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Les hydrocarbures en Russie, entre promesses et
blocages
(Julien Vercueil)
Politique
et géopolitique du pétrole russe
(Julien
Vercueil)

Les
hydrocarbures en Russie, entre promesses et blocages
(Julien Vercueil)
Aujourd’hui,
plus que jamais, le secteur des hydrocarbures
domine l’économie de la Russie. La
production d’hydrocarbures représente
plus de 25% du PIB et assure plus de 40% des recettes
du budget de l’État. L’exportation
fournit environ les deux tiers des recettes en
devises du pays, les grandes entreprises du secteur
sont les acteurs majeurs de son industrie. Dans
un monde en proie à une incertitude grandissante
en matière énergétique et,
face à l’instabilité chronique
des zones traditionnelles de production (Moyen-Orient),
la Russie trouve dans ses gisements pétroliers
une source de renouvellement de son influence
perdue à la suite de l’effondrement
de l’URSS. Premier producteur mondial de
pétrole au début de 2004 - à
égalité avec l’Arabie Saoudite
-, deuxième exportateur mondial, premier
producteur de gaz naturel, mais aussi troisième
consommateur d'énergie (derrière
les États-Unis et le Japon), la Russie est aujourd’hui
un acteur incontournable du jeu énergétique
mondial.
Cet atout qu’est la possession de ressources
naturelles abondantes n’est pourtant pas
un gage de prospérité. Mal exploité,
ce potentiel peut receler des pièges économiques
et politiques difficiles à éviter.
La situation russe fournit un bon exemple des
retombées contrastées de la manne
pétrolière sur l’économie
et la société d'un État.
Le potentiel
encore mal exploité du secteur pétrolier
Longtemps maintenue au premier
rang mondial, la production d’hydrocarbures
de l’Union soviétique, portée
successivement par l’exploitation des gisements
de l’Oural, puis de la Sibérie occidentale
a atteint son maximum en 1988 avec 12,5 millions
de barils par jour (Mbj). Depuis, l’éclatement
de l’Union, la crise économique et
les conséquences de la "transition"
ont précipité le déclin de
la production, qui en Russie n’atteignait
plus que 6 Mbj en 1998. À partir de 1999,
la remontée des cours mondiaux du pétrole
et la modernisation des infrastructures ont favorisé
une nette reprise de l’activité :
en 2003, la production totale a atteint 8,4 Mbj,
dont 8,2 de pétrole brut, soit une augmentation
de 10% par rapport à 2002.
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Pour l’essentiel,
la production est extraite de deux grands
bassins : la Sibérie occidentale
(région de Tioumen) et l’ensemble
Volga-Oural (région de Samara, république
autonome du Tatarstan), qui assurent ensemble
plus de 90% du total produit en Russie.
Un vaste système d’oléoducs
partant des principaux bassins de production
alimente les zones de consommation et les
marchés européens. Le plus
important est connu sous le nom d’"Amitié"
(Droujba) : mis en service dans
les années 1960, il reliait initialement
le bassin Volga-Oural aux pays européens
du bloc socialiste. Il a été
relié par la suite au réseau
provenant de la Sibérie occidentale
et assure l’acheminement de près
de la moitié des volumes destinés
à l’Europe occidentale. Une
branche septentrionale et le nouveau "Baltic
Pipeline System" permettent aujourd’hui
d’atteindre les terminaux portuaires
de Ventspils (Lettonie) et Butinge (Lituanie,
mis en service en 1999) qui donnent accès
aux marchés occidentaux via la mer
Baltique. |
Près de la moitié
de la production de pétrole brut est directement
exportée. Le reste, raffiné
en Russie, est en majorité destiné
à l’exportation sous forme de produits
pétroliers. Au total, les exportations
de pétrole brut et de produits pétroliers
représentaient, en 2002, plus des deux
tiers de la production. Le tiers restant assurait
la satisfaction des besoins nationaux. Plus de
85% des exportations sont destinés aux
marchés hors CEI.
La configuration du secteur pétrolier
en Russie diffère de celle des principaux
autres pays producteurs (Arabie saoudite,
Emirats du golfe, Venezuela) où, en règle
générale, il n’existe qu’une
seule grande compagnie nationale publique. La
production est assurée aujourd’hui
par une petite dizaine d’entreprises restées
sous contrôle russe, issues pour la plupart
des privatisations menées entre 1992 et
1996. Jusqu’en 2004, Lukoil et Ioukos dominaient
le secteur avec chacune environ 20% de la production
nationale et plus de 19 milliards de barils de
réserves prouvées. Les démêlés
de Ioukos avec l’État russe ont, depuis,
abouti au démantèlement partiel
de l’entreprise, dont la principale filiale
de production est passée sous le contrôle
de Rosneft, entreprise contrôlée
par l’État. Ainsi consolidé,
le groupe public Rosneft devient, début
2005, le deuxième producteur pétrolier
russe après Lukoil. Peu avant, l’entreprise
britannique BP avait constitué une holding
commune avec TNK et Sidanko pour se hisser au
3e rang. Il est toutefois important de noter que,
dans cette industrie fortement intégrée
verticalement, le transport d’hydrocarbures
– et donc, dans les faits, l’accès
aux marchés étrangers – est
le seul segment qui soit maintenu entièrement
sous le contrôle de l’État
par l’intermédiaire des monopoles
publics Transneft et Transnefteproduct.
Compte tenu de l’épuisement
progressif des capacités des principaux
bassins actuellement exploités,
les possibilités d’extension de la
production de pétrole brut dépendent,
à moyen terme, de la mise en valeur de
nouveaux gisements. Les estimations actuelles
font état de 50 à 60 milliards de
barils, soit plus de 5% des réserves mondiales,
plaçant la Russie au 8e rang des nations
pour l’importance des gisements. Une grande
incertitude entoure cependant ces estimations,
en partie à cause des méthodes utilisées
par les entreprises russes pour évaluer
leurs réserves, qui diffèrent de
celles admises communément au niveau international.
Les réserves non exploitées sont
principalement situées en Sibérie
orientale, en Extrême-Orient
et dans la Sibérie septentrionale (république
des Komis, région des Nenets) (voir la
carte ci-dessus). Leurs conditions climatiques
sont en général très défavorables,
ce qui suppose des investissements massifs pour
les mettre en valeur.
Là réside le premier goulet
d’étranglement de la production pétrolière
russe : depuis plus de quinze ans, l’activité
d’exploration et de renouvellement des réserves,
dont dépendent à long terme les
capacités de production, s’est fortement
réduite. L’investissement nécessaire
au maintien d’un taux de remplacement satisfaisant
des gisements au fur et à mesure de leur
épuisement n’a pas été
réalisé. En 2001, la production
de pétrole a atteint 348 millions de tonnes,
mais le montant des réserves nouvelles
prouvées n’a été que
de 298 millions. Si la tendance ne s’inverse
pas, il ne faudra pas attendre longtemps avant
que la production totale baisse à nouveau,
du fait de l’insuffisance des nouvelles
mises en production.

Une autre limite structurelle réside
dans les capacités de distribution vers
l’étranger des huiles extraites.
C’est le rôle joué par le monopole
public de transport par oléoduc qui est
ici en cause. Jusqu’à présent,
la stratégie de Transneft a obéi
à des considérations plus politiques
qu’économiques. En particulier, les
conditions posées à l’allocation
des capacités de transports aux entreprises
productrices ont fait l’objet de nombreuses
critiques. D’une part, elles donnent lieu
à des marchandages opaques qui alimentent
les accusations de discrimination et de corruption
à l’endroit du monopole. D’autre
part, les méthodes d’allocation des
quotas ont eu tendance à stimuler la production
au détriment de l’investissement
des compagnies pétrolières, mais
aussi à maintenir un écart substantiel
entre les prix domestiques et les prix mondiaux.
À la fin de l’année 2000,
cet écart représentait une subvention
à l’économie russe de plus
de 5 milliards de dollars. Dans le même
temps, l’opérateur s’est avéré
incapable de faire face à la reprise de
la production enregistrée après
1999 : le réseau semble avoir atteint en
plusieurs endroits la saturation de ses capacités,
alors même que d’autres segments sont
notoirement sous-exploités. Là aussi,
l’une des causes profondes de cette contrainte
tient à l’insuffisance d’investissement
dans les années 1990.
Les ports actuellement en service (Primorsk,
Butinge et Ventspils sur la mer Baltique, Novorossisk,
Touapsé et Odessa sur la mer Noire), qui
assurent environ la moitié des exportations
vers les marchés occidentaux, ne sont pas
tous situés sur le territoire russe et
ne peuvent supporter une augmentation substantielle
des exportations par voie maritime. En tout état
de cause, les détroits du Bosphore sur
la mer Noire et de l’Oresund (séparant
le Danemark de la Suède) constituent un
autre facteur limitant des exportations : ils
n’autorisent pas le transit de supertankers
dont la capacité excède 150 000
tonnes. C’est ce qui explique l’utilisation
récente, par les compagnies russes, des
trains et du transport fluvial par barges pour
une partie non négligeable (environ 0,5
Mbj) de leur production. Cette option apparaît
toutefois davantage comme un palliatif lié
à la hausse des cours du pétrole
- qui a rendu rentable l’utilisation de
ces modes de transports largement déficients
- que comme une réelle solution alternative
à long terme.
Conscients des limites structurelles qui
affectent le secteur, les pouvoirs publics russes
ont établi un plan de développement
des capacités de production établissant
les objectifs de production à 9,4 Mbj pour
2010. Fin 2003, les compagnies TNK et Ioukos tout
comme des experts indépendants estimaient
ce potentiel à 11 Mbj à la même
échéance. Compte tenu du sous investissement
passé et des incertitudes pesant sur l’environnement
économique et politique du secteur, les
prévisions de l’Agence Internationale
de l’Énergie sont plus conservatrices
: elles tablent sur une production de 8,6 Mbj
en 2010, 9 Mbj en 2020 et 9,5 en 2030, ce qui
entraînerait une érosion significative
de sa part dans la production mondiale, quels
que soient les scénarios retenus en la
matière.
L’une des voies possibles de développement
de la production consiste en la participation
d’entreprises étrangères à
la prospection et à l’exploitation
des nouveaux gisements. Depuis 1996,
la loi sur les "accords de partage de la
production" (APP), modifiée en 2003,
offre un cadre juridique pour ces projets. Mais
dans les faits, la résistance des autorités
fédérales et régionales à
l’immixtion de sociétés étrangères
dans ce qui est considéré par beaucoup
comme une ressource stratégique, tout comme
les nombreux revirements qui ont émaillé
le développement institutionnel en Russie
depuis 1992, ont considérablement limité
la portée réelle de ces accords.
La part maximale des réserves nationales
pouvant être exploitées suivant le
régime des APP a été plafonnée
à 30% par la Douma. Si la vingtaine de
projets d’accords éligibles à
ce régime atteint d’ores et déjà
virtuellement ce plafond, seuls trois accords
sont actuellement réellement effectifs
sur le terrain, sur les gisements de Sakhaline
(Sakhaline 1 et Sakhaline 2) et de Sibérie
(gisement de Khariaga, district autonome de Nenets).
L’autre voie de pénétration
des entreprises étrangères dans
le secteur pétrolier russe consiste à
participer à des alliances stratégiques
avec les compagnies russes. En dépit des
difficultés et des risques que ces accords
comportent, BP, Totalfina Elf et Exxon Mobil,
ont été jusqu’à ce
jour les entreprises étrangères
les plus actives en Russie.
Du point de vue du transport,
les principaux projets de déblocage du
développement des capacités d’exportation
consistent à augmenter la capacité
d’acheminement des huiles par oléoducs
et à développer certains ports d’exportation.
Ces projets sont portés par les principales
sociétés de production, qui y voient
un moyen de contourner le monopole de Transneft
et d’augmenter leurs recettes en devises.
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Six
zones font l’objet de projets majeurs
:
1 - L’inversion de l’oléoduc
croate Adria permettant son interconnexion
avec Droujba et le chargement de supertankers
dans le port en eaux profondes d’Omisalj
;
2 - L’augmentation des capacités
de ports pétroliers situés
sur la baltique ;
3 - Le développement des terminaux
portuaires sur la mer noire (Novorossisk,
Odessa, Tuapse, S. Ozereievka) ;
4 - Le développement d’oléoducs
vers la Chine (Daqing) et le Pacifique à
partir d’Angarsk et Nakhodka ;
5 - Le développement d’infrastructures
à partir des gisements à exploiter
de Sakhaline ;
6 - L’utilisation du terminal de Mourmansk
pour ouvrir une nouvelle voie nordique (notamment
vers les États-Unis).
L’addition de ces nouvelles infrastructures
ferait passer le potentiel d’exportation
de la Russie de 3,8 Mbj actuellement
à près de 6 Mbj à l’horizon
2010, confortant sa position d’acteur
de référence sur le marché
mondial du pétrole. Cette progression
est toutefois subordonnée à
la réalisation des projets d’extension
de la production évoqués précédemment,
qui peuvent être remis en cause à
tout moment par une décision du pouvoir
en place. Le démantèlement
de l’entreprise Ioukos, survenu en
2004 alors que le groupe avait acquis une
stature de premier plan au sein du secteur,
a ainsi momentanément gelé
certains de ces programmes, ainsi que des
projets occidentaux dans le pays. |

Un secteur
gazier sous le contrôle de l'État
Riche
en pétrole, le sous-sol russe l’est
plus encore en gisements de gaz. Premier
producteur et premier exportateur mondial, avec
environ 20 % des capacités mondiales
de production de gaz, la Russie détient
des réserves prouvées gigantesques
: les estimations actuelles font état
de 1680 trillions de mètres cubes (Tmc),
soit environ un tiers du total des réserves
mondiales et plus de deux fois celles de l’Iran,
deuxième détenteur mondial de
ressources. La Russie fournit ainsi plus de
25% de la consommation annuelle de l’Union
Européenne, et entend renforcer à
l’avenir sa présence sur ce marché
très lucratif.
À la différence du secteur
pétrolier, la production de gaz n’est
pas répartie entre plusieurs acteurs
: Gazprom, entreprise contrôlée
par l’État, détient plus
de 60% des réserves et assure 90% de
la production, tout en contrôlant le transport
et les exportations par le réseau de
gazoducs et les licences qu’il détient.
Ce géant industriel joue un rôle
de premier plan dans la vie économique
et politique de la Russie. Principal pourvoyeur
national de devises étrangères,
le groupe contribue également à
hauteur de 25% des recettes du budget de l’État.
Toutefois, la politique menée depuis
le début des années 1990 par l’entreprise
n’a pas permis d’enrayer le déclin
de la production, qui a baissé de 10%
en 10 ans. Pour maintenir les volumes à
leur niveau actuel, la Banque Mondiale estime
que l’entreprise devrait investir une
moyenne de 10 milliards de dollars par an durant
les dix prochaines années. L’effort
devrait être encore plus important pour
permettre d’atteindre les objectifs de
l’entreprise, qui sont d’augmenter
la production de 10% d’ici 2020. Or, malgré
une forte croissance, les montants investis
depuis 2001 sont très loin d’avoir
atteint les niveaux requis : 2,8 milliards de
dollars en 2001, 4,7 milliards en 2002 et 6,1
milliards en 2003.
L’insuffisance des recettes courantes
est souvent invoquée pour expliquer la
faiblesse de l’effort d’investissement.
Gazprom pratique en effet une tarification particulièrement
favorable envers les consommateurs russes, tandis
que les prix à l’exportation sont
déterminés par les conditions
du marché mondial des énergies
primaires. Les recettes nettes enregistrées
en 2003, malgré une forte augmentation
par rapport aux années précédentes
du fait d’un contexte de prix d’exportation
particulièrement favorable, n’ont
pas dépassé 8 milliards de dollars.
En effet, les prix domestiques moyens représentaient
50 % du coût de production et de distribution
du gaz en 2002. Après les révisions
tarifaires autorisées par l’État,
ils se sont établis à 80% de ce
coût en 2004. Même après
cette augmentation substantielle, les prix domestiques
ne représentent que 25% des prix mondiaux,
particulièrement élevés
il est vrai du fait d’une conjoncture
mondiale tendue. Le montant cumulé du
préjudice supporté par Gazprom
du fait de cette politique tarifaire est difficile
à chiffrer. Si l’on s’en
tient à la tarification au coût
marginal, on peut le situer dans une fourchette
comprise entre 16 et 19 milliards de dollars
sur la période 2002-2004, soit un montant
largement supérieur au retard d’investissement
correspondant. Pour important qu’il soit,
ce manque à gagner lié aux obligations
imposées au monopole gazier ne saurait
l’exonérer des doutes pesant sur
la qualité de sa gestion, ni sur sa volonté
de poursuivre une politique active de modernisation
et de contrôle des coûts, dans un
contexte concurrentiel encore peu menaçant.
Des retombées
contrastées
La possibilité
de bénéficier d’énergie
à bas prix constitue a priori une opportunité
économique pour les consommateurs
du pays : les coûts moyens de production
et de distribution nationale du pétrole
et du gaz étant largement inférieurs
aux niveaux mondiaux, le pays bénéficie
de l'effet d’aubaine provenant de la rente
des matières premières. Par le jeu
de la fiscalité, une augmentation de 1
dollar du prix du pétrole entraîne
un gain de un milliard de dollars pour le budget
fédéral. Au niveau macro-économique,
le gain est potentiellement considérable,
particulièrement lorsque le prix international
des hydrocarbures est élevé. Ainsi,
en 2004 les revenus des exportations de pétrole
sont estimés à plus de 70 milliards
de dollars (soit près de 20% du PIB), tandis
qu’un pays comme la France dépensait
en 2003 près de 22 milliards d’euros
(27 milliards de dollars courants) pour sa facture
énergétique (soit 1,5% du PIB).
À plus long terme,
cet effet d’aubaine peut cependant se trouver
limité par une série de facteurs
liés à une gestion malencontreuse
de la rente. Du côté de
la consommation, le faible coût de l’énergie
n’incite pas le gouvernement, ni les acteurs
économiques, à opter pour des usages
économes, quels que soient par ailleurs
les impératifs liés aux conditions
climatiques. Ainsi, la Russie est le deuxième
consommateur de gaz mondial derrière les
États-Unis. Sa consommation de pétrole,
ainsi que celle des autres anciennes républiques
de l’URSS, est particulièrement élevée
comparativement à son PIB et l’intensité
énergétique de sa production industrielle
est l’une des plus fortes du monde. Les
tendances récentes de la consommation ne
signalent pas d’évolution favorable
dans ce point de vue : si la consommation de pétrole
a chuté de 4,5 Mbj à 2,45 Mbj entre
1992 et 2002, c’est en raison d’une
réduction des volumes de production plus
que d’une réorientation vers des
utilisations plus économes. De fait, la
consommation a repris avec le redémarrage
de la croissance depuis 1999.
Les autorités doivent compter cependant
avec les conditions climatiques particulières
du pays, qui imposent une gestion prudente
des modalités d’accès au chauffage
– c’est-à-dire, en Russie,
au gaz – de la population. Confrontées
au délabrement de leurs logements, les
franges les plus vulnérables de la population
dépendent de manière vitale de la
fourniture d’énergie à très
bas prix. Les projets d’augmentation des
prix domestiques du gaz doivent tenir compte de
l’insolvabilité d’une partie
de la demande privée, par un transfert
des dépenses nécessaires vers le
système de protection sociale.
Du côté de la production,
le risque est grand de voir le secteur des hydrocarbures,
plus rentable que les autres, absorber progressivement
l’essentiel des investissements industriels
du pays, conduisant à une déformation
de la structure de l’économie. Ce
blocage du développement économique
lié paradoxalement à l’excessive
rentabilité du secteur des matières
premières est connu depuis les années
1960 sous le nom de "syndrome hollandais".
Dans le cas russe, si certains symptômes
du syndrome hollandais sont présents depuis
dix ans – le secteur énergétique
absorbe une part disproportionnée des investissements
du pays tandis que les autres secteurs souffrent
d’une sous capitalisation caractéristique
des effets de distorsion sectorielle –,
la croissance de la production industrielle hors
énergie est restée suffisamment
forte depuis 1999 pour qu’on ne puisse pas
conclure pour le moment à des déformations
irrémédiables du tissu productif.
Il reste, qu’alors que la production d’hydrocarbures
n’emploie directement que 1% de la population
active russe, elle pourvoit à près
de 25% de son PIB. Cet écart donne la mesure
de la concentration des revenus dans l’économie
russe, qui n’a cessé de s’accentuer
depuis l’éclatement de l’ex-URSS.
Le développement à long terme de
l’économie russe, qui passe par une
diversification des sources de croissance, ne
peut se satisfaire d’une polarisation excessive
autour de ce secteur intensif en capital et fortement
dépendant de l’état, par nature
volatile, des marchés mondiaux.
Conclusion
La Russie dispose de ressources
en hydrocarbures de première importance.
L’immensité de son territoire, jouxtant
les trois zones principales de consommation (l’Europe,
l’Asie, l’Amérique du Nord)
et la taille de ses entreprises de production
et de transport en font potentiellement un acteur
majeur du "grand jeu" pétrolier
du XXIème siècle.
La politique suivie par les autorités concernant
le secteur des hydrocarbures reste toutefois peu
lisible : après une libéralisation
débridée qui s’est traduite,
au milieu des années 1990, par la privatisation
sans contrepartie réelle des fleurons de
l’industrie pétrolière, le
pouvoir en place tente depuis le début
des années 2000 de regagner l’influence
perdue, au besoin par des méthodes opaques.
Cette stratégie semble être couronnée
de succès dans le cadre national, ainsi
que les cas de Gazprom et de Ioukos l’attestent.
Toutefois, faute d’une véritable
stratégie de financement du développement
énergétique, qui associe financement
de l'offre et maîtrise de la consommation
énergétique intérieure, la
production et les exportations d’hydrocarbures
risquent de ne plus progresser à l’avenir,
condamnant les ambitions de puissance du pouvoir
actuel à demeurer à l’état
d’incantations.
Suite
de l'article : Politique et géopolitique
du pétrole russe
Julien
Vercueil, IUT Jean Moulin - Lyon III,
Centre d'Études des Modes d'Industrialisation,
EHESS, Paris.
Pour Géoconfluences le 10 février
2005

Références,
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- Vercueil J. - Transition et ouverture de
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- L'Harmattan - 2002
Autres ouvrages de l'auteur :
- Pagé J.-P., Vercueil J. - De la chute
du Mur à la Nouvelle Europe. Économie
politique d'une métamorphose - L'Harmattan
- 2004
- Vercueil J. - La Russie et l’OMC :
enjeux d’une accession annoncée
- Le Courrier des Pays de l’Est, n°
1031, février 2003
D'autres
ressources sur le Web
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- Journal
du CNRS, n°178
novembre 2004 - Pétrole,
les raisons de la tourmente :
www2.cnrs.fr/presse/journal/1779.htm
- Transneft, l'opérateur
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cartes de pipelines existants dans la CEI : www.transneft.ru
- InfoCom, informations de marché dans
le secteur des produits de base proposées
par la CNUCED :
http://r0.unctad.org/infocomm/francais/indexfr.htm
- The World Energy Council (WEC) - Global
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- Energy Information Administration (EIA)
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> Russia Country Analysis Brief, des
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www.eia.doe.gov/emeu/cabs/russia.html
>
Pétrole et gaz en Russie sur le site de
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- Agence internationale de l'énergie (International
Energy Agency - IEA), agence autonome associée
à l'OECD - OCDE): www.iea.org
> Key World Energy Statistics - Edition
2004 - Téléchargement en pdf :
www.iea.org/dbtw-wpd/bookshop/add.aspx?id=144
> Oil market report http://omrpublic.iea.org
La Fédération de Russie :
http://omrpublic.iea.org/countryresults.asp?country=Russia&countrysubmit=Submit

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à jour : 15-02-2005
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