011] 2014), A Guide to Muslim & Christian Holy Places in Jerusalem, Jérusalem, 200 p.
  • Petit E., (2009), « La lutte des places à Chamonix : Quand la mort devient enjeu spatial », Cybergeo : European Journal of Geography, Politique, Culture, Représentations, document 475
  • Philifert P., (2004), « Rites et espaces funéraires à l'épreuve de la ville au Maroc : Traditions, adaptations, contestations », Les Annales de la recherche urbaine, Urbanité et liens religieux, vol. 96, n°1, p. 35-43
  • Pullan W., Sternberg M, Kyriacou L., Larkin C., Dumper M., (2013), The struggle for Jerusalem’s Holy places, New York and Oxon, Routledge, Taylor and Francis Group, 214 p.
  • Salenson I., 2014, Jérusalem. Bâtir deux villes en une, La Tour d’Aigues, L’Aube, Bibliothèque des Territoires, 256 p.

Ressources webographiques

  • Jerusalem Institute for Policy Research (JIIS). Groupe de recherche israélien indépendant fondé en 1978 et fonctionnant comme un pont entre le monde académique de la recherche et le monde politique.Think tank au sujet du conflit israélo-palestinien, il lui arrive de participer à certaines décisions municipales ou étatiques concernant Jérusalem. Mise à disposition de nombreux articles et d’informations sur l’économie, la population, la culture et l’environnement. Source très riche de données via le Statistical Yearbook of Jerusalem édité annuellement, qui propose des synthèses sur des sujets variés. En hébreu et en anglais
  • Palestinian Academic Society for the Study of International Affairs (PASSIA). Site de publication et actualité des recherches d’un groupe d’universitaires palestiniens dans les champs sociaux, politiques ou encore artistiques en Israël-Palestine. Le site fondé en 1987 donne accès à la quasi-totalité de leurs publications et à une série de cartes de Palestine et de Jérusalem. En arabe et en anglais.
  • Municipalité de Jérusalem. Site officiel de la ville de Jérusalem mettant à disposition toutes les informations pratiques nécessaires pour les résidents et les visiteurs (santé, tourisme, culture). Le site possède deux sources d’information majeures : la publication de l’actualité politique israélienne sur la planification urbaine, qui intègre un logiciel de visualisation cartographique de Jérusalem avec SIG. Article sur les derniers projets concernant le mont des Oliviers pour la fête des 50 ans de la Libération de Jérusalem en 2017. Langues : hébreu, arabe et anglais.
  • Public Committee Against the Destruction of Antiquities on the Temple Mount. Le Comité public de prévention de la destruction des antiquités du mont du Temple a été fondé en 2000. Il rassemble des archéologues, des écrivains, des avocats et des particuliers désirant s’engager dans la défense du mont du Temple, où se trouvent les ruines du Temple de Jérusalem. L'action du Comité vise deux buts : la sensibilisation aux dangers menaçant le mont du Temple et les actions juridiques pour protéger ce lieu (pétitions à la Haute Cour de Justice). Le comité se fait fort de dénoncer les actions destructrices des Palestiniens résidents. En hébreu et en anglais.
  • The Jerusalem Development Authority. La Jerusalem Development Authority est une société mixte relevant de l’autorité nationale et de l’autorité municipale fondée en 1988. Ses objectifs sont la promotion et la planification du développement économique de Jérusalem. Des entrées thématiques par projet donnent à lire un panorama efficace des perspectives de développement de l’aire urbaine. En hébreu et en anglais.
  • City of David, Ancient Jerusalem. La Cité de David est une organisation juive sioniste qui gère entre autres le grand complexe archéologique touristique implanté à Silwan/Cité de David et le cimetière de Har HaZeitim. Elle est à l’origine de la plupart des projets touristiques lancés sur le terrain. Le site propose une riche série de supports pour une visite virtuelle dans le temps et dans l’espace. La Cité de David est un acteur très dynamique concernant le cimetière juif et le mont des Oliviers. Langues : hébreu, français, allemand, espagnol, russe et anglais.


et dans Géoconfluences, voir la veille « Les conflits à Jérusalem par les cartes », 24 novembre 2014.

 

Clémence VENDRYES,
agrégée de géographie, ENS de Lyon, Paris 1 Panthéon-Sorbonne

conception et réalisation de la page web : Marie-Christine Doceul,

pour Géoconfluences, le 8 décembre 2016

 

Pour citer cet article :
Vendryes Clémence, 2016, « Jérusalem, une guerre pour l’éternité. Conflits territoriaux autour des cimetières musulmans et juif de Bab ar-Rahma, Yosefiya et Har HaZeitim », Géoconfluences, mis en ligne le 8 décembre 2016
URL : http://geoconfluences.ens-lyon.fr/informations-scientifiques/dossiers-thematiques/fait-religieux-et-construction-de-l-espace/corpus-documentaire/jerusalem-une-guerre-pour-l-eternite

 

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