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Mobilités, flux et transports

La dépendance automobile, une addiction individuelle et collective

Publié le 02/03/2009

La notion de "dépendance automobile", synonyme de ce que certains appellent en France l'automobilité, est apparue au début des années 1990. V. Kaufman et J.-M. Guidez (1998) utilisent souvent le terme de dépendance pour traiter du recours systématique à l'automobile, y compris pour des trajets très courts. Gabriel Dupuy lui donne une définition précise, qui réduit son usage pour désigner un système complexe dans lequel l'usage de l'automobile est central. La connotation est négative, selon G. Dupuy (1999, p.7) qui se réfère aux drogues qui fournissent des satisfactions momentanées au prix de dommages à long terme.

G. Dupuy s'appuie sur le "Cercle magique" du développement de l'automobile aux États-Unis décrit par les ingénieurs des ponts et chaussés américains qui constatent que l'extension des réseaux routiers conduit à utiliser davantage l'automobile, ce qui nécessite des investissements routiers supplémentaires améliorant temporairement les conditions de circulation ce qui favorise alors l'arrivée de nouveaux automobilistes jusqu'à saturation, et ainsi de suite… Cet engrenage fonctionne encore et continue même à se développer par effet cumulatif. Une boucle de rétroaction "bien huilée" pérennise le système et marginalise dans le même temps les non motorisés dont le potentiel d'accessibilité se réduit du fait de la dé-densification progressive des espaces métropolitains.

G. Dupuy formalise le système, selon l'hypothèse qu'"on ne saurait désormais comprendre le rôle de l'automobile sans une vision systémique incluant l'ensemble des éléments qui en font ce qu'elle est : un véhicule auto-mobile (au sens fort des deux termes) pour le plus grand nombre" (1999, p.13). S'inspirant des travaux de Peter Hall, il pose les éléments du système : une production de masse permettant de démocratiser l'acquisition d'automobiles ; des codes uniformes, des règles et des normes (conduite, signalisation…) ; - des réseaux techniques ; des équipements annexes destinés à faciliter la vie des automobilistes.

Le fonctionnement du système automobile repose alors sur des interactions, qu'elles soient positives tel que l'effet de club (l'accroissement du nombre d'automobilistes améliore les avantages et aménités) ou négatives (internes – congestion - ou vers l'extérieur du système – pollution, sécurité…). Le système tend donc à s'auto-renforcer.

Pour G. Dupuy "l'entrée dans le système automobile se traduit, au-delà de l'utilité individuelle du bien acquis et employé, par une sorte de bonus d'origine collective" (1999, p.14). Si le bonus est perçu individuellement, il faut rappeler que la dépendance n'est pas individuelle mais plutôt collective. Ainsi "c'est par le comportement des autres que nous sommes incités à utiliser l'automobile et que nous en  sommes, par là même, dépendants" (ibid.). Mais ce "cercle vertueux d'effets positifs (…) enroule avec lui un cercle vicieux d'effets négatifs dus au développement de l'automobile" (p.15). "La dépendance peut alors être définie comme effet négatif d'origine interne au système et résultat du bonus et de cercle magique…" (ibid.). La dépendance affecte aussi ceux (utilisateurs ou non-utilisateurs et collecitvités) qui pâtissent des effets négatifs de l'automobile tels que pollution, congestion et insécurité.

Manuel Appert,

pour Géoconfluences le 2 mars 2009

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