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Amazonie : l’archéologie pour en finir avec la « forêt vierge »

Publié le 19/11/2018
Une entrevue filmée par « Le Monde » avec l'archéologue Stéphen Rostain permet de revenir sur l'anthropisation ancienne et profonde des milieux amazoniens.

Illustration : Extrait de la carte « The Age of Discovery 1340-1600 », in William R. Shepherd, Historical Atlas, 1911 (source : Bibliothèque de l'Université du Texas).

L’Amazonie véhicule un puissant imaginaire autour de sa forêt. Cet imaginaire est une construction mentale collective, européo-centrée, édifiée dès les premières descriptions et consolidée au cours des siècles suivants. Elle repose sur une conception occidentale du rapport entre la nature et les sociétés, et sur des préjugés raciaux.

Le plus tenace de ces préjugés fait de l’Amazonie le milieu « naturel » par antonomase. Avec les milieux arctiques et les milieux arides chauds, elle figure parfois sur les cartes parmi les espaces vides d’hommes, et même parmi les « déserts » (humains). Si on sait qu’aucun milieu n’est « naturel » (par définition un milieu est le résultat d’interactions dynamiques entre des actions anthropiques et des composantes naturelles), il a parfois été tentant de voir dans les forêts équatoriales d’Amazonie des espaces où l’action des sociétés humaines a été réduite à la portion congrue, un « enfer vert » ou une « forêt vierge ».

C’est oublier les millénaires d’occupation humaine par des groupes sociaux divers et parfois très nombreux. Lors de leur première rencontre avec les explorateurs européens, les habitants de l’Amazonie avaient déjà été décimés par le choc microbien transmis de proche en proche dans tout le continent américain. La décimation est ici à entendre au sens propre : la mortalité liée aux maladies importées d’outre-Atlantique pouvait atteindre et dépasser les 90 %.

Les travaux de Stéphen Rostain, ainsi que ses interventions publiques très accessibles aux non-spécialistes, permettent de se faire une idée de l’ampleur du peuplement pré-colombien en Amazonie. Après avoir rappelé les effets du choc microbien, l’archéologue explique que les sociétés qui ont vécu dans la région ont profondément transformé leur milieu par des travaux de terrassement de grande ampleur (endiguement, creusement de bassins, surélévation de chemins...). Il rappelle aussi les raisons qui ont conduit à sous-estimer cette anthropisation pendant des décennies :

  • L’absence d’intérêt pour la question, lié aux préjugés sur la forêt dite « vierge » ;
  • Le mépris pour certaines sources écrites comme des récits d’explorateurs décrivant des villes importantes en Amazonie, considérés comme fantaisistes et écartés ;
  • L’absence de constructions en pierre, obligeant l’archéologie à requérir le concours d’autres sciences comme l’écologie, la pédologie, l’ethnobotanique, l’hydrologie ou la géomorphologie, pour identifier les traces d'une présence humaine passée.
     
Pour compléter :


Sur l’anthropisation, exogène cette fois, de l’Amazonie par fronts pionniers, avec des cartes de la densité humaine à l'époque de l'article (en 2002), voir :

 

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