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États-Unis : espaces de la puissance, espaces en crises

Le toit végétalisé, marqueur des dynamiques de distinctions métropolitaines : le cas de Chicago

Publié le 04/12/2015
Auteur(s) : Mathilde Beaufils,
Elias Burgel,
Julie Chouraqui,
Florence Costa,
Sarah Dubeaux,
Guillaume Frécaut,
Luc Guibard,
Marion Messador,
Emilie Polak,
Léo Sun, élèves du Département de géographie de l'ENS de Paris.
avec la collaboration de Pauline Guinard, maître de conférences
et Pascale Nédélec, agrégée et docteur en géographie, ENS de Paris.
Le regard des enseignants


Au début des années 2000, Chicago se fait remarquer sur la scène internationale pour ses nombreux toits végétalisés (green roofs). De 2005 à 2012, le rapport annuel du groupe Green Roofs for Healthy Cities (« Des toits verts pour des villes saines ») classe la métropole du Midwest au premier rang des villes étatsuniennes pour le nombre de toits végétalisés installés par an. Chicago demeure dans le trio de tête en 2013 et 2014, quoique dépassée d'abord par Washington, puis par Philadelphie. Dans sa stratégie de promotion territoriale, la ville revendique par ailleurs « le plus grand toit végétalisé du monde », le Millennium Park, devenu l'un des hauts-lieux touristiques de la ville à partir de son inauguration en juillet 2004. Autant d'indices du positionnement spécifique de la ville dans ce domaine, qui fait du toit végétalisé une composante importante de son image et de son identité urbaines.

De manière concomitante, une montée en puissance des réflexions sur la nature en ville aux États-Unis conduit les acteurs urbains à mettre au point des concepts tels que green city ou « ville verte » (Kahn, 2006 ; Birch et Wachter, 2008), green urbanism ou « urbanisme vert » (Beatley, 2000) et sustainable city ou « ville durable » (Portney, 2002 ; Beatley et Wheeler, 2008). Dans ce contexte, il semble pertinent de s'interroger sur l’essor de la végétalisation des toits dans les principales villes nord-américaines, et plus particulièrement à Chicago, l'un des exemples-types en la matière. Rédigés par des acteurs de l’« économie verte », dont les discours ne sont pas indépendants des enjeux économiques et politiques correspondants, les travaux sur les toits végétalisés se sont jusqu’ici le plus souvent contentés d’étudier ces espaces sous un angle technique, dans les domaines de l'ingénierie et du paysagisme (Houdart et Houdart, 2004 ; Luckett, 2011), ou dans celui des sciences de l'environnement. En ce qui concerne ce second champ d’analyses, de nombreux travaux évaluent avec précision leur rentabilité tant écologique qu'économique (Getter et Rowe, 2006), pour les besoins des entrepreneurs et des pouvoirs publics. C'est ainsi que plusieurs études s’efforcent d’analyser l'impact des toits végétalisés sur la diminution de la pollution à Chicago (Yang et alii, 2008). L’analyse géographique des toits végétalisés, qui ne saurait être réduite à un versant technique du fait de la diversité des usages qu’ils suscitent, des stratégies territoriales dans lesquelles ils s’insèrent ou encore des processus urbains qu'ils cristallisent, demeure toutefois un angle mort de la connaissance sur les toits végétalisés. Il convient donc de les ériger en objet d'études géographiques à part entière. Cette démarche a été à l'origine d'une enquête de terrain réalisée par dix étudiants en géographie (de Licence 3 au doctorat) entre le 14 et le 28 avril 2015, afin de mettre en regard l'image que Chicago se donne d'une métropole en pointe dans le domaine des toits végétalisés avec la spatialité de ces toits et leurs usages dans la ville.
Le toit végétalisé peut alors se comprendre à l'aune de la volonté de faire une place à la nature dans une ville caractérisée par un bâti vertical et dense. Derrière cette appréhension en apparence simple, l'enquête de terrain a fait émerger une pluralité d’appellations et de définitions, qui varient tant en fonction des acteurs qui promeuvent ou agissent sur ces toits, qu'en fonction des formes qu’ils prennent et des usages qu’ils génèrent. L'éventail des études de cas retenues vise à rendre compte de cette diversité, comme le montre le schéma ci-dessous.

Ce schéma synthétise les principales dénominations de toits végétalisés rencontrées dans les usages oraux comme écrits, tout en proposant d’en fixer la définition : green rooftop (toit-pelouse), rooftop farm (toit-ferme) et rooftop garden (toit-jardin), avec leurs fonctions et les études de cas correspondantes. Dans la mesure où, pour les architectes, le green rooftop se caractérise par un moindre degré de verdissement que le rooftop garden, nous proposons de traduire green rooftop par « toit-pelouse », en reprenant l’image de la zone d’herbe rase qui entoure le trou au golf dénommée "green".  Alors que le toit-pelouse est simplement constitué d'une couverture végétale qui remplit une fonction écologique (réduction de l'îlot de chaleur urbain [1], gestion des eaux, isolation des bâtiments), le toit-ferme est un lieu d'agriculture urbaine sur toit, tandis que le toit-jardin est un espace récréatif agrémenté de végétation. Il existe cependant une certaine fluidité des usages qui rend ces catégories poreuses en fonction des acteurs et de leurs fonctions principales (ici non exhaustives [2]). Nous emploierons ces différentes dénominations tout au long de l’article dans les sens ci-dessus retenus, en utilisant l’expression générique « toit végétalisé » (green roof) pour rendre compte de l'appartenance de ces diverses terminologies à une catégorie commune.
Présentation des études de cas en fonction de leurs usages et de leurs dénominations

L'objet « toit végétalisé » invite par cette diversité même à un croisement entre les différentes approches de la géographie urbaine. L’approche environnementale, la plus évidente, ne peut se passer d'une analyse en termes de politiques urbaines et de jeux d'acteurs publics et privés. Les travaux de la géographie critique et radicale ont d’ailleurs mis en évidence la nécessité d’associer géographie environnementale et géographie sociale, afin d’analyser les effets sur la ville de l'imbrication des changements environnementaux et sociaux (Harvey, 1996). Il s’agit de considérer la ville comme un système socio-environnemental dans lequel les circulations biologiques, économiques et symboliques sont liées (Swyngedouw, 2006), en développant notamment le concept d'ecological gentrification (Dooling, 2009) ou d'environmental gentrification (Checker, 2011) [3]. Enfin, une approche culturelle qui met en lumière la forte dimension symbolique du toit végétalisé vient enrichir ces points de vue. En ce sens, les toits végétalisés peuvent être interprétés au prisme des hétérotopies du philosophe Michel Foucault (1966), ces « contre-espaces » ou « utopies localisées » pris dans un système d'ouverture et de fermeture vis-à-vis de l'espace environnant. Ce sont des lieux délimités qui s'opposent aux autres espaces par leur élévation, et qui, en même temps, offrent un point de vue sur eux. Ils s'apparentent ainsi à une forme surélevée du jardin, cet « espace d'une urbanité plus intime que celle des rues ou des places » (Lévy, Lussault, 2003, p.578), qui est distinct et distant des espaces environnants.
D’une manière plus générale, l’étude du « toit végétalisé » peut en définitive inciter à considérer le « toit » plus sérieusement que ne semblent l’avoir jusqu’ici effectué les études géographiques. Tandis que le dictionnaire Les Mots de la géographie, dirigé par Roger Brunet, Robert Ferras et Hervé Théry (1992), comprenait dès sa première édition une entrée spécifique, le « toit » était renvoyé de façon assez significative à une « curiosité géographique » (sic), ne valant que par sa qualité de « couverture » [4].  S’il est vrai que la prise au sérieux du « toit » comme objet d’analyse peut sembler curieuse au premier abord, notre étude tentera d’aller à l’encontre de cette idée reçue.

En croisant ces différents regards pour étudier le cas de Chicago, nous avons formulé l'hypothèse que les toits végétalisés constituent un élément de distinction de la ville et dans la ville, destiné à servir les intérêts de la métropole chicagoane dans la lutte mondialisée contre ses consœurs, de même qu’à permettre à son downtown de s’affirmer comme espace de la puissance économique et de l’urbanité, comprise comme la manifestation d’une forme de puissance symbolique. Il en résulte que le toit végétalisé peut être analysé comme un « marqueur spatial » permettant d’identifier des processus de différenciation sociale par l’espace tels que la gentrification. C’est parce que cette distinction se fait précisément par l’espace qu’elle nous intéresse en tant que géographes. À l'échelle interurbaine, les toits végétalisés sont utilisés par Chicago pour se distinguer des autres villes dans la compétition métropolitaine. À l'échelle intra-urbaine, les toits végétalisés sont un moyen pour certains acteurs, usagers ou groupes sociaux, de marquer une distinction et une distanciation. La banalisation du toit végétalisé constatée à Chicago pourrait cependant aller dans le sens d'une diminution du pouvoir de distinction et de distanciation des toits végétalisés.

 

1. Les toits végétalisés : un élément de distinction de Chicago

L’entrée dans l’ère du post-fordisme a profondément modifié la nature des structurations territoriales existantes dans les années 1970 (Harvey, 1975, 1989 ; Rousseau, 2008), à commencer par celle des territoires urbains. D’une manière générale, les territoires sont entrés dans une logique de compétition, passant d’organisations spatiales fondées sur des avantages comparatifs – en lien avec des ressources peu mobiles – à des organisations spatiales plus mouvantes marquées par une certaine volatilité du capital, des ressources et des hommes. Les villes, en tant qu’espaces  d’innovation (Jacobs, 1961 ; Mumford, 1961 ; Glaeser et Gottlieb, 2006), sont confrontées à une compétitivité interurbaine exacerbée, qui rend nécessaire la valorisation de nouveaux avantages territoriaux. Cela illustre le passage d’une économie de la production à une économie de la consommation et de l’offre. Dans ce cadre, les villes - et plus particulièrement les métropoles ou « villes-mondes » (Braudel, 1979) - visent à s’insérer dans un réseau de flux devenu mondial (Castells, 2002 ; Davezies, 2008 ; Veltz, 1996) par un jeu de distinction et de comparaison. Les villes entendent ainsi se présenter comme des modèles. D’une part, elles cherchent à être attractives, tant pour les capitaux que pour les populations, en leur offrant des aménités. D’autre part, elles tendent à normaliser certaines pratiques dites vertueuses afin de pouvoir les exporter et prendre l’avantage sur d’autres villes. L’aspect environnemental est un élément qui participe de cette compétition territoriale. Au cours des décennies 1990 et 2000, Chicago, troisième ville américaine par sa population [5], cherche à être l’une des villes vertes pionnières aux États-Unis. Richard M. Daley, maire de 1989 à 2011, souhaite faire de Chicago « la ville la plus verte (green) des États-Unis » (Ferkenhoff, 2006) en initiant des démarches environnementales nombreuses et très médiatisées. L’élément le plus symbolique de sa politique est la végétalisation du toit du City Hall, siège de la mairie de Chicago et du comté de Cook. Plus largement, le toit végétalisé devient le fer de lance de la politique environnementale conduite par son administration, élément de distinction de la ville de Chicago. De fait, c’est en tant que précurseur d’un modèle, celui de la végétalisation des toits, que Chicago réussit à s’affirmer dans la compétition interurbaine, notamment face à New York.

1.1. Le toit végétalisé : une image de marque de la politique de Richard M. Daley

L’administration Daley se distingue dès le début des années 2000 par sa politique environnementale à Chicago. Dans le cadre de la City’s Urban Heat Island Initiative («  Initiative concernant l'îlot de chaleur urbain de Chicago »), le toit du City Hall est végétalisé en 2000-2001. Dès lors, ce toit emblématique devient le symbole de la politique environnementale de R. Daley, tandis que la végétalisation des toits en général devient la marque de l’engagement de la municipalité en la matière.
Parallèlement, la démarche de Richard M. Daley fait l’objet d’une mise en récit, notamment dans les médias, qui est élaborée et diffusée par les services municipaux. La végétalisation du toit du City Hall est ainsi présentée comme le résultat d’un voyage de R. Daley à Hambourg, ville avec laquelle Chicago est jumelée. C’est à la suite de ce voyage qu’il aurait importé le concept de végétalisation des toits (entretien avec K. Worthington et K. Laberge, 22 avril 2015). La politique de multiplication des toits végétalisés à Chicago tend ainsi à être personnifiée par Richard Daley, si bien qu’elle contribue non seulement à la promotion de la ville de Chicago mais aussi à celle de son maire emblématique.

La végétalisation des toits, au cœur de la politique environnementale du mandat Daley

Source : Guide municipal, Chicago Department of Environment, 2006
Guide municipal pour inciter les propriétaires de gratte-ciel au jardinage sur les toits (
rooftop gardening).

L’utilisation des toits dans cette politique n’est pas anodine : à l’échelle de la ville, le développement de photographies aériennes via Google Earth© et l’usage désormais courant de plans 3D de modélisation urbaine par les cabinets d’architectes rendent de plus en plus visible cette « cinquième façade » (Le Corbusier, 1927). Chicago renforce ainsi toujours plus sa réputation de capitale de l’architecture moderne, en jouant sur les effets de verticalité.

La mise en image de la cinquième façade de Chicago, grâce à Google Earth

Pour voir les toits du centre de Chicago (Millennium Park, Chicago Cultural Center, Aqua Tower), aller sur le fichier .kmz du globe virtuel (41°53'3.70"N et 87°37'19.96"O).
Date des images satellite : 1er mai 2015.

La végétalisation des toits
ou la mise en scène de Chicago

Le toit-jardin (rooftop garden) à vocation récréative du 18 MDA City Apartments, 63 East Lake Street.

 

La multiplication des toits verts permet en outre d’illustrer d’une manière concrète et esthétique, dans le cas de Chicago, le processus de verdissement (greening) de la ville. Pour ces raisons, la végétalisation du toit du City Hall et la mise en place du Chicago Climate Action Plan (CCAP) en 2008 font de la présence des toits végétalisés un pilier majeur de la politique environnementale de l’administration Daley. The Green Roof Improvement Fund («  Fonds pour l’aménagement de toits végétalisés »), qui offre jusqu’à 100 000 dollars par projet de rénovation comprenant la mise en place d’un toit végétalisé sur un bâtiment existant du « Loop » [6], et le Green Roof Grant Program (« Programme de subvention des toits végétalisés ») pour les projets de végétalisation des toits des bâtiments commerciaux ou résidentiels, sont deux exemples d’engagements concrets de la municipalité. Au travers de cet arsenal législatif, force est toutefois de constater que l’administration municipale met l’accent essentiellement sur les avantages financiers, plus qu’écologiques, de la végétalisation des toits afin d’encourager les acteurs privés à investir. L’influence de ces différentes politiques d’incitations financières est telle qu’elles entraînent l’émergence d’un véritable « marché vert » (green market) autonome et spécialisé (entretien avec K. Worthington et K. Laberge). Si la végétalisation des toits permet de faire des économies en termes d’isolation thermique ou de faire face à la formation d’îlots de chaleur urbains et au ruissellement des pluies hivernales, on ne peut expliquer uniquement l’accent mis par l’administration Daley sur la végétalisation des toits par des préoccupations environnementales. Un exemple emblématique peut suffire pour s’en persuader : sur le toit du City Hall, la surface végétalisée, trop petite et trop peu profonde, ne permet de refroidir que le dernier étage du bâtiment (entretien avec K. Worthington et K. Laberge). Dans une perspective de marketing territorial, la végétalisation du toit du City Hall, et plus largement la promotion des toits végétalisés à Chicago, ont ainsi surtout permis à l’administration Daley d’acquérir une visibilité nationale et internationale en matière de politique environnementale, sans toutefois conduire à modifier en profondeur le bilan environnemental de la ville.

1.2. De l’ « effet Guggenheim » (Plaza, 1999) [7]  à l’« effet Millennium » ?

L'aménagement du Millennium Park, entre 1999 et 2004, illustre cette recherche d’image et de classement (ranking), à l’heure où se développent sur la scène mondiale des palmarès en tous genres, que ce soit en matière d’institutions éducatives ou de réalisations architecturales, qui sont caractéristiques d’un contexte général de « métropolisation de la culture et du patrimoine » (Djament-Tran et San Marco, 2014) extrêmement concurrentielle. La mise à contribution des plus grandes célébrités mondiales de l’architecture, des arts plastiques voire du paysagisme (Frank Gehry, Anish Kapoor, Jaume Plensa, Kathryn Gustafson, etc.), de même que le soutien financier apporté au projet Millennium Park par plusieurs multinationales (BP, Boeing, AT&T, McDonald, etc.), témoignent à eux seuls de la volonté de faire du site une vitrine de la ville. Désigné comme l’un des plus grands rooftops du monde [8] et récompensé en 2005 par le prix « Green Roofs for Healthy Cities Award » [9], Le Millennium Park figure en tête de classements nationaux et mondiaux concernant la ville durable, les procédures de verdissement ou encore les prouesses architecturales et artistiques. D'après les enquêtes menées sur place, beaucoup de personnes ne remarquent pourtant pas que le parc est construit au dessus d'un parking : 35 personnes sur les 98 interrogées, parmi lesquelles 17 habitants de Chicago, ne savent pas que le Millennium Park est un toit [10]. Plus de la moitié (environ 6 enquêtés sur 10) dit même ne pas le percevoir comme tel. Recouvrant plusieurs étages de parking, le Millennium Park reste en effet sensiblement au même niveau que la chaussée – très en-dessous des condominiums qui le bordent – et ne correspond donc pas visuellement à la représentation commune du toit, bien que répondant à la définition du toit végétalisé (green roof) d’un point de vue technique. La valorisation du site en tant que green roof par la mairie de Chicago prouve bien l’attention accordée à la recherche de labels, plus que l’attention aux usages.

« Le plus grand green roof du monde », Millennium Park, la vitrine de Chicago
Un parc public doté d'oeuvres d'artistes de renom international

La Crown Foutain du sculpteur catalan Jaume Plensa (à gauche) et le Cloud Gate du plasticien britannique Anish Kapoor (en haut à droite).

Un green roof au niveau de la rue, couvrant un parking souterrain

Devant les condominiums de Randolph Street s'étend le toit végétalisé occupé en son centre par le Pavillon Jay Pritzker, construit par l'architecte Frank Gehry.

Ces procédures de classement permettent surtout à Chicago de se comparer à d’autres métropoles américaines – à commencer par New York – ou mondiales, comme Singapour, particulièrement avant-gardiste en matière de rooftops aménagés comme lieux de vie [11]. Par la politique de verdissement des toits qu’elle engage dès le début des années 2000, la ville de Chicago tient en fait à se présenter comme une ville innovante, capable de faire face au changement climatique contemporain et de répondre aux impératifs du développement durable. C’est alors que la ville entre dans une logique d’institutionnalisation des toits végétalisés via des politiques d’incitation au verdissement des toits ou encore des stratégies de labellisation, comme la certification LEED® [12]. Par là même, Chicago devient progressivement un modèle, qui peut se targuer d’exporter sa politique des toits végétalisés, à tel point que certains journalistes parlent d’un « effet Millennium » (Blair, 2005) en référence à l’« effet Guggenheim » de Bilbao. De nombreux articles de journaux ou de blogs spécialisés véhiculent désormais l’idée que « Chicago a été précurseur dans la construction des toits végétalisés aux États-Unis », preuve d’une réussite de cette stratégie de marketing urbain [13].

Le toit végétalisé est donc pour la ville de Chicago un objet de distinction interurbaine. À l’échelle intra-urbaine, les effets de cette politique sont spatialement différenciés. La végétalisation des toits, en se concentrant principalement dans un nombre limité de quartiers, contribue de fait à un processus de distinction au sein de la ville.

 

 

2. Les toits végétalisés : un élément de distinction dans la ville

À l’échelle de l’agglomération, le toit végétalisé peut être considéré comme un élément de distinction, révélateur des dynamiques de différenciations socio-économiques à l’œuvre entre les divers quartiers de la ville. Ces différenciations s’expliquent par la fonction distinctive du toit végétalisé aussi bien dans le champ social, du point de vue des usagers, que dans le champ économique, du point de vue du marché de l’architecture et du bâtiment. Les toits végétalisés peuvent ainsi tout d’abord être interprétés, selon une grille de lecture bourdieusienne, comme un produit dont la possession et l’usage sont part intégrante d’un processus de distinction sociale (Bourdieu, 1993) mais aussi spatiale. Aux yeux des promoteurs et des entrepreneurs, les toits végétalisés peuvent également être un argument permettant de se distinguer au sein d’une offre concurrentielle.

2.1. Les toits végétalisés : un révélateur des dynamiques de différenciations urbaines

À l'échelle intra-urbaine, les toits végétalisés – toutes catégories confondues (toit-pelouse, toit-jardin et toit-ferme) – apparaissent comme un révélateur de différences sociales, ethniques et économiques existant entre les quartiers de la ville. Par image satellite ou en observant les différents quartiers de la ville, on peut constater une très forte concentration de toits végétalisés dans le Loop. Si l’on peut penser que cette forte concentration est liée au particularisme architectural des nombreux gratte-ciels du Loop, la présence de toits-terrasses (plats et donc potentiellement végétalisables) dans l'ensemble de la ville de Chicago invite à nuancer cette hypothèse. En l'absence d'une différence de formes architecturales – du point de vue des toits – entre le Loop et le reste de la ville, l'étude des variables socio-économiques dans l'aire urbaine semble donc pertinente.

Sources : base de données de la mairie de Chicago (comprenant green rooftops et rooftop gardens) enrichie à partir d'observations d'images satellites. 

La représentation du nombre de toits végétalisés par census block (îlots de recensement) [14] permet de constater cette première intuition d'un déséquilibre centre/périphérie dans la répartition des toits végétalisés. Ce déséquilibre se traduit par une forte concentration de toits végétalisés dans le Loop de Chicago. Dans cet espace, on compte en moyenne 5,4 toits végétalisés par census block. Au sud et au nord du Loop, s'observe une très forte présence des toits végétalisés. Ces zones correspondent aux community areas (« aires communautaires ») [15] de Near South Side et de Near North Side, qui forment, avec l’aire communautaire du Loop, le downtown de Chicago, stricto sensu. Near North Side, où se trouvent les quartiers de Gold Coast et d’Old Town, est un secteur aisé de la ville de Chicago : la relation entre présence de toits végétalisés et variables socio-économiques commence ici à s'esquisser. L’aire communautaire de Near South Side était quant à elle, jusque dans les années 1990, défavorisée, mais a fait depuis l'objet d'un renouvellement urbain [16], au point de connaître un important processus de gentrification. Pour S. Zielenbach (2005), chercheur spécialisé dans les politiques de renouvellement urbain, il s'agit de l’une des quatre aires communautaires de Chicago dont la composition sociale a le plus varié depuis 1990. Le quartier a connu une augmentation très forte des prix du logement, de nombreuses réhabilitations et de multiples implantations de commerces. La présence des toits végétalisés semble donc pouvoir être associée à cette dynamique de gentrification du Near South Side. On remarque également une concentration assez importante (50 toits végétalisés en tout, soit 5,6 toits végétalisés par census block) au nord-ouest du Loop, le long de la Chicago River. Cette zone inclut les trois autres secteurs communautaires les plus touchés par la gentrification selon S. Zielenbach (Logan Square, West Town et Near West Side). Si cette relation forte entre les quartiers les plus récemment gentrifiés et la présence de toits végétalisés hors du Loop paraît intéressante, on ne peut pour autant en déduire que la gentrification produit ces toits (ou l'inverse). Néanmoins, puisque la gentrification s'accompagne généralement d'un renouvellement du tissu urbain, on peut faire l'hypothèse que la forte présence des toits végétalisés est corrélée à ce processus. L'aménagement de toits végétalisés étant en effet plus aisé et moins coûteux sur des bâtiments rénovés ou réhabilités, la présence de toits végétalisés semble alors pouvoir être interprétée comme un marqueur de la gentrification, comme un élément s’intégrant à ce processus urbain complexe.

Répartition des toits végétalisés à Chicago en fonction de variables socio-économiques

A contrario, les modélisations cartographiques montrent une superposition spatiale entre les quartiers défavorisés socialement (figure de gauche), qui sont généralement ceux qui connaissent la plus faible mixité – soit la plus forte ségrégation – sur le plan ethnique (figure de droite), et l’absence de toits végétalisés. De ce fait, les espaces où la part de population noire est la plus importante correspondent aux espaces les plus pauvres de la ville de Chicago. Dans ces zones pauvres et ségrégées, les toits végétalisés sont très peu nombreux, si ce n’est totalement absents. Le phénomène est particulièrement notable sur la carte représentant la répartition des toits végétalisés en fonction des taux de population noire. L'observation de ces trois cartes permet donc d'arriver à une première conclusion : les toits végétalisés semblent être un élément de différenciation très fort entre les quartiers aisés, centraux, et les quartiers plus défavorisés, relégués à un statut périphérique à l’échelle intra-urbaine. 

2.2. Distinction dans l'espace social et distanciation dans la ville

Le nord du Loop et le sud de Gold Coast, dans le secteur communautaire de Near North Side, sont les deux parties de la ville qui concentrent le plus de toits végétalisés. La plupart de ces toits ne sont pas uniquement des couvertures végétales installées dans un objectif écologique, mais de véritables jardins paysagers accessibles aux résidents et conçus pour être des espaces récréatifs privatisés. Le phénomène est particulièrement marqué dans le quartier de New East Side situé au nord du Millennium Park. Développé dans la deuxième moitié des années 2000 sur une ancienne friche portuaire, ce quartier est aujourd’hui très prisé des populations aisées. Il concentre une offre touristique et immobilière de luxe, caractérisée par des équipements présents au sein de chaque condominium et hôtel du quartier. Comme l’explique une résidente de l’Aqua Tower – un condominium emblématique du quartier, conçu par Jeanne Gang, célébrité chicagoane du monde de l’architecture, et construit en 2007 –, ces équipements (piscines, salles de sport, terrasses) constituent des normes attendues pour des immeubles de ce standing. Le rooftop garden semble cependant être un atout supplémentaire particulièrement valorisé par les résidents, comme en témoigne le propos suivant : « Vous n'avez pas ça partout. On peut trouver des piscines ou ce genre de choses, mais pas comme ici. C'est assez unique » [17].

Les résidents de l’Aqua Tower peuvent bénéficier des agréments d'une salle de sport et d'une piscine en prenant simplement l’ascenseur, se rendre à pied sur Magnificent Mile (une portion de Michigan Avenue abritant restaurants, hôtels et commerces de luxe), ou encore faire du jogging sur la piste d’athlétisme aménagée sur leur immense toit végétalisé. Ces pratiques supposent un capital économique très important. Elles participent d’un mode de vie qui distingue les populations favorisées des autres. Parmi les différentes aménités constitutives de ces complexes de luxe, on peut penser que le rooftop garden est un élément de distinction particulier qui matérialise, par la distanciation spatiale, la différence sociale. Bien que l’espace physique soit relativement marginal au sein des analyses de Pierre Bourdieu dans La Distinction, il est possible – à la suite de Fabrice Ripoll (2012, 2013) et en reprenant les analyses développées par Bourdieu lui-même dans « Effets de lieu » (1993) – d’« intégrer l’espace physique à la théorie bourdieusienne à son niveau le plus général en considérant ce dernier comme une dimension de l’espace social ». Dans ce cadre on comprend alors pourquoi le rooftop garden constitue un élément de distinction particulier au sein de la ville de Chicago : disposer et user d’une telle aménité valorise les populations qui y ont accès via une mise à distance s’exprimant dans chacune des dimensions constitutives de l’espace social. La séparation est tout d'abord objectivée par un règlement et par un système de sécurité qui réserve l’accès du rooftop garden aux seuls résidents du condominium. Elle est ensuite – et c’est ce qui fait la particularité du rooftop garden – très marquée au sein de l’espace physique puisque le rooftop garden surplombe la rue, et donne à voir la ville, sans que ses usagers soient vus depuis la rue. Enfin, cette séparation peut s'exprimer au niveau des structures mentales et symboliques en opposant les résidents ayant accès au toit au reste de la ville dont ils se sentent éloignés [18].
Le toit de l'Aqua Tower, un élément de distinction pour les résidents de la tour

2.3. Un élément de distinction au sein d'un marché concurrentiel

Le rooftop garden apparaît comme un élément de distinction pour ses habitants et usagers, d’une manière générale mais aussi plus spécifiquement au sein du marché immobilier de luxe et notamment des condominiums. En effet, c'est d'abord parce que tous les condominiums ou hôtels de luxe ne possèdent pas de rooftop garden que celui-ci devient un avantage compétitif, du fait de la rareté de l'offre. La prouesse architecturale et la technique employée contribuent également à donner un intérêt architectural à un bâtiment, tout en le singularisant, et par là même à augmenter sa valeur immobilière. En offrant un espace de plein air accessible, mais privé, le rooftop garden offre des aménités (vue, piscine, barbecue, verdure, etc.) particulièrement recherchées par les plus aisés. Cet aspect est important : les usagers des lieux peuvent avoir des activités d'extérieur au sein même de leur immeuble ou de leur hôtel, alors que celui-ci est situé dans ou à proximité du Loop. Un membre du personnel d'accueil du Radisson Blu Aqua Hotel situé dans l'Aqua Tower explique ainsi que le toit végétalisé est un élément de marketing essentiel, qui permet à l'hôtel d'attirer des clients [19]. Sur le site internet de l'hôtel, la présence de ce « large espace extérieur dédié au bien-être » [20] est mentionnée comme le « service signature » de l'hôtel, c'est-à-dire comme ce qui le rend particulier, et lui permet de donner à ses clients une expérience exceptionnelle.

Les éléments de distinction dans l'offre immobilière

Piscine, barbecue et aménagements paysagers sur le toit des MDA City Apartements.

L'aménagement paysager, le mobilier d'extérieur et la vue font partie du panel d'aménités proposées par le rooftop garden de l'immeuble Heritage at Millennium.

Si le rooftop garden peut permettre la distinction et la singularisation de certains biens immobiliers, des logiques similaires peuvent s’appliquer à d’autres types de marchés, comme celui de la restauration. Quand un restaurant ne valorise pas sa situation surplombante de terrace [21] et l’agrément d’une vue d’exception, le toit végétalisé peut alors également prendre la forme d'un rooftop farm. Le restaurant Uncommon Ground, situé à la périphérie de Chicago, se revendique ainsi comme « le restaurant le plus vert d'Amérique ». Son toit végétalisé fait partie intégrante d'une stratégie de marketing autour de l'écologie et de la restauration en circuit court. Selon Alison, rooftop farmer (« fermière de toit ») qui gère le toit d'Uncommon Ground, ce toit explique en grande partie le succès du restaurant : « Cela amène des clients ici, dans le restaurant. Les gens viennent voir, je pense. Nous avons des groupes qui viennent jouer là-haut parfois, nous faisons des mariages aussi. Je ne pense pas que tout ceci puisse avoir lieu au rez-de-chaussée » [22]. Le toit végétalisé, en autorisant des pratiques originales de l'espace et en offrant des avantages comparatifs, permet donc à des entreprises – immobilières, hôtelières ou restauratrices – de se démarquer au sein d'une offre abondante.
Le toit, un élément de marketing important pour le restaurant Uncommon Ground

       

Tout en étant, pour la municipalité, un outil de distinction interurbaine dans un contexte de compétition entre les villes, la végétalisation des toits est donc aussi un moyen de distinction au sein de la ville. Il est ainsi permis de montrer que les toits végétalisés sont révélateurs des écarts sociaux observables à Chicago, puisque le toit végétalisé tend à produire et à incarner une distinction. Cependant, au gré de sa généralisation, le toit végétalisé tend à perdre sa dimension distinctive.

 

 

3. Vers une banalisation des toits végétalisés à Chicago ?

Si, sous l’ère Richard M. Daley (1989-2011) [23], la végétalisation des toits a pu être un élément important de la stratégie de distinction de la mairie de Chicago dans le cadre de la compétition interurbaine mondiale, un désengagement du pouvoir municipal se produit depuis quelques années. Parallèlement, bien que la possession d’un rooftop garden demeure un élément de distinction à l’échelle intra-urbaine, l’existence d’un tel toit devient un prérequis dans les bâtiments de luxe tels que les nouveaux condominiums. Le toit végétalisé s’affirme ainsi comme une norme, à la fois au sens d’aménité attendue pour certains usagers mais aussi au sens de contrainte technique incluse de plus en plus couramment dans les démarches des promoteurs et des architectes. On peut dès lors évoquer une banalisation du toit végétalisé à Chicago dans la mesure où sa valeur distinctive tend, en particulier à l’échelle interurbaine, à diminuer avec la généralisation du phénomène.

3.1.  Une diminution de la médiatisation des toits végétalisés

La banalisation du toit végétalisé à Chicago passe tout d’abord par une diminution de sa médiatisation, perceptible dans l’évolution du nombre d’occurrences des expressions « green roof » et « rooftop garden » dans les articles de la presse locale (Chicago Tribune [24] et Chicago Sun-Times [25]). Qu’il s’agisse de l’une ou de l’autre de ces expressions, dans l’un ou l’autre de ces quotidiens, une forte augmentation des occurrences advient vers 2000-2001, en relation avec la création du toit végétalisé du City Hall (2001), qui marque symboliquement le lancement des politiques de végétalisation des toits à Chicago. Un second pic survient au milieu des années 2000, suivi par une diminution brutale des occurences. Ainsi, pour ce qui est des occurrences de « green roof » dans le Chicago Tribune, la tendance suivante se dessine : de 1 à 4 occurrences par an entre 1985 et 2002, un bond à 13 occurrences en 2003, une augmentation ininterrompue jusqu’à un maximum de 46 occurrences en 2007, une diminution continue jusqu’à un minimum de 9 en 2012, une légère reprise depuis, avec 11 occurrences en 2013 et 14 en 2014.
Occurrences des expressions "green roof" et "rooftop garden" dans le Chicago Sun-Times et le Chicago Tribune (1985-2014)

Sources : base de données du Harold Washington Library Center (principale bibliothèque municipale de Chicago)

Le toit végétalisé se fond ainsi progressivement dans le paysage médiatique, ce qui ne peut que diminuer ses propriétés distinctives. Il convient toutefois d’interroger les raisons politiques de cette évolution.

3.2. Changement de maire, désengagement de la mairie

La diminution de la médiatisation peut être corrélée à un changement de stratégie environnementale de la mairie de Chicago à la suite du départ de Richard M. Daley en 2011, après cinq mandats consécutifs, au profit de son successeur Emanuel Rahm, lui aussi démocrate. D’un mandat à l’autre, l’évolution des engagements municipaux en matière environnementale est manifeste : la mairie de Richard M. Daley consacre un plan spécifique à la question environnementale, le Chicago Climate Action Plan (CCAP) de 2008 [26], dont la première des cinq stratégies consiste à encourager la construction de bâtiments répondant aux normes de l’efficacité énergétique (energy efficient buildings), tandis que le programme Sustainable Chicago 2015 de 2012, adopté sous la mandature de son successeur, mêle enjeux environnementaux et socio-économiques en revendiquant une approche de sustainable development  (« développement  durable ») [27]. Le développement économique et la création d’emplois (economic development and job creation) priment désormais les enjeux de l’efficacité énergétique – dont les toits végétalisés sont le versant le plus médiatique – qui se trouvent relégués en deuxième position [28]. Depuis l’entrée en fonction d’Emanuel Rahm en février 2011, aucun projet de grande ampleur équivalent au Millennium Park ou à la végétalisation du toit du City Hall n’a été lancé, de même qu’aucune nouvelle mesure incitative n’est venue s’ajouter au panel législatif mis en place sous les dernières mandatures de Richard M. Daley. Le désengagement de la mairie en matière de végétalisation des toits peut sans doute être considéré comme une manière parmi d’autres de marquer le changement d’ère municipale.
Kimberly Worthington [29] et Kevin Laberge [30], travaillant tous deux à la mairie de Chicago, sont conscients de ce désengagement. Le futur des toits se trouve, selon eux, dans les panneaux solaires et dans les revêtements de couleur claire, plus faciles d’entretien qu’une couverture végétale, tandis que la gestion des eaux de pluie constitue le nouvel enjeu majeur auquel la mairie souhaite faire face [31]. Pour K. Worthington, la mairie n’a de toute façon plus besoin de soutenir la création des toits végétalisés [32] comme elle l’a fait dans le passé, puisque des entreprises se sont emparées de ce marché, qui fonctionne aujourd’hui de lui-même [33]. C’est d’ailleurs, toujours selon ses dires, l’évolution qui était dès le début prévue par la mairie de Richard M. Daley : en entreprenant des projets d’envergure – à commencer par le City Hall – et en adoptant un cadre juridique favorable, il s’agissait pour la municipalité de susciter chez les promoteurs immobiliers et les architectes une émulation stimulée par des incitations financières, jusqu’à ce que les acteurs privés rendent toute intervention publique inutile. Du point de vue du marketing territorial, il convient par ailleurs de signaler que des villes comme New York rattrapent aujourd’hui Chicago [34] pour ce qui concerne les surfaces de toits végétalisés : ceux-ci peuvent dès lors apparaître comme trop peu innovants (et donc trop peu distinctifs) aux yeux de la mairie, consciente qu’une compétition l’oppose à d’autres villes [35].

3.3. Une standardisation de la végétalisation des toits dans les pratiques des promoteurs, des architectes et des ingénieurs

La banalisation des toits végétalisés à Chicago et la diminution de leur valeur distinctive se manifestent également par la standardisation de la végétalisation chez les promoteurs, architectes et ingénieurs. Cette standardisation est souvent liée à des effets d’aubaine qui visent à profiter des politiques incitatives mises en place par la mairie pour promouvoir la construction de nouveaux bâtiments. Cela peut conduire à des situations dans lesquelles les effets du toit végétalisé en termes d’économie d’énergie et d’isolation sont très réduits.
Pour des raisons de coûts et de conformité aux impératifs techniques et juridiques, les toits végétalisés sont surtout installés sur de nouvelles constructions (condominiums, centres commerciaux et bureaux). En effet, selon la mairie, un toit végétalisé coûte en moyenne de 18 à 25 dollars par square foot (« pied carré ») [36], ce qui implique un investissement particulièrement important pour un constructeur et un promoteur. Aménager un toit sur un bâtiment existant est encore plus onéreux puisque des modifications majeures de la structure du bâtiment sont souvent exigées pour que le toit puisse soutenir le poids des couches de terre et de la végétation. Selon Kevin Laberge, la végétalisation du toit du City Hall a ainsi coûté près de 1,6 million de dollars à la mairie de Chicago [37]. En cas de rooftop garden ou de farm rooftop, l’accessibilité du toit entraîne en outre de nouveaux coûts et de nouvelles contraintes, puisqu’il faut mettre en conformité la structure avec des normes de sécurité spécifiques et rigoureuses, tout en souscrivant des assurances pour prendre en compte le risque de procès en cas d’accident d’un usager.
Si la construction d’un toit végétalisé représente un coût important et des contraintes non négligeables, elle est aussi une aubaine pour les promoteurs et les architectes. Une partie des politiques incitatives municipales est en effet basée sur un principe de « troc » qui permet de bénéficier d’attributions financières et d’avantages juridiques lorsque des principes directeurs définis par la municipalité sont respectés au cours de la construction de nouveaux bâtiments. Initié en 1957, l’Incentive Zoning Code (« Code de zonage incitatif ») se base sur un principe de density bonuses (« bonus de densité »), qui permet aux promoteurs de dépasser la surface habitable théorique à laquelle ils sont limités sur la parcelle concernée par leur projet, à condition de satisfaire un objectif de développement urbain municipal [38]. Si ces « bonus de densité » devaient initialement permettre, dans les années 1960-1970, l'installation d'espaces publics ou piétons aux frais des entrepreneurs privés, ils prennent en compte, depuis 2005 [39], la construction d’un toit végétalisé. Pour les promoteurs, l’aménagement d’un toit végétalisé peut ainsi permettre d’améliorer la rentabilité d’un projet immobilier en augmentant le rapport des mètres carrés construits sur la surface au sol occupée, tout en intégrant la construction dans une stratégie de marketing environnemental (notamment grâce à l’obtention du label LEED [40], décerné aux bâtiments à haute qualité environnementale). Le toit végétalisé tend dès lors à être perçu par certains architectes et promoteurs comme une source de profits économiques qui s’intègre systématiquement dans leurs projets. Dans ce contexte, la volonté de construire des bâtiments moins énergivores et mieux isolés – ou même de repenser le rapport entre le toit et le reste de la construction – demeure cependant secondaire.
Jennifer Alrutz, architecte de la firme Perkins + Will, affirme explicitement lors d'un entretien que de nombreux promoteurs s’efforcent de réduire les coûts liés à la construction des toits végétalisés, tout en faisant le nécessaire pour bénéficier des avantages économiques et juridiques municipaux, ce qui conduit notamment à placer la fonction d’isolation et l’aspect esthétique du toit au second plan : « On peut avoir un toit végétalisé sans que le bâtiment en question soit bon (c'est-à-dire soit d'une qualité exceptionnelle d’un point de vue environnemental ou esthétique). Un toit végétalisé donne l’impression que c’est un bon bâtiment » [41].  Au début de la construction du Block 37 [42], il était par exemple prévu qu’un parc ouvert au public se trouve sur le toit. Pour des raisons d’économie, il ne reste plus que quelques arbres plantés dans de petits carrés de pelouse sur un toit à l’accessibilité réduite, ce qui est bien éloigné des ambitions initiales de création d’un parc urbain suspendu ouvert au grand public.

Un projet avorté de parc urbain suspendu : le toit du Block 37

Source : IRG Landscape Architecture

Le projet de parc urbain suspendu ouvert au grand public sur le toit du Block 37 (ci-dessus, le plan du projet) a laissé la place à un mince tapis de verdure à l'accessibilité réduite (à droite, photo de l'emplacement et zoom sur le jardin).

 

 

De même, le Northwestern University biomedical research center [43] va pouvoir compter deux étages supplémentaires grâce aux density bonuses, accordés en contrepartie de la végétalisation d'une partie du toit [44]. Pour des raisons de sécurité, celui-ci ne sera cependant pas accessible au public. Dans cet exemple paradigmatique, le toit végétalisé n’est clairement pas un élément intégré à l’esthétique globale du projet. Le site internet de la Northwestern University, tout en soulignant le caractère original du projet architectural dans son ensemble, ne mentionne même pas le toit végétalisé [45]. Les logiques d’aubaine poursuivies par les architectes et les promoteurs peuvent même conduire à des aberrations techniques. Le rooftop garden du Loyola Building [46], situé au 54ème étage du bâtiment, est ainsi inaccessible, tandis que les plantes qui s’y trouvent sont abîmées à cause du vent qui souffle à cette altitude : les propriétés isolantes de ce toit sont donc très fortement réduites [47].

Si les obstacles financiers, matériels et légaux font du toit végétalisé un élément architectural réservé à un marché exclusif (familles aisées, bureaux, centres commerciaux), les exigences imposées et les opportunités offertes par le cadre institutionnel de la municipalité restent subordonnées à la volonté ou aux réticences des promoteurs à investir. Qu’il s’agisse de la standardisation du tapis de sedum [48] ou de la normalisation des rooftop gardens pour les condominiums, le passage des années 2000 aux années 2010 correspond sans équivoque à une banalisation du toit végétalisé, corollaire de l’usure de son statut d’innovation architecturale. Le toit végétalisé est désormais parfaitement intégré dans les institutions et les logiques du marché immobilier et sa valeur distinctive semble ainsi diminuer à l’échelle intra-urbaine : il devient souvent un simple moyen de construire plus, quitte à négliger les objectifs en termes de limitation de l’îlot de chaleur urbain. Dans tous les cas, l’enjeu écologique est très largement secondaire.
 

Conclusion 

Dans sa Leçon sur la leçon prononcée lors de son admission au Collège de France en avril 1982, Pierre Bourdieu évoque l’« antinomie fondamentale » conduisant « tout sacré » à avoir « son complément profane » et « toute distinction » à « produi[re] sa vulgarité » (Bourdieu, 1982). L’usage du concept de « distinction », entendu dans cette acception sociologique, semble en définitive pertinent pour l’étude des toits végétalisés à Chicago, en ce qu’il s’agit d’analyser la production ou l’invention d’un lieu – à la fois d’un point de vue technique mais aussi (et surtout) du point de vue des usages et des discours qui y sont associés – à des fins de différenciation et de hiérarchisation inter- et intra-urbaine. Qu’il s’agisse de promouvoir un territoire métropolitain dans une lutte féroce entre des « villes-mondes » ou qu’il s’agisse de valoriser un ensemble immobilier afin d’attirer les catégories sociales les plus fortunées (de passage ou en résidence permanente), le rooftop – quelle qu’en soit la variable (green, farm ou garden) – est en effet porteur d’une valeur ajoutée, qui tend à rendre son absence « vulgaire » car dénuée de « distinction ». Ainsi, dans toutes ses variantes, le toit végétalisé (green roof) contribue à faire reconnaître Chicago comme une ville innovante au sein des villes globales, à l’avant-garde de la révolution écologique urbaine, tandis que le rooftop garden – et plus accessoirement le rooftop farm – permettent, à l’intérieur de l’agglomération urbaine, de mettre à disposition des plus fortunés, au cœur des verticalités architecturales chicagoanes, des aménités qu’on croyait réservées aux espaces ruraux et semi-urbains. D’une manière générale, le toit végétalisé relève donc de ce « volet paysager et jardinataire » contribuant à permettre d’introduire la « nature en ville », en vertu d’une idéologie de (re)mise au vert des centres-villes des grandes villes américaines promue par les élites urbaines post-fordistes (Lévy, Lussault, 2003). En ce sens, le toit végétalisé semble être un aspect – et même un indicateur – de la fabrique métropolitaine contemporaine, puisqu’il symbolise la puissance économique et le prestige symbolique de l’urbanité.
D’un point de vue épistémologique, cette étude peut inciter à considérer plus généralement le « toit végétalisé », voire le « toit » en général, comme un objet d’études géographiques à part entière, permettant d’analyser des dynamiques urbaines globales telles que la métropolisation, à partir de l'échelle de la ville, par exemple à travers la gentrification. Ce postulat méthodologique est loin d’être une évidence, dans la mesure où celui-ci tend généralement à être perçu uniquement dans son versant technique. Force est pourtant de constater que le « toit », à l’exemple de sa variante végétalisée à Chicago, peut être étudié spécifiquement en tant que lieu, c'est-à-dire comme une portion d’espace sujette à des appropriations singulières et à des mises en discours spécifiques.
En la matière, il convient de se demander si le processus de métropolisation n’est pas un contexte favorable à la production du « toit » comme lieu porteur de connotations symboliques valorisantes – en particulier dans les centres urbains –, à des fins de marketing territorial. De fait, le cas de Chicago peut être mis en parallèle avec celui de Paris. En octobre 2014, la conseillère de Paris Delphine Bürkli (UMP) sollicite en effet le vote par le Conseil municipal d’un projet d’inscription des « toits de Paris » au Patrimoine mondial de l’Unesco, projet explicitement mis en lien par un journaliste du Monde avec le verdissement des rooftops des grandes villes américaines (Jaxel-Truer, 2014) :

« Début octobre, dans ses nouveaux habits d'édile, Delphine Bürkli vient à nouveau de réussir un joli coup : elle a fait passer, à l'unanimité, droite et gauche unies, son projet de demander l'inscription au Patrimoine mondial de l'Unesco des toits de Paris. De quoi s'agit-il ? D'une idée dans l'air du temps. A l'heure où New York se vante d'avoir verdi le sommet de nombreux immeubles, où les bars-terrasses (rooftops) commencent aussi à fleurir chez nous, les toits apparaissent comme un nouvel espace de conquête. »

L’entreprise de promotion territoriale des « toits de Paris » est très sérieuse, puisqu’elle conduit à la création en février 2015 d’un Comité de soutien à l’inscription au Patrimoine de l’UNESCO, doté de son site internet [49]. Il est remarquable que l’invention des « toits » comme lieux métropolitains ne soit pas amenée à emprunter des voies semblables dans la ville-monde américaine et dans la capitale européenne séculaire, chargée d’héritages historiques. Ainsi, tandis que la fabrique territoriale des « toits » est envisagée dans les centres-villes américains à des fins d’optimisation énergétique, de lutte contre le réchauffement climatique ou plus simplement d’agrément, celle-ci passe à Paris par la voie de la patrimonialisation. Certains élus se sont cependant récemment inquiétés du risque que la patrimonialisation des « toits de Paris » ne conduise à « mettre Paris dans le formol », pour reprendre l’expression de la mairesse de Paris, Anne Hidalgo, au risque de nuire à la « transformation écologique » plébiscitée – dans la course à la distinction interurbaine – par les villes-monde [50].

 

 

Notes

[1] L’effet d’ « îlot de chaleur urbain » (ICU) désigne une « sorte de dôme d’air plus chaud couvrant la ville » qui est la « manifestation climatique la plus concrète de la présence et des activités de la ville » (Cantat, 2004, p.75). Le phénomène est surtout redouté parce qu’il aggrave les risques sanitaires (allergies et problèmes respiratoires ou cardio-vasculaires en cas de canicule notamment). En la matière, des variations à quelques degrés près peuvent être primordiales.

[2] À la suite du voyage d’études évoqué dès le début de ce travail, nous avons également réalisé un portfolio s’accompagnant d’une typologie, lequel a été publié, le 28 septembre 2015, dans la rubrique « Vu » de la revue Urbanités. Cette typologie doit être considérée comme complémentaire du présent article, puisqu’elle s’intéresse aux usages contradictoires des diverses dénominations des toits végétalisés (ou « toits verts », expression que nous tenons pour équivalente) de Chicago, et tente de mettre au jour la logique respective des différents types d’acteurs (municipalité, architectes, usagers). Pour le présent article, nous avons souhaité à l’inverse partir d’une tentative de fixation des définitions des différents types de toits verts en reprenant les principales désignations rencontrées.

[3] Les travaux sur l’« ecological gentrification » ou l’« environnemental gentrification » mettent au jour les processus de relégation et d’éviction à l’œuvre derrière certaines politiques environnementales urbaines pourtant très consensuelles (créations de parcs, d’écoquartiers, etc.). Voir aussi à ce sujet, l'exemple du Bronx analysé par Aurélie Delage, « Le Bronx, des flammes aux fleurs : combattre les inégalités socio-spatiale et environnementale au cœur de la ville-monde ? ».

[4] « Toit : Du latin tectus, couvert : ce qui couvre la maison. La forme des toits a été objet de curiosité géographique, assez vite épuisé toutefois ; sa mise en relation avec des données climatiques, des matériaux disponibles, des pratiques culturelles a tôt atteint ses limites » (Brunet, Ferras, Théry, 1992, p. 484).

[5] Classement pour la population de la commune comme de l’agglomération. Les chiffres qui suivent sont ceux estimés par le Census Bureau pour les Metropolitain Statistical Areas en 2014 : 20,1 millions d’habitants pour New York, 13,3 millions pour Los Angeles et 9,6 millions pour Chicago. Source : US Census Bureau, consulté en novembre 2015]

[6] Communément, le Loop, littéralement la « Boucle », désigne le centre-ville de Chicago, en référence au métro aérien chicagoan ou « El » (pour « Elevated lines ») qui encercle le centre-ville depuis les années 1890.

[7] Depuis la fin des années 1990, la construction du musée Guggenheim de Bilbao (Espagne), dessiné par l’architecte Frank Gehry (à qui l’on doit d’ailleurs le Pavillon Jay Pritzker, inauguré en 2004 au cœur du Millennium Park de Chicago), a fait beaucoup parler en raison du caractère novateur du projet. Ce musée, aux lignes contemporaines et audacieuses, a contribué au renouveau et à la notoriété de la ville, lui permettant de se reconvertir de son statut de ville industrielle à celui de ville de culture.

[8] Sur le site Greenroofs.com, la page du Millennium Park.

[9] Ce prix récompense chaque année les projets de green roof qui font preuve d’innovation dans la conception et la mise en œuvre. Le prix s’attache aussi à récompenser les projets qui promeuvent les green roofs auprès du grand public. Sur le site Green Roofs for Healthy Cities, la page des prix d'excellence.

[10] Enquête réalisée durant le séjour à partir d’un questionnaire, cherchant à cerner l’appréhension première des usagers du site face à celui-ci.

[11] Voir, par exemple, la page commerciale suivante : 5 best rooftop bars in Singapore  [consulté en novembre 2015].

[12] La certification LEED®, soit Leadership in Energy and Environmental Design, est une certification nord-américaine pour les bâtiments à haute qualité environnementale. Ses critères d’évaluation incluent l’efficacité énergétique, de consommation d’eau et de chauffage. La présence d’un toit végétalisé facilite l’obtention de cette certification.

[13] « Chicago has been at the forefront of green roof construction in the U.S. for the last decade », Chicago Tribune, 6 août 2010.

[14] Pour effectuer cette carte, le nombre de toits végétalisés a été calculé pour chaque census block, afin de représenter les toits végétalisés sous la forme de figurés de surface. Les census blocks sont de taille comparable, ce qui limite ainsi les biais liés à la taille des mailles. Aucun toit végétalisé ne figure sur l’aéroport de Chicago situé au nord-ouest de la ville, en raison de l’absence de données disponibles sur leur localisation exacte. Néanmoins, celui-ci en compte plus d’une dizaine.

[15] La ville de Chicago est divisée en 77 community areas. Il s’agit d’unités territoriales qui permettent les mesures démographiques et statistiques de la municipalité et des institutions de recensement étatsuniennes (à commencer par le United States Census Bureau), tout en servant aussi en matière de planification urbaine. L’origine de ces unités territoriales remonte aux travaux de l’« École de Chicago », dans les années 1920 (Joseph et Grafmeyer, 2009). La délimitation fixe (pour les besoins de la comparativité statistique) des community areas ne doit pas être confondue avec les plus de 200 neighborhoods de Chicago (« quartiers » ou « voisinages »), qui sont conduits à évoluer au fil du temps au gré des recompositions ethniques, ainsi que de divers processus démographiques et urbains tels que l’immigration ou la gentrification. Autrement dit, l’unité territoriale de mesure fixe, l’« aire communautaire », ne correspond pas stricto sensu à une unité socio-territoriale, lieu de vie tel que le « quartier » ou le « voisinage ». 

[16] En anglais « redevelopment », c'est-à-dire des rénovations et des réhabilitations, grâce à des aides sociales mises en place par les autorités locales ou (plus rarement) étatiques.

[17] « You don’t have this anywhere. You have pools and things like that but not like here. It’s pretty unique. » (entretien réalisé le 26 avril 2015).

[18] « Ici tu te sens loin du reste de la ville » (« Here you feel away from the rest of the city »), Jackie, résidente de l'Aqua Tower (entretien du 26 avril 2015).

[19] Entretien réalisé sur le rooftop garden du Radisson Blu Aqua Hotel, le 22 avril 2015.

[20] « an expansive outdoor wellness », site internet du Radisson Blu Aqua Hotel.

[21] Lorsqu’il est valorisé commercialement, que ce soit par une agence immobilière, par un hôtel ou par un restaurant, le toit-jardin est souvent désigné comme une terrace (« terrace »), en vertu d’un terme qui a pour mérite de signifier clairement son accessibilité. Toutes les terraces ne sont cependant pas, d’un point de vue architectural, des toits végétalisés. Voir la typologie dans la revue numérique Urbanités, « Vu / Sur les toits de Chicago ».

[22] « It is also bringing guests here in the restaurant. People come to see it I think. We also have bands up here sometimes, we do weddings up here. And I don't think that would be happening on ground level either » (entretien réalisé le 27 avril 2015).

[23] Le père de Richard M. Daley, Richard J. Daley (1902-1976) avait déjà été maire de Chicago de 1955 à sa mort.

[24] Principal quotidien de Chicago, il s’agit de l’un des grands titres de la presse nationale. Plutôt de tendance conservatrice, il tire à un peu moins de 450 000 exemplaires par jour.

[25] Quotidien de Chicago tirant à plus de 450 000 exemplaires par jour, à visée grand public (format tabloïd).

[26] Voir le sommaire du Chicago Climate Action Plan, City of Chicago, 2008, . On note par ailleurs que le rapport contenant le plan est illustré, dès la p.4, par une photo du maire sur le toit végétalisé du City Hall.

[27] « La Chicago durable est une ville qui dépense moins en énergie d’année en année, qui crée des emplois bien rémunérés dans des industries prometteuses, qui entretient de manière responsable et modernise ses infrastructures et garantit à chaque Chicagoan la possibilité d’avoir un style de vie sain et actif » (« A sustainable Chicago is a city that spends less on energy use with each passing year, creates good-paying jobs in up-and-coming industries, responsibly maintains and upgrades its infrastructure, and ensures every Chicagoan has the opportunity to live a healthy and active lifestyle. »), Sustainable Chicago 2015, City of Chicago, 2012, p. 2.

[28] Sustainable Chicago 2015, City of Chicago, 2012, p. 3.

[29] Actuel Deputy Commissioner au Department of fleet and facility management de la mairie de Chicago (« Commissaire-adjoint au département des équipements municipaux »), et Deputy Commissioner au Department of environment (« Commissaire-adjoint au département de l’environnement ») de 1998 à 2011.

[30] Actuel Environmental Engineer au Department of fleet and facility management (« Ingénieur environnemental au sein du département des équipements municipaux ») de la mairie de Chicago, collègue de K. Worthington.

[31] Certaines précipitations peuvent entraîner d’importants ruissellements des eaux de pluie. Une ville très imperméabilisée comme Chicago s’expose ainsi à des risques de montée rapide des eaux ou encore à des problèmes relatifs à la pollution des eaux pluviales.

[32] « Nous n’avions plus besoin de le faire [de soutenir la création de toits végétalisés]. » (« We didn’t have to do it anymore. ») (entretien réalisé le 22 avril 2015).

[33] « Nous avons mis en place un marché du toit végétalisé à Chicago » (« We have established a green market in Chicago ») (entretien réalisé le 22 avril 2015).

[34] En 2014, 1 200 000 square feet (111 483,7 m²) de toits végétalisés auraient été installés à Washington, contre seulement 400 000 (37 161,22 m²) pour Chicago (Green roofs for healthy cities, mai 2015).

[35] K. Worthington évoque un « combat contre New York » (« a fight with New York ») dans l’entretien réalisé le 22 avril 2015.

[36] Voir le paragraphe Cost Considerations sur la page Green Roofs: Best Management Practice du site de la mairie de Chicago.

[37] Entretien du 22 avril 2015.

[38] Voir sur le site HousingPolicy.org, la page synthétisant les informations essentielles concernant l'incentive zoning.

[39] Sur le site Greenroofs.com, le passage listant le cadre légal s’appliquant aux toits végétalisés aux États-Unis.

[40] Leadership in Energy and Environmental Design.

[41] « You can have a green roof but not being a good building. Green roof makes it look like a good building. » entretien avec l’architecte J. Alrutz, de la firme Perkins + Will, 20 avril 2015.

[42] Le Block 37 est un îlot qui abrite notamment un centre commercial, une chaîne de télévision locale, un immeuble d’habitation et un immeuble de bureaux. Le projet devait accueillir un toit végétalisé.

[43] Centre de recherche biomédicale dont les architectes de Perkins + Will sont chargés de la construction (première pierre posée le 8 mai 2015). Une fois achevé, ce centre doit devenir le fleuron de la recherche biomédicale à Chicago.

[44] Entretien du 20 avril 2015 avec J. Alrutz.

[45] Sur le site de la Northwestern University, la page sur la construction du Centre de recherche biomédicale.

[46] Aussi appelé The Clare, il s’agit d’une maison de retraite localisée dans un gratte-ciel. Ce bâtiment a été construit par les architectes de Perkins + Will (construction achevée en 2009).

[47] Entretien du 20 avril 2015 avec Jennifer Alrutz.

[48] ll s’agit de tapis pré-végétalisés qui apportent un aspect gazonné au toit. Le sedum permet aussi de stocker l’eau et de l’empêcher de ruisseler.

[49] Voir le site de la candidature des Toits de Paris au Patrimoine mondial de l'UNESCO.

[50] Anne Hidalgo citée in « Toits de Paris : Hidalgo ne veut pas mettre la capitale "dans le formol" », 20 Minutes, 9 février 2015 : « Je n’ai pas envie de mettre Paris dans le formol, d’autant que l’on veut faire de la végétalisation sur les toits, installer du photovoltaïque, etc. [...] On veut permettre la transformation de la ville, se préparer aux éventuelles hausses de température liées au réchauffement climatique. Je ne veux pas que ce classement nous empêche de faire cette transformation écologique ».

Les auteurs remercient l’A-Ulm (Association des anciens élèves, élèves et amis de l’École normale supérieure) ainsi que le département de géographie de l’École normale supérieure pour le soutien financier et la confiance accordés au projet.

 

 

Pour compléter :

Ressources bibliographiques :

Ouvrages

  • BEATLEY, Timo, Green urbanism: learning from European cities, Island Press (Washington), 2000, 308 p., voir plus particulièrement p.3-26.
  • BIRCH, Eugenie et WACHTER, Susan, Growing greener cities: Urban sustainability in the Twenty-First Century, University of Pennsylvania Press, 2008, 424 p., voir particulièrement p.1-10.
  • BOURDIEU, Pierre, Leçon sur la leçon, Éditions de Minuit, 1982, 60 p.
  • BRAUDEL, Fernand, Civilisation matérielle, économie et capitalisme, XVe-XVIIIe siècle, vol 2., Les jeux de l’échange, Le Livre de poche, 1993 [1979], 855 p.
  • BRUNET, Roger, FERRAS, Robert, THÉRY, Hervé, Les Mots de la géographie : Dictionnaire critique, La Documentation française, 3ème édition, 2005 [1992], 518 pages, voir plus particulièrement p.484
  • DAVEZIES, Laurent, La République et ses territoires : la circulation invisible des richesses, 2008, 109 p.
  • DIAMOND, Andrew, NDIAYE, Pap, Histoire de Chicago, Fayard, “Ville”, 2013, 450 p.
  • DJAMENT-TRAN, Géraldine, SAN MARCO, Philippe, La métropolisation de la culture et du patrimoine, Le Manuscrit, «  Fronts pionniers », 2014, 446 p.
  • FOUCAULT, Michel, Le Corps Utopique, Les Hétérotopies, Nouvelles Editions Lignes, 2009 [1966], 61 p.
  • GLAESER, Edward, GOTTLIEB, Joshua D, Urban Resurgence and the Consumer City, Harvard Institute of Economic Research Discussion, 2006, Paper No. 2109.
  • HARVEY, David, Justice, nature and the geography of difference, Wiley-Blackweel, 1996, 480 p.
  • HOUDART, Thierry, HOUDART, Marie-France, La prairie sur le toit : Techniques de végétalisation des toitures en pente, Maïade Editions, 2004, 131 p.
  • LUCKETT, Kelly, Toits verts : construction et maintenance, Dunod, 2011, 192 p.
  • ISAAC, Joseph, GRAFMEYER, Yves, L’école de Chicago : naissance de l’écologie urbaine, Flammarion, “Champs Essais”, 2009, 377 p.
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  • LE CORBUSIER, Les cinq points d’une architecture nouvelle, 1927
  • LÉVY, Jacques, LUSSAULT, Michel, Dictionnaire de la géographie et de l’espace des sociétés,  2013 [2003], Belin, 1034 p. 
  • MUMFORD, Lewis, The City in History, Harcourt, 1961, 657 p.
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  • VELTZ, Pierre, Mondialisation, villes et territoires. L’économie d’archipel, PUF, 1996, 264 p.
  • WHEELER, Stephen, BEATLEY, Timothy, Sustainable Urban Development Reader, Routledge, «  Routledge Urban Reader Series », 2014 [3ème édition], 630 p.


Articles

Littérature grise :

Pour aller plus loin :

  • BEAUFILS, Mathilde, BURGEL, Elias, CHOURAQUI, Julie, COSTA, Florence, DUBEAUX, Sarah FRECAUT, Guillaume, GUIBARD, Luc, MESSADOR, Marion, POLAK, Emilie, SUN, Léo, "Vu/Sur les toits de Chicago", in Urbanités, publié le 28 septembre 2015. Portfolio et typologie sur les toits végétalisés de Chicago, par les auteurs du présent article.
Ressources webographiques :

Généralités :

- "2015 Sustainable Chicago action agenda", rubrique "Green Buildings"
- Carte du maillage administratif de la commune de Chicago
- Page sur la végétalisation d’un toit : avantages et inconvénients (notamment le coût de cette végétalisation)

Exemples évoqués dans l’article :

 

Mathilde BEAUFILS, Elias BURGEL, Julie CHOURAQUI, Florence COSTA, Sarah DUBEAUX,
Guillaume FRÉCAUT, Luc GUIBARD, Marion MESSADOR, Emilie POLAK, Léo SUN,

étudiants du Département de Géographie, ENS de Paris,
avec la collaboration de Pauline GUINARD, maître de conférences et Pascale NEDELEC, agrégée et docteur en géographie, ENS de Paris.


conception et réalisation de la page web : Marie-Christine Doceul,

pour Géoconfluences, le 30 novembre 2015

 

Pour citer cet article :
Mathilde Beaufils, Elias Burgel, Julie Chouraqui, Florence Costa, Sarah Dubeaux, Guillaume Frécaut, Luc Guibard, Marion Messador, Emilie Polak, Léo Sun, « Le toit végétalisé, marqueur des dynamiques de distinctions métropolitaines : le cas de Chicago », Géoconfluences, 2015, mis en ligne le 4 décembre 2015.
URL : http://geoconfluences.ens-lyon.fr/informations-scientifiques/dossiers-regionaux/etats-unis-espaces-de-la-puissance-espaces-en-crises/articles-scientifiques/le-toit-vegetalise-chicago

 

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