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Le "Modern Express" et les transports maritimes dans la mondialisation

Publié le 01/02/2016

Le Modern Express est un « car carrier » récent (2001) immatriculé au Panama, qui naviguait du Gabon vers Le Havre lorsqu'il a émis mardi 26 janvier 2016 un signal de détresse à 280 km de la pointe nord-ouest de l'Espagne, à la suite d'une forte gîte, probablement due à un désarrimage de sa cargaison. Ses 22 hommes d'équipage, philippins, ont été évacués mardi par des hélicoptères espagnols.
Le navire appartient à la compagnie maritime sud-coréenne Cido Shipping. Il avait été affrété par European roro lines, une compagnie belge.
Huffington Post, 1er février 2016 http://www.huffingtonpost.fr/2016/02/01/cargo-modern-express-derive-remorquage-navire-transports-marine-echouage_n_9130426.html

La carte de la dérive et du remorquage, Ouest-France, 1er février 2016 http://www.ouest-france.fr/europe/france/modern-express-debut-dune-nouvelle-tentative-de-remorquage-4009212

  • Qu'est-ce qu'un « car carrier » ?

Le Modern Express est un « car carrier », un navire qui transporte des voitures. C’est une niche du transport maritime dont les principaux armateurs sont japonais et coréens.
Le Modern Express appartient à l’armement Cido Shipping de Hong Kong qui possède 40 voituriers. Il est exploité, sous affrètement, par le groupe belge European Roro Lines. Il effectue des rotations entre la France et l’Afrique (Le Havre - Gabon). À l’aller, il transporte des véhicules, au retour de la marchandise diverse (remorques, camions, bois, matériel de travaux publics qui ont servi sur des chantiers en Afrique et qui remontent en Europe…). Les voituriers transportent vers l’Afrique beaucoup de véhicules d’occasion.
La production mondiale d’automobiles tourne autour de 80 millions d’unités par an. Les voituriers en ont transporté 35 millions en 2014. Principal flux : le transocéanique qui voit les constructeurs japonais et coréens exporter leurs voitures vers l’Europe et l’Amérique du Nord. 17,4 millions de voitures ont ainsi été acheminés sur ces autoroutes de la mer en 2014. Le second flux, c’est l’interrégional, en Europe ou en Asie. C’est dire la redistribution des voitures. Exemple : les Japonaises arrivent dans un grand port européen ; un plus petit voiturier les charge pour les distribuer sur différents pays. En 2014, 17,6 millions de voitures ont été transportés sur ces routes « nationales ». Les navires « transocéaniques » sont capables de transporter plusieurs milliers de voitures. Actuellement, le plus gros est le Hoëgh Target de l’armement norvégien Hoëgh, d’une capacité de 8 500 véhicules.
Les deux ports les plus importants en Europe sont Bremerhaven (Allemagne) surtout à l’export, avec tous les véhicules des constructeurs allemands ; et Zeebrugge (Belgique) qui a traité, en 2014, 2,3 millions de véhicules. En France, le trafic est peu important. Aucun port dans le top 20 européen. Le Havre, Sète, Marseille, La Rochelle, Nantes reçoivent des véhicules. Cherbourg a longtemps été le port d’accueil de Toyota en Europe. Mais il a perdu ce trafic, en 1999, au profit de Zeebrugge.
La flotte mondiale de voituriers compte 700 unités pour une capacité totale de 4 millions de voitures. Elle est récente, n’affichant que 10 à 12 ans de moyenne d’âge.Les voituriers sont des navires assez particuliers. Ils sont très haut sur l’eau, avec un tirant d’eau (partie immergée du navire) très faible et une prise au vent très forte.
Les pays exportateurs sont les pays armateurs. Les trois premiers armements sont les Japonais NYK (Nippon Yusen Kaisha, 123 navires), MOL (Mitsui OSK Lines, 116 navires) et K Line (Kawasaki Kisen Kaisha, 97 navires). Ils représentent 30 % du marché mondial.Les suivants sont coréens : Eukor Car Carriers (67 navires) et Hyundai Glovis (64 navires).En Europe, on trouve trois importants armements : Wallenius Wilhelmsen (Norvège/Suède, 53 navires), Grimaldi (Italie, 47 navires) et Höegh Autoliners (Norvège, 42 navires).
Ouest-France, 1er février 2016 http://www.ouest-france.fr/mer/modern-express/que-transportait-le-modern-express-4009511

  • Qui paie le remorquage ?

Les secours nationaux sont mobilisés pour le remorquage. Mais l'État ne paiera pourtant pas la facture finale. En effet, l'État ne s'engage à prendre en charge que le coût lié au sauvetage de vies. En revanche, les opérations liées au dépannage ou au remorquage de bateaux sont à la charge du propriétaire des bâtiments impliqués. Le code de l'environnement de 2002 autorise l’Etat à mettre en demeure l'armateur de faire cesser le danger que représente son navire pour l'environnement et les autres bateaux. S'il ne trouve pas une société de remorquage, l’Etat peut lui imposer de se faire prendre en charge par le mode étatique, à ses frais. Ce que la préfecture maritime a fait dans le cas du Modern Express http://www.lefigaro.fr/societes/2016/02/01/20005-20160201ARTFIG00230-l-etat-francais-ne-paiera-pas-le-remorquage-du-modern-express.php

  • Qu'est-ce qu'un port-refuge ?

Les discussions sont allées bon train pour savoir quel port – en France ou en Espagne – devait accueillir le navire.
La directive européenne de 2002 définit comme « lieu refuge » « un port, une partie d’un port ou un autre mouillage ou ancrage de protection ou toute autre zone abritée, désigné par un Etat membre pour accueillir des navires en détresse ».
Si les câbles permettant au bateau d’être tracté ne rompent pas, le navire sera accueilli dans le port refuge de Bilbao, après accord des autorités espagnoles.
Le Monde, 1er février 2016 http://www.lemonde.fr/planete/article/2016/02/01/modern-express-qu-est-ce-qu-un-port-refuge_4857455_3244.html

Pour élargir :

Arte, Le Dessous des cartes, Le transport maritime, cœur de la mondialisation, 30 janvier 2016.
Le transport maritime est un marché gigantesque et un pilier indispensable au fonctionnement de l’économie mondiale puisqu’environ 80 % du commerce mondial en volume est assuré par le transport maritime, ce qui signifie qu’une grande partie de ce que nous consommons a transité par la mer. Ainsi, en 2013, 9 milliards et demi de tonnes de marchandises ont été transportées par navire. Mais comment expliquer cette domination de la voie maritime sur le transport de marchandises alors qu’il ne s’agit pas du mode de transport le plus rapide ? http://ddc.arte.tv/nos-cartes/le-transport-maritime-coeur-de-la-mondialisation

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