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Tourisme sexuel

Publié le 13/03/2013

La définition du "tourisme sexuel" reste floue et saturée de valeurs morales, alors même qu’elle est très utilisée. Il regroupe les touristes ayant, lors de leur séjour, des rapports sexuels négociés, ces derniers constituant un motif à part entière de leur déplacement. Ces premiers éléments de définition posent cependant plus de problèmes qu’ils n’en résolvent. Tout d’abord, ce terme sous-entend qu’il y aurait du tourisme avec et du tourisme sans sexe, différence aussi insensée qu’illusoire, ou encore du bon et du mauvais sexe, entendu tarifé, ce qui relève davantage du jugement de valeur que du discours scientifique. Le plus souvent, ce terme désigne autant qu’il dénonce le fait que des hommes blancs aient recours à des prostituées construites unilatéralement comme victimes dans des pays pauvres, pratique devenant alors honteuse non seulement parce qu’elle sexuelle mais aussi parce qu’elle constitue un symbole facile de l’exploitation néocoloniale et masculine.
Dans les faits pourtant, les hommes, les femmes et les couples peuvent être concernées par ces pratiques, comme le montrait notamment en 2005 le film de Laurent Cantet Vers le Sud. Des études issues des Gender Studies ou portant sur la prostitution ont démontré la complexité et la diversité de pratiques ne pouvant être raisonnablement rassemblées sous ce même vocable homogénéisant. En effet, du trafic illégal d’êtres humains parfois mineurs et toujours contraints à la prostituée tirant volontairement bénéfice de cette activité, l’éventail des acteurs, des pratiques, des motivations et des lieux concernés est très large.

Il est par ailleurs important de contextualiser l’apparition de ce terme pour mieux comprendre les enjeux qu’il cristallise. Apparue dans les années 1970 chez les féministes japonaises, l’expression sex tourism dénonce d’abord la pratique du Kisaeng chez les hommes japonais se rendant en groupe en Corée à des fins prostitutionnelles. Cependant, la mobilisation contre le tourisme sexuel ne débute à proprement parler que dans les années 1980, lorsque l’OMT organise son sommet à Manille. Des contre-manifestations parallèles, emmenées notamment par des féministes thaïlandaises et japonaises, dénoncent les pratiques d’hommes riches blancs à l’égard de jeunes femmes pauvres de la région. À partir de 1984, l’indignation dépasse le cadre régional avec la parution du livre de K. Barry, Female Sexual Slavery. À partir des années 1990 cependant, le regard sur le tourisme sexuel change avec la propagation du SIDA. Faisant systématiquement des prostituées des populations cibles, celles-ci sont alors davantage envisagées dans un cadre de santé publique, suspendant le jugement moral. Parallèlement, des affaires de pédophilie éclatent et on assiste à un déplacement progressif des acteurs ayant pris position pour les prostitués à partir des années 1970 vers les questions relatives à l’exploitation sexuelle des enfants, à l’instar de l’ONG ECPAT. Le système d’alerte orchestré par les associations a donc fonctionné : des ONG se sont institutionnalisées et des programmes pérennes de lutte contre le trafic d’être humains et la pédophilie ont été mis en place.

Pour compléter, pour prolonger
- Roux, S. - Patpong, entre sexe et commerce, ethnographie du tourisme sexuel en Thaïlande, 2010 : www.espacestemps.net/document8075.html
- Roux, S. - "La menace touristique : la Thaïlande face à l’ "importation" du sida", Civilisations, n° 57 (1-2), pp.155-170, 2009
- ECPAT International est un réseau mondial d’organisations et d’individus travaillant de concert en vue d’éliminer la prostitution enfantine, la pornographie mettant en scène des enfants et la traite d'enfants à des fins sexuelles. ECPAT posséde le statut consultatif Spécial auprés du Conseil économique et social des Nations Unies (Ecosoc). www.ecpat.net/ei/index.asp?action=set_language&language=fr

Mise à jour : janvier 2011