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Tourisme sexuel

Publié le 05/05/2021

Le tourisme sexuel désigne une forme de tourisme dans laquelle le déplacement des touristes est motivé par la possibilité lors de leur séjour d’avoir des rapports sexuels dans le cadre d’un rapport marchand. Jean-François Staszak (2012) l’étudie notamment au prisme de la notion de « sexscape » (développée initialement par Denise Brennan en 2004), qui lui permet de définir quels sont les lieux de destination privilégiés pour les touristes sexuels, dont l’analyse permet de montrer que le tourisme sexuel est déterminé par une forme d’orientalisme et d’exotisation : le tourisme sexuel se déploie en effet à partir d’imaginaires géographiques des sociétés de départ des touristes (souvent d’anciennes puissances coloniales), des caractéristiques de l’ « indigène » dans le lieu de destination (disponibilité supposée sur le plan sexuel, particularités anatomiques) et des caractéristiques des paysages souvent considérés comme aphrodisiaques.

L’expression même et sa définition restent floues et ne font pas toujours consensus, parce qu’elle sous-entendent souvent qu’il y aurait du bon et du mauvais sexe, entendu tarifé, ce qui relève davantage du jugement de valeur que du discours scientifique, et qu’il y aurait du tourisme avec sexe et du tourisme sans sexe, ce qui est impossible à quantifier. Le plus souvent, ce terme désigne autant qu’il dénonce le fait que des hommes blancs aient recours à des personnes prostituées, construites unilatéralement comme victimes dans des pays pauvres, pratique devenant alors honteuse non seulement parce qu’elle sexuelle mais aussi parce qu’elle constitue un symbole facile de l’exploitation néocoloniale et masculine.

Dans les faits pourtant, les hommes, les femmes et les couples peuvent être concernés par ces pratiques, comme le montrait notamment en 2005 le film de Laurent Cantet Vers le Sud. Des études issues des Gender Studies ou portant sur la prostitution ont démontré la complexité et la diversité de pratiques ne pouvant être raisonnablement rassemblées sous ce même vocable homogénéisant. En effet, du trafic illégal d’êtres humains parfois mineurs et toujours contraints à la personne prostituée tirant volontairement bénéfice de cette activité, l’éventail des acteurs, des pratiques, des motivations et des lieux concernés est très large.

Apparue dans les années 1970 chez les féministes japonaises, l’expression sex tourism dénonce d’abord la pratique du Kisaeng chez les hommes japonais se rendant en groupe en Corée à des fins prostitutionnelles. Cependant, la mobilisation contre le tourisme sexuel ne débute à proprement parler que dans les années 1980, lorsque l’Organisation mondiale du tourisme (OMT) organise son sommet à Manille (Philippines). Des contre-manifestations parallèles, menées notamment par des féministes thaïlandaises et japonaises, dénoncent les pratiques d’hommes riches blancs à l’égard de jeunes femmes pauvres de la région. À partir de 1984, l’indignation dépasse le cadre régional avec la parution du livre de Kathleen Barry, Female Sexual Slavery. À partir des années 1990 cependant, le regard sur le tourisme sexuel change avec la propagation du SIDA. Faisant systématiquement des prostituées des populations cibles, celles-ci sont alors davantage envisagées dans un cadre de santé publique, suspendant le jugement moral. Parallèlement, des affaires de pédophilie éclatent et on assiste à un déplacement progressif des acteurs ayant pris position pour les personnes prostituées à partir des années 1970 vers les questions relatives à l’exploitation sexuelle des enfants, à l’instar de l’ONG ECPAT. Des ONG se sont donc institutionnalisées et des programmes pérennes de lutte contre le trafic d’êtres humains et la pédophilie ont été mis en place.

(ST), janvier 2011. Dernière modification (LF) en mai 2021.


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