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Migrant

Publié le 01/02/2023

Un migrant est au sens large, selon plusieurs organisations internationales, dont l’OIM (Office International des Migrations, agence spécialisée de l’ONU), une personne qui change de domicile de façon définitive. On distingue souvent les migrants intérieurs des migrants internationaux (>>> voir aussi : migrations). De son côté, le UNHCR (le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés) nomme migrant toute « personne qui se déplace pour des motifs qui ne sont pas inclus dans la définition légale de ce qu’est un réfugié », c’est-à-dire une personne fuyant la guerre ou les persécutions et franchissant une frontière internationale.

Est migrant international tout individu qui n’est pas considéré comme réfugié et qui a quitté son pays d'origine et est en chemin vers un autre, quelles que soient les raisons de son départ : raisons politiques, économiques ou culturelles. Il devient immigré lorsqu'il s'installe dans un pays tiers (et un émigré du point de vue du pays de départ).

Le terme de migrant est un terme très large qui rend compte d'un mouvement, et s'est généralisé dans les médias et la classe politique depuis les années 2000. Par sa valeur neutre, il tend à remplacer les vocables porteurs d’un sens négatif « sans papier » ou « clandestins ». Les ressortissants des pays favorisés vivant à l’étranger, qu’on appelle parfois les « expatriés », sont aussi, au sens strict, des migrants. Les défenseurs des droits des migrants les appellent plutôt des exilés.

Réfugiés politiques et migrants économiques se distinguent par les motivations de leur départ : les réfugiés fuient en raison d'une menace directe de persécution ou de mort (push factors), alors que les migrants économiques partent afin d'améliorer leur vie en trouvant du travail, et dans certains cas, pour des motifs d'éducation, de regroupement familial ou pour d'autres raisons (pull factors). Pour les gouvernements, la distinction entre migrants économiques et réfugiés politiques est importante : les pays gèrent les migrants en vertu de leurs propres lois et processus en matière d'immigration, alors que les réfugiés relèvent du droit international.

Toutefois l’idée, véhiculée par les institutions internationales et une partie des médias, qu'on puisse distinguer les migrants sur la base de leur motivation se heurte à la réalité bien plus complexe de motivations croisées. En effet, certains migrants, qui ne correspondent pas aux différentes catégories légales permettant d'entrer dans un pays (migration de personnes hautement qualifiées, regroupement familial...), tentent leur chance avec le statut de réfugié. C'est le cas en particulier de ceux qui proviennent de pays précaires, avec une insécurité élevée, et où ils n'ont aucune perspective d'avenir. Il est donc caricatural d'opposer les « bons » réfugiés aux « mauvais » migrants économiques. Migrants économiques et réfugiés politiques ne se différencient guère par leurs activités dans les lieux d’accueil : tous travaillent ou cherchent à travailler.

Dans sa thèse, la chercheuse Karen Akoka (2012) a ainsi démontré à quel point la distinction entre migrants économiques (et les notions associées de volonté, de choix) et réfugiés (et la notion de migration forcée, de contrainte...) relevait d'une décision politique. Elle a été instaurée dans le contexte de la guerre froide, au moment des négociations sur la caractérisation du réfugié statutaire (convention de Genève, 1951). Tandis que le bloc de l’ouest adoptait une définition libérale du réfugié comme une personne politiquement persécutée, le bloc de l’est défendait une définition du réfugié comme celui fuyant la misère économique. C’est finalement la vision du bloc occidental qui a été retenue et fixée dans les instances internationales, et qui est toujours la plus courante aujourd’hui. Cette remise en perspective historique permet à tout le moins de questionner la notion de « volonté » et le degré de contrainte dans le choix d'un moment de départ et d'un lieu de destination chez les migrants.

(MCD) septembre 2015, mis à jour (JBB) en décembre 2018, avec la collaboration du laboratoire junior Mouvances de l'ENS de Lyon. Dernière modification (SB et CB), février 2023.


Références citées
  • Karen Akoka (2012), La fabrique du réfugié à l'Ofpra (1952-1992) : du consulat des réfugiés à l'administration des demandeurs d'asile. Thèse de doctorat en sociologie soutenue en 2012, sous la direction d'Alain Tarius, Universités de Poitiers et Limoges.
Pour compléter avec Géoconfluences
Liens externes
  • Le site de l’OIM
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