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Finistère, finisterre

Publié le 13/01/2026
Auteur(s) : Vincent Capdepuy, docteur en géographie, professeur d'histoire-géographie - académie de La Réunion
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Un finistère, ou finisterre, évoque l’idée d’un « bout du monde », d’une avancée continentale dans l’océan, d’une marge extrême, même si le mot n’est pas dans les dictionnaires de français.

Le mot découle d’un nom de département, le Finistère, forgé en 1790. Il provient du latin finis terrae, « fin de la terre ». Il a été choisi pour nommer ce département perçu comme « la fin de la terre de France », sur le modèle du cap Finisterre en Espagne (Cabo Fisterra en galicien, Cabo Finisterre en castillan).

L’usage du nom commun est très rare. On le lit sous la plume de Victor Hugo dans Les travailleurs de la mer : « les promontoires, les caps, les finistères, les nases, les brisants, les récifs… » (Hugo, 1880) ; mais il habite le monde en poète. Citons également l’orientaliste Paul Masson-Ourel : « L’histoire, au surplus, devrait nous ouvrir les yeux, en dépit d’une tenace prénotion géographique, et nous faire voir en pleine évidence que l’Europe se réduit à un “Finistère” de l’Asie. » (rapporté par Le Gaulois, 18 avril 1925) – mais le mot est entre guillemets, et avec majuscule (par antonomase).

Le géographe Maurice Le Lannou recourait volontiers à ce mot dans ses articles du Monde, souvent au pluriel d’ailleurs, pour parler des « finistères atlantiques », de la Galice espagnole aux Highlands écossais (par exemple dans Le Monde du 12 octobre 1957). Il soulignait régulièrement la fragmentation de ces espaces : « Les finistères se sont séparés, sans pour autant se raccorder efficacement aux puissances politiques continentales qui les dominaient. » (Le Monde, 3 avril 1964) À propos des Canaries ; il écrivait : « C'est plus qu’un finistère européen : c’est, selon l'expression de mon collègue madrilène Manuel de Teràn, qui présida aux travaux de la conférence, une projection atlantique de l'Europe. » (Le Monde, 4 décembre 1962) De fait, l’insularité implique une rupture qui est au contraire à l’idée de finistère.

L’écrire « finisterre » est une manière de revenir à l’étymologie latine. C’est bien sous cette orthographe que le terme a trouvé sa place, entre science et poésie, dans Les mots de la géographie : « bout du monde […] ; proéminence d’un continent située à l’écart des lieux d’activité majeurs » (Brunet, 1992). Et c’est également sous cette forme que l’emploie Louis Brigand dans un texte qui s’émancipe volontairement du cadre universitaire : « Je fais partie de ceux qui considèrent que vivre dans un finisterre est un privilège géographique, tout comme habiter un cap, une péninsule, un bout du monde. » (Brigand, 2009)

Parler de finisterre reste une intuition géographique. Le terme permet de penser ces terres extrêmes, qui sont bien plus que des caps ou des promontoires, mais bien des espaces en marge, au-delà desquels ne s’étend plus que l’océan, une sorte de confins.

Vincent Capdepuy, janvier 2026. Dernière modification (JBB), janvier 2026.


Références citées
  • Brigand Louis (2009), Besoin d’îles, Paris, Stock, 2009.
  • Brunet Roger (1992), « Finisterre », Les mots de la géographie, Montpellier/Paris, GIP Reclus/La Documentation française, 1992, p. 199–200.
  • Hugo Victor (1866), Les Travailleurs de la mer. Disponible sur BNF Gallica.
  • Le Lannou Maurice (1957), « Problèmes européens », Le Monde, 12 octobre 1957.
  • Le Lannou Maurice (1962), « La leçon des îles Canaries », Le Monde, 4 décembre 1962.
  • Le Lannou Maurice (1964), « Pédagogues en Irlande », Le Monde, 3 avril 1964.
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