|
Glossaire
Pour questionner et problématiser, pour identifier et comprendre des mots-clefs, pour faire
des recherches en ligne, en
complément du glossaire
des notions générales proposé
sur le site
Ce glossaire tient compte
des approches retenues pour traiter ce dossier,
à
consulter en page d'accueil.
Il tient aussi compte d'approches pluridisciplinaires
visant ainsi à construire une culture commune
dans l’usage des notions et concepts.
Dernières entrées mises à jour dans le glossaire : Armées, armements, alliances ; Droits de l'Homme et démocratie ; Environnement ; Étranger proche et CEI ; Flux d'échange ; Gazprom ; Population, démographie et santé ; Mobilités et migrations ; Ressources ; Société civile ; Système d'information ; Transition et privatisations
Agriculture
Si l'agriculture russe offre un potentiel
très important, sa transition n'est
pas encore accomplie. Les résultats
obtenus par l’agriculture post-soviétique
sont encore inférieurs à ceux
de l’ère soviétique.
La SAU est de 220 millions d'ha, dont 130
millions de terres arables. L'agriculture
russe est gérée de manière
extensive dans le cadre de vastes domaines
(8 000 à 10 000 ha) hérités
des structures collectives soviétiques.
Globalement, elle souffre d'un manque évident
de capitaux pour acheter des machines agricoles,
des traitements phytosanitaires et des engrais,
en raison de la faible solvabilité
des exploitations et de l'insuffisance du
crédit agricole. Cette sous-capitalisation
se traduit par des rendements peu élevés
: 15 à 20 quintaux par hectare pour
les céréales par exemple.
Pendant ce temps, les magasins d’alimentation
des grandes villes sont massivement approvisionnés
en viandes importées qui couvraient
70 à 90% du marché de Moscou
et de Saint-Pétersbourg au début
des années 2000.
Voir, dans ce dossier, l'article de Pascal
Marchand :
L'agriculture russe post-soviétique
: transition ou continuité ? |
Armée,
armements, alliances
Le potentiel militaire et les armements dont la Russie dispose constituent
toujours, aux côtés de la détention de ressources naturelles stratégiques, un levier géopolitique essentiel pour lui permettre d'affirmer son rôle
mondial. Rappelons par ailleurs que la Russie a hérité du siège de membre permanent au Conseil
de sécurité de l'ONU de l'ex-URSS
.
La Russie conserve un important arsenal
nucléaire, comportant environ 5 000
têtes nucléaires stratégiques
et sans doute environ 3 000 têtes
nucléaires tactiques en condition
opérationnelle. Entre 2002 et 2007 ses dépenses militaires ont progressé à un rythme d'environ 20% par an en moyenne, largement grâce aux excédents budgétaires (environ 10% du PIB en 2006), engrangés par les exportations de matières premières.
L'armée russe est toujours une armée de conscription, peu professionnalisée, dont l'effectif en uniforme
est supérieur à 1,1
million d'hommes. Le climat
s'y est détérioré depuis le début des années 1990 et l'insoumission y atteint des proportions très
significatives (en 2003, 38 000 jeunes n'auraient
pas répondu à l'appel) alors qu'un Comité des mères
de soldats tente de sensibiliser l'opinion
publique sur les mauvais traitements subis
par les appelés, dans le cadre d'un
"bizutage" qui provoquerait, selon
elles, près de 3 000 morts par
an. Dans ces conditions, à l'épreuve de
la guerre en Tchétchénie,
l'armée a recours aux Kontraktniki,
mercenaires qui constituent 80% des recrues.
L'indicateur
d'exportations d'armes conventionnelles établi par l'Institut de recherche internationale sur la paix (Stockholm
International Peace Research Institute / SIPRI) montre une progression régulière
des ventes d'armes par la Russie qui n'a cessé de gagner des parts du marché mondial depuis la fin des
années 1990. Sur la période 2001-2005, la Russie est en tête du commerce international des armes conventionnelles avec 31% des parts de marché, juste devant les États-Unis (30%). Le pays a vendu aux alentours de 6 milliards d'USD d'armes conventionnelles en 2004 et en 2005.
La Russie est
aussi une grande puissance spatiale, tant
militaire que civile. À l'issue de
l'éclatement de l'URSS, la grande
base de lancement de Baïkonour s'est
retrouvée sur le territoire de la
République du Kazakhstan (par 45,6°
N et 63,25°E). Les deux pays se sont
mis d'accord, en 1994, sur un statut particulier
pour le cosmodrome, loué à
la Russie pour 115 millions de dollars par
an. Mais les tensions et les incidents divers
entre les deux pays ont convaincu Moscou
de posséder un accès
indépendant à l'espace et
la plupart des installations techniques
kazakhes ont été transférées
vers les principaux sites spatiaux russes,
à Plessetsk (62,8°N et 40,2 E)
et Svobodny (51,2°N et 128°E). Cependant,
Baïkonour, située à une
moyenne latitude mieux adaptée, reste la
base de lancement des missions vers la Station
spatiale internationale (ISS).
Sur le plan des alliances, la situation
a évolué depuis la guerre
froide. Les relations
avec l'OTAN sont officiellement fondées sur l'"Acte
fondateur", signé
le 27 mai 1997, qui établit un cadre
unique de consultation et de coopération
entre l'OTAN et la Fédération
de Russie à travers le Conseil conjoint permanent, le Conseil OTAN-Russie (COR), institué en mai 2002.
Afin d'avoir les coudées franches, Washington a dénoncé unilatéralement, en 2002, le traité anti-missile (ABM) de 1972, sur lequel reposait
largement l' "équilibre de la
guerre froide". La Russie n'a pu qu'en prendre
acte et ce traité, rendu caduc, a permis aux membres de l'Alliance atlantique d'avancer l'idée d'un "bouclier" anti-missile pour l'Europe, de conception américaine, basé sur des missiles à deux étages qui pourraient être installés en Pologne et en République tchèque. La Russie vit aussi comme une provocation le fait que les avions de l'OTAN assurent la sécurité de l'espace aérien des États baltes et que des bases américaines s'implantent en Roumanie et en Bulgarie.
La Russie de Vladimir Poutine a-t-elle engagé des contre-feux face à ce qui est vécu comme des humiliations. Moscou a ainsi suspendu, en juillet 2007, sa participation au traité sur les Forces conventionnelles en Europe (FCE). Ce traité FCE limitait depuis 1990 le déploiement de forces militaires conventionnelles sur le continent. Sa révision en 1999, suite à la dissolution du Pacte de Varsovie, n'a jamais été ratifiée par l'OTAN dans la mesure où la Russie conservait ses bases militaires en Géorgie (Abkhazie) et en Moldavie (Transnistrie). Quant à l'accord Start-1 de 1991 qui limitait l'arsenal nucléaire des deux grandes puissances de la guerre froide à 6 000 têtes nucléaires chacune, il expire le 5 décembre 2009 et ni la Russie, héritière de l'URSS, ni les États-Unis n'ont l'intention de le prolonger. Enfin, si russes et américains ont signé en 2002 le Strategic Offensive Reductions Treaty (SORT) qui prévoit une réduction mutuelle comprise entre 1 700 et 2200 têtes nucléaires, il ne fixe rien en matière de destruction de missiles et de lanceurs et ne prévoit aucun mécanisme de vérification.
Pour compléter et prolonger :
- Le rapport du Sénat, La Russie
et ses relations extérieures après
la réélection de Vladimir
Poutine - Rapport d'information n°
317 du 19 mai 2004 : www.senat.fr/rap/r03-317/r03-317_mono.html
- Le glossaire OTAN - Russie des termes
politiques et militaires contemporains,
en anglais, français et russe (en
.pdf, 249 pages et 2,7 Mo) : www.nato.int/docu/glossary/fr/index.htm
- La base de données "Facts
on International Relations and Security
Trends" (FIRST) du Stockholm
International Peace Research Institute (SIPRI)
: http://first.sipri.org
- Sur le site Nuclear Threat Initiative
(NTI), les pages consacrées
à la Russie :
www.nti.org/db/nisprofs/russia/tc_ru.htm
- Anna Politkovskaïa – Douloureuse Russie (extraits) – Janvier 2007
www.ceri-sciencespo.com/archive/jan07/art_ap.pdf |
Croissance et développement
(économique)
La croissance du PIB
russe est soutenue : selon le FMI, elle
devrait atteindre 6% du PIB en 2004 (7,3%
en 2003 et 4,7% en 2002). De 1998 à
2003, le PIB
a augmenté en Russie de 25%, les
investissements de 35% et la production
agricole de 20%.
Mais cette croissance est largement tirée
par l'effet des recettes d'exportation,
résultat du renchérissement
des prix des hydrocarbures et de l'ensemble
des matières premières sur
les marchés mondiaux. Les secteurs
pétrolier et gazier contribuent à
environ 12% du PIB et 1/5e de la croissance
serait exclusivement due à la hausse
des cours du pétrole (données
2003). Cette rente a également permis
de ramener la dette publique à 33%
du PIB (contre plus de 98% en 1998). Notons
aussi qu'une part non négligeable
de l'économie russe relève
du secteur informel, échappant donc
tout à la fois aux statistiques et
à l'impôt.
Mais la croissance n'est pas le développement.
La dynamique d'un réel développement
de la Russie n'est pas encore enclenchée.
Si l'on se reporte à l'indicateur
de développement humain (IDH), qui
donne une mesure plus globale du niveau
de bien-être, le recul de la Russie
est notable : elle occupait le 34e
rang en 1991, mais le 71e en 1997, se situant
alors derrière la Belarus,
pour revenir au 57e en 2003 (0,795).
L'économie russe n'a pas encore acquis
une dynamique propre combinant production
et consommation domestiques. L'exploitation
de la rente énergétique place
l'État dans une situation de dépendance
et de vulnérabilité aux variations
des cours des matières premières,
d'autant plus que les recettes fiscales
tirées de la vente de ces ressources
alimentent en grande partie le budget fédéral.
Drainant l'essentiel des investissements
(75%), le secteur énergétique
tend à brider le développement
des autres secteurs d'activité (ce
que les économistes appellent le
"syndrome hollandais"). L'économie
domestique n'est, de ce fait, pas en mesure
de répondre à la demande intérieure,
en particulier en matière de biens
de consommation courante, ce qui favorise
les importations.
Des données complémentaires
:
- La page de la Banque mondiale :
www.worldbank.org/depweb/french/modules/economic/gnp/print.html
- Le FMI (IMF - Fonds monétaire international)
:
www.imf.org/external/country/RUS/index.htm
|
Droits de l'Homme et démocratie
La vie politique russe
est encore marquée par les centaines
d'années d'autocratisme tzariste
suivies par les décennies de "dictature
du prolétariat" du régime
soviétique. Le post-soviétisme
laissait espérer une démocratisation
en profondeur, accompagnée de garanties
permettant le respect des droits
de l'Homme. En cette première décennie du XXIe siècle, certaines tendances peuvent paraître
inquiétantes.
L'apprentissage démocratique des
Russes est d'autant plus lent que tous
ne semblent pas convaincus de son intérêt.
Selon un sondage cité par le Courrier des Pays de
l'Est (n°
1038 de septembre 2003 : "Bilan du
premier mandat de M. Vladimir Poutine",
La Documentation française),
67% des Russes pensent que le vote est
sans effet sur la vie politique du pays
et nombreux sont ceux qui estiment que
les hommes au pouvoir ne sont préoccupés
que par leurs privilèges. À
tel point que 43% seulement des sondés
considèrent les élections
comme indispensables.
Ce que l'on appelle en Russie les “structures
de force” ( les "siloviki"
: armée, police, et services de
renseignement), dont le Président
V. Poutine est lui-même issu, jouent
un rôle important dans l’administration
présidentielle et elles infiltrent
aussi toutes les couches de la société.
À l'inverse, la "société
civile" a toujours des difficultés
pour s'organiser et s'exprimer. Par exemple, une nouvelle loi sur les Organisations non gouvernementales (ONG), entrée en vigueur le 17 avril 2006, oblige - entre autre - les ONG étrangères travaillant en Russie à se conformer à une procédure stricte d'accréditation auprès d'un Service fédéral d'enregistrement (FSR) dont la justification officielle est de "recueillir des statistiques sur les ONG en Russie". En conséquence, près de 3 000 ONG pourraient cesser leur activité en Russie, des organisations souvent les plus actives dans la promotion de la société civile seraint touchées.
Le système judiciaire russe reste
étroitement dépendant de
l'exécutif et la tentative de réforme
judiciaire démocratique semble
avoir tourné court. Loin de constituer
le troisième pilier d'une Russie
en voie de démocratisation, procureurs
et juges sont sous influence, voire sous
contrôle du pouvoir politique, du
Kremlin et du FSB (ex-KGB) qui exercent
leurs pressions via les présidents
de tribunaux. Sans prendre les proportions
qu'elles avaient auparavant, les arrestations
arbitraires ne sont pas rares. La corruption entache la régularité
des procédures.
Enfin le système d'information passe de plus en plus sous le contrôle du pouvoir (voir cette entrée).
Selon
un rapport d'information du Sénat
(mai 2004)* :
"S'agissant du déroulement
des deux scrutins successifs [législatives
de 2003 et présidentielles
de 2003], on peut constater qu'il
n'a pas donné lieu à
des irrégularités
massives ou manifestes qui auraient
faussé le résultat
final, tout en estimant que l'égalité
des chances entre les différentes
formations n'était pas pleinement
assurée. Les difficultés
rencontrées par certains
candidats, le recours à la
"ressource administrative",
euphémisme désignant
les pressions de diverse nature
exercées par les autorités,
mais surtout le traitement non équitable
des différents partis et
candidats dans les médias
contrôlés par l'État,
comme l'a souligné la mission
internationale d'observation des
élections constituée
sous l'égide du Conseil de
l'Europe et de l'OSCE, semblent
avoir contribué à
réduire la concurrence et
à amplifier la victoire de
l'exécutif. Plus généralement,
le lien étroit entre la télévision
d'État et l'exécutif, comme
le ton de moins en moins critique
de la presse nationale au demeurant
peu diffusée hors des grandes
métropoles, renforcent l'impression
d'un affaiblissement du débat
démocratique, accentué
par l'absence de parti politique
susceptible de défendre une
alternative crédible.
Tous ces éléments
dénotent, sur nombre de points,
des écarts sensibles avec
les standards de la démocratie
pluraliste, lesquels, il est vrai,
n'ont guère eu l'occasion
d'être pleinement mis en œuvre
en Russie."
*Sénat, rapport d'information n° 317
: La Russie et ses
relations extérieures après
la réélection de Vladimir
Poutine (19 mai 2004) : www.senat.fr/rap/r03-317/r03-317_mono.html |
Relevons aussi que
les guerres en Tchétchénie et "contre le terrorisme" justifient,
aux yeux des autorités, diverses
entorses au respect des droits de l'Homme. Aux lendemains de la prise d'otages meurtrière de Beslan (septembre 2004), la Douma a adopté, en février 2006, une loi antiterroriste qui codifie les actions des forces de l'ordre en cas d'attentats. Elle établit, entre autre, que la Russie se réserve le droit d'avoir recours à la force pour éliminer des cibles terroristes en dehors de son territoire.
Au nom de la lutte anti-terroriste, les forces du maintien de l'ordre sont désormais autorisées à "pénétrer librement" chez des particuliers, à se livrer à des écoutes téléphoniques, à intercepter du courrier - y compris électronique - et à limiter la liberté de mouvement des individus. L'adoption de cette loi est intervenue une semaine après la mise en place, sur décret de la présidence, d'une superstructure de lutte contre le terrorisme, le Comité national pour la lutte antiterroriste (NAK), supervisé par le chef du FSB. Mais il faut reconnaître que la Russie n'est pas seule à avoir adopté des législations anti-terroristes "musclées" dans le monde !
Pour compléter et prolonger :
- Dans la rubrique Savoir faire : Mémoires
et territoires en Fédération
de Russie
- Divers articles de Marie Mendras (enseignante et chercheuse CNRS / CERI / Sciences Po) :
www.ceri-sciencespo.com/cerifr/cherlist/mendras.htm
- Les Cahiers Russie sont publiés à Sciences Po par le Centre d'Études et de Recherches Internationales (CERI), sous la direction de Marie Mendras :
www.ceri-sciencespo.com/cerifr/publica/cahier_russie/cahier_russie.php
- Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE), document de travail 10568 du
3 juin 2005 - Respect des obligations et engagements de la Fédération de Russie :
http://assembly.coe.int/mainf.asp?Link=/documents/workingdocs/doc05/fdoc10568.htm
-
Le rapport d'information n° 317
du Sénat, La Russie et ses
relations extérieures après
la réélection de Vladimir
Poutine (19 mai 2004) : www.senat.fr/rap/r03-317/r03-317_mono.html
-
Fédération
internationale des droits de l'homme (FIDH)
:
www.fidh.org/europ/russie.htm et www.fidh.org/rubrique.php3?id_rubrique=277
- Amnesty International,
>
La situation en Russie : http://web.amnesty.org/library/fra-rus/index
et, sur le site de la section belge, un
dossier sur la Russie :
www.amnestyinternational.be/doc/rubrique.php3?id_rubrique=272
> Fédération de Russie, une justice en devenir (2003) :
www.amnesty.org/russia/pdfs/francais/justice-report-fra.pdf
- Human rigths watch - Fédération
de Russie : www.hrw.org/doc?t=french_europe&c=russia
|
Environnement
Selon les présupposés idéologiques
soviétiques, les
crises écologiques ne pouvaient être
répandues que dans le système
capitaliste, la planification
du système créant les conditions d'une utilisation
optimale des ressources.
Le combat écologiste était
perçu comme une tentative occidentale
pour affaiblir le pays. Cependant, avant
même la dissolution du régime,
dès le début des années
1980, les mouvements "informels"
furent légalisés et ont vit
apparaître de nombreuses associations
de défense de la nature, tout particulièrement
après la catastrophe de Tchernobyl
(25 Avril 1986). Paradoxalement, cette pression
se relâche au cours des premières
années du post-communisme du fait
de l'affaiblissement de l'appareil d'État
et des contrôles sur les entreprises.
Le nouveau citoyen russe, confronté
à d'autres difficultés essentielles,
reste alors relativement indifférent
aux problématiques environnementales
au cours de ces premières années
de transition. Un
capitalisme sans règles, les trafics
en tout genre qui se développent
dans la Russie post-communiste ne sont guère
propices à un "développement
durable" et les contre-pouvoirs de
la société civile
sont très insuffisants.
L'éclatement de l'URSS en 1991 a permis à la Russie d'échapper en partie à ses responsabilités, puisque certains des sites les plus dévastés se trouvent désormais hors des frontières russes, particulièrement en Asie centrale très touchée par la politique soviétique d'industrialisation intensive et par la course aux armements qui a accompagné la Guerre froide. Pour n'en citer que quelques-uns parmi les plus emblématiques : Tchernobyl en Ukraine ; la mer d'Aral au cœur de l'Asie centrale ; le polygone d'essais nucléaires de Semipalatinsk dans le Kazakhstan ; etc.
La situation évolue progressivement cependant. De nombreux organes
officiels se préoccupent d'environnement
en Russie dont : le Rosgidromet (monitoring
écologique), le ministère
des Situations extrêmes (catastrophes
écologiques et autres, effets des
guerres), le Rosleskhoz
(forêts), le Gosatomnadzor
(surveillance des équipements
nucléaires), etc. Les préoccupations
écologiques ont été
systématiquement introduites dans
les textes de lois et règlements
en tous genres, à commencer par la
loi sur l'environnement de 1991, sous B. Eltsine, qui prévoit l'intervention
des citoyens et de leurs organisations.
La publication de bilans environnementaux
a permis de dresser une hiérarchie
des problèmes rencontrés.
La pollution des sols, l'eau et de l'air vient
au premier rang des préoccupations. En 2001, le Gosstroï (Comité
d’État pour la Construction,
le Logement et les Services Urbains) a
lancé un grand programme de réformes
qui devrait introduire des changements
en faveur du développement durable
des services urbains.
Au total, on évalue aujourd'hui à 40% la proportion du territoire russe qui serait gravement ou moyennement pollué et à 75% la proportion des eaux de surface devenues impropres à la consommation.
La Russie dispose d'abondantes ressources
en eau mais elles sont souvent polluées.
Les fleuves de la partie européenne,
qui ont fait l'objet d'importants travaux
hydrauliques dès le XIXe, connaissent
des situations préoccupantes. Le projet Sibaral de détournement
d'une partie des fleuves sibériens
est abandonné, mais d'autres pourraient
lui succéder, autour de la Volga
et de la Caspienne. La gestion de l'eau comme ressource naturelle
est effectuée principalement par
le Ministère des Ressources Naturelles
et ses représentants territoriaux.
Mais la politique de l'eau souffre d'un manque de définition
claire des compétences de chaque
organe et d'un manque de coordination et
de planification à long terme au
niveau des bassins. La situation pourrait
s'améliorer avec l'arrêt
des gaspillages d'eau d'irrigation en rénovant
les réseaux, le développement
les équipements d'épuration
des entreprises et des villes, la modernisation
des équipements domestiques. Le marché
est considérable puisque 60% des infrastructures
sont aujourd’hui jugées obsolètes
selon la Mission économique en Russie
(DREE)*, les grands groupes
internationaux du secteur (dont les français Véolia, ex- Vivendi et Suez - Lyonnaise
des eaux) s'y intéressent de près.
La situation des sols et des terres cultivables
est préoccupante. La pollution industrielle
des sols est importante, les travaux de
restauration seront localement longs et
difficiles. Par ailleurs, une part importante
des terres serait touchée, entre
autre, par des phénomènes
d'érosion, par la salinisation, ou
par les retombées de la période
de rejets chimiques intenses
des années 1960 - 1970.
La forêt couvre 37% du territoire
russe. Il est difficile d'en estimer l'exploitation
réelle car les coupes de contrebande
seraient importantes, tout particulièrement
en Extrême-Orient, aux confins de
la Chine. Les coupes à blanc et les
coupes sur pentes fortes sont fréquentes, le gaspillage au cours des opérations
de transport et de transformation non négligeable. Enfin, les incendies, en grande partie
d'origine naturelle, parcourent chaque année
près de 700 000 ha selon les
statistiques officielles.
Au demeurant, du fait des plus faibles revenus
d'une large part de sa population dont la
densité est par ailleurs modeste,
la Russie se trouve en position plutôt
favorable dans le cadre des dispositifs
du protocole de Kyoto qu'elle
a ratifié le 22 octobre 2004. La
désindustrialisation post-communiste,
a aussi contribué à la diminution
des rejets polluants dans l'atmosphère.
Pour compléter :
- Dans la rubrique "corpus documentaire",
un exemple :
Exploitation
des hydrocarbures et environnement en Sibérie
occidentale
- Environnement et pollution en Russie et en Asie centrale, l’héritage soviétique, un dossier de la Documentation française (2007) :
www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/heritage-sovietique/index.shtml
- Environnement en Russie par la Banque
mondiale (en anglais) :
www.worldbank.org.ru/ECA/Russia.nsf/ECADocByUnid/...?Opendocument
- Document de la DREE sur la gestion
de l'eau de la Fédération
de Russie, présenté ici :
www.missioneco.org/russie/documents_new.asp?V=7_PDF_35641
- Des cartes du Monde diplomatique
: Héritage de l’Union soviétique
/ L’Arctique nucléaire / Autour
de la mer d’Aral / L’empreinte
de Tchernobyl / Désastres écologiques
et intérêts stratégiques
de l’Europe arctique - www.monde-diplomatique.fr/cartes |
| Espace
et dimensions
Avec une superficie de 17 075 400 km² (31 fois la France), soit 1/8e des terres
émergées, la Russie est le
plus vaste État du globe. Elle s'étend
sur 2 500 à 4 000 km
du nord au sud et 9 000 km
d'est en ouest, couvrant ainsi onze fuseaux
horaires.
Les coûts et autres contraintes liés
aux transports sont donc considérables.
Cette étendue implique une faible
densité moyenne de 8,5 hab/km², ce
qui renchérit les services et limite
les possibilités d'économies
d'échelle. Elle oblige aussi à
poser la question des relations entre pouvoir
central et marges dans des termes adaptés,
ce qui ne semble pas être toujours
le cas : les structures fédérales
de l'État russe cherchent encore leurs marques.
L'étendue est aussi, évidemment,
une ressource, tout d'abord
par l'importance des réserves foncières
et naturelles du territoire. En témoignent
les pratiques de mobilité des habitants,
la pression migratoire qui apparaît
aux frontières de la partie asiatique
de la Russie, tout particulièrement
avec la Chine.
Enfin, du fait de sa situation entre continents
et océans, de son extension en latitude
et longitude, la Russie détient plusieurs
clefs géostratégiques du monde
contemporain qui interdisent sa relégation
au rang de puissance inférieure.
|
"Étranger
proche" et CEI
La Russie, en tant qu'"héritière unique
de l'URSS", considère que l'ensemble
des pays de l'ex-URSS constitue une "sphère
d'intérêt vital". Sous quelle forme redéfinir
alors leurs relations mutuelles ?
Dans les toutes premières années
qui ont suivi la dislocation de l'URSS, la Russie a défini
ses relations avec "l'étranger
proche" (blijnéié zaroubiéjé)
comme l'une des
priorités de sa politique étrangère.
Ce terme d'"étranger proche" est utilisé en Russie pour désigner les quatorze autres ex-républiques soviétiques. En raison de l'ancienneté de leurs
liens socio-culturels et économiques,
la Russie considère qu'elle y a
des intérêts permanents et
les autorités se déclarent
particulièrement concernées
par le sort des populations russes et
russophones de ces anciennes républiques.
Concrètement, l'"étranger
proche", ce sont essentiellement les pays
de la Communauté des États
indépendants (CEI), structure créée
dès 1991 pour rassembler les anciennes
entités de l'URSS devenues indépendantes.
De leur côté, les trois pays baltes ont, dès
l'origine, rompu les liens pour se
tourner vers l'OTAN et l'UE. La CEI compte donc aujourd'hui
douze pays répartis, outre la Russie,
en trois sous-ensembles : à l'ouest,
la Belarus, l'Ukraine et la
Moldavie, les trois pays du Caucase -
Arménie, Azerbaïdjan et Géorgie
- et les cinq États d'Asie centrale
: Turkménistan, Kazakhstan, Ouzbékistan,
Tadjikistan et Kirghizstan. La CEI forme
un ensemble d'environ 280 millions d'habitants, dont environ seize millions de Russes (appelés parfois "pieds
rouges" en France, en Russie on parle plutôt de "compatriotes") qui résideraient
dans les onze autres pays membres de la
CEI.
La CEI a pour objectif affiché
d'encourager l'intégration économique, politique et militaire
entre ses membres. Mais ces pays ne forment
pas un ensemble homogène et la
CEI elle-même constitue un cadre
très lâche, une organisation faiblement structurée, à géométrie variable selon que l'on traite de sécurité
ou d'économie et qui ne comporte pas de dispositifs contraignants. Grâce aux sommets de chefs d'État et autres réunions, elle offre un cadre utile à la résolution de certains problèmes bilatéraux bien que les relations restent complexes et souvent tendues, au bord de la rupture parfois avec des pays comme la Géorgie et l'Ukraine.
La Russie a signé une série de traités bi- et multi-latéraux avec plusieurs des États de la CEI, initiant un système de défense et de sécurité collective au terme duquel elle entretient plusieurs bases militaires, assure des missions collectives. Moscou a réussi à transformer ce système en une véritable organisation de défense avec la création en 2002 de l’Organisation du Traité de Sécurité Collective ( OTSC) qui rassemble, autour de la Russie, la Biélorussie, l’Arménie, le Kazakhstan, le Kirghizstan, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan et se veut une sorte d’OTAN eurasiatique. Á l’inverse, les États du GUAM (Géorgie, Ukraine, Azerbaïdjan et Moldavie) cherchent à profiter des propositions alternatives de l'OTAN ou des États-Unis pour renforcer leur souveraineté. Suite au conflit d’août 2008, la Géorgie a décidé de quitter la CEI, mais le concept d'"étranger proche" continue d'exercer une influence sur ses relations avec la Russie, notamment pour ce qui concerne la situation des régions séparatistes d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud.
La Communauté économique eurasiatique, qui inclut les mêmes États que l’OTSC (à l’exception de l’Ouzbékistan et de l’Arménie), met en place un "Espace économique commun" avec une élimination progressive des barrières douanières. Enfin, les relations entre le Biélorussie et la Fédération de Russie constituent une exception. Ces deux pays ont institué en 1996 une communauté qui est devenue, en 1997, l'"Union russo-biélorusse". Ce partenariat russo-biélorusse qui vise à la formation d’un État confédéral, connaît d’importantes tensions depuis que la Russie remet en cause les préférences économiques accordées à Minsk, qui de son côté, tente de résister aux demandes de compensations formulées par Moscou synonymes de perte définitive de souveraineté.
D'une manière générale, les relations avec l' "étranger proche" oscillent entre poussées nostalgiques de l'empire et réalisme politique. L'administration Poutine parait parfois s'efforcer de développer une politique de bon voisinage avec cette périphérie, en faisant preuve d'un certain pragmatisme. Mais les relations sont loin d'être stabilisées. Par ailleurs, une véritable bataille économique et géostratégique est engagée autour de la redéfinition et de la maîtrise des réseaux de transport et d'approvisionnement énergétique car la Russie cherche à profiter de l'atout de ses ressources pour imposer une domination économique et financière à sa périphérie.
Sources et compléments
:
- Les frontières russes entre effets d'héritages et nouvelles polarités (D. Teurtrie)
- dans la rubrique "corpus
documentaire" : La
Fédération de Russie et
ses périphéries
|
Fédération, maillages et territoires
Voir,
en corpus documentaire :
Institutions
et maillages territoriaux de la Fédération
de Russie |
Flux
d'échange
1 - Flux
commerciaux
La Russie reste l'un des rares pays "émergents" qui ne soit pas membre de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) alors que la République populaire de Chine y a adhéré en 2001. Depuis sa candidature en 1993, son adhésion est régulièrement différée. Les négociations bloquent essentiellement sur les relations commerciales de la Russie avec ses voisins de la CEI ou de l'UE (Géorgie, Pologne entre autre) et sur le libre accès des investisseurs étrangers au secteur énergétique russe. La confiance réciproque est loin de régner.
Porté par la forte hausse des prix mondiaux des matières premières, le commerce extérieur russe n’a cessé de se développer en valeur depuis 1992.
En 2006, les exportations russes de biens ont représenté 302 Md USD
(+25,1% par rapport à 2005). Les produits minéraux (principalement
pétrole et gaz) sont de loin le premier poste d’exportation de la Russie et représentent 68,8% de ses exportations vers les pays hors CEI.
Les importations russes de biens s'élevaient à 137,5 Md USD en 2006, (+39,3% par rapport à 2005) concentrées essentiellement sur les produits
finis, les biens d’équipement (machines, équipements,
moyens de transport) représentant plus de la moitié des importations hors
CEI (51,3%). Ce qui donne à la Russie une balance commerciale très excédentaire, donc des marges de manœuvre confortables en matière budgétaire, avec un excédent de plus de 7,5% du PIB depuis 2005, la
richesse nationale russe s'élèvant
en conséquence.
Les
premiers clients et fournisseurs de la
Fédération de Russie
Répartition moyenne sur 5 ans (1999
à 2004)
| Importations
(fournisseurs) |
|
Exportations
(clients) |
|
| |
% |
|
% |
| UE |
45,7 |
UE |
52,1 |
| Japon |
2,8 |
Japon |
2,2 |
| États-Unis |
6,5 |
États-Unis |
6,3 |
| Reste du monde |
44,9 |
Reste du monde |
39,4 |
2 - Flux d'investissements, IDE
Bien qu'elles augmentent parallèlement à la hausse des prix internationaux des matières premières, les capacités d'auto-financement
de la Russie sont encore limitées
: insuffisance de l'épargne, fuite
des capitaux, manque de confiance et de
visibilité sur l'avenir. Aussi l'apport
d'investissements étrangers est
indispensable à son développement.
Sur le principe, le pays a un potentiel
favorable pour attirer l'investissement
international : ressources naturelles considérables,
bon niveau de formation par ex. Mais le niveau
des IDE qui s'y investissent reste en deçà de ce potentiel : les industries extractives et de transformation représentent
la majeure partie du stock d’IDE présent en Russie (près de 65% fin 2005) mais les autres activités de production ou de service sont moins attractives. L'"affaire
Ioukos" en 2003, d'autres depuis, les incertitudes quant aux évolutions
politico - économiques du pays, pèsent
désormais sur l'évaluation
de la situation russe et de son risque-pays.
De fait, les difficultés sont diverses, largement liées aux problèmes de gouvernance du pays : la corruption est un problème majeur ; l’obtention des permis de travail prend du temps, de même que l’enregistrement de terrains ou de biens immobiliers ; les procédures douanières
et de certification sont complexes ; la protection
des droits de propriété intellectuelle est mal assurée ; etc. Une réforme fiscale (2000 - 2001) s'est efforcée de créer
un environnement plus attractif aux investissements : procédures
de certification allégées
et nouveau code des douanes. Une autre réforme législative en 2004 a amélioré la protection
des droits de propriété
intellectuelle et a assoupli la réglementation
sur le contrôle des changes. Mais les politiques suivies restent peu transparentes et assez imprévisibles.
D'une manière générale, Moscou
s'efforce de contrôler les prises
de participation étrangères
sur le territoire national, contraignant
les opérateurs intéressés
à s'associer à des entreprises
russes. Le pouvoir a adopté une démarche de "nationalisme des ressources" illustrée,
dans le domaine de l'exploitation des matières
premières, par l'imposition devenue fréquente d'accords
de partage de la production (APP / PSA) avec les groupes nationaux. Le ministère des Ressources nationales a limité à 49% la participation au capital des soumissionnaires étrangers dans le cadre de l'adjudication des concessions
de ressources minières. Sans être découragés, les investissements étrangers dans le secteur des hydrocarbures semblent néanmoins freinés. On peut citer à titre d'exemple la décision, en 2004, du gouvernement de remettre en adjudication la concession pétrolière de Sakhalin-3 – précédemment obtenue par ExxonMobil en 1993.
Les pays européens dominent largement l'apport d'IDE en Russie où les États-Unis restent un investisseur direct important (6,8% du stock d’IDE présent).
Fin 2006, les 10 premiers investisseurs dans l’économie russe (tous types
d’investissements confondus) représentaient 86,2% de l’ensemble du stock
d’IDE présent dans le pays, dont 61,9% pour Chypre et les Pays-Bas. En effet, une part importante des flux d’investissements étrangers enregistrés jusqu’à présent provient pour une large part d’actifs russes détenus à l’étranger, principalement sur la place chypriote.
Au total la Russie, en proportion de sa taille, de son potentiel et de son niveau de développement, attire relativement peu d’investissements par comparaison avec les pays de l’OCDE ou avec d’autres économies émergentes auxquelles elle est souvent associée au sein du quarteron des "BRIC" (Brésil, Russie, Inde, Chine). L’IDE en Russie a atteint 14,6 milliards de dollars US en 2005, mais il était au-dessous de 3% du PIB, chiffre inférieur par exemple aux 4,9% observés pour la Pologne et très inférieur à l'IDE vers la Chine ou l'Inde.
Sources et compléments :
- En dossier documentaire,
Nouveau front pionnier pétrolier
et gazier dans l'Extrême-Orient russe, Sakhaline
- Fiches de synthèse de la Mission
économique de l'Ambassade de France
en Russie (MINEFI - DREE/TRESOR) : www.missioneco.org/russie
- divers. |
Frontières
L’éclatement de l’URSS s’est accompagné d’une formidable ouverture sur le monde. En effet, pendant soixante-dix ans de fermeture des frontières externes de l’URSS, les régions frontalières n’étaient pas des espaces d’échange et de contact, mais se trouvaient au contraire au "bout du monde soviétique". Elles regardaient moins vers le monde extérieur tout proche, que vers Moscou qui était, d’une certaine façon, la seule véritable ville-frontière de l’URSS, non seulement par l’intensité des liaisons aériennes qui la reliaient au reste de la planète, mais également parce que la capitale soviétique était le passage obligé pour l’obtention d’un précieux et souvent inaccessible visa. Mais en réalité, la Russie a hérité de deux types de frontières.
D’un côté, les frontières qui avaient déjà le statut de frontières internationales sous l’URSS et qui n’ont pas posé de problème d’appropriation de la part de la société russe, tant elles lui étaient familières en tant que frontières "extérieures".
De l’autre, les frontières avec les républiques ex-soviétiques qui faisaient figure de simples limites administratives sous l’URSS. Ainsi, l'ouverture sur le monde lointain s’est paradoxalement accompagnée d’une fermeture sur le monde proche du fait de l’apparition de nouvelles frontières internationales au sein de l’espace ex-soviétique. Ce qui était hier le centre urbain le plus proche devient une ville étrangère de l’autre côté de la frontière. Ce qui était division administrative invisible devient frontière internationale plus ou moins difficile à franchir.
La circulation des hommes et surtout des marchandises se fait plus difficile, l’outil industriel est éclaté entre les différentes républiques qui ont hérité de tout ce qui se trouvait sur leur territoires respectifs.
Dans ce contexte, les frontières de la nouvelle Russie, puissance héritière de l’URSS, ne correspondent ni à un précédent historique (pas de retour à une quelconque situation pré-soviétique), ni à la répartition de la population russe au sein de l’ex-URSS. Des régions majoritairement peuplées de Russes appartiennent désormais à des États indépendants (Crimée, régions septentrionales du Kazakhstan…) et la Russie inclut d’importantes régions non-russes (Nord-Caucase…). En 1991, environ 25 millions de Russes se retrouvent en dehors des frontières de la Fédération de Russie, tandis que les minorités ethniques forment environ 20% de la population totale du nouvel État.
Pour aller plus loin :
- un article de D. Teurtrie, Les frontières russes entre effets d'héritages et nouvelles polarités
- dans le cadre du dossier "La frontière, discontinuités et dynamiques" (nouvelle fenêtre),
Océan Arctique : des frontières maritimes à l'épreuve d'une
nouvelle donne climatique |
Gazprom
Après une décennie de privatisations sauvages au profit d'oligarques peu contrôlables, depuis l'arrestation en 2003 de Mikhaïl Khodorkovski, le contrôle de l'État sur l'économie n'a cessé d'être réaffirmé et Gazprom en est une illustration frappante. En 2006 l'État a porté sa participation dans Gazprom de 38% à 50,1%, ce qui lui redonne le contrôle sur l'exploitation gazière, hautement symbolique de l'économie et du pouvoir russe. Largement sous le contrôle du "clan des Pétersbourgeois" qui entoure le président (Dimitri Medvedev en est le patron), Gazprom est devenu un instrument essentiel aux mains du Kremlin. Selon la "doctrine énergétique" du pays élaborée en 2003, "le rôle de la Russie sur les marchés énergétiques mondiaux détermine dans une large mesure son influence géopolitique" et les secteurs pétrolier et gazier sont les "instruments de sa politique externe et interne".
Des extraits du rapport d'information déposé par la Commission des affaires étrangères en conclusion des travaux d'une mission d'information constituée le 8 février 2006 (1)
sur "Énergie et géopolitique" : www.assemblee-nationale.fr/12/rap-info/i3468.asp
"S'il fallait illustrer la tension que nous avons présentée en introduction entre logique de marché et logique de puissance, c'est sans nul doute le cas de la Russie qu'il faudrait choisir : ainsi, Gazprom, oligopole d'État, est à la fois une entreprise qui milite pour la libéralisation du marché domestique du gaz en Russie, aujourd'hui de facto subventionné, et, à l'étranger, le bras armé d'un État russe qui utilise l'arme énergétique pour rappeler à son étranger proche que rien ne pourra se faire dans le domaine énergétique sans la Russie. De même, vis-à-vis de l'Union européenne, Gazprom multiplie les tentatives de rachat ou de participation dans les entreprises des États membres, profitant de la libéralisation du marché énergétique en France pour avoir un accès direct au consommateur européen, tout en faisant en sorte de multiplier les obstacles aux investissements des entreprises d'Europe occidentale dans le secteur énergétique russe. C'est ainsi que la Russie refuse aujourd'hui de ratifier le traité sur la charte de l'énergie, cet accord multilatéral conçu au début des années 1990 pour faciliter les relations énergétiques entre l'Europe occidentale et ses voisins de l'Est récemment libérés du joug communiste.
Derrière cette stratégie duale, parfois difficilement lisible, le message qui apparaît en filigrane est cependant très clair : la puissance russe est de retour ; elle fut militaire et idéologique naguère, elle est énergétique désormais et c'est la Russie qui fixe les règles du jeu.
C'est ainsi que, quelques jours après le sommet de Saint-Pétersbourg qui a clôturé la présidence russe du G 8, placée sous le signe de la sécurité énergétique par le Président Vladimir Poutine, ce dernier promulguait, le 19 juillet 2006, la nouvelle loi russe "sur les exportations de gaz naturel", prévoyant la légalisation du monopole de Gazprom à l'exportation gazière. (...)
Mais l'exploitation des ressources naturelles n'a pas valeur de totale liberté de gestion pour les compagnies privées. Le résident du Kremlin souligne ainsi que, "quel que soit le propriétaire des ressources naturelles, l'État conserve le droit de réguler leur mise en valeur et leur exploitation, en agissant conformément aux intérêts de la société". Or il ne fait aucun doute que Vladimir Poutine considère la politique mise en
œuvre par les oligarques comme a priori opposée à l'intérêt national. Le sort réservé à Ioukos l'illustre de manière éclatante* (...) La disparition des oligarques n'est-elle cependant pas remplacée par l'émergence d'une nouvelle "énergocratie russe" ? Aujourd'hui en effet, autour de Rosneft et, surtout, de Gazprom, l'État russe contrôle 30% de la production pétrolière et 87% de la production gazière. L'année 2005 a en effet été marquée par une série d'événements majeurs qui ont permis à Gazprom d'émerger comme l'outil principal de la politique énergétique russe : au mois de juin 2005, l'État a repris le contrôle de Gazprom, faisant passer sa part dans le capital de la société de 38,4% à 50% plus une action, puis, à l'automne 2005, Gazprom a acquis la propriété de la compagnie pétrolière Sibneft. Ces événements, conjugués à l'augmentation des prix du gaz naturel à la fin de l'année 2005, ont fait passer la capitalisation boursière du groupe à 230 milliards de dollars, devant celle du groupe Shell.
*Extrait de Arnaud Dubien, "Énergie : l'arme fatale du Kremlin", Politique Internationale, n°111, printemps 2006.
|
En 2005, Gazprom a produit 20% de la production mondiale de gaz naturel dont il détient 25% des réserves.
Avec 300 000 employés, il génère 8% du PIB et 20% des recettes du budget russe. Le groupe, qui est devenu le numéro 3 mondial derrière ExxonMobil et BP, a acquis des participations dans 16 pays d'Europe et affiche ses ambitions en Asie. Il est également actif dans d'autres domaines et plus de 38% de son chiffre d'affaires est hors gaz : industrie nucléaire (Atomstroïexport, constructeur de centrales nucléaires) ; médias (GazpromMedia qui contrôle aujourd'hui plusieurs médias audiovisuels et dans la presse écrite : chaîne de télévision NTV, radio Echos de Moscou, quotidiens Izvestia et Tribuna, etc.) ; pêche et tourisme ; actionnaire majoritaire d'OMZ (constructions mécaniques) ; etc.
Gazprom cherche à maîtriser toute la chaîne de l'énergie, de l'extraction à la distribution, pour devenir un groupe énergétique intégré aux dimensions mondiales et pour donner au Kremlin une arme géopolitique de poids. Avec le monopole de la distribution du gaz en Russie, il maîtrise 159 000 km de tubes de grand diamètre et les républiques gazières d'Asie centrale (Ouzbékistan, Turkménistan) en sont tributaires.
Le gaz russe est vendu aux pays de la CEI à des prix avantageux, largement inférieurs à ceux du marché mondial, mais qui fluctuent en fonction de la situation géopolitique, des degrés d'allégeance et de fidélité à la Russie. À terme, il est probable que ces prix d'"amis" rejoignent ceux du marché mondial.
Les
efforts déployés par Gazprom en vue de renforcer sa présence en aval, notamment dans la distribution
du gaz dans l'UE, ont suscité des inquiétudes liées à la sécurité des approvisionnements pour les pays
les plus concernés. La dépendance des États européens à l'égard de Gazprom est forte (environ 26% du gaz naturel consommé) mais dans des proportions variables : Slovaquie et Finlande, 100% ; Grèce, République tchèque, Autriche, Turquie et Hongrie, de 86,8% à 63,4% ; Pologne, 50,2% ; Allemagne, 44,9% ; France, 26,8%.
Le gazoduc nord-européen (NEGP), nouvelle route d'exportation du gaz russe en Europe, entrera sous la mer Baltique à Vyborg, près de Saint-Pétersbourg, pour ressortir à Greifswald en Allemagne. Il sera alimenté, entre autre, par le gaz extrait des nappes de Ioujno-Rousskoe (à l'est de Novy Ourengoï).
Pour aller plus loin :
- En corpus documentaire de ce dossier,
Nouveau front pionnier pétrolier
et gazier dans l'Extrême-Orient russe, Sakhaline
- Dans le cadre du dossier "Territoires européens, régions, États, Union", un article de Julien Vercueil :
Union européenne – Russie :
des "politiques de voisinage" de l'énergie
- Gazprom, le bras armé du Kremlin, dossier du quotidien Le Monde, 5 juillet 2006
- Gazprom en ligne (en anglais) : www.gazprom.com
|
Gouvernance
et transparence
La notion de gouvernance fait son apparition
à la fin des années 80 dans
le champ des relations internationales.
Le terme de " good governance"
est employé par les institutions
financières internationales pour
définir les critères d'une
bonne administration publique.
D'une certaine manière, les autorités
et les milieux d'affaires russes semblent
s'efforcer de "légaliser"
leur activité et de renforcer la
transparence des mécanismes économiques
et administratifs en favorisant des pratiques
dite s de "bonne gouvernance".
L'objectif visé étant, entre
autre, l'adhésion à l'OMC.
Mais, les récentes "affaires"
(Ioukos par exemple) et diverses formes
d'interventions du pouvoir dans les rouages
économiques laissent certains observateurs
sceptiques.
Certains organes de contrôle du pouvoir dont sont habituellement dotées les démocraties sont inexistants ou paralysés. Ainsi de la Cour des Comptes qui a perdu toute indépendance : ses douze auditeurs qui étaient nommés par les deux Chambres du Parlement ne sont plus, depuis avril 2007, désignés que par le chef de l'État.
Selon l'organisation Transparency International,
qui évalue un "Indice de perceptions
de la corruption", en 2004, parmi les
146 pays étudiés, 106 atteignent
un score de moins de 5 sur 10 (10 représentant
l’absence de corruption) et 60 pays
obtiennent moins de 3 sur 10, ce qui indique
que la corruption y est endémique.
La Fédération de Russie est
au 90e rang avec un score de 2,8. Et, en
2005, sa situation s'est considérablement
dégradée puisque ce dernier
classement rétrograde la Russie à
la 126e place. L'organisation fait observer
que "la corruption dépouille
les pays de leur potentiel" et que
"les pays riches en pétrole
comme l'Angola, l'Azerbaïdjan, l’Équateur,
l’Indonésie, l'Iran, l'Irak,
le Kazakhstan, la Libye, le Nigéria,
la Russie, le Soudan, le Tchad, le Venezuela
et le Yémen affichent tous des scores
extrêmement bas. Dans ces pays, la
passation de marchés publics dans
le secteur pétrolier est corrodée
par la disparition des revenus qui aboutissent
dans les poches des dirigeants de sociétés
pétrolières occidentales,
d’intermédiaires et de fonctionnaires
locaux."
Pour compléter, prolonger :
- Sur Géoconfluences
: La
Gouvernance, un indicateur pertinent ?
- Kliamkine
I. et Timofeev L. - La Russie de l’ombre
- Presses de la Cité - 2003
- Le Country Indicators for Foreign
Policy Project (CIFP, ministère
des affaires étrangères canadien
et de l'Université Carleton à
Ottawa), permet d'effectuer des comparaisons
internationales, de générer
des cartes et donc de situer ainsi la Russie
sur la scène internationale :
www.carleton.ca/cifp
- L'organisation Transparency International
- www.transparency.org/index.html
- et l'Indice de perceptions de la corruption
(CPI) : www.transparency.org/cpi/2004/cpi2004.en.html#cpi2004
> La base CORIS : www.corisweb.org/article/articlestatic/159/1/204/
- D'autres approches, d'autres évaluations
à partir d'un dossier (articles et
données) de la Banque mondiale " Gouvernance
et anti-corruption" : www.worldbank.org/wbi/governance/fra/index.htm
|
Inégalités
et pauvreté
Malgré l'importance des richesses
naturelles de la Russie et la croissance
des revenus enregistrée ces dernières
années, la pauvreté touche
une large part de la population. Le salaire
moyen est de 200 euros par mois et il
est souvent bien inférieur à
cette somme en dehors de la capitale.
La fin, plus ou moins précipitée,
des avantages sociaux hérités
de l'URSS a fait basculer certaines couches
de la population dans la précarité
et la pauvreté. Les catégories
les plus touchées, les plus vulnérables,
sont les retraités et les populations
rurales, particulièrement touchées
par la fin de la gratuité de nombreux
services publics. Une grande majorité
des 35 millions de retraités russes,
les professeurs ou les employés
des grandes usines d'État paralysées,
les professionnels de la santé
et les chercheurs, ont vécu l'effondrement
du communisme et le post-communisme comme
un désastre individuel, familial
et national. Beaucoup doivent cumuler
plusieurs emplois, recourir à des
activités du secteur informel et
à la "débrouille",
pour conserver des revenus suffisants.
Les inégalités des revenus
sont considérables : en 2000, l'écart
de revenu entre les 10% de Russes les
plus riches et les 10% les plus pauvres
était égal à 14.
Le décile supérieur se partage
30% de l'ensemble des revenus (données
2004). À l'inverse, les 10% des
familles les plus pauvres en reçoivent
2% et le fossé paraît s'accroître.
L'économie informelle doit cependant
être prise en compte. Un récent
rapport de la Banque mondiale* évalue
au 1/5e la part de la population vivant
dans la pauvreté. Cependant, de 1999 à 2004, le revenu
réel de la population a augmenté
de 50% et le nombre de pauvres a baissé
d'un tiers, ce qui résulte principalement
des effets de la rente énergétique.
On peut percevoir l'émergence
d'une classe moyenne en Russie qui
représenterait environ 20% de la
population en 2004 selon une estimation du quotidien Izvestia.
Du point de vue territorial aussi, le
développement de la Russie est
fort inégalitaire : 80% de la richesse
en Russie est concentrée à
Moscou. De nombreuses
oblasts, des petites villes,
les campagnes dans leur immense majorité,
ne participent pas au développement
et constituent autant de poches de sous-développement.
Côte à côte cohabitent
des pôles de développement
et des poches de sous-développement
sans que les premiers ne réussissent
à diffuser sur les seconds.
Une plaisanterie russe décrit ainsi
la situation : "En fait, il y a trois
Russie : celle du dollar - de l'aéroport
international à la banlieue de
Moscou ; celle du rouble - le long des
grands axes routiers - et celle du troc,
c'est-à-dire tout le reste".
Le rapport de la Banque mondiale sur la
pauvreté en Russie (22 septembre
2004, General Economic Studies,
en anglais) :
www.worldbank.org.ru/ECA/Russia.nsf/ECADocByUnid/...?Opendocument
|
Intégration
régionale et mondiale
Le niveau d'intégration
de la Russie dans son environnement géopolitique
peut s'analyser à deux échelles
: celle des territoires issus de l'ex-URSS
d'une part (l'"étranger
proche", voir cette entrée
ci-dessous), à l'échelle
mondiale d'autre part.
Au temps de
la guerre froide, le rôle de l'URSS
dans l'espace mondial était fondé
sur un réseau de pays et de partis
"frères" coordonnés
par Moscou, centre de l'Internationale
communiste : "Démocraties
populaires" d'Europe et Yougoslavie,
Cuba, Vietnam, divers pays du "Sud"
au gré des évolutions stratégiques
et des jeux d'alliance. Le rôle
international de l'URSS s'exerçait
aussi à travers sa place de membre
permanent au Conseil de sécurité
de l'ONU et les capacités de son
arsenal militaire. Économiquement,
la sphère de l'Internationale communiste
vivait selon ses logiques propres, avec
des échanges limités avec
le reste du monde. La fin du système
a conduit la Russie à redéfinir
sa place dans le monde.
Sur les plans diplomatique et militaire,
la Russie, "héritière
unique de l'URSS", hérite
donc de la place de membre permanent au
Conseil de sécurité de l'ONU.
Et, en 1997,
le G7 a accueilli officiellement la Russie,
se transformant en G8,
sauf pour les questions économiques
et financières.
Dans le domaine
économique, la Russie est encore
engagée par d'étroites relations
avec son "étranger proche"
et son économie est encore relativement
peu mondialisée, si ce n'est, principalement,
par les flux d'exportation
de
matières premières. Les
flux d'IDE de grands groupes multinationaux
commencent à modifier la donne.
La Russie frappe à son tour à
la porte de l'OMC
: un accord, conclu avec l'UE en 2004,
devrait permettre son adhésion
lorsque les négociations qu'elle
mène également avec les
États-Unis et la Chine auront abouti.
Elle est aussi candidate à l'entrée
dans l'OCDE.
Enfin, elle a rejoint, en
2004, les pays signataires du protocole
de Kyoto.
La situation bi-continentale de la Russie
l'amène à participer à
des organisations régionales européennes
et atlantiques d'une part, asiatiques
d'autre part.
Du côté européen et
atlantique, les relations avec l'OTAN
se sont trouvées
redéfinies par l'"Acte
fondateur" signé
le 27 mai 1997. Il définit les
relations, la coopération et la
sécurité mutuelles entre
l'OTAN et la Fédération
de Russie et il établit un cadre
unique de consultation et de coopération
entre l'une et l'autre par la création
du Conseil conjoint permanent.
La Russie est membre de l'Organisation
pour la sécurité et la coopération
en Europe (OSCE),
fondée en 1994 dans les perspectives
ouvertes par la conférence d'Helsinki
de 1975 et destinée à promouvoir
les droits de l'homme. Mais, si elle a
longtemps accepté les observateurs
de l'OSCE sur le théâtre
de ses opérations en Tchétchénie,
à ses frontières ou dans
certains pays de la CEI, elle s'y oppose
de plus en plus souvent.
La Russie fait aussi partie du Conseil
de l'Europe (défense
de la démocratie et des droits
de l'Homme) ainsi que
de la Coopération économique
de la mer Noire (CEMN).
Du côté asiatique et pacifique,
la Russie est membre :
- de la Coopération économique
en Asie-Pacifique (APEC),
- du forum régional
de l'ANSEA (sur les questions
de sécurité dans la zone
Asie-Pacifique),
- de l'Organisation de coopération
de Shanghai (OCS dont le
siège est à Pékin)
qui a pris, en 2001, la relève
du Groupe de Shanghai,
structure informelle créée
en 1996 pour régler des problèmes
frontaliers et de sécurité,
plus particulièrement pour coordonner
les actions contre les "menaces islamistes"
et pour favoriser les relations économiques
entre ses membres.
Sources et compléments :
- Sur le site du Sénat : www.senat.fr/rap/r03-317/r03-317_mono.html
- L'Organisation pour la sécurité
et la coopération en Europe (OSCE
- Organization for Security and Co-operation
in Europe) : www.osce.org/index.php
|
Kaliningrad
L'oblast de Kaliningrad (autrefois Königsberg)
est un territoire de 15 100 km2 et
de 421 000 habitants, isolé
du reste de la Russie et enclavé
dans l'espace de l'UE. Il bénéficie
du seul port russe sur la mer Baltique qui
ne soit pas pris par les glaces en hiver.
Il dispose d'un statut particulier par la
loi sur la "Zone économique
libre" dans l'oblast de Kaliningrad,
entrée en vigueur en 1996. Cette
loi offre certains privilèges aux
investisseurs. C'est aussi un lieu de trafics
illicites. Un accord a été
passé, en 2002, entre la Russie et
l'UE, pour définir les modalités
du transit entre l'enclave et le reste de
la Russie, par la Lituanie.
Le territoire concentre un certain nombre
des maux qui frappent l'ensemble de la Fédération
: déclin industriel, pollution et
problèmes environnementaux, problèmes
aigus de santé publique (alcool,
drogue), et leurs conséquences.
Pour compléter :
- Frank Tétart - Questions internationales
n ° 11 de janvier - février 2005
- Une fiche documentaire de la DREE :
www.missioneco.org/russie/infopays.asp
- Ivan Samson et Vincent Lamande -
Stratégies de développement
régional en Russie le cas de Kaliningrad
- Pôle
d'études des politiques sociales
et économiques (PEPSE, Université
P.M France de Grenoble)
- 2004 : www.upmf-grenoble.fr/pepse/article.php3?id_article=2
|
Kyoto (Protocole
de)
Le protocole de Kyoto a été
ratifié par la Russie le 22 octobre
2004. Cette ratification permet à
l'accord international, conclu en 1997,
d'entrer en vigueur puisqu'il devait être
ratifié par au moins 55 pays représentant
55% des émissions de CO2 des pays
industriels, ce qui est désormais
le cas. Aussi le Protocole de Kyoto a pu
entrer en vigueur le 16 février
2005.
Selon le protocole, l'UE, le Japon et
le Canada doivent diminuer leurs rejets.
En revanche, les émissions russes
sont de 20 à 30% inférieures
aux seuils fixés, elles s'élèvent
à 9,9 t/hab/an de CO2. La Russie
va donc disposer d'un important réservoir
de quotas qu'elle est en mesure de négocier
sur le marché mondial des droits
d'émission. Selon l'AIE, elle aurait
600 millions de tonnes d'"excédent",
et l'UE environ 200 millions de tonnes
de "déficit". Si, dans
un premier temps, les industriels européens
ne peuvent négocier que dans le
cadre de la bourse européenne des
"permis de polluer", ils pourraient
être ultérieurement tentés
de profiter des quotas russes qui seront
accessibles à partir de 2008. À
travers le dispositif du "mécanisme
d'application conjointe" (MAC) du
protocole, les États européens,
et, par ricochet, leurs industriels, pourront
récupérer des quotas s'ils
financent en Russie des projets "propres"
de nature à réduire les
émissions de gaz à effet
de serre. De tels projets pourraient être
complexes à mettre en œuvre pour
des raisons à la fois techniques
et financières et des critiques
ont été formulées
sur ces procédures :
"Concernant tout d'abord les
échanges de permis d'émissions
négociables entre pays de
l'Annexe I prévu à
l'article 3.10, le mécanisme
semble en l'état particulièrement
néfaste. L'allocation des
droits d'émission attribués
à chaque pays n'a pas relevé
d'une décision rationnelle
mais d'un rapport de forces. Or
les objectifs attribués aux
pays anciennement communistes remettent
en cause les avantages théoriques
du négoce des permis d'émissions
: la Russie et l'Ukraine notamment
pourront émettre autant de
gaz à effet de serre sur
la période 2008-2012 qu'en
1990, alors que non seulement leurs
économies ont connu une profonde
récession au début
des années 1990, mais aussi
que l'année de référence
choisie du début de la période
correspond à une époque
où le modèle d'économie
soviétique, très gaspilleur
en énergie, était
encore en vigueur. Ces pays disposeront
donc nécessairement, même
en l'absence de toute politique
volontariste, d'importants quotas
excédentaires qu'elles pourront
revendre à d'autres pays
pour leur permettre de dépasser
l'objectif qui leur a été
fixé. Il s'agira alors de
ce qui a été qualifié
de vente "d'air chaud",
dans la mesure où l'acquisition
de droits d'émission ne reposera
sur aucune réduction effective
de rejet de gaz à effet de
serre ."
Source : Marie-Hélène
Aubert - Rapport sur le projet
de loi autorisant l’approbation
du protocole de Kyoto à la
Convention-cadre sur le changement
climatique, Assemblée
nationale, rapport n° 2296,
2000 : www.ladocfrancaise.gouv.fr/dossier_international/climat/2politiques/partie2_1.shtml
|
|
|
|
| Moscou
Siège de l'administration fédérale
russe, Moscou a officiellement perdu plusieurs
de ses fonctions liées au système
soviétique et le siège actuel
de la CEI est à Minsk. Mais Moscou
continue de contrôler une large part
de l'activité économique du
pays, non plus directement par les administrations
fédérales, mais par ses institutions
bancaires, la localisation des sièges
des principales firmes, le rôle de
son faisceau de transport.
Sous la houlette de son maire, Iouri Loujkov,
réélu en 1999, la ville devient
une vraie métropole internationale
et on peut considérer qu'elle est
la seule ville russe possédant
les caractères attendus de la métropolisation.
D'où sa forte attractivité.
Moscou et sa région ont reçu,
en 2001, 40% des flux d'IDE.
L'élite russe a fait de Moscou une
vitrine où l'argent coule à
flots. Au delà des banlieues faites
d'immeubles hérités de l'urbanisme
soviétique, de nouveaux lotissements
ont surgi derrière de grands murs
: d'immenses maisons y ont des allures de
petits châteaux. Pour profiter de
l'essor rapide de la demande des consommateurs
moscovites, de nombreux groupes internationaux
de la distribution se sont installés,
comme Auchan, Métro, Wal Mart ou
Ikea. Les boutiques de luxe sont
partout, pas seulement dans le centre-ville
mais aussi le long du périphérique
et Crocus City, une galerie commerciale
huppée, jouxte des cités-dortoirs.
Si le bilan migratoire annuel de la ville
est négatif depuis 1990, c'est à
cause du renchérissement du coût
de la vie à Moscou mais aussi du
fait des mesures adoptées pour limiter
l'arrivée de nouveaux habitants.
En particulier l'obligation d'obtenir un
emploi avant d'être officiellement
enregistré comme moscovite (la propiska).
On a pu aussi voir se développer
une véritable campagne contre les
personnes de nationalité caucasienne
appelées vulgairement les "Peaux
sombres" ou "Culs noirs".
|
Oligarques
La période eltsinienne a fait apparaître
une floraison de nouveaux acteurs politiques
et économiques. Parmi eux, figurent
ceux qu'on appelle les "oligarques",
véritables barons de l'économie
russe. Selon une étude de la Banque
mondiale (2004), ces patrons de groupes
financiers et industriels, principaux
bénéficiaires de la transition
et des vagues de privatisation des années
1990, détiendraient 35% de l'industrie
du pays. Les 23 plus grands groupes contrôleraient
1,4 million d'emplois et leurs revenus
s'élèveraient à 49,2
milliards d'euros (le budget de l'État
fédéral russe est évalué
à 70 milliards d'euros).
On identifie des secteurs d'activité
plus particulièrement concernés
par ce phénomène : de 65% dans
le secteur pétrolier, de 70 à 80% dans le secteur
des métaux, de 65% dans l'automobile.
Sur les onze premiers groupes oligarchiques
de Russie, cinq sont nés de la transition et des privatisations
"prêts contre actions"
menées sous Boris Eltsine au milieu
des années 1990. Auparavant les
directeurs d'usines avaient pu bénéficier
des "privatisations par coupons"
lancées dès 1992.
Le secteur de la production pétrolière
illustre la façon dont ces grands
groupes ont pu se constituer. Le schéma
retenu en 1996 (gouvernement Tchernomyrdine)
aboutit à la privatisation de la
majorité de ces entreprises dans
des conditions extrêmement favorables
aux acquéreurs. Mais les remous
provoqués par ces privatisations
ont empêché celle de la dernière
entreprise importante du secteur, Rosneft.
Depuis, Vladimir Poutine doit largement
sa popularité à sa volonté
affichée de contrer la toute puissance
des oligarques, ce que la spectaculaire
arrestation de Mikhaïl Khodorkovski
en 2003 (holding Menatep / groupe pétrolier
Ioukos) devait démontrer. D'autres
oligarques ont jugé plus prudent
de prendre les chemins de l'exil (Boris
Berezovski et Vladimir Goussinski par
exemple).
Malgré les démonstrations
d'autorité à l'égard
des oligarques, on constate que la concentration
de secteurs importants de l'économie
entre les mains d'un petit nombre de groupes
s'est accentuée depuis 2000.
Ne
s'agirait-il alors que de changements
de mains, les grands groupes passant sous
le contrôle direct de réseaux
issus de l'appareil d'État ? Un rapport
de la Banque mondiale fait valoir que
la domination des oligarques entrave la
compétition et l'éclosion
de PME capables de revitaliser l'espace
économique russe et que leurs performances
économiques sont inférieures
à celles des investisseurs étrangers.
Au début du XXe siècle,
l'activité des "robberbarons"
américains auxquels les oligarques
russes sont parfois comparés, a
été fortement limitée
par des lois anti-trust. Or, en Russie,
le ministère anti-monopoles a été
dissous.
Enfin, face aux incertitudes d'un pouvoir
susceptible de spoliations arbitraires,
peu se risquent désormais à
investir sur le long terme et la Russie
paraît cantonnée pour longtemps à
l'économie de rente.
Les capitaux qui ont quitté le
pays ne reviennent que prudemment
se réinjecter dans l'économie
nationale en privilégiant avant tout l'exploitation des matières premières.
|
| |
Ressources
(pétrolière, gazière,
etc.) et économie de rente
La Russie possède un énorme
potentiel de ressources biologiques, minérales
et énergétiques.
Si la rudesse des conditions climatiques
paralyse l'activité agricole pendant
de longs mois, elle n'en possède
pas moins une surface agricole utile de
220 millions d'ha, dont 130 millions de
terres arables. L'épaisse couverture
forestière qui s'étend sur
une large part du territoire est un réservoir
pour l'exploitation du bois. Les
nombreuses étendues d'eau comme
le lac Baïkal ou le lac Lagoda, les
fleuves géants tels que la Lena,
l'Amour, l'Ienisseï et la Volga offrent
des ressources pour la pêche, l'irrigation
et la production d'hydroélectricité.
Mais ce sont avant tout les réserves
énergétiques, minérales,
de la Russie qui sont impressionnantes. Le pays détient environ 30% des réserves mondiales de gaz naturel, 6% des réserves pétrolières, 20% des réserves de charbon et 14% des réserves d'uranium. Il est le plus gros producteur et exportateur de gaz naturel. D'autres richesses
sont présentes en abondance : fer,
manganèse, cuivre, nickel, or par
exemple.
Ces ressources
considérables paraissent encore sous-exploitées car leur mise en valeur
suppose des investissements (nationaux
ou étrangers) qui font parfois défaut.
Le secteur des hydrocarbures, selon une
étude de la Banque mondiale de
2004, représentait alors 20% du PIB de
la Russie, et les taxes sur les
exportations énergétiques
40% des recettes du budget fédéral.
Ces recettes ont permis de financer un
"fonds de stabilisation" pour
prévenir un retournement de conjoncture
éventuel et qui pourrait servir
à d'autres fins (financement des
retraites par exemple), mais qui sert aussi à financer des dépenses croissantes de l'armée ainsi que des investissements géostratégiques (ceux de Gazprom par exemple).
Les retombées d'une telle manne
sont mitigées. Comme pour beaucoup d'autres
pays producteurs, le dynamisme de l'exploitation
pétrolière et gazière
bride le développement des autres
secteurs d'activité, de sorte que
le pays ne parvient pas à diversifier
sa production industrielle pour
répondre à la demande de
son marché intérieur, notamment
en matière de biens de consommation.
La "rente pétrolière" pénalise la diversification
de l'économie, retarde certaines
réformes structurelles et place
l'économie et l'État à
la merci de variables extérieures,
de la moindre baisse des cours sur les
marchés internationaux.
Les maux traditionnels de l'économie russe semblent aggravés par cette "malédiction des ressources" qui veut que les États riches en ressources naturelles se retrouvent souvent dans une situation de dépendance entravant leur développement et qu'ils souffrent de problèmes de gouvernance politique et économique. Le développement du secteur énergétique engendre différents problèmes : tensions entre le centre et la périphérie, les régions les plus riches étant peu désireuses de financer les plus pauvres ; corruption encouragée et irrégularités fiscales, etc.
Ainsi, l'économie russe est surtout une économie de rente.
Mais ses richesses permettent à V. Poutine de conforter
le statut de grande puissance de son pays
sur la scène internationale. La production énergétique russe
apparaît aux yeux de nombreux pays
consommateurs comme une alternative bienvenue
aux productions des pays de l'OPEP, à celle de l'Iran par exemple. En cycle de forte hausse des cours qui a toute chance d'être durable, les ressources ainsi générées sont aussi, en partie, redistribuées au bénéfice de la population qui voit son niveau de vie moyen s'améliorer après des années d'appauvrissement.
Pour compléter :
- en corpus documentaire,
Nouveau front pionnier pétrolier
et gazier dans l'Extrême-Orient russe, Sakhaline
-
dans le dossier scientifique, les articles de Julien
Vercueil :
> Les
hydrocarbures en Russie, entre promesses
et blocages
> Politique
et géopolitique du pétrole
russe
- en nouvelles fenêtre,
> dans le cadre du dossier "La frontière, discontinuités et dynamiques", Océan Arctique : des frontières maritimes à l'épreuve d'une
nouvelle donne climatique
> dans le cadre du dossier "Territoires européens, régions, États, Union", un autre article de Julien Vercueil : Union européenne – Russie :
des "politiques de voisinage" de l'énergie
|
Société
civile
La société civile, à
travers ses représentants, l'activité
de ses associations, ses syndicats, ses
groupes de consommateurs, fournit des
acteurs et des contre-pouvoirs essentiels
au bon fonctionnement d'une démocratie.
Ils peuvent, par exemple, peser sur le respect des droits de l'Homme, les
choix d'aménagement du territoire
et sur l'ensemble des questions environnementales.
On constate qu'il n'y a jamais eu de société
civile épanouie en Russie. La population
a longtemps vécu abandonnée
à son sort, passive et silencieuse,
en marge du système politico-économique
que lui impose le pouvoir, ce que le politologue
Alexeï Berelovitch appelle la "démocratie
contemplative", où "le
peuple se contente d'aller aux urnes,
puis de regarder ce qui se passe".
Il vote "mais sans vraiment choisir".
"Notre société
est restée une société
sans convictions véritables",
constate Elena Bonner (veuve d'Andreï
Sakharov) qui y voit un héritage
de l'époque totalitaire, plus encore
qu'une conséquence du désastre
social : "Je parle de l'absence
de critères moraux ainsi que de
notre incapacité à distinguer
la vérité du mensonge, le
bien du mal". L'une des hypothèses de Nicolas
Werth est que la violence d'État
de l'ex-URSS n'était pas exclusivement
alimentée par l'idéologie,
mais par la perception qu'avaient les
dirigeants de la vulnérabilité
du système face à un corps
social difficilement maîtrisable.
L'absence de réel mouvement syndical
indépendant en Russie survit durablement
à l'effondrement du système
soviétique. Certaines associations
et ONG sont davantage actives et parfois médiatisées
et connues en Occident pour leur engagement
en faveur des droits de l'Homme
: Memorial, Comité des Mères
de soldats, le Contrôle civique,
le Groupe moscovite de Helsinki, par ex.
Mais une nouvelle loi entrée en vigueur le 17 avril 2006, oblige - entre autre - les ONG étrangères travaillant en Russie à se conformer à une procédure stricte d'accréditation auprès d'un Service fédéral d'enregistrement (FSR) dont la justification officielle est de "recueillir des statistiques sur les ONG en Russie". En conséquence, près de 3 000 ONG pourraient cesser leur activité, des organisations souvent les plus actives dans la promotion de la société civile, seraient touchées.
Mais une large part de la population russe
reste à l'écart de ces mobilisations
et pourrait être tentée de
cristalliser ses frustrations sur "l'ennemi"
extérieur ou intérieur :
l'étranger, le Tchétchène,
le terroriste islamiste, les
minorités juives.
Selon un sondage publié dans Nezavisimaâ
Gazeta le 21 novembre 2001, à une
question sur la définition de la
société civile 55% des personnes
interrogées répondent qu'elles
n'en ont jamais entendu parler, 22% ne
peuvent pas expliquer de quoi il s'agit
(rapporté par M. Fainberg et A.
Loussenko*).
Remarquons cependant
les capacités, à la fois,
d'adaptation, de résistance et de résilience
dont la société civile russe a dû faire preuve au fil des décennies de son histoire tumultueuse.
Sources et
pour prolonger :
- en corpus documentaire :
Le défi démographique russe > Flux et politiques migratoires
-
dans la rubrique Savoir faire : Mémoires
et territoires en Fédération
de Russie
- Iouri Levada est considéré comme le fondateur de la sociologie en URSS, discipline considérée comme "bourgeoise", interdite du temps de Staline et mise ensuite "sous surveillance". Sous la présidence de Mikhaïl Gorbatchev il entre au Centre d’étude de l’opinion publique (VTsIOM) créé en 1987. Mais en 2003, le pouvoir, mécontent de la publication de certains sondages peu conformes au "politiquement correct" prend le contrôle du Centre que Iouri Levada quitte alors, avec l’ensemble de ses collaborateurs, pour créer, en toute indépendance, le VTsIOM-A, devenu en mars 2004 le Centre analytique Levada, au sein duquel il poursuit des enquêtes d’opinion sur la vie politique et sociale, outils indispensables pour tous les chercheurs. Décédé le 16 novembre 2006, Iouri Levada a notamment publié :
> Entre le passé et l'avenir : l'homme soviétique ordinaire, enquête (Paris, Presses de Sciences Po, 1993, traduit par Jacqueline Tordjman et Alexis Berelowitch, préfacé par Alexis Berelowitch) et
> À la recherche de l'individu (en russe, Moscou, Novoe Izdatel'stvo, 2006)
- Le Centre analytique d'étude de l'opinion publique Iouri Levada :
www.levada.ru/eng
- Marie Fainberg et Anna Loussenko - Memorial
ou l'émergence d'une société
civile russe en Russie - CERI-Sciences
Po, mai 2002 : www.ceri-sciences-po.org/archive/mai02/artmfal.pdf
- Point de vue d'un ethnologue, Boris
Cyrulnik, sur la résilience :
www.diplomatie.gouv.fr/label_france/FRANCE/IDEES/cyrulnik/page.html
|
Statistiques
et économie informelle
Au temps de l'URSS, lorsque
les données fournies par la direction
de la statistique ne plaisaient pas au pouvoir,
plutôt que de s'interroger sur la
réalité qu'elles reflétaient,
elles étaient remises en cause. Lorsqu'un
chiffre mettait en évidence un échec,
c'est qu'il était faux et les producteurs
de ces données devenaient des "ennemis
du peuple". Les statistiques soviétiques
étaient "simples": quand
des chiffres étaient diffusés,
ils étaient compilés de façon
aussi sérieuse qu’ailleurs
dans le monde. Quand le régime souhaitait
masquer un problème, il n’y
avait tout simplement pas de chiffres diffusés
(par exemple, il n’y avait plus aucun
chiffre sur la répartition des productions
agricoles par régions). De leur côté,
les unités de production fournissaient
des chiffres conformes aux Plans mais sans
préciser les conditions dans lesquelles
les objectifs avaient été
atteints et sans indication sur la qualité
et la réelle valeur d'usage des productions.
A. Blum note, pour la démographie
historique, qu'il faut distinguer ce qui
était publié et ce qui était
archivé dans des dossiers tenus secrets.
C'était au niveau de la diffusion
qu'il y avait manipulation : on donnait
les bons chiffres, on occultait les autres.
Les résultats du recensement de 1937
ont été annulés.
Dans la Russie post-soviétique, les
statistiques sont tributaires de la qualité
des chiffres fournis par les différents
acteurs. Toutes les observations montrent
que ceux-ci n’ont aucune envie de
rendre leur activité transparente.
Deux exemples :
- En 2000, sur 145 millions d’habitants,
3,5 millions de foyers avaient remis une
déclaration de revenus au fisc, soit
moins de 10% d’entre eux. Parmi ces
3,5 millions de documents, 90% déclaraient
un revenu annuel inférieur à
1 790 USD, ce qui leur permettait de rester
dans la tranche d’imposition de 12%
(franchir ce seuil les aurait fait entrer
dans la tranche suivante qui passait directement
à 30%) ( Les Échos du 3
janvier 2001). Une réforme instaurant
un taux d’imposition unique à
13 % a été instauré
à partir de 2002 mais la méfiance
continue à régner entre le
fisc et le citoyen.
- Le nombre de passagers transportés
par services de minibus (11-25 places) dans
la région de Saint-Pétersbourg
était de 74 millions en 2001, d’après
les données fournies par les transporteurs.
Ce chiffre cadrant mal avec l’observation
visuelle, les économistes de l’université
de Saint-Pétersbourg ont procédé
par enquête et ont sélectionné
un échantillon représentatif
correspondant à 10% des lignes desservies
(sur 250). Pour chaque service, huit relevés
ont été faits sur toute la
longueur de la ligne, à des heures
différentes de la journée,
à des jours différents de
la semaine. L’observateur enregistrait
chaque passager qui montait ou descendait.
En extrapolant les données observées
à l’ensemble du réseau,
ils estiment qu’on peut "évaluer
avec prudence le nombre de passagers à
225 millions de passagers par an",
soit trois fois plus que l’estimation
officielle.
Par ailleurs, selon les données du
Comité du transport de l’administration
de Saint-Pétersbourg, il y aurait
en réalité, non pas 250 lignes
comme déclaré, mais 436. Dans
ces conditions, le trafic réel du
segment considéré peut être
évalué à 330 millions
de passagers par an, soit un chiffre d’affaire
supérieur à 3 milliards de
roubles … qui échappe à
la statistique … et au fisc.
(source : Veikher et ali, in " Les
régions de Russie à l’épreuve
des théories et pratiques économiques"
L. Bensahel et P. Marchand, publications
du Pôle d’Études en Politiques
Sociales et Economiques, Grenoble II)
Pour compléter :
- Alain Blum et Martine Mespoulet - L'Anarchie
bureaucratique. Statistique et pouvoir sous
Staline - La Découverte - 2003
: www-census.ined.fr/histarus
- Goskomstat,
les statistiques fédérales
officielles de la Russie : www.gks.ru/eng |
Système
d'information
Des médias indépendants sont
indispensables au bon fonctionnement de
toute démocratie alors que des médias
inféodés au pouvoir ne peuvent
que le renforcer. La liberté
acquise par les médias en Russie était à mettre au crédit de la présidence
de Boris Eltsine. Mais, depuis l’arrivée
de Vladimir Poutine, le pouvoir central, par étapes
successives, est intervenu pour museler bon nombre de
médias indépendants.
Ainsi, en 2001, Media-Most, l'empire médiatique
de l'oligarque Vladimir
Goussinski (arrêté, puis libéré,
aujourd'hui en exil en Espagne), a été démantelé et sa filiale,
la chaîne NTV, appartient désormais
à Gazprom sous contrôle du
pouvoir. Boris Berezovski, aujourd'hui en
exil à Londres, a perdu en 2002 ORT, première
chaîne de télévision
russe puis TV6 qui a réouvert sous contrôle du Kremlin.
Désormais, toutes les chaînes
de télévision sont placées,
directement ou indirectement, sous le contrôle
de l'État. Or, la télévision
hertzienne est le seul média qui
couvre tout le territoire de la Fédération.
La presse écrite, les journaux, paraissent,
en apparence, avoir conservé davantage
d'indépendance. Ils doivent cependant
souvent composer pour conserver la possibilité
de se faire distribuer et leur diffusion sur l'ensemble du territoire est limitée. Internet est devenu
un moyen alternatif très utilisé
pour diffuser l'information. Mais la liberté
d'expression peut y être mise à
mal au nom de la législation "anti-terroriste"
et certains sites se trouver ainsi bloqués
(voir RSF*). Selon Marie Mendras (Lettre prospective du Sénat,
2004) :
"Actuellement, nous observons une
situation "d'entre-deux", ni tolérante
et respectueuse des droits
de l'Homme, ni systématiquement
répressive. Il ne règne pas
un climat de peur mais d'incertitude et
de menace diffuse. Un journaliste indépendant
peut certes travailler à peu près
librement - certains sujets d'investigation
portant sur le risque nucléaire et
l'armée demeurent toutefois dangereux
- tout en sachant qu'il peut, du jour au
lendemain, être dissuadé d'approfondir
ses enquêtes. Il en est de même
pour le dirigeant d'une grande société
productrice de matières premières."
-
Anna Politkovskaïa, assassinée en octobre 2006, était la 42e journaliste tuée en Russie depuis l'effondrement de l'URSS. Trois journalistes ont été assassinés en 2006 ce qui porte à 21 le nombre de professionnels des médias tués dans le cadre de leur activité depuis l’élection de Vladimir Poutine en 2000. En 2007, le centre de formation des journalistes, Educated Media Foundation (ex Internews Russie), financé notamment par un programme Tacis européen et la Fondation Ford, a cessé d'exister.
- Le site de Reporters sans frontières (RSF) : www.rsf.org/une_pays-31.php3?id_mot=145&Valider=OK
-
Lettre du Groupe de prospective au
Sénat - Quelle puissance pour
la Russie ?
www.prospective.org/gps_front/index.php?...lettre=
- Actualité et rapports annuels de Reporter sans frontières (RSF) sur la Russie :
www.rsf.org/rubrique.php3?id_rubrique=31
- Le Comité pour la protection des journalistes (Committee to Protect Journalists) :
www.cpj.org/regions_06/europe_06/europe_06.html#russia
|
Tchétchénie
Ce conflit n'a, en fait, jamais cessé
depuis la guerre du Caucase au début
du XIXe siècle. Il rebondit en
1942 lorsque les Tchétchènes
espèrent leur indépendance
de l'invasion nazie. Les représailles
s'ensuivirent : à partir de février
1944, Staline ordonne la déportation
de la totalité de la population
tchétchène et ingouche vers
le Kazakhstan et l'Asie centrale.
Après le retour des Tchétchènes
de leur exil kazakhstanais, les relations
russo-tchétchènes n'ont
cessé de se dégrader, notamment
au niveau local. La montée des
tensions entre les deux communautés
avait conduit un grand nombre de Russes
à faire leurs bagages dès
les années 1960. Ces départs
se sont multipliés en 1991, après
la déclaration unilatérale
d'indépendance de la Tchétchénie
et l'arrivée de Djokhar Doudaëv
au pouvoir. Boris Eltsine instaure alors
l'état d'urgence et envoie des
troupes dans la capitale. Elles se retirent
au bout de trois jours face à la
très forte résistance tchétchène.
En décembre 1994 commence véritablement
la première guerre de Tchétchénie
: Moscou envoie une force de 30 000 hommes
pour remettre au pas la province rebelle.
En 1995, l'armée russe pénètre
dans la capitale, Grozny, après
l'avoir massivement bombardée.
En 1996, Alexandre Lebed, secrétaire
du Conseil de sécurité,
est envoyé sur place avec des pouvoirs
élargis et il négocie l'arrêt
des combats en échange du retrait
des troupes russes.
La guerre reprend en septembre 1999 (seconde
guerre de Tchétchénie) avec
une intervention massive de l'armée
russe. Le Kremlin tente une issue politique
électorale pour maintenir la Tchétchénie
dans la Fédération.
Au cours de ces années de guerre
en Tchétchénie,
l’OSCE
a été la seule institution
internationale à avoir un statut
d'observateur extérieur et de médiateur
dans ce conflit. Les résultats
concrets en sont limités :
les accords élaborés en
1995 n'ont pas eu de lendemains et elle
n’a pu assister qu’impuissante
au déclanchement de la seconde
guerre de Tchétchénie. Depuis,
les
observateurs de l'OSCE se cantonnent à
un rôle humanitaire pour l'essentiel.
Début 2005 le bilan provisoire
peut s'établir ainsi :
- L'islamisme radical a fortement progressé
en Tchétchénie et la lutte
des Tchétchènes a pris d'autres
formes (prises d'otages, par exemple en
septembre 2004, l'école de Beslan
en Ossétie du Nord). Ces nouvelles
"forces du mal" (Tchétchènes
et "wahhabites") sont considérées
par l'opinion publique russe comme les
principaux agents subversifs lancés
à l'assaut de la nation. Au-delà
du conflit tchétchène, c'est
tout le problème de l'"intégration"
de la communauté musulmane de Russie,
forte d'une dizaine de millions d'individus,
dans la société russe qui
se pose.
- Des experts allemands évaluent
à 80 000 le nombre de victimes
tchétchènes depuis le début
de la guerre lancée en août
1999. Côté russe, près
de 4 500 membres des forces fédérales
ont été tués, selon
des chiffres officiels. Ceux-ci sont contestés
par l'ONG des Mères de soldats,
qui estime à 11 000 le nombre
d'appelés tués en Tchétchénie
depuis octobre 1999. Les Mères
de soldats ne prennent pas en compte les
Kontraktniki (mercenaires russes,
qui constituent 80% des recrues). Les
ONG internationales évaluent à
30 000 le nombre de victimes russes en
incluant les Kontraktniki.
- De 1991 à 1999, plus de 250 000
Russes ont quitté la Tchétchénie,
mais aussi des Tatars, des Ingouches et
des Juifs. Les Tchétchènes
eux-mêmes ont fui massivement la
République pour des territoires
périphériques (Ingouchie,
Géorgie, etc.)
Au total, la Tchétchénie
aurait perdu plus de la moitié
de sa population.
Pour compléter, prolonger :
- Dans la rubrique
"corpus
documentaire",
La Fédération de Russie
et ses périphéries (tour
d'horizon ;
identités et influences) ainsi
que :
Le
dessous d’une carte : un regard
polonais sur la Tchétchénie
(par Lydia Coudroy de Lille)
- Un dossier de la Documentation
française, La deuxième
guerre de Tchétchénie
www.ladocfrancaise.gouv.fr/dossier_actualite/tchetchenie/index.shtml
|
Transition
et privatisations
En engageant
le processus de transition économique en 1991, Boris Eltsine
avait promis à ses compatriotes que les réformes
leur apporteraient la prospérité.
Aujourd'hui, nombre d'entre eux éprouvent
le sentiment d'avoir été
laisés par les privatisations. Elles auraient dû permettre une redistribution
démocratique des biens détenus
collectivement mais elles ont été
détournées au profit d'un
petit nombre, en particulier de ceux qui vont être qualifiés d'oligarques.
L'interférence entre
les affaires et le monde politique reste
une donnée fondamentale du paysage
économique russe et la transition
économique et politique des années
1990 ne s'est, de ce point de vue, pas
traduite par de grands changements par
rapport à la période antérieure.
Cette amertume, ces frustrations, expliquent
la popularité de la croisade anti-oligarques menée ensuite par Vladimir
Poutine.
La Cour des comptes de la Fédération
a remis, en 2004, un rapport à
la Douma sur les dix années de
privatisations de 1993 à 2003.
Basé sur l'étude des cas
de 54 entreprises (dont Loukoïl,
Magnitogorsk Metal, Sibir Airlines, Slavneft,
etc.), le rapport établit que nombre
de ces privatisations étaient douteuses,
accompagnées de "nombreuses
violations" conduisant "à
des cessions illégales de biens
d'État, y compris d'importance stratégique,
à des russes et à des étrangers,
à des prix trop bas". Le plan
"dette contre actions" avait
permis à Mikhaïl Khodorkovski
d'acquérir Ioukos pour une somme
dérisoire. Le gouvernement Poutine
a pu s'appuyer sur ce rapport pour réclamer
aux groupes incriminés des arriérés
d'impôts compensatoires qui ont pu les mettre en difficulté ou
les pousser à la faillite (comme
dans le cas de Ioukos, le groupe de Mikhaïl Khodorkovski) mais aussi pour justifier les poursuites judiciaires contre les oligarques qui ne sont pas proches du pouvoir et pour arrêter certains de ceux qui n'ont pas fui à l'étranger, tel M. Khodorkovski en 2003. Plus récemment, en juillet 2007, Mikhaïl Goutseriev a été contraint de quitter son poste à la tête du groupe pétrolier Roussneft. En fuite à l'étranger, il fait l'objet d'un mandat d'arrêt parallèlement au gel des actions de l'entreprise qui pourrait revenir au major du pétrole russe, Rosneft, société d'État aux mains d'oligarques proches du Kremlin (le "clan des Petersbourgeois").
En effet , depuis 2003 - 2004, un net infléchissement a été apporté aux mécanismes de la privatisation. Désormais le Kremlin s'efforce de réaffirmer sa suprématie en posant les fondations d'un nouveau capitalisme d'État russe. Ainsi, en 2006, l'État a porté sa participation dans Gazprom de 38% à 50,1%, ce qui lui redonne le contrôle sur l'exploitation gazière, hautement symbolique de l'économie et de la géostratégie russes. En matière pétrolière, l'entreprise publique Rosneft a avalé les plus beaux morceaux de Ioukos après l'arrestation de M. Khodorkovski et Moscou contrôle en 2007 le quart de la production pétrolière russe contre 10% en 1999. Toujours dans le domaine de l'exploitation des ressources énergétiques on observe que les accords de partage de production (APP / PSA) conclus avec des firmes étrangères sont systématiquement négociés ou renégociés dans le sens d'une participation majoritaire des compagnies publiques russes.
Ainsi le Kremlin affirme-t-il sa volonté de contrôler les secteurs de l'économie jugés "stratégiques". "Il ne s'agit pas d'un capitalisme d'État, mais de la formation de grandes compagnies que l'on va soutenir, notamment à l'étranger. Elles seront sous contrôle de l'État pendant une période de transition mais doivent se comporter comme des compagnies privées" selon les propos de M. Dvorkovitch, chef du groupe d'experts auprès de V. Poutine, à des investisseurs à Moscou en 2006.
Dans ce contexte, en 2004, l'OCDE estimait que la Russie doit
"offrir des règles du jeu
équitables, de sorte que les sociétés
étrangères puissent concurrencer
les entreprises nationales dans le processus
de privatisation des entreprises publiques".
Et, si les privatisations des monopoles
d'État ont donné surtout naissance
à des grands groupes, le tissu
des PME reste encore insuffisant : elles ne représentent que
10 à 15% du PIB, contre 30 à
50% dans la plupart des pays en transition
d'Europe médiane et orientale.
Enfin, concernant les activités agricoles, la Douma d’État a adopté, en juillet 2002, la loi sur le transfert des terres agricoles, autorisant les particuliers et
les personnes morales à acheter ou vendre légalement des terres agricoles à compter de 2003. Toutefois, de nombreux obstacles doivent être surmontés avant qu’un marché des exploitations
agricoles pratique et fonctionnel ait pu s'épanouir.
|
Villes et métropoles,
système urbain
À quelles conditions l’espace
post-soviétique peut-il s’insérer
dans l'espace-monde ? À l'échelle
de la Fédération, sur quelles
bases un réseau urbain peut-il
se recomposer en tenant compte de l’héritage
d’une période pendant laquelle
Moscou, la ville-capitale,
siège du pouvoir, commandait tous
les développements urbains dans
le cadre d'un espace de développement
autarcique.
Le système urbain russe compte
13 villes de plus d'un million d'habitants.
Moscou compte 9 millions d'habitants et Saint-Pétersbourg
5 millions. Mais les autres villes, même
les plus grandes, n'étaient conçues
que comme des agrégats de combinats
industriels et comme lieu de résidence
de la main d'œuvre nécessaire.
Ainsi, à la fin des années
1980, la grande ville soviétique
différait profondément de
la grande ville occidentale (Marchand,
2001). Chaque unité territoriale
de l'Union avait son centre, mais ce pôle
était réduit à la
surveillance administrative et à
des fonctions universitaires et hospitalières
; ses compétences ne débordaient
pas sur les unités voisines. On
avait ainsi une sorte d'"égalitarisme
spatial", dans lequel même
les grandes villes millionnaires centres
d'oblast n'exerçaient pas plus
d'influence que des villes hiérarchiquement
et démographiquement inférieures.
Seules émergeaient Novossibirsk
(pôle scientifique de premier ordre)
et Leningrad (pôle scientifique
et culturel).
La nouvelle Russie de 1991 n'a pas vraiment
rompu avec cette tradition. Or, dans un
monde globalisé, où les
métropoles et leurs régions
sont des acteurs de l'économie
mondiale, l'espace russe ne peut fonctionner
selon des schémas anachroniques.
Compte tenu de ses dimensions, il est
trop vaste pour être animé
par une seule métropole de rang
international. La présence d'un
certain nombre de métropoles extérieures
à proximité des frontières
de la Russie peut conduire des régions
frontalières russes à passer
sous l'influence économique de
ces centres métropolitains (Riga,
Tallin, Helsinki, Istanbul, voire, à
terme, Kiev, à l'ouest ; Sapporo,
Harbin, à l'est).
Des villes pourraient cependant être
candidates aux fonctions de métropole,
par exemple, à l'ouest, Saint-Pétersbourg,
Nijni Novgorod, Kazan, Novossibirsk, voire
Rostov au sud. À l'est, le poids
démographique d'Irkoutsk, de Khabarovsk
et de Vladivostok semble insuffisant.
Mais trois obstacles freinent les dynamiques
de métropolisation : l'hypercentralisation
moscovite, le fractionnement de l'espace
économique russe, les incertitudes
politico-économiques.
L'institution, par le décret présidentiel
n° 849 du 13 mai 2002, de sept représentants
plénipotentiaires du président
(dits "Polpreds") et
donc du pouvoir fédéral,
à la tête de sept nouveaux
districts fédéraux (Moscou,
Saint-Pétersbourg, Rostov, Nijni Novgorod,
Ekaterinbourg, Novossibirsk et Khabarovsk)
couvrant l'ensemble du territoire auraient
pu participer à une stratégie
de métropolisation de l'espace
russe.
La réussite d'une métropolisation
supposerait aussi de lancer une véritable
politique d'aménagement du territoire
en Russie, s'inspirant des expériences
réussies dans le monde tout en
les adaptant aux spécificités
russes : politiques d'accompagnement de
pôles de croissance, création
d'externalités favorables à
l'exercice des fonctions de hub de la
métropole (infrastructures de transport,
formation, etc.), allègement des
contraintes administratives, nouveaux
outils législatifs.
L'affirmation d'un réseau de métropoles
de niveau mondial en Russie favoriserait
la diffusion du développement et
de l'innovation et lui permettrait peut-être
de sortir du dualisme qui a marqué
toute son histoire.
D'après P. Marchand, Métropoles
et développement économique
en Russie - Rubrique Papers du
Pôle d'Études des Politiques
Sociales et Économiques (PEPSE)
:
www.upmf-grenoble.fr/pepse/article.php3?id_article=69
Pour compléter
:
- Le dossier : De
villes en métropoles
- en corpus documentaire : Institutions
et maillages territoriaux de la Fédération
de Russie
|
Les auteurs et références bibliographiques
évoqués ci-dessus renvoient aussi à
la partie
"ressources" du dossier.
Glossaire
proposé par Sylviane Tabarly, avec la participation
de Pascal Marchand,
dernière mise à jour partielle : 27 septembre 2007

Retour haut de page
| Mise
à jour partielle : 27-09-2007
|
|
|