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Entre logiques institutionnelles et pratiques spontanées de la frontière : la structuration d’un territoire périphérique autour du bas Maroni (Guyane)

Publié le 27/03/2012
Auteur(s) : Valérie Morel, université d’Artois, université Lille Nord, en délégation au centre IRD de Cayenne,
Sylvie Letniowska-Swiat, université Lille Nord de France, Artois, EA 2468 DYRT.

1. L'espace laurentais : un centre et une périphérie

2. Un fleuve où se rencontre une région française et un pays du Sud

3. État des lieux des coopérations institutionnelles : entre pensée transfrontalière et pratique interfrontalière

Le Maroni, fleuve frontière partagé sur 520 km par la Guyane française et le Surinam, est générateur de sens et de paradoxes dans les pratiques et les représentations des constructions territoriales et aussi dans la définition d'un espace frontière à plus d'un titre. Entièrement situé en domaine forestier tropical ce territoire concerne les communes de Maripasoula, Papaïchton, Grand-Santi, Apatou, Saint-Laurent du Maroni Mana et Awala-Yalimapo, côté français et les deux districts de Sipaliwini et de Marowijne côté surinamais. Cet entre-deux fluvial est caractérisé par la présence d'aires protégées françaises (le Parc naturel régional de Guyane, le Parc national amazonien (voir l'article de ce dossier consacré aux "frontières externes et les limites internes en Guyane", juin 2010) et surinamaises (la Réserve naturelle de Galibi et celle de Wane-kreek). La population du bassin Maroni a explosé ces dix dernières années, modifiant profondément l'organisation de ce territoire refuge longtemps sous-peuplé. Entre 1999 et 2009, la population a augmenté de 94% côté français passant de 31 948 habitants en 1999 à 61 474 habitants en 2009 (Insee, 2011). Côté surinamais, le flou statistique fait loi (encadré infra).

"Waisman est né à Saint-Laurent il y a vingt ans. C'est un enfant du Maroni, au sens large du terme, c'est-à-dire qu'il ne fait pas de distinction entre les deux berges du fleuve frontière, à l'image de tous ses frères et sœurs Ndjuka. Mais "Waisman est français", précise-t-il en souriant" (France-Guyane, mercredi 26 mai 2010, p.7). Cette phrase, relevée dans le quotidien France-Guyane présentant le chanteur rasta Waisman en annonce du concert qu'il donna le 19 juin 2010 pour la Fête de la musique à Grand-Santi révèle toute la complexité de l'espace Maroni. En effet, ni les structures spatiales, ni les représentations sociales, ni les pratiques économiques ne concordent avec un quelconque territoire institutionnel.

L'espace Maroni n'est pas exclusivement un espace frontière. Si chacun s'accorde à dire que la dichotomie rive surinamaise et rive française est résolument dépassée, l'émergence de ce bassin de vie se nourrit aussi de la confrontation des rapports socio-spatiaux et administratifs variés et différenciés construits par une multitude d'acteurs sur chaque rive du Maroni. Un espace hybride se dessine, au sein duquel les notions d'État et de frontière se dissolvent à la faveur de complémentarités entre territoires.

Les auteurs lisent, décrivent et expliquent le fonctionnement de cet espace (Piantoni, 2002, 2007, 2009 ; Calmont, 2008). Chacun avec ses mots et ses outils participe à une meilleure appréhension des dynamiques qui structurent le bassin de vie du Maroni. Le bassin fluvial transfrontalier du Maroni s'est construit comme un territoire spécifique reposant sur des logiques communautaires des groupes Marrons [2] depuis le XVIIIe siècle. Cette dynamique de peuplement a inscrit des frontières dans l'espace mais ces dernières sont transversales et ethniques et non parallèles et étatiques. Le positionnement de ces frontières identitaires est calé dans l'espace sur les sauts [3] qui segmentent le cours de Maroni (document ci-contre)

Sources : d'après Atlas de la Guyane, 2008, F. et P. Grenand, 2001. Réalisation J. Domont USTL-TVES

Le bas Maroni se développe sur l'espace estuarien du fleuve éponyme et regroupe, côté français, les communes d'Apatou, Saint-Laurent du Maroni, Mana et Awala-Yalimapo ; côté surinamais le district du Marowijne (municipalité d'Albina) et une infime section du district de Sipaliwini. Cet espace est, d'une part, un espace à enjeux en termes de santé publique et de coopération policière et, d'autre part, un espace privilégié d'exercice de prospective, dans les domaines du transport (infrastructures routière, aérienne, maritime et fluvial), de l'éducation et du tourisme, pour les acteurs non seulement locaux mais aussi nationaux, européens et internationaux. En 1999, le Surinam est entré dans la Zone de solidarité prioritaire (Zsp) [4] définie par le gouvernement français. L'Agence français pour le développement (Afd) ou encore le Fonds français pour l'environnement mondial (Ffem) sont les principaux moteurs des actions de coopération. À l'échelle internationale, l'Union européenne (UE), la Banque interaméricaine de développement, les agences des Nations Unies (Pnud, Unicef) et le Fonds mondial contre le VIH, la tuberculose et la malaria sont les principaux bailleurs de fonds des actions de développement au Surinam.

Cette contribution propose de mettre en évidence l'émergence d'un objet géographique : le tri-pôle Saint-Laurent du Maroni–Apatou–Albina. Cet espace hybride aux interdépendances spontanées traduit la nécessité d'un dépassement de la dichotomie rive française/rive surinamaise. Il se situe à la croisée de dynamiques institutionnelles, économiques et culturelles et demeure difficile à caractériser. Nous nous proposons ici d'aborder les structurations territoriales d'un tel espace frontalier en interrogeant notamment, le degré de discontinuité et/ou d'interface associé à la frontière.

L'espace laurentais : un centre et une périphérie

L'espace laurentais, par sa structure, son positionnement géographique et son histoire s'insère dans une logique territoriale qui s'articule tout autant autour des notions de périphéricité, que de marge, ou d'intégration locale. Dans un fonctionnement parfois presque déconnecté de l'aire centrale cayennaise, Saint-Laurent est, en effet, tout à la fois une marge et un centre. Confins de l'Europe, marge au sein de la Guyane, éclipsée par Cayenne et reléguée dans une périphérie occidentale qui ne focalise que peu l'attention de l'État, plus occupé à l'est avec le voisin brésilien. Centre de son aire locale, du fleuve Maroni et de son bassin versant englobant tout à la fois la rive française et la rive surinamaise. Cette position ambivalente place Saint-Laurent dans des logiques d'organisations territoriales complexes, parfois "schizophrènes" entre l'échelle des jeux institutionnels français et surinamais et l'échelle des pratiques individuelles toutes imprégnées de la complexité culturelle locale et de l'interdépendance des deux rives dans l'articulation et le fonctionnement du territoire du quotidien des populations riveraines.

À Saint-Laurent, quelques personnages prestigieux ou politiques locaux ont donné leur nom aux différents collèges de la ville : Albert Londres, Eugénie Tell-Eboué ou encore Paul Jean-Louis. Les derniers collèges édifiés, faute d'un baptême plus attrayant sont numérotés : collège 4 construit en 2002, collège 5 construit en 2006 ou encore le Lycée professionnel de Saint-Laurent III en service depuis la rentrée 2009. Cette anecdote ne fait que traduire l'incroyable dynamique démographique de l'agglomération où l'on compte 25 écoles, 5 collèges et 3 lycées. Ces chiffres traduisent les besoins induits par la croissance démographique. Les 6-16 ans représentent 27% de la population totale de la Guyane mais 37% de la population laurentaise. Or les capacités de scolarisation restent insuffisantes, il manque des classes pour l'accueil d'enfants âgés de 12 à 16 ans non francophones et/ou qui n'ont jamais été scolarisés.

 

Guyane française, Saint-Laurent-du-Maroni : dynamiques et distribution de la population

 

 

Source : Commune de Saint-Laurent-du-Maroni, dossier complet, Insee, mise à jour juin 2011, www.insee.fr/fr/bases-de-donnees/esl/resume.asp?codgeo=97311&nivgeo=com

 

 

Conception : V. Morel Réalisation : J. Domont, USTL-TVES Source : Insee, 2006, 2009, 2010

Avec, 33 707 habitants au 1er janvier 2006, Saint-Laurent-du-Maroni est la seconde ville de Guyane, derrière Cayenne et devant Kourou (documents ci-dessus). En dix ans, la population de Saint-Laurent a quasi doublé passant de 19 211 habitants en 1999 à 33 702 habitants en 2006 (Insee, 2011). Ce rythme de croissance devrait se poursuivre, on estime ainsi que la population de Saint-Laurent pourrait dépasser les 100 000 habitants à l'horizon 2020. Ce poids démographique confère à l'agglomération laurentine, à l'extrême marge ouest de l'espace guyanais, une position de tête de pont organisatrice du bas Maroni. Elle rayonne sur les communes fluvio-littorales de Mana et d'Awala-Yalimapo. Mais elle est surtout rattachée à la commune fluviale d'Apatou par une organisation en chapelet de Campu [5] plus ou moins pérennes qui se développent le long du fleuve et aussi par une route ouverte en 2010. Si Cayenne concentre la part la plus importante de la population guyanaise (28,2% au recensement de 2006), sur le dernier intercensitaire, 1999-2006, l'ouest guyanais et notamment le doublon Saint-Laurent/Apatou enregistre la plus forte croissance démographique de, respectivement, 7,3 et 8,4% par an.

Le boom démographique de la Guyane française

La Guyane a connu une croissance démographique de près de 4% par an entre 1999 et 2006, soit plus de 50 000 personnes supplémentaires. Les 2/3 de cette croissance sont dus aux naissances largement excédentaires sur les décès (Insee, 2009). Sur cette période, la population guyanaise a augmenté 6 fois plus vite que la population métropolitaine. L'indice conjoncturel de fécondité de la Guyane explicite la situation ; 3,81 enfants par femme en 2006, contre 1,99 à la même date pour la métropole. Ce chiffre place la Guyane dans une situation tout à fait particulière par rapport au territoire métropolitain mais aussi aux autres DROM, qui connaissent des indices conjoncturels de fécondité bien inférieurs. Ce différentiel s'explique par la jeunesse de la population, 35% des Guyanais ont moins de 15 ans et un comportement nataliste différent, mais aussi par le solde migratoire. La croissance de la population guyanaise est imputable pour les ¾ au solde naturel et pour ¼ au solde migratoire. En 2006, la Guyane était la région française qui comptait la part d'immigrés la plus importante, environ 30% de la population régionale (Insee, 2009). Un tiers de ces immigrés vivaient dans la zone Maroni où ils représentaient 36% de la population locale. Ce flux migratoire explique une part de l'accroissement de la population, mais c'est surtout la féminisation de cette migration qui permet de comprendre l'incroyable dynamisme de l'indice conjoncturel de fécondité. Cette féminisation ne cesse de s'accentuer depuis les années 1990, passant de 46% de femmes dans la population immigrée en 1990 à 51% en 1999 et 52% 2006 (Insee, 2009). Cette sur-féminisation impacte logiquement le solde naturel. En 2003, 58,8% des naissances annuelles en Guyane provenaient de femmes étrangères.

- Insee, Guyane > La région par thème > Population www.insee.fr/fr/.../guyane/faitsetchiffres/default.asp > Résultats du recensement de la population : La Guyane : une région jeune et attractive, Clovis HORATIUS-CLOVIS,www.insee.fr/fr/themes/...._id=25&ref_id=15348 > Bilan démographique de la Guyane en 2006,
www.insee.fr/fr/themes/document.asp?ref_id=12129

Des pratiques transfrontalières anciennes en cours de renouvellement

Dans l'aire Maroni, c'est l'arrivée de jeunes femmes enceintes traversant le fleuve pour accoucher à l'hôpital de Saint-Laurent qui retient l'attention des autorités locales voyant dans cette mobilité la recherche de prestations sociales. On constate une forte dissymétrie de l'indice synthétique de fécondité des Surinamaises entre la rive française et surinamaise du Maroni. À Saint-Laurent, cet indice est estimé à 7,5 enfants par femmes, alors qu'officiellement, l'ISF surinamais plafonne à 2 enfants par femme pour 2009 (Hidair et Chicot, 2008). En 2006 on dénombrait à Saint-Laurent 500 naissances par des femmes "non comptées" (pour environ 2 000 accouchements pratiqués annuellement au Centre hospitalier de l'ouest guyanais / CHOG) et ce nombre est en croissance. Ce comportement illustre les pratiques et les mobilités qui animent la zone transfrontalière depuis des générations mais qui, dans leurs ressorts et leurs orientations actuelles utilisent pleinement les leviers du différentiel frontalier contemporain. Il est valable pour d'autres flux sanitaires : la population surinamaise franchit la frontière pour répondre à un besoin et une proximité de soins qu'offre le CHOG implanté à Saint-Laurent (AFD et al., 2011). La future ouverture de l'hôpital d'Albina ne résoudra pas la fréquentation du CHOG par les Surinamais, d'une part parce que le fleuve n'est pas considéré comme une frontière par les populations riveraines et, d'autre part, par ce que l'hôpital de Saint-Laurent n'est pas utilisé uniquement pour la qualité de ses soins mais aussi pour les avantages accordés aux enfants nés sur le sol français (allocations et droits scolaires et plus tard éventuellement sous certains critères la nationalité française) ainsi qu'aux patients bénéficiant d'une carte de "séjour pour soins urgents" [6] (par exemple la prise en charge d'un patient affecté par le Sida) qui permet à ses bénéficiaires de séjourner en Guyane. Si la pratique du bassin du Maroni unit les deux rives du fleuve depuis des générations, c'est bien la distance structurelle entre rive droite et rive gauche qui amplifie aujourd'hui les flux et explique en partie le contexte démographique de Saint-Laurent.

Les enjeux des questions de santé dans un contexte frontalier à forte dynamique migratoire : l'exemple de l'ouest Guyanais

Le questionnement associant santé et frontière pointe souvent du doigt un processus de migration pesant sur le système de santé du pays d'accueil. La question migratoire, prégnante dans le débat public, fait écho à bien des préjugés et des peurs. En Guyane, certains développent de forts ressentiments envers un "péril migratoire" qui, en termes de santé publique, serait vecteur d'épidémies ou consommateur d'un système de soin performant mais menacé. Ainsi, un rapport de la commission d'enquête sur l'immigration clandestine du Sénat affirmait en 2006 que les femmes surinamiennes viennent accoucher à la maternité de Saint-Laurent pour que leurs enfants acquièrent la nationalité française (Othily et Buffet, 2006). Quelle est la réalité dans l'espace bas Maroni ? La fréquentation des services de santé et notamment ceux du Centre hospitalier de l'ouest guyanais (CHOG) est-elle l'expression d'une immigration motivée pour soin ou reflète-t-elle simplement le jeu des mobilités qui animent ce bassin de vie ?

Un récent rapport de l'Agence française de développement (Afd, 2011) intitulé "Migrations et soins en Guyane" permet d'apporter des éléments pour nuancer ces propos et montrer que plusieurs trajectoires de santé coexistent. Les résultats de l'enquête montrent que le poids de la santé n'est pas un facteur enclenchant une migration vers la Guyane. Les motivations des migrations déclarées sont majoritairement économique et familiale. Le fait d'une forte fréquentation des urgences ou de la maternité du CHOG par la population surinamaise reflète davantage l'utilisation d'un système de soins présent dans leur espace vécu qu'une réelle intention de migration pour soins. Comme le rappelle Frédéric Piantoni (2009) "les populations transfrontalières sont mobiles sans pour autant être migrantes". L'hôpital de Saint-Laurent-du-Maroni représente souvent le premier recours aux soins pour une grande partie de la population vivant dans la région Est du Surinam depuis la fermeture de l'hôpital d'Albina suite à la guerre civile (1986-1992). Pour la population surinamaise vivant sur les rives du Maroni, cette région frontière est un espace géographique continu. La fréquentation du CHOG  par la population surinamaise est avant toute chose le reflet des offres inégales entre les deux systèmes de soin et les deux systèmes sociaux voisins. /...

 

 

.../ Concrètement, le Surinam et la Guyane partagent des problèmes de santé publique au niveau de leur frontière, comme par exemple le sida et le paludisme. La lutte contre les maladies infectieuses transmissibles et émergentes dont les dynamiques de diffusion ne s'arrêtent pas à la frontière nécessite la mise en place d'opérations conjointes pour mutualiser les connaissances, améliorer les actions et les prises en charge.

Aujourd'hui, la santé publique est un réel levier de coopération transfrontalière et plusieurs actions sont développées pour répondre aux problèmes de santé publique communs aux deux pays, elles peuvent être classées en deux catégories : d'une part, des actions d'investissement pour la construction et la réhabilitation des équipements sanitaires et, d'autre part, des actions de coopération bilatérale sur des questions sanitaires tels que le paludisme (Aldighieri et al., 2000) le sida ou encore la vaccination (ARS, 2010, 2011).

Développer des coopérations en matière de santé ne répond pas uniquement à une finalité d'amélioration de l'état de santé de la population. L'intérêt de la France dans le développement de l'Est du Surinam notamment par le biais d'infrastructures de santé est de tenter de gérer les mobilités locales de personnes en les fixant sur la rive surinamaise du Maroni afin de maitriser la pression migratoire qui s'exerce sur le système de santé français.

Références :

Un retour sur le peuplement et la genèse frontalière de cette zone peut éclairer les dynamiques spatiales en action aujourd'hui. Si Saint-Laurent nait pour et par le bagne en 1880, le peuplement des rives du Maroni lui préexiste. Amérindiens (essentiellement Arawak puis Kalin'a) et noirs marrons (historiquement Boni et Djuka) occupent ce secteur bien avant le bagne. La construction spatiale et sociétale de ces rives correspond à cette époque à l'organisation d'un espace de confins articulé autour du fleuve. L'interpénétration des deux rives y est forte. Ces communautés utilisent la rupture fluviale comme une barrière protectrice allant et venant d'une berge à l'autre au gré des turpitudes. Les amérindiens vont par exemple massivement se déplacer vers la rive surinamaise avec l'arrivée du bagne (Guyon, 2010). Les Boni et les Djuka, esclaves dans les plantations surinamaises en fuite se réfugieront sur la rive française (Piantoni, 2009). Le marronnage marquera profondément la zone jusqu'à l'abolition de l'esclavage. L'introduction de la frontière nationale France/Surinam se surimpose donc à ces pratiques ancestrales.

Une périphérie renforcée au sein de l'espace français/métropolitain

Ainsi, zone de confins historique, l'espace du bas Maroni est depuis longtemps et peut-être plus encore aujourd'hui, un espace en "aparté" au sein de la Guyane. Saint-Laurent et son aire de rayonnement, point de fixation des populations et matérialisation de la frontière de l'extrême occident guyanais, est depuis longtemps en concurrence avec Cayenne distante de plus de 250 km. Son isolement relatif par rapport au centre névralgique de la région renforce ses prétentions de pôle local, tout à sa liberté de gérer et d'organiser son "arrière-pays". Cette sous-préfecture accueille en effet tout un ensemble de services délocalisés de l'État comme le Trésor public, l'ONF. Afin de mieux saisir l'organisation de ce secteur de la Guyane on peut observer la structuration de l'espace Maroni par le prisme de différentes logiques scalaires. La Guyane est tout d'abord une marge du territoire métropolitain et une extrême marge de l'Europe, une région ultrapériphérique (RUP) de l'Union européenne. Ce statut confère aux régions ultra-marines et notamment à la Guyane des dispositifs économiques, sociaux et fiscaux particuliers tenant compte de leurs spécificités (climat, dynamiques démographiques, étroitesse des marchés…) et de leur éloignement par rapport à l'Europe continentale. Cet éloignement loin d'être uniquement métrique est tout à la fois la combinaison d'une distance réelle et perçue. Ainsi si l'on se réfère aux travaux de l'Eurisles (European Islands System of Links and Exchanges) qui s'efforcent d'évaluer l'éloignement en tenant compte des temps de transport routier et maritime pour le fret ainsi que des ruptures de charge (Gaillard, 2007), la distance séparant Cayenne de Maastricht serait de 34 234 km "virtuels" au lieu des 7 561 km réels [7]. Cet éloignement donne tout son sens à la notion de marge qui s'applique si fréquemment à cette région française.

Néanmoins cette position ultra-marine tend parfois à servir les intérêts nationaux notamment dans le cadre de partenariat avec d'autres zones géographiques, telle l'Amérique latine et ici plus particulièrement le Brésil. Ainsi le choix a été fait de construire un pont sur l'Oyapock, dans la continuité de la liaison, Cayenne/Régina/Saint-Georges-de-l'Oyapock qui permettra d'ouvrir la Guyane vers l'État voisin brésilien de l'Amapa et qui constitue l'un des équipements du projet de "panaméricaine atlantique" (Baudoux D'Hautefeuille, 2010). Ce pont déplace les polarités guyanaises à l'est, au détriment de l'ouest et de Saint-Laurent. Les acteurs locaux laurentais dénoncent ce choix qui, pour eux, ne répond ni à une logique démographique (Saint-Georges-de-l'Oyapock comptait 3 419 habitants en 2006), ni économique, les flux économiques formels étant beaucoup plus importants dans le bas Maroni. La position de "cul-de-sac" de Saint-Laurent devrait s'en trouver renforcée l'incitant à développer une collaboration régionale institutionnalisée avec Albina et plus à l'ouest encore avec Paramaribo, capitale du Surinam. La logique territoriale ne semble pas respectée, mais les intérêts étatiques supplantent les logiques régionales et plus encore locales.

En corpus documentaire,

Oyapock, un pont trop loin ? Un pont pour quoi ?,

par Sylvie Letniowska-Swiat

L'isolement de l'aire Maroni au sein de l'espace guyanais est amplifié par le poste de contrôle de gendarmerie d'Iracoubo qui joue le rôle de poste frontière avancé et qui crée une première discontinuité forte entre Cayenne et Saint-Laurent. D'un certain point de vue, ce poste de contrôle place Saint-Laurent "hors" d'un système spatial guyanais qui tendrait à s'organiser autour de la région littorale centrale, et la repositionne de fait dans un espace tampon, entre la frontière fluviale et la frontière douanière d'Iracoubo. Ainsi, cette position d'ultrapériphicité interne au territoire guyanais ne peut qu'encourager Saint-Laurent à développer les relations avec son voisin le plus proche, le Surinam, et ainsi renforcer des liens structurels et culturels ancestraux. De plus, ce positionnement spatial replace Saint-Laurent au cœur du jeu et l'individualise quelque peu de la domination cayennaise. Saint-Laurent peut alors espérer sortir de sa place de périphérie dynamique au sein d'un jeu territorial qui se déplace hors frontière nationale et prend appui sur le bassin Maroni et le transforme en un centre.

Dans cet espace périphérique, Saint-Laurent se retrouve face à son pendant surinamais, Albina, peuplée de 5 514 habitants (Algemeen Bureau voor de Statistiek in Suriname, 2009) au dernier recensement. Ce chiffre ne prend en compte que la population officiellement installée sans refléter la situation réelle du peuplement le long du fleuve. Albina, à l'échelle du territoire surinamais, est aussi une périphérie qui concentre un certain nombre des difficultés du Surinam. Depuis la fin de la guerre civile (1986-1992), la situation humaine et économique du pays s'est considérablement améliorée mais son niveau de développement demeure encore bien inférieur à celui de la Guyane voisine avec des difficultés structurelles notamment dans le domaine de la santé et de l'éducation.

Guyane - Surinam : lecture comparée

La coopération territoriale entre la Guyane et le Surinam est portée par deux outils européens qui sont les programmes Interreg III B et IV Espace Caraïbe ayant pour vocation de porter des projets à l'échelle transnationale et le Programme Opérationnel Amazonie (Po Amazonie) qui porte des projets à l'échelle transfrontalière (Insee, 2006, Programme Interreg Caraïbes, 2007).

Les programmes Interreg III B (2000-2006) et IV (2007-2013) Espace Caraïbe : Le programme Interreg III B (2000-2006) était une initiative du Fonds européen de développement régional (Feder) pour encourager la coopération transnationale entre le département français d'Amérique et son environnement (Caraïbe et Amérique). Concernant la coopération transnationale Guyane–Surinam, les projets phares de cette coopération au cours de deux Interreg sont : la réhabilitation de la route Paramaribo-Albina ; l'interconnexion électrique entre les 2 pays ; le développement économique et social du Ressort Albina.

Le Programme Opérationnel Amazonie – Guyane Brésil Surinam – 2007-2013

Le PO Amazonie de coopération transfrontalière Amazonie a été présenté à la Commission Européenne au titre de l'Objectif de coopération territoriale européenne pour la période 2007/2013 pour la Guyane. La Région Guyane fut désignée par la France comme l'autorité de gestion du programme au nom de l'ensemble des partenaires français, du Surinam et des trois États fédéraux brésiliens de l'Amapa, l'Amazonie et du Para.

Réalisation : V. Morel (document en .pdf)

Un fleuve où se rencontre une région française et un pays du Sud

Si la croissance du pays a atteint 2,5% en 2009, dans un contexte mondial difficile, l'économie surinamaise repose essentiellement sur le commerce des matières premières minérales (bauxite, or, hydrocarbures…) et agricoles (riz, bananes) ce qui la laisse à la merci de la conjoncture internationale. Le PIB/hab a nettement augmenté pour atteindre aujourd'hui 4 080 $. Le niveau de développement général du pays s'améliorant, l'IDH progresse pour atteindre 0,729 soit le 85e rang mondial. Néanmoins, la situation économique demeure fragile et le développement social et humain encore modéré. Ainsi, l'économie informelle (drogue, orpaillage, commerces illégaux, blanchiment d'argent…) représente toujours une part substantielle de la dynamique économique du pays occupant une part importante de sa population. Les estimations officielles surinamaises considèrent que ces activités représenteraient 14% du PIB national. Pour le ministère des Affaires Étrangères français, cette part serait plutôt de 30%. Ces activités illicites trouvent tout naturellement leur place dans cet espace de confins qui s'organise autour du Maroni pouvant au mieux utiliser le différentiel frontalier toujours propice au développement du "business".

Ainsi l'activité commerciale le long du fleuve est assez intense [8], notamment autour du bi-pôle Albina-Saint-Laurent. Elle est tout à la fois structurelle et conjoncturelle. Le peuple du fleuve ne connait pas les limites administratives. Les familles, en particulier les familles marrons, sont installées sur les deux rives et échangent donc tout naturellement entre elles. D'après les services douaniers d'Albina, 600 personnes passeraient la frontière chaque jour, chiffre cumulant les traversées dans les deux sens. La pratique ancestrale tout à la fois transversale et longitudinale du fleuve trouve aussi son fondement dans les logiques territoriales de mobilités des populations en lien avec leur exploitation de la terre par le système traditionnel des abattis qui nécessite une agriculture itinérante en rotation. Les populations sont donc structurellement mobiles le long du fleuve comme en témoigne le déplacement croisé des Campus le long des deux rives. Enfin, si l'activité commerciale résulte d'une pratique spatiale traditionnelle, elle trouve aussi sa logique dans l'exploitation du différentiel induit par la présence de la frontière étatique. Même si la situation économique du Surinam s'améliore, les coûts de main-d'œuvre et des matières premières y sont bien moindres qu'en Guyane.

Le transport fluvial sur le Maroni : l'importance de la pirogue (avec diaporama)

Le Maroni, surnommé "l'autoroute de l'ouest", est le fleuve le plus utilisé en Guyane. Les pirogues les plus fréquentes sont les pirogues dites bushinengé [9]. On distingue les "canots-pagaies" et les pirogues à moteur, de dimension plus grande. Ces dernières permettent de transporter les personnes ("pirogues fileuses") et les marchandises ("pirogues de fret"). La navigation fluviale se trouve au cœur des activités quotidiennes de part et d'autre des rives du Maroni notamment pour les activités de commerce, l'accès la santé. Pour des raisons de sécurité, la navigation sur le Maroni est interdite la nuit.

Il est à noter le non classement des cours d'eau de Guyane en voies navigables [10] ce qui, d'une part, exclut les pirogues du champ de couverture par les compagnies d'assurance et, d'autre part, constitue un frein au développement et à l'organisation de ce mode de transport. En 2005, les premiers arrêtés préfectoraux précisant les règles élémentaires à respecter en matière de navigation fluviale en Guyane ont été publiés. Ces décrets portent notamment sur l'immatriculation des embarcations, la liste du matériel de sécurité obligatoire à bord et sur le recensement des cales et pontons reconnus comme embarcadères à passagers.

Depuis Saint-Laurent du Maroni, sur les sites de la Charbonnière et du village Chinois, ce sont des centaines de départs quotidiens de personnes et de marchandises pour la rive surinamaise du fleuve ou pour les communes qui se trouvent sur la rive droite du fleuve et qui ne sont desservies par aucune route. À l'exception de la commune d'Apatou qui est reliée par une route à Saint-Laurent du Maroni depuis 2010.

Il est difficile d'obtenir des informations chiffrées sur l'importance de cette activité. Les études et les statistiques sont quasis inexistantes. Cependant, une enquête de la DDE de 2000 estimait le nombre de personnes vivant d'une activité de transport fluvial sur le bas Maroni à environ 2 000. Par ailleurs, le Document unique de programmation (DOCUP) 2000-2006 pour la région Guyane fait état d'un trafic, au niveau de Saint-Laurent, évalué à 250 mouvements en journée, ce qui représente 480 000 passagers par an, le bac international n'assurant que 3% des déplacements de personnes entre les deux pays. En termes de fret, les chiffres avancés représentent bien l'importance du transport fluvial : 8 500 tonnes de produits alimentaires, 1 800 m³ d'hydrocarbure et 4 500 tonnes de produits divers seraient ainsi acheminés sur le fleuve chaque année. Fin décembre 2006, 990 pirogues étaient enregistrées auprès des services de la DDE.

Commentaires
Les pirogues du Maroni

Photo 1 - Pirogue fret : pirogue motorisée qui permet de transporter tout type de marchandise. Le carburant est chargé à Albina sur la rive surinamaise du Maroni en raison de son plus faible coût  et c'est l'un des principaux commerces. Ces pirogues peuvent transporter jusqu'à 10 tonnes de fret et le coût de l'affrètement revient à 3 000 euros. Si l'ouverture récente (2010) de la route entre Saint-Laurent-du-Maroni et Apatou a détourné une partie du trafic fluvial à son profit, la pirogue demeure toujours le principal moyen de transport au-delà du Saut Hermina. Cliché : Sylvie Letniowska-Swiat, 27/09/2009

Photo 2 - Pirogue pagaie : pirogue non motorisée de petite dimension qui permet de transporter 3 à 4 adultes. Ces petites pirogues sont répandues dans les villages où les femmes et les enfants les utilisent au quotidien pour se rendre à l'abattis ou encore aller à la pêche. Seuls le bois sec pour la cuisine et les productions de l'abattis peuvent être transportés. Cliché : Valérie Morel 27/12/2011

Photo 3 - Pirogue fileuse : pirogue taxi qui permet de transporter des personnes sur le Maroni. Ces pirogues sont aussi utilisées pour le transport scolaire. Elles sont souvent décorées : ici des sièges décorés de motifs traditionnels tembé. Parfois les motifs sont plus contemporains. Il s'agit d'une forme de tuning. Cliché : Valérie Morel, 29/12/ 2011

Photo 4 - Pirogue couverte, un autre type de pirogue fileuse. Elles assurent principalement le transport de passager entre Saint-Laurent-du-Maroni et Albina. Cliché : Valérie Morel, 20/03/2011

Sur la rive surinamaise : Albina

Photo 5 - Albina, la ville où tout est moins cher, où tout s'échange, où tout se marchande. Rangée de pirogues fileuses en attente du client, le tarif est de 2 euros par personne. À noter, l'absence d'infrastructures pour accoster, les fileuses échouent sur la plage. Au-dessus du haut de plage, les premiers commerces et les taxis prêts pour une course sur Albina ou à destination de Paramaribo. Cliché : Sylvie Letniowska-Swiat, 27/10/2009

Photo 6 - Albina, porte d'entrée du Surinam et épicentre commercial où les enseignes chinoises côtoient les enseignes néerlandaises ; à terre la population se presse, sur le fleuve, les pirogues de fret attentent un chargement et les fileuses les passagers. Cliché : Valérie Morel, 30/12/2011

Photo 7 et Photo 8 - Débarcadère officiel d'entrée au Surinam, un espace sans vie. Seuls les voyageurs munis d'un visa passent par ce point de contrôle pour valider leur entrée et leur sortie du territoire national. Cliché : Sylvie Letniowska-Swiat, 27/10/2009

Sur la rive française : Saint-Laurent du Maroni, le site de la Charbonnière

Photo 9 - Site de transit de la Charbonnière : à Saint-Laurent-du-Maroni, les fileuses attendent pour une traversée du fleuve et retrouver la vie commerçante d'Albina. À Saint-Laurent comme à Albina, le transbordement des marchandises se fait à bras d'hommes ou d'enfants. Cliché : Marc Galochet, 26/10/2009

Photo 10 - Embarcadère officiel "bac international la Gabrielle" entre la Guyane française et le Surinam à quelques mètres de la zone de la Charbonnière. Sur l'autre rive, Albina. Cliché : Valérie Morel, 21/03/2011

Ainsi, une part non négligeable du petit commerce se fait de manière illégale entre la rive surinamaise et la rive guyanaise du fleuve. Denrées alimentaires, produits manufacturés, essence, etc. [11] traversent le fleuve quotidiennement entre Albina et Saint-Laurent pour venir alimenter le petit commerce de détail laurentais, au su et au vu de tous, à quelques dizaines de mètres de l'embarcadère officiel qui paraît nettement moins dynamique voire en retrait de l'économie frontalière. La Charbonnière et le Village Chinois constituent les épicentres de ces flux commerciaux qui, pour les moins légaux, se disséminent le long du fleuve [12] (Cruse, 2009). L'économie du bas Maroni fonctionne donc dans cette double logique, entre utilisation transfrontalière d'un territoire intégré comme tel dans les champs de représentation des populations locales, et pratiques économiques frontalières qui utilisent le différentiel de niveau de développement des deux pays voisins. Comme l'illustre la formule du rapport piloté par René Jean, "Guyane-Suriname une meilleure connaissance mutuelle pour une coopération renforcée", le Maroni est "un fleuve où se rencontre une région française et un pays du Sud". Cette confrontation est particulièrement bien intégrée dans les modes de fonctionnement de cet espace périphérique.

Les populations vivent dans un tel environnement en exploitant les failles et les limites de chaque système. Ainsi un emploi et/ou une reconnaissance administrative, du côté français bien souvent, en ouvrant droit aux subsides sociaux peut faire vivre une famille élargie sur les deux rives du fleuve (Piantoni, 2002). Les subsides sociaux peuvent alors être appréhendés comme des moteurs économiques et de développement pour cette zone. Certes l'argent est réinjecté dans une économie parallèle mais avec un impact indéniable sur les dynamiques de développement de la zone. Ainsi, au lieu de se surimposer de manière uniquement clivante la frontière ne fait qu'accentuer les rapports traditionnels qui existent de part et d'autre du fleuve en les réorganisant de manière optimale pour les populations autour de polarités redistribuées. La frontière nationale, coupure, agit comme un catalyseur sur la structuration territoriale de l'espace Maroni transfrontalier, même si une bonne part de la dynamique induite est générée par l'informalité.

État des lieux des coopérations institutionnelles : entre pensée transfrontalière et pratique interfrontalière

L'histoire, les pratiques et la culture ont façonné à travers les siècles le bassin du bas Maroni et l'ont transformé en espace de vie, partagé entre la France et le Surinam. Saint-Laurent peut réellement être perçue comme la "capitale du fleuve", centre d'équilibre d'un espace cohérent en taille, en poids démographique et culturellement entre les deux rives nationales. Néanmoins, si les pratiques quotidiennes, formelles comme informelles, attestent de l'existence d'un espace transfrontalier transversal au fleuve, on constate l'absence de coopérations institutionnelles d'envergure, à la hauteur de l'imbrication territoriale fonctionnelle observée entre la Guyane et le Surinam.

Le besoin non partagé d'une coopération transfrontalière officialisée

Si les acteurs locaux saint-laurentais et surinamais se connaissent, ils ont des visions assez divergentes sur les suites à donner à leur collaboration de voisinage actuelle. Les intérêts politiques et économiques des uns et des autres diffèrent. Si la collaboration "bon enfant", sans rigidité administrative excessive sied aux autorités d'Albina, les élus locaux de Saint-Laurent et plus largement de la Communauté de communes de l'ouest guyanais (CCOG) attendent davantage. Ils souhaitent passer à la coopération intercommunale et formelle envisagée comme une stratégie de développement territorial. L'ambition affichée est notamment de trouver une place dans le jeu des territoires guyanais pour faire de Saint-Laurent un pôle économique majeur et pour l'affranchir de la situation de marginalité où la placent sa position périphérique et les collaborations émergentes avec le Brésil de l'Amapa autour de l'Oyapock. Saint-Laurent dans cette posture défend sa place de "porte d'entrée" à double flux : de l'Europe, de la France, sur les espaces commerciaux caraïbes via Paramaribo et son port international.

Ainsi, nous sommes ici face à une situation extrêmement paradoxale : les collaborations et échanges frontaliers en volume, en valeur et en population sont nettement plus importants à l'ouest, qui pourtant n'est inséré dans aucun programme de coopération institutionnel, qu'à l'est. La France n'a pas d'accords internationaux avec le Surinam alors qu'ils existent avec le Brésil. Jeux locaux et internationaux ne s'envisagent pas dans les mêmes logiques territoriales. À titre d'exemple, on peut relever les difficultés rencontrées lors de la mise en place de manifestations culturelles à Saint-Laurent comme le festival de musique Transamazonienne (créé en 1996, il est biennal) pour montrer la diversité des musiques et des danses de l'ouest guyanais. Très rapidement cette initiative a trouvé écho dans tout le département et dans les pays voisins du Surinam, du Guiana et du Brésil. L'absence d'une dimension transfrontalière plus institutionnalisée, entre l'UE et le Surinam, entre la France et le Surinam, a complexifié la délivrance des permis de travail nécessaires aux musiciens surinamais par la préfecture de Cayenne qui refuse les autorisations de travail longue durée. Dans un tel contexte, la mise en place d'une coopération transfrontalière institutionnelle est très difficile et tend à renforcer l'informalité.

Sur l'autre rive, du côté surinamais, le discours des représentants de l'autorité à Albina est plus mesuré, en retrait quant à la formalisation des échanges avec la Guyane. Si l'idée d'un renforcement des liens transparait, elle demeure dans le maintien d'une collaboration souple et avant tout économique. Elle ne chemine pas jusqu'à la constitution d'une coopération institutionnelle qui serait plutôt perçue comme un risque potentiel d'affaiblissement de la dynamique du développement surinamais. Il n'y a pas à proprement parler du côté Surinam, de projet de coopération transfrontalière défendu et revendiqué par les acteurs locaux, même si les rapprochements et les collaborations ponctuelles existent entre différents ministères et la Guyane : justice, sécurité intérieure et santé notamment. L'idée d'un espace commun institutionnel autour du fleuve relève de la bizarrerie intellectuelle tant les différentiels de développement, de niveau de vie apparaissent éloignés dans l'esprit des Surinamais. Si, depuis la fin de la guerre civile et avec le développement de l'exploitation des hydrocarbures [13], l'écart tend à se résorber, le développement économique d'Albina est en bonne part conditionné par l'activité informelle trouvant son fondement dans le différentiel frontalier. De plus, l'émission de visas représente une ressource financière estimée à environ 1 million d'euros par an pour le Surinam (Galochet et al., 2009).

Un processus de coopération transfrontalière Surinam/Guyane aurait donc un effet sur le "business" local mais aussi sur les caisses de l'État. De plus, depuis le 25 novembre 2011, les formalités administratives pour les déplacements des Guyanais et pour l'ensemble des Français au Surinam sont simplifiées (document ci-contre). Pour faciliter l'arrivée des touristes et des investisseurs français, le Surinam autorise l'entrée de son territoire aux Français munis d'une carte touristique qui alimente aussi les caisses de l'État. Cette carte au tarif de 20 euros, valable 90 jours pour un seul séjour d'un mois maximum, est accessible sans délai administratif d'obtention. Les chiffres de la Fédération du tourisme du Surinam montrent une nette augmentation des touristes français au Surinam : de 14 144 touristes 2008 à 31 000 touristes en 2010 et 75 000 touristes sont espérés pour 2015.

Vers de nouveaux leviers pour construire la ressource frontalière

À court et moyen termes, les intérêts semblent bien divergents sur les deux rives du Maroni. Si l'aspiration à une structuration territoriale institutionnalisée apparaît clairement du côté saint-laurentais, elle n'est pas partagée du côté surinamais qui s'en tient aux échanges ponctuels, plutôt commerciaux et monodirectionnels. Les deux parties ne considèrent ni tout à fait les mêmes espaces, ni tout à fait les mêmes logiques d'échanges ou de partenariats. Entre cohérences de lieu, de peuplement, de culture et différentiels de visées économiques et de développement, cet espace apparaît bien comme un hybride, tout à l'image de la Guyane. Dans un tel environnement le fleuve remplit complètement sa fonction de lien structurant entre ces deux marges spatiales. Ainsi dans ce territoire à créer, organisé par et autour du Maroni, les enjeux d'organisation et de gestion se caractérisent aujourd'hui par un brouillage territorial. Plutôt que de tenter vainement de formater ce territoire à des cadres inadaptés, car trop rigides, il faudrait accepter ce mélange structurel. Dans cette optique, deux pistes semblent être intéressantes, la culture et la redéfinition de l'informalité comme moteur économique à part entière.

Le long du fleuve, les populations sont fortement diverses et métissées, amérindiens, marrons, "métro", Brésiliens…, à l'image de la Guyane. Néanmoins, on assiste à une évolution de ce creuset culturel guyanais, notamment pour les plus jeunes pour lesquels cette identité complexe s'atténue face à de nouveaux comportements attachés au secteur informel. L'identité de comportement se substitue alors à l'identité communautaire, une certaine homogénéisation se développe mettant en danger les savoirs et les savoir-faire culturels ancestraux. Pour tenter de maintenir une réelle originalité culturelle du fleuve faite de mélanges, la mairie de Saint-Laurent développe un programme ambitieux de transmission de ces traditions, des actions sont menées en particulier auprès des très jeunes populations amérindiennes pour maintenir le lien culturel intergénérationnel.

Par le biais des migrations à destination de Saint-Laurent, le poids de l'informalité économique et démographique est tel qu'elle ne peut être appréhendée uniquement sous l'angle de sa résorption, voire de son éradication. On ne peut faire fi de sa dimension de levier économique étroitement imbriqué au contexte social. Cette modeste manne régulière permet dans de très nombreux cas de développer une activité parallèle étendue à plusieurs branches familiales : accéder au crédit, acheter un véhicule, un stock de marchandises, développer une activité commerciale qui permettent bien souvent de stabiliser ou de conforter des populations fragiles. Ainsi, dans ces confins, l'acceptation d'un autre ordre économique informel permet-il de maintenir un équilibre social et peut même aider au développement territorial, voire conduire à terme à une formalisation des échanges.

Conclusion

La fluidité des flux animant cet espace frontière poreux est le reflet de la complémentarité fonctionnelle et structurelle des pôles de l'espace bas Maroni dont le caractère perméable et mouvant doit être admis, par-delà les discours des élites politiques et administratives. Le tri-pôle Saint-Laurent – Albina – Apatou paraît organisé, voire hiérarchisé, selon une série de complémentarités : commerce/subsides sociaux ; urbains/ruraux ; porte du moyen et haut Maroni/porte de l'Europe. On comprend ainsi le rôle économique considérable qu'assure le fleuve placé au centre de réseaux sociaux et économiques multiples, chargé de collecter et de drainer les ressources destinées à entretenir une population en pleine croissance. Ainsi, l'espace étudié est caractérisé par une forte dimension interrelationnelle qui invite à sortir des schémas de pensée classiques et à valoriser des démarches plus complexes. Ce concept envisage une mise en relation à la fois horizontale (proximités) et verticales de territoires en mouvement. Dans le cadre des échanges frontaliers et de leur formalisation, l'idée d'une collaboration inter-frontalière souple et fondée sur la valorisation de la frontière comme vecteur de structuration et de mise en relation semblerait plus adaptée qu'une coopération transfrontalière institutionnalisée fondée sur l'effacement de la frontière. Dans cette optique, on peut voir ici l'émergence d'une région ou d'un espace inter-frontalier englobant, au-delà des deux seules têtes de pont que sont Albina et Saint-Laurent, la région du bas Maroni. Partie prenante de tous ces phénomènes, le territoire du bas Maroni reflète bien tous les enjeux et les ambiguïtés d'une frontière interface (Renard et Picouet, 2007) entre un pays du Nord et un pays du Sud.

Notes

[1] Valérie Morel, maître de conférences en Géographie, Université d'Artois en délégation au centre IRD de Cayenne, Université Lille Nord de France, Artois, EA 2468 DYRT, F 62 000. Arras, France, UMR MIVEGEC IRD 224-CNRS UM1 et UM2, Equipe DySMI, Centre IRD de Cayenne, BP 164, 97323 Cayenne cedex, Guyane française - valerie.morel@ird.fr /valerie.morel@univ-artois.fr,

Sylvie Letniowska-Swiat, maître de conférences en Géographie, Université d'Artois, Université Lille Nord de France, Artois, EA 2468 DYRT, F 62 000. Arras, France - sylvie.letniowskaswiat@univ-artois.fr

[2] Marron ou Noir-Marron : désigne, non pour leur couleur mais à cause du mot espagnol cimarron  (fugitif), les esclaves noirs qui s'échappaient des plantations de la Guyane hollandaise. Dès la fin du XVIIe siècle, le marronnage prit une grande ampleur au Surinam et ce mouvement s'est poursuivi sans discontinuer pendant deux siècles. Progressivement, des esclaves fugitifs se sont regroupés en six nations différentes, dont le territoire s'est modifié en fonction de la pression des colons hollandais, des relations diplomatiques entre les colonies française et hollandaise et des luttes d'influence entre les différents groupes marrons. La Maroni a représenté un espace refuge pour ces populations en fuite.

[3] Un saut est un accident du profil en long d'un cours d'eau qui se traduit par une accentuation de la pente, une accélération de vitesse d'écoulement et une turbulence des eaux. Le Maroni est un fleuve de 520 km de long dont le bassin versant couvre une superficie de 65 839 km². On y dénombre 90 sauts et 160 passages qualifiés de dangereux. Aucun de ces cours d'eaux de Guyane n'est considéré comme une voie navigable. Toutefois la navigation est très présente notamment avec des embarcations de type pirogue.

[4] La Zone de solidarité prioritaire (Zsp) est une liste de pays pour lesquels le gouvernement français considère que l'Aide publique au développement (Apd) peut produire un effet particulièrement utile au développement des institutions, de la société et de l'économie. Le gouvernement a mis au point cette liste en 1998. Le fonds de solidarité prioritaire est l'outil financier qui permet de mener des actions dans le cadre de la Zsp. Une présentation, avec carte, par le ministère des Affaires étrangères, www.diplomatie.gouv.fr/fr/enjeux-internationaux/aide-au-developpement-et/.../zone-de-solidarite-prioritaire

[5] Un Campu est un habitat temporaire situé à proximité des abattis et occupé de façon intermittente lors des travaux agricoles. On note aujourd'hui une sédentarisation des populations.

[6] La carte de séjour pour soins urgents est un document délivré par la Préfecture sous des conditions strictes pour des étrangers en situation irrégulière. Elle porte la mention "vie privée et familiale". Sur cette carte n'apparaîtront jamais les raisons médicales. Elle est d'une durée renouvelable d'un an.

[7] R. Hugounenq et V. Reboud (Afd), C. Joeger (Insee), Baude, O. Simon (Iedom), V. Jacquelain (Afd) - "L'ultrapériphéricité définit-elle un modèle de croissance ?", Cerom / Insee, oct. 2006, p. 17, "Des îles très périphériques", www.insee.fr/fr/themes/document.asp?reg_id=24&ref_id=16693

[8] Le transport fluvial sur le Maroni constitue l'ossature d'un système économique et social du fleuve. Un parc d'environ 5 000 pirogues anime l'activité fluviale.

[9] Bushinengué vient de "bushi" qui signifie forêt et de "mengé" qui signifie l'Homme. Bushinengué signifie donc littéralement "l'Homme de la forêt".

[10]  Les fleuves et criques de Guyane sont des cours d'eau naturels et très peu aménagés. Aucun de ces cours d'eaux n'est considéré comme une voie navigable dans le sens où il n'est pas possible d'en déterminer un gabarit-type. Toutefois la navigation est autorisée et intensément pratiquée, notamment avec des embarcations de types pirogues. Elle s'exerce librement aux risques et périls des usagers qui doivent s'assurer en permanence de la profondeur de l'eau et de l'absence d'écueils et d'obstacles.

[11] Environ 20 millions de litres de carburant transitent par Saint-Laurent par an.

[12] En 2000, une étude a estimé à 8 tonnes le flux de cocaïne qui transitait par le Maroni (Meyzonnier, 2000).

[13] L'économie du Surinam reste encore aujourd'hui centrée sur l'exploitation des matières premières : bauxite (27% PIB), or (20% PIB), pétrole ( 4,5% PIB) représentent à plus de la moitié du PIB. La production pétrolière, d'origine offshore essentiellement, s'accroit et s'élevait, en 2011, à 15 190 barils/jour plaçant le Surinam au 77e rang des producteurs dans le monde. Depuis 2004, des accords existent entre la compagnie pétrolière d'État (Staatsolie) du Surinam et les compagnies Repsol, Maersk et Occidental pour la prospection pétrolière offshore. Ces accords ont été étendus en 2006 pour inclure des sites supplémentaires. Le Surinam fait partie de l'alliance PétroCaribe, créée en 2005, qui regroupe 18 pays des Caraïbes et le Venezuela.

L'enjeu des ressources en hydrocarbures offshore, prouvées ou potentielles, pose le problème des limites frontalières en mer au large de la Guyane et du Surinam. Un gisement a été découvert sur le permis Guyane Maritime, qui s'étend sur 32 000 m², à environ 150 km au nord-est de Cayenne par un peu plus de 2 000 mètres de profondeur d'eau, à une profondeur totale de plus de 5 500 mètres. Le permis est détenu à hauteur de 27,5% par l'opérateur Tullow Oil, avec les participations de Shell France, Total et Northern Petroleum pour, respectivement, 45%, 25% et 2,5%.

Dans ce contexte d'exploration pétrolière la France a formulé auprès de la Commission des limites du plateau continental (CPLC), en mai 2007, une requête d'extension de son plateau continental au large de la Guyane (voir L'espace maritime français en quête d'extension). Cette question oblige à régler préalablement la limite des eaux territoriales et de la ZEE avec le Surinam. Les négociations n'ont pas encore abouti.

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Quelques ressources en ligne

 

pour Géoconfluences, le 27 mars 2012

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Mise à jour :   27-03-2012

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