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Le vin entre sociétés, marchés et territoires

Cadrage et problématiques générales

Publié le 11/01/2013

La France manifeste pour tout ce qui touche au vin et à la filière viti-vinicole une sensibilité particulière qui tient à l'importance qu'occupe ce secteur pour le territoire, la société et l'économie du pays mais aussi aux menaces qui semblent peser sur lui. L'approche géographique ne peut prétendre à elle seule épuiser cette question. Mais elle contribue à en cerner de larges aspects,  par exemple par l'analyse du jeu des acteurs où s'affrontent des actions de lobbying qui vont du soutien des producteurs et de la consommation aux préoccupations de santé publique.

Cette thématique trouve une place naturelle dans les programmes des classes de première, des séries générales comme de la série STG, qui s'intéressent  au territoire français et aux filières de production qui s'y développent. Elle permet également d'ouvrir la réflexion sur les manifestations et incidences de la mondialisation que les programmes de troisième et de  terminale mettent au rang de leurs préoccupations.
La dialectique, voire la contradiction entre intérêts économiques et intérêts de santé publique est susceptible de nourrir un débat argumenté dans le cadre de l'Éducation civique juridique et sociale de lycée (ECJS), sachant qu'il est de la responsabilité de l'école de participer – par l'éducation et ceci dans les enseignements comme dans le cadre des Comités d'éducation à la santé et à la citoyenneté (CESC) – à la prévention des  conduites à risque, et en particulier de l'alcoolisme.

Dans le cadre des programmes de l'enseignement secondaire, l'analyse géographique des vignobles et de la filière viticole procède de deux grandes entrées :

  • La première  s'attache à la prise en compte de l'existant, c'est-à-dire d'une production, et plus largement d'une activité profondément ancrée dans le territoire et les pratiques sociales. Elle relève pour une large part d'une géographie à coloration culturelle qui cherche à cerner la singularité des vignobles, leur identité, ainsi que le savoir faire, et les représentations attachés à la production,  à l'élevage, et jusqu'à la consommation du vin.

Dans cette lecture, le paysage viticole, produit combiné de la nature et de l'histoire, occupe une place toute particulière, y compris dans ses dimensions patrimoniales et dans ses  incidences  économiques en tant que produit d'appel touristique. 

Au cœur de cette approche se trouve le "terroir viticole" entité qui peut être aussi bien un vignoble, qu'un cru, un village, un domaine, ou une parcelle, et dont l'essence est faite de la rencontre de propriétés physiques (climat, exposition, sols), d'un héritage historique (ancienneté du vignoble, place dans le système d'appellations) et d'une image du lieu (savoir-faire, paysage, tradition, culture locale).  

  • La seconde s'interroge sur le lien qui unit un lieu à une production autour de la question éminemment géographique du "pourquoi ici ?"

À cette question la conception française du vignoble a apporté une réponse fondée sur la notion de terroir spécifique, postulant qu'un vin est un produit particulier qui ne peut être produit que dans une zone déterminée, en respectant des procédés d'élaboration reposant sur la transmission générationnelle de savoirs-faire. Si cette position reste défendable pour les crus prestigieux de réputation internationale,  elle est battue en brèche par la montée de productions des "Nouveaux mondes".   
Ces vins venus de loin peuvent provenir, eux aussi, de terroirs anciens et patrimonialisés. Mais ces "nouveaux vignobles" sont développés sur de nouvelles logiques : abandon de la référence au terroir, technicité de la culture et de la vinification paraissant se substituer au "métier" fondé sur l'empirisme et la tradition,  régularité qualitative du produit par assemblages de vins produits sur de vastes ensembles,  identification simple du produit par le cépage. En termes économiques ils sont perçus comme des concurrents des vins français sur les marchés internationaux, voire, pour une part, sur le marché national. En termes géographiques ils ouvrent le champ du "pourquoi ici et pas ailleurs ?" et multiplient les "ailleurs" possibles.

Au gré des opportunités offertes par les programmes de géographie, la combinaison de ces deux lectures doit permettre aux élèves de s'interroger sur les capacités de réaction d'une filière viticole confrontée à un double défi : défi intérieur avec la baisse de la consommation qui conduit à  une orientation vers la qualité et la lisibilité de ses productions ; défi extérieur avec une concurrence qui impose des adaptions.  Pour y répondre, deux perspectives principales paraissent se dessiner :

  • l'une repose sur le "label France" avec les  grands crus, et plus généralement une démarche  associant le produit (vin ou alcool) et son environnement : paysage, dimensions historique, patrimoniale et culturelle du lieu ou de la région de production ;
  • l'autre mise sur une production tournée vers un standard "mondialisé" de consommation avec des  produits moins sophistiquées, mais aussi plus réguliers et d'accès plus aisé à l'amateur et au consommateur.   


Jean-Louis Carnat, IA-IPR d'histoire et géographie, membre du Comité éditorial de Géoconfluences

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