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Risques et sociétés

Une saison cyclonique dévastatrice sur l'Atlantique Nord : Charley, Frances, Ivan, Jeanne ... et les autres

Publié le 30/09/2004
Auteur(s) : Sylviane Tabarly, Dgesco ENS Lyon,
Vincent Clément, ENS Lyon

Les cyclones tropicaux qui ont balayé l'Atlantique Nord en 2004 ont été parmi les plus meurtriers de ces trente dernières années. Phénomène climatique d'une extraordinaire puissance, les cyclones s'inscrivent pleinement dans la géographie des risques et des catastrophes lorsqu'ils traversent des régions habitées. Les sociétés humaines, en fonction de leur niveau de développement, sont inégalement exposées à ce risque. Les cyclones qui se sont succédé ces dernières semaines dans les Caraïbes et le Sud des Etats-Unis nous ont rappelé cette dure réalité. Les pays du Sud sont les plus vulnérables. En amont, les pays des Caraïbes disposent de moyens de prévention, d'information et de déplacement des populations beaucoup plus limités que leur voisin étasunien. En aval, leur système de protection civile et d'aide aux populations victimes de catastrophes est largement insuffisant. Cela entraîne souvent des risques associés, alimentaires et sanitaires, comme on a pu le constater récemment en Haïti. Sans État de droit capable de réguler les effets de telles catastrophes et d'assurer un retour à la normalité dans des conditions acceptables, l'aide humanitaire internationale a du mal à parvenir aux populations affectées (infrastructures de communication déficientes, insécurité), et fait l'objet parfois de pillages ou de détournements.

Pour préciser les notions de risque, d'aléa et de vulnérabilité, voir le document en pop-up

 

Des conséquences humaines désastreuses

Le passage d'un cyclone (du grec kuklos, cercle, appelés aussi typhon dans l'ouest du Pacifique et dans l'Océan Indien, baguios aux Philippines, willy-willies en Australie, hurricanes en Amérique du Nord) dans les régions habitées entraîne souvent des catastrophes de grande ampleur. Toitures arrachées, maisons éventrées, véhicules renversés, bateaux enchevêtrés et parfois projetés sur les quais, villes et villages inondés, sans compter bien entendu les pertes en vies humaines, tel est le spectacle désastreux qu'ont laissé derrière eux les cyclones Charley, Frances, Ivan et Jeanne dans les Caraïbes et le Sud des Etats-Unis en août et septembre 2004. Cette capacité destructrice est liée à l'énergie considérable que développent ces phénomènes climatiques. Un cyclone est tout d'abord une puissante soufflerie qui émet des vents violents, toujours supérieurs à 118 km/h, mais pouvant dépasser 300 km/h. Ce sont ensuite de grandes accumulations de cumulo-nimbus, gorgées d'humidité, qui forment un cercle tourbillonnant de 100 à 1 000 km de diamètre. C'est pourquoi les cyclones s'accompagnent de précipitations brutales : 300 mm en quelques heures est une situation tout à fait courante. Cependant, dans les îles montagneuses, les abats d'eau peuvent atteindre plusieurs mètres en 24 heures. Enfin, l'élévation du niveau marin, véritablement aspiré par ces dépressions cycloniques très creuses, provoque des raz-de-marée et des inondations catastrophiques dans les espaces littoraux.

Les dégâts en Floride

Une vue aérienne des dégâts laissés par le passage du cyclone Charley à Punta Gorda en Floride le 15 Août 2004. Les vents atteignaient 210 km/h et le cyclone a fait 16 victimes.

© Afp photo de Stephen Jaffe (téléchargement du 20/09/2004)

Inondations et déforestation en Haïti

Haïti, le 24 septembre 2004 - Des Haïtiens marchent sur les routes inondées à proximité de Gonaïves. La tempête tropicale Jeanne a provoqué des inondations meurtrières qui ont ravagé le Nord d'Haïti. Mais les experts disent que la pauvreté et la déforestation ont joué un rôle majeur dans ce désastre. Un des pays les plus pauvres de la planète, Haïti, a subi aussi la pire déforestation privant de nombreuses zones d'une protection naturelle contre les inondations. Les paysans, qui s'efforcent de tirer de faibles revenus d'un sol dégradé, ont abattu des arbres pour en faire du charbon de bois, très recherché dans un pays où la plupart des habitations sont dépourvues d'électricité.

© Afp photo de Roberto Schmidt (téléchargement du 20/09/2004, soumis à conditions particulières.)

 

Des effets dévastateurs - Témoignages et descriptions - Adaptation et montage de dépêches d'agence de presse - Afp et Reuters du 4 au 27 septembre 2004

Ces témoignages évoquent différentes situations. Elles sont dépendantes des différences de niveaux de développement et donc de vulnérabilité des sociétés affectées par les cyclones. D'après les textes ci-dessous, on pourra comparer à cet égard une société très développée (les États-Unis) et des sociétés peu développées et vulnérables (Grenade, Haïti).

Le cyclone Ivan (ouragan de classe 4 à 5) :

États-Unis

  • Environ deux millions d'habitants - dont 1,2 million pour la seule ville de La Nouvelle-Orléans - ont fui les zones côtières pour rejoindre l'intérieur des terres, des centaines de touristes ainsi qu'une centaine de milliers d'habitants du centre-ville, sans moyen de locomotion, se sont trouvés piégés à La Nouvelle-Orléans. Le maire de cette ville, particulièrement vulnérable aux cyclones en raison de sa position au-dessous du niveau de la mer, a conseillé à ces personnes restées en ville de se réfugier dans des immeubles d'au moins un étage.
  • Plus d'un million de personnes se retrouvent sans électricité dans plus de 13 États, avec plus de 340 000 foyers et bureaux touchés, ont annoncé des responsables. Des centaines de sauveteurs et de personnels de secours arpentent les maisons démolies dans tous les quartiers, avec l'aide de chiens renifleurs afin de déterminer l'éventuelle présence de nouvelles victimes dans les décombres ou le long des berges des rivières en crue. Ivan est l'ouragan le plus meurtrier aux États-Unis depuis le passage de Floyd en 1999.
  • Les gardes côtes ont ordonné la fermeture de cinq grands ports le long du golfe du Mexique, de l'Alabama au Mississipi et à la Floride. Les compagnies pétrolières ont évacué des milliers de personnes des plates-formes off-shore et arrêté les raffineries dans une région d'où provient le quart de la production pétrolière et gazière américaine.
  • Ivan a fait 119 victimes. Les dégâts qu'il a provoqués dans une douzaine d'États des États-Unis sont provisoirement évalués (estimations au 25 septembre) entre 5 et 10 milliards de $.

 

Le cyclone Jeanne (tempête tropicale puis ouragan de classe 3 à son arrivée sur la Floride) :

Haïti

  • "J'ai survolé la savane désolée, une dizaine de kilomètres avant Gonaïves, c'est une vaste mer. Il n'y pas une seule maison dans la ville des Gonaïves qui ne soit inondée", a témoigné le Premier ministre haïtien Gérard Latortue. Il a aussi déclaré :"Il y a un risque d'épidémie à cause des cadavres. Il n'y pas d'électricité, les morgues ne fonctionnent pas, il y a de l'eau partout ! C'est le plus grand drame auquel la ville est exposée aujourd'hui". Dans les rues de Gonaïves submergées d'eau, les glissements de terrain et les inondations ont détruit la plupart des maisons basses et des cahutes pauvres des quartiers populaires.
  • La communauté internationale s'organise : plusieurs pays ont offert leur aide à cette île, l'une des plus pauvres du monde. Les convois humanitaires arrivent au compte-goutte, mais ils pourraient être retardés par l'insécurité : pendant les inondations, de nombreux policiers ont quitté leurs postes, les familles sont tentées par les pillages. Par ailleurs, plusieurs centaines de détenus se sont échappés des prisons.
  • Les Casques bleus de la Mission des Nations unies en Haïti (Minustah) distribuent de la nourriture à des populations affamées, et bien souvent à bout de nerf. Les Haïtiens doivent aussi faire face à une autre menace : les épidémies. Plus de 2 000 personnes seraient mortes, et chaque jour, on découvre de nouveaux corps. Les morgues sont bondées : les cadavres seront enterrés dans des fosses communes pour diminuer le risque d'épidémies (choléra, typhoïde). Le Brésil, qui dirige les Casques bleus de la Minustah, a envoyé une équipe de 18 spécialistes avec des appareils de traitement de l'eau et des médicaments suffisants pour traiter 10 000 cas.
  • Des mesures de sécurité ont été prises pour prévenir les risques de pillages et d'émeutes lors de la livraison de l'aide. Sur place, on déplore que des rivalités locales, le désordre politique et la corruption perturbent la distribution de l'aide. Au lieu des zones les plus touchées, ce sont, d'après un haut responsable de la police nationale, "les zones contrôlées par les chimères (anciennes milices de l'ex-président Jean Bertrand Aristide) qui reçoivent le plus d'assistance. Ils ont les armes. Le maire décide où vont les camions mais les chimères sont plus puissants que le maire".
  • Le 28 septembre 2004, le bilan provisoire officiel est de 1 300 morts (le nombre total des victimes devrait dépasser les 2 000) et plus de 1 000 disparus. Les inondations ont laissé quelque 300 000 personnes sinistrées. Plusieurs dizaines de milliers de personnes sont sans eau potable ni nourriture. Au mois de mai 2004, d'importantes précipitations avaient déjà fait plus de 2 000 victimes à Haïti.

 

Pour accompagner cette carte, voir ci-dessous l'animation d'images du satellite GOES East

La trajectoire des cyclones est à la fois simple et compliquée. Globalement, les cyclones se forment dans la partie orientale des océans en fin d'été et à l'automne, sur les mers surchauffées de la zone intertropicale (température de la mer d'au moins 26°C, sur une lame d'eau d'environ 50 m). Puis, sous les effets de la rotation de la terre, les cyclones se déplacent de l'est vers l'ouest. La force de Coriolis est indispensable pour donner un mouvement tourbillonnaire aux cyclones en formation. Elle engendre un sens giratoire vers la droite dans l'Hémisphère Nord, et en sens inverse dans l'Hémisphère Sud. Les cyclones ne peuvent pas se développer à proximité immédiate de l'équateur où la force de Coriolis est insuffisante. Dans le détail, bien que se déplaçant grossièrement d'est en ouest, les cyclones peuvent avoir des trajectoires erratiques, avec des tracés en boucle (cyclone Jeanne, voir carte ci-dessus), ce qui complique considérablement le travail des prévisionnistes. Lorsqu'ils atteignent les masses continentales, les cyclones finissent par disparaître car ils ne sont plus alimentés en eau d'évaporation provenant des mers chaudes.

La circulation d'est-ouest des cyclones se traduit par une répartition inégale des régions tropicales soumises à ce risque climatique. Seules les façades orientales des continents de la zone intertropicale peuvent être affectées par les cyclones. L'Hémisphère Nord est le plus concerné par ce risque. En moyenne, au cours du XXe siècle, 68% des cyclones ont été enregistrés dans l'Hémisphère Nord, contre 42% dans l'Hémisphère Sud. Les catastrophes liées aux cyclones sont aussi moins fréquentes dans l'Hémisphère Sud où les terres émergées sont moins importantes, et les territoires souvent moins densément peuplés.

Pour en savoir plus sur les cyclones et la force de Coriolis, sur le "site jumeau" Planet-Terre :

 

À titre de comparaison, des exemples de grandes catastrophes dues aux cyclones, dans le monde, depuis 30 ans

 
Amérique centrale
et Caraïbes
Bangladesh
Asie de l'Est
et du Sud-est
1974
septembre : le cyclone Fifi fait 15 000 morts au Honduras et plus de 600 000 personnes sinistrées    
1985
  mai : au Bangladesh, un raz-de-marée provoqué par un cyclone fait plus de 6 800 morts et disparus.  
1986
    septembre : au Vietnam, le typhon Wayne fait près de 400 morts et 2 500 blessés.
1987
    juillet : en Corée du Sud, le typhon Thelma fait plus de 500 morts.
novembre : aux Philippines, le centre du pays est balayé par le typhon Nina, près de 800 morts et disparus.
1988
  novembre : au Bangladesh, plus de 1 500 morts et des milliers de disparus lors d'un cyclone qui touche également l'État indien voisin du Bengale occidental.  
1989
    mai : au Vietnam, le typhon Cécile fait 740 morts et disparus
1990
    décembre : aux Philippines, le passage du typhon Mike fait 750 morts et disparus.
1991
  avril : au Bangladesh, un violent cyclone suivi de tornades et d'inondations fait plus de 139 000 morts. novembre : aux Philippines, le cyclone Thelma, sur l'île de Leyte, cause la mort ou la disparition de plus de 6 000 personnes.
1994
    août : en Chine, le typhon Fred tue au moins 700 personnes dans la province de Zhejiang (est).
1995
    novembre : aux Philippines, le typhon Angela fait 1 071 morts et disparus.
1998
- septembre, cyclone Georges : environ 500 morts et des dégâts considérables en République Dominicaine, Cuba et Haïti
- octobre - novembre, cyclone Mitch : plus de 9 000 morts, 15 000 disparus et 2,3 millions de sinistrés en Amérique centrale, surtout au Honduras et au Nicaragua
   

En termes de dégâts matériels et de coûts, les comptabilités sont difficiles à établir et sont en partie fondées sur les indemnités versées par les compagnies d'assurances. Le record serait celui de l'ouragan Andrew de 1992, dont les dégâts sur les Bahamas et la Floride a été estimés à 25 milliards de dollars. Ce record pourrait être approché par la saison cyclonique de 2004 : autour de 8 milliards de dégâts pour Ivan et pour Jeanne, sans compter les autres cyclones (Charley, Frances). Le coût moyen d'un cyclone croît au fil du temps : de 200 millions de $ dans les années 1950, il dépasse 1 milliard de $ au début des années 2000.

Lorsque des sociétés du Sud sont touchées, ces estimations n'ont guère de sens, les populations sont peu assurées et ne peuvent souvent compter que sur elles-mêmes et sur la mobilisation de l'aide humanitaire internationale.

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La mesure des cyclones

On identifie divers types de perturbations tropicales : dépressions tropicales, tempêtes tropicales et cyclones. Une dépression tropicale est accompagnée de vents de surface soutenus de moins de 63 km/h. Une tempête tropicale correspond à des vents de surface soutenus de 63 à 117 km/h maximum. Enfin, un cyclone est caractérisé par des vents d'au moins 118 km/h soufflant de façon circulaire autour d'un centre relativement calme, appelé "œil du cyclone". À partir du stade du cyclone, il convient de préciser l'intensité du phénomène : on utilise couramment à cet effet l'échelle Saffir-Simpson.

Classification des cyclones : l'échelle Saffir-Simpson

La gravité des cyclones est évaluée en fonction des pressions, de la vitesse du vent et des dégâts qu'ils produisent. L'échelle Saffir-Simpson compte cinq classes qui déterminent l'intensité des cyclones tropicaux dans l'océan Atlantique et le Nord-Est du Pacifique.

Classes
1
2
3
4
5
Pression
en hPa
> à 980
965-979
945-964
920-944
< à 920
Vent
en km/h
118-153
154-177
178-209
210-249
> à 249
Elévation du
niveau de la mer (m)
1 à 1,7
1,8 à 2,6
2,7 à 3,8
3,9 à 5,6
> à 5,6
Dégâts
minimes
modérés
intenses
extrêmes
catastrophiques
  • classe 1 : les risques sont mineurs pour les habitations sans fondations. Les routes côtières sont inondées, des dommages sont possibles pour les appontements et les embarcations.
  • classe 2 : Les dégâts peuvent être importants pour des habitations de type mobile-home. Des toits peuvent être soulevés, des maisons perdre une porte ou une fenêtre. Les routes côtières sont inondées 2 à 4 heures avant l'arrivée de l'oeil du cyclone.
  • classe 3 : Les plus gros arbres sont déracinés, tous les panneaux d'affichage sont renversés. Un grand nombre des toits sont endommagés. Beaucoup d'habitations près des rivages sont détruites. Les routes basses sont coupées par des inondations 3 à 5 heures avant que l'oeil du cyclone n'arrive. Les inondations sont importantes.
  • classe 4 : Les arbres sont arrachés, ainsi que les panneaux d'affichage. Importants dégâts aux toitures, portes et fenêtres. Dégâts importants aux étages inférieurs des édifices en raison d'inondations. La plupart des routes basses sont coupées par les eaux 3 à 5 heures avant le passage de l'oeil du cyclone. Le sable des plages est soufflé en masse. Sur les côtes, l'évacuation de la population est conseillée sur une bande de 3 km à l'intérieur des terres.
  • classe 5 : Peu de portes et fenêtres résistent, les vitres explosent. Destruction de nombreuses habitations. Les plus légères sont renversées ou se disloquent. Dégâts majeurs aux étages inférieurs des constructions situées à 5 m au dessus du niveau de la mer, jusqu'à 1 km des côtes. L'évacuation peut aller jusqu'à 6 km à l'intérieur des terres.

Une autre échelle est connue sous le nom de Dvorak, inventeur d'une technique d'estimation de l'intensité à partir des images satellites : on compare les caractéristiques nuageuses de la perturbation aux modèles types prédéfinis.

D'après le dossier thématique du site de Météo-France consacré aux cyclones tropicaux : www.meteofrance.com/FR/pedagogie/dossiers_thematiques/cyclones_tropicaux.jsp

 

Systèmes d'observation et images de cyclones

Trajectoires de cyclones - Animation d'une séquence d'images du satellite géostationnaire GOES East

Sélection de l'image infra-rouge de 12h45 TU (UTC) du 7 septembre au 27 septembre 2004

 

Animation réalisée à partir des images GOES East (voir ci-dessous) disponibles sur le "Geostationary satellite server" > GOES East archive > GOES East Hurricane sector : www.goes.noaa.gov/g8hu.html

 

Les capteurs (instruments) des satellites géostationnaires délivrent trois principaux types d'images en fonction des bandes spectrales d'observation : images dans le visible, dans l'infra-rouge thermique (qui rendent compte de la température de surface supérieure des objets observés) et dans la bande d'absorption de la vapeur d'eau. L'infra-rouge thermique, qui fournit des images tant diurnes que nocturnes, favorise la visualisation des nuages de haute altitude, tout particulièrement des cumulo-nimbus. Leur sommet, plus froid, apparaît dans des gammes de tons très blancs.

Satellites défilants et satellites géostationnaires : un maillage global

Pour en savoir plus, consulter les pages d'Educnet, Météorologie et enseignement : www.educnet.education.fr/meteo/default.htm :

L'Organisation météorologique mondiale (OMM / WMO) organise et coordonne une Veille météorologique mondiale (VMM). Elle fournit en temps réel une information météorologique recueillie et acheminée par les systèmes d'observation et les liaisons de télécommunication qu'exploitent ses 185 membres dans le monde entier. Le ssytème global repose sur quatre satellites à défilement à orbite polaire (NOAA, Météor), cinq satellites géostationnaires (Météosat, GOMS, GOES), environ 10 000 stations terrestres d'observation, 7 000 stations sur navires et 300 bouées ancrées et dérivantes dotées de stations météorologiques automatiques : www.wmo.ch/home-fr.html

Les caractéristiques des satellites défilants à orbite polaire :

Les satellites défilants évoluent à basse altitude à quelques centaines de km. Leur période de révolution autour de la Terre est courte : 102 minutes pour une altitude de 850 km. Les satellites aux applications météorologiques suivent une orbite polaire (inclinaison de 99°), ce qui les rend héliosynchrones : ils survolent une région donnée de la Terre à heure solaire constante et, donc, sous des éclairages comparables.

Les satellites de la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration) actuellement opérationnels sont NOAA 16 et NOAA 17. Ils sont équipés de capteurs divers et assurent des missions très diversifiées.

Les caractéristiques des satellites géostationnaires :

Ils sont situés dans le plan équatorial, à 36 000 km de la surface de la Terre et ont une position relative fixe par rapport à la Terre. En conséquence, ils peuvent prendre fréquemment des images (une scène toutes les 15 mn pour les satellites de dernière génération) ce qui assure que la surface de la mer ou de la Terre puisse être vue à travers des trouées nuageuses régulièrement.

L'enregistrement des scènes se fait dans trois canaux : visible avec une résolution de 2,5 km au nadir (point sub-satellite), "vapeur d'eau" et infrarouge thermique avec une résolution de 5 km au nadir. Les satellites géostationnaires de seconde génération (tels que Météosat de seconde génération - MSG ou GOES 8), disposent d'un imageur SEVIRI à 12 canaux dont la résolution est de 1 à 3 km.

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Prévention, systèmes d'alerte et de prévision

Le Centre de prévision de Miami (Tropical Prediction Center, National Hurricane Service de la NOAA et du National Weather Service - NWS) : www.nhc.noaa.gov est probablement le plus perfectionné et le plus complet des centres spécialisés dans la connaissance des cyclones et il fait autorité dans la communauté météorologique internationale. Le centre fournit des bulletins réguliers (Tropical Weather Outlook in ATlantic - TWOAT), transmis et réactualisés toutes les 6 heures. Des bulletins spéciaux appelés "advisories", sont des messages particuliers concernant les perturbations formées, qu'ils soient au stade de dépression (Tropical Depression Advisory), de tempête (Tropical Storm Advisory), ou de cyclone (Hurricane Advisory). Ces avis, diffusés toutes les 6 heures, donnent des informations sur les caractéristiques du phénomène suivi et surveillé, les territoires éventuellement menacés, l'évolution en cours.

Météo-France fournit des bulletins plus particulièrement destinés aux DOM-TOM français dont voici des exemples ci-dessous.

Exemples de bulletins de Météo-France

 

Source : www.meteo.fr/temps/domtom/antilles/pack-public/cyclone/traj/init.htm

Catastrophe et géopolitique

La succession rapprochée des cyclones en 2004 dans cette partie de l'Atlantique Nord mobilise, bien entendu, les pouvoirs publics et les médias. La nature des dégâts provoqués, les modes de réponse adoptés, sont révélateurs des grands contrastes de développement dans cette partie du monde.

C'est ainsi qu'aux États-Unis, les déplacements de population concernent des centaines de milliers, voire, des millions d'habitants qui ont les moyens d'une mobilité de grande ampleur. Par rapport aux effectifs de populations concernés, les pertes humaines y est relativement moins important que dans les pays du Sud. Par contre, le coût des dégâts matériels, les sommes dues par les assureurs et réassureurs y sont élevés.

La situation est inverse pour certains pays des Caraïbes, tels que La Grenade, Haïti, La Jamaïque. Pour ces espaces insulaires sans arrières-pays et souvent démunis de moyens adaptés, les conséquences sont différentes et sont particulièrement dramatiques pour des populations. Ces pays seront, le plus souvent, amenés à faire appel à l'aide humanitaire bilatérale ou internationale : voir ci-dessous dans la partie Ressources du dossier, "Les acteurs de l'humanitaire".

À Cuba, l'approche du cyclone Ivan fut l'occasion d'une mise en scène télévisuelle orchestrée directement par le pouvoir. Une mobilisation générale préventive (1,9 million d'habitants évacués) fut efficacement organisée.

Ci-contre, sur cette image de la télévision cubaine, le président, Fidel Castro, explique les trajectoires possibles du cyclone Ivan. Après avoir fait 44 morts sur sa trajectoire à travers les Caraïbes, le cyclone approchait, le 12 septembre 2004, des îles Caïmans et de Cuba, en se déplaçant vers l'ouest-nord-ouest à la vitesse de 17km/h. Des territoires a forte densité de population pouvaient être atteints. Des vents de près de 240 km/heure en avaient fait un cyclone de catégorie 4 selon le Centre national des ouragans basé à Miami.

© Afp photo d'Ismael Francisco (téléchargement du 20/09/2004) soumis à conditions particulières.

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Genèse et évolution de l'activité cyclonique

Nous avons vu, ci-dessus, que les cyclones se forment dans la partie orientale des océans, à partir d'une zone perturbée qui circule d'est en ouest dans ce que l'on appelle la Zone Intertropicale de Convergence, la (ZIC ou ZCIT). Pour que ces perturbations évoluent au stade de cyclone, elles doivent être alimentées par un "carburant", en l'occurrence, l'eau chaude océanique. L'évaporation de grandes quantités d'eau fournit l'énergie nécessaire pour entretenir le système convectif qu'est une formation cyclonique.

Les températures de surface de la mer : observations, prévisions

Le Centre de prévision sur le climat (Climate Prediction Center) de la NOAA présente des cartes des températures de surface de la mer (Sea Surface Temperature - SST), en particulier des prévisions et des animations sur les 12 dernières semaines et les diverses anomalies thermiques constatées à partir de l'imagerie satellite www.cpc.ncep.noaa.gov/products/hurricane/index.html

Également, un aperçu de la saison cyclonique :www.cpc.noaa.gov/products/outlooks/hurricane.html

Exemple du document ci-contre : , pour les quatre dernières semaines observées selon la date de consultation : les SST moyennes par semaine (colonne de gauche, en °C) et les anomalies, les écarts constatés (colonne de droite, en °C)

D'autres conditions doivent également être remplies pour voir se développer les cyclones : le profil vertical des vents ne doit pas présenter de cisaillements (inversions de direction des vents) qui contrariraient les ascendances ; en haute altitude, au niveau de la tropopause, le champ de pression doit permettre l'évacuation latérale des masses d'air aspirées par la "cheminée" cyclonique (on parle de divergence de haute altitude).

Les périodes de phénomène El Niño ou La Niña (phénomène inverse du Niño), ont aussi des conséquences sur l'activité cyclonique : El Niño semble diminuer l'activité cyclonique (car il accroît les cisaillements atmosphériques), La Niña semble, au contraire, l'intensifier.

Y aura-t-il plus de cyclones dans les années à venir en raison de l'évolution climatique de notre planète ? Tout comme pour la question de l'évolution du climat de la planète, on retrouve les partisans du scénario - catastrophe et ceux qui pensent que, quels que soient les changements observés, la nature compensera leurs effets et que les bouleversements promis ne se produiront pas.

Ainsi, les travaux de l'équipe de W. Gray et de ses collaborateurs de l'Université du Colorado prédisent 'une recrudescence de l'activité cyclonique sur la zone de l'Atlantique durant les 20 ou 30 prochaines années (1995/2020), à partir d'un cycle mis en évidence, selon eux, d'une durée de 20 à 40 ans, qui fait alterner les périodes à faible activité cyclonique (1900/1930 - 1970/1994) et celles à plus forte activité (1930/1970 - 1995/en cours). Il y a en général dix tempêtes tropicales et six ouragans par an dans le bassin de l'Atlantique. Or, depuis 1995, en Atlantique, toutes les saisons cycloniques sauf deux (1997 et 2002) ont été plus actives que la normale. Les deux exceptions de 1997 et 2002 correspondent à des années à phénomène El Niño. Cette activité cyclonique croissante contraste avec les 25 années précédentes (1970 - 1994) pour lesquelles l'activité cyclonique constatée était plutôt inférieure à la normale.

De leur côté, les équipes de Météo-France, qui ont développé un modèle climatique appelé Arpège - Climat, se basent sur des simulations du climat actuel à partir d'hypothèses de travail. Par exemple, l'hypothèse d'un doublement du gaz carbonique dans l'atmosphère (souvent retenue par les climatologues) amplifierait le réchauffement de la Terre déjà observé depuis le début du XXème siècle. De même les océans devraient voir leur température de surface augmenter. (voir l'article du dossier consacré au développement durable). Des mers plus chaudes vont-elles alors favoriser l'activité cyclonique tropicale ? Le modèle climatique français confirme cette idée avec une augmentation sensible du nombre de cyclones, dont le nombre annuel doublerait ou presque, les zones de cyclogenèse restant les mêmes.

Certains chercheurs mettent en doute ces simulations qui ne tiennent pas vraiment compte de la réponse que ce changement thermique amène à d'autres facteurs très influents sur l'activité cyclonique. Le cisaillement vertical des vents entre la surface et la haute troposphère sera-t-il diminué (plus de cyclones) ou augmenté (moins de cyclones) ? Le réchauffement des eaux augmentera-t-il la fréquence, voire accentuera-t-il la récurrence du phénomène El Niño, comme certains le pensent, ce qui entraînerait alors une diminution de l'activité cyclonique sur le Bassin Atlantique ? Quelles incidences pourrait aussi avoir un réchauffement climatique sur les trajectoires, les températures et l'épaisseur des grands courants marins ?

On le voit, une réponse globale n'existe probablement pas. S'il est possible que le réchauffement de la planète augmente les températures de surface des océans favorables aux développements de cyclones, nul ne sait réellement comment les autres acteurs de la cyclogenèse (formation de cyclones) évolueront. Les scénarios - catastrophe évoquent une évolution dans le même sens, d'autres plus raisonnables imaginent une nature bienveillante qui s'opposerait à cette évolution ... Le XXIème siècle apportera les premières réponses.

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Des ressources pour aller plus loin, une sélection

Quelques mots-clés
  • Français : cyclone, ouragan, typhon, tempête tropicale, dépression tropicale, trajectoires, risques, vulnérabilité, catastrophe, aide humanitaire, victimes, Zone de Convergence intertropicale, ZCIT, échelle, classification, Saffir-Simpson, Dvorak, Caraïbes, Amérique, Atlantique Nord, satellite géostationnaire, satellite défilant, GOES, Meteosat, NOAA, température de surface de la mer, SST.
  • Anglais - Title - A devastating cyclonic season in the North Atlantic : Charley, France, Ivan, Jeanne and the others.
  • Keywords : cyclone, hurricane, typhoon, tropical storm, tropical depression, trajectory, risk, vulnerability, catastrophe, humanitarian aid, victims, Intertropical convergence zone, ICZ, scale, classification, Saffir-Simpson, Dvorak, the Caribbean, America, North Atlantic, geostationary satellite, GOES, Meteosat, NOAA, Sea Surface Temperature, SST.
  • Espagnol - Título - Una estación cyclónica devastadora : Charley, Frances, Ivan, Jeanne y los demás.
  • Palabras claves : ciclón, huracán, tifón, tempestad tropical, depresión tropical, trayectoria, riesgo, vulnerabilidad, catástrofe, ayuda humanitario, víctimas, Zona de convergencia intertropical, ZCIT, escala, clasificación, Saffir-Simpson, Dvorak, Caribe, satélite geoestacionario, GOES, Meteosat, NOAA, temperatura superficial del mar, SST.
Des informations scientifiques. Sites experts, sites institutionnels

Durant la période des cyclones tropicaux de la zone Atlantique Nord / Caraïbes, soit du 1er juin au 30 novembre, des renseignements sont fournis sous forme de bulletins réguliers ou non, diffusés sur les réseaux de télécommunication spécialisés, ou même désormais sur les réseaux publics de type Internet. L'imagerie satellite est très présente sur les questions météorologiques et elle permet un suivi très précis et réactif de l'évolution des phénomènes. On retrouvera facilement ces images sur les sites spécialisés en ligne.

  • Une référence, le Centre de prévision de Miami (Tropical Prediction Center, National Hurricane Service de la NOAA et du National Weather Service - NWS) : www.nhc.noaa.gov est probablement le plus perfectionné et le plus complet des centres spécialisés dans la connaissance des cyclones et il fait autorité dans la communauté météorologique internationale.
  • Le Centre de prévision sur le climat (Climate Prediction Center) présente des cartes des températures de surface de la mer (Sea Surface Temperature - SST), en particulier des prévisions et des animations sur les 12 dernières semaines et les diverses anomalies thermiques constatées à partir de l'imagerie satellitewww.cpc.ncep.noaa.gov/products/hurricane/index.html
  • Également, un aperçu de la saison cyclonique : www.cpc.noaa.gov/products/outlooks/hurricane.html
  • Sur le site de la NOAA, beaucoup d'imagerie : www.noaa.gov
  • Ainsi que sur celui de GOES (satellite géostationnaire) : www.goes.noaa.gov/g8hu.html (voir les séries d'images)
  • Les cyclones tropicaux, un dossier thématique de Météo-France :www.meteofrance.com/FR/pedagogie/dossiers_thematiques/cyclones_tropicaux.jsp Parmi les pages d'information et de vulgarisation scientifiques proposées, retenons celles consacrées :
  • à la question des échelles (les 5 catégories de la classification Saffir-Simpson et la classification Dvorak : www.meteo.fr/temps/domtom/antilles/pack-public/cyclone/tout_cyclone/appellation.htm
  • une petite histoire de la dénomination des cyclones et de l'attribution des prénoms avec le changement de genre récemment adopté :www.meteo.fr/temps/domtom/antilles/pack-public/cyclone/tout_cyclone/prenoms.htm
  • L'Organisation météorologique mondiale (OMM / WMO) organise et coordonne une Veille météorologique mondiale (VMM) qui fournit en temps réel une information météorologique recueillie et acheminée par les systèmes d'observation et les liaisons de télécommunication qu'exploitent ses 185 membres dans le monde entier, regroupant quatre satellites à défilement, cinq satellites géostationnaires, environ 10 000 stations terrestres d'observation, 7 000 stations sur navires et 300 bouées ancrées et dérivantes dotées de stations météorologiques automatiques : www.wmo.ch/home-fr.html
  • Site du ministère de l'environnement du Canada, "Tout sur les ouragans" (glossaire, présentations scientifiques, etc.) : www.atl.ec.gc.ca/weather/hurricane/hurricanes_f.html
Médias et divers
Les acteurs de l'humanitaire (international, gouvernemental, ONG)
Les assureurs et réassureurs

Le monde de l'assurance et de la réassurance (l'assurance des assureurs) est directement concerné par les catastrophes naturelles, plus particulièrement lorsqu'elles concernent des pays développés à haut pouvoir d'achat et haut degré de protection par les assurances. Les sept principaux réassureurs mondiaux sont les groupes suivants : Munich Re, Swiss Re, Berkshire/Gen. Re, Hannover Re, GE Global, Everest Re, SCOR. Certains de leurs sites web peuvent être très intéressants, par exemple :

  • Munich Re - www.munichre.com/default_e.asp - constate que le coût de la couverture des catastrophes "naturelles" augmente rapidement. Les assureurs et réassureurs doivent répondre à la question "Où sont les risques ? " : une observation spatiale du risque précise leur est indispensable.
    • On peut consulter et télécharger de très intéressantes publications, notamment, les rapports annuels (pour les rapports antérieurs à 2003, utiliser le moteur de recherche du site).
    • Par exemple, dans le rapport 2002, les conséquences des catastrophes naturelles (tempêtes et inondations) : www.munichre.com/pdf/topics_2002_e.pdf et une carte des grandes catastrophes dans le monde : www.munichre.com/pdf/weltkarte_naturkatastrophen_2001_e.pdf
    • Munich Re a établi que les catastrophes naturelles devenaient plus nombreuses et plus coûteuses. Durant la décennie 1950-1959, le réassureur en a dénombré 20 pour 42,1 milliards de dollars 2002 ; en 1960-1969, 27 pour 75,5 milliards ; en 1970-1079, 47 pour 138,4 milliards ; en 1980-1989, 63 pour 213,9 milliards et, pour les années 1990, 91 pour 659,9 milliards.
  • Les sites de Swiss Re - www.swissre.com - et d'American Re : www.amre.com
Pour compléter sur Géoconfluences

 

Sélection documentaire et mise en page Web : Sylviane Tabarly, professeure agrégée responsable responsable du développement du site,

et avec la collaboration de Vincent Clément, responsable scientifique du site

Première mise en ligne le 30/09/2004

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Mise à jour :  30-09-2004

 


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