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Dossier : Lyon, espaces et échelles d'une métropole européenne

Un changement de regard sur la verticalité urbaine, de nouvelles tours d’habitation dans le paysage de la métropole de Lyon

Publié le 25/09/2019
Auteur(s) : Geoffrey Mollé, Doctorant en géographie - Université Lyon 2, Université de Lyon
Les tours d'habitation sont de retour dans le paysage des grandes villes françaises. Longtemps associé à l'habitat social voire à la standardisation du logement, elles ont été déconsidérées. Leur retour dans les communes-centres marque un retournement : les tours d'habitation servent à affirmer une stratégie métropolitaine qui n'est pas exempte de marketing territorial. Promoteurs privés et pouvoirs publics en font le marqueur d'une forme de renouveau urbain destiné principalement, malgré les discours, aux classes sociales favorisées.

Bibliographie | citer cet article

Figure 1. Vue de Lyon depuis le toit de la tour panoramique de la Duchère
avant apres

Lyon est vu depuis l'ouest vers l'est, avec le quartier de Vaise au premier plan, puis la Saône bien visible, et le plateau de la Croix-Rousse avec les tours d'habitation de Caluire. Le Rhône, invisible sur la photographie, coule derrière ce plateau en direction du sud. À droite s'élève la colline de Fourvière sur la rive droite de la Saône. Les tours de bureaux de la Part-Dieu dominent par leur verticalité la silhouette de la ville à l'arrière-plan. Cliché Geoffrey Mollé, 2018. Voir en plus grand.

À travers les tours d’habitation, cet article s’intéresse aux émergences concrètes du phénomène de métropolisation (encadré 2), à ses manifestations dans l’espace urbain, ses objets, visibles directement depuis le trottoir. Dès les années 1930, Fritz Lang disait des tours lors d’une arrivée en bateau à Manhattan, qu’elles lui avaient inspiré Metropolis. Aujourd’hui, elles font partie intégrante de l’imaginaire de la métropole. De la mythique tour de Babel à la Burj Khalifa, la plus haute jamais construite, les tours sont fictives, militaires, puis le premier gratte-ciel apparait à la fin du XIXe((La plupart des monographies historiques considèrent le Home Insurance Building (55 mètres, dix étages), construit en 1885 à Chicago et aujourd’hui détruit, comme le premier gratte-ciel.)) siècle et elles commencent à abriter des bureaux, des logements, puis des hôtels ou encore des activités de télécommunication. Les tours représentent l’ensemble de ces édifices verticaux aux fonctions multiples dont la dimension iconique les individualise par rapport à leur environnement, proche ou lointain. Les tours sont des lieux symboliques qui prennent place dans le paysage (Monnet, 1998). Il n’existe pas de définition autrement que relative de la tour, contrairement au sous-ensemble des gratte-ciels, définis par la base Emporis comme des « bâtiments à plusieurs étages ayant une hauteur architecturale de 100 mètres » au minimum((La base Emporis est la plus grande base de données mondiale recensant les bâtiments, le lien vers la définition du gratte-ciel : https://www.emporis.fr/faq (section 5).)). L’usage en France de la catégorie des gratte-ciels, depuis la pensée du Corbusier (Le Corbusier, 1923, p. 43) à celle de Thierry Paquot dans La Folie des Hauteurs (Paquot, 2011), fait littéralement référence aux premiers skyscrapers américains et à la fonction de bureau. Or nous nous écartons dans cet article de ces édifices, souvent envisagés comme des emblèmes du capitalisme économique (Didelon, 2010, Huriot, 2011). Le cas des tours de bureaux cache en effet un autre type de verticalisation urbaine, celui des tours d’habitation, plus nombreuses et paradoxalement moins étudiées dans la littérature scientifique, qui permet de porter un regard original sur le phénomène de métropolisation. Premièrement, les tours d’habitation sont, comme celles de bureaux, instrumentalisées dans la composition d’un skyline((Le genre du mot skyline n’est pas fixé en français. Ici, à l’instar de Manuel Appert qui théorise le Skyline au masculin dans son HDR, nous le différencions de « la silhouette urbaine qui renvoie au portrait de ville et réduit la perspective scientifique : cette catégorisation géométrique au caractère typologique ne permettrait pas de décliner le Skyline comme métonymie. » (Appert, 2016, p. 147).)). Multidimensionnel, il est le reflet de dynamiques économiques simultanées et complémentaires visant la connexion de la ville aux circuits économiques et financiers globaux, ainsi que l’affirmation de l’image urbaine locale, de jeux politiques, d’une identité culturelle, ainsi que d’un pouvoir symbolique (Appert, 2016). Le skyline agit comme une métonymie de l’identité et de la hiérarchie urbaine, si bien qu’aujourd’hui, les métropoles se dotent d’une empreinte paysagère à la hauteur de leur ambition (Brenac & Montès, 2015, Appert, 2016). Deuxièmement, la simultanéité du retour des tours résidentielles en Europe, sous-tendu par des stratégies de compétitivité, d’attractivité et de coopération, est une pleine mesure de l’échelle interurbaine du phénomène de métropolisation. Rotterdam, Barcelone, Milan, Francfort, Malmö, Londres… Les tours de logement font leur retour après une période d’étiage de 20 ans durant laquelle peu ou prou aucune n’a vu la lumière (Appert, 2016). Indépendamment de leur ville d’implantation, ces mêmes travaux montrent par ailleurs que l’utilisation des tours d’habitation est quasi uniformisée. Elles apparaissent comme les projets vitrines d’un marketing urbain de niche, les leviers du renouveau symbolique et fonctionnel d’espaces péricentraux délaissés, souvent anciennement industrialisés, qu’elles signalent en acte (Appert, 2015). Troisièmement, les tours d’habitation contemporaines sont les supports de modes de vie désignés comme innovants, résonnant par leur affinité avec la figure de la smart-city, nouvel étendard de l’idéologie métropolitaine (Faburel, 2018). Conçues par les acteurs de la promotion immobilière, les nouvelles tours de logement sont dorénavant arrimées à un package de services désignés comme « inédits », visant par rapport aux « machines à habiter » promues au cours du XXe siècle (Le Corbusier, 1923), la personnalisation de l’expérience habitante. En attirant ce que des travaux outre-manche ont appelé une « global elite » (Graham, 2016), séduite par l’affirmation de « global lifestyles » Fincher, 2007), se pose néanmoins avec l’irruption de ces tours contemporaines, la cristallisation d’une « lutte des places » (De Gaulejac & Taboada Leonetti 1994, Lussault, 2009) selon cette fois un axe d’urbanisation vertical, une built-high gentrification contrastant avec l’objectif de justice sociale et urbaine (Fainstein, 2000) incarné par la tour d’habitat social moderniste à partir des années 1950.

 
Encadré 1. Lyon, une métropole régionale

Considérée comme la deuxième ville française par sa population, l’agglomération de Lyon dispose aujourd’hui de tous les attributs d’une métropole, c’est à dire d’un ensemble urbain de grande importance, qui exerce des fonctions de commandement, d’organisation et d’impulsion dans les domaines politique, économique, culturel, de l’innovation, le tout sur une région qui l’intègre au reste du monde. La métropole lyonnaise, mis en place depuis le 1er Janvier 2015 en tant qu’entité administrative, représente même la première métropole engendrée en France par la loi MAPTAM (Modernisation de l’Action Publique Territoriale et d’Affirmation des Métropoles), avant Paris et Aix-Marseille. Ces récents amendements institutionnels concrétisent un processus à l’œuvre déjà depuis plusieurs années, la métropolisation.

 

L’article, qui s’appuie sur la réalisation d’une base de données recensant l’ensemble des nouveaux projets de tours résidentielles dans les villes françaises (encadré 3), explore plus amplement le cas de la ville de Lyon, un des théâtres majeurs de la verticalisation résidentielle contemporaine en France. En quoi l’étude de ses tours résidentielles témoigne-t-elle dès lors de son inscription dans le processus de métropolisation ? Nous contextualisons le retour des tours résidentielles dans les métropoles européennes dans lesquelles Lyon s’inscrit, avant de resserrer la focale sur les quartiers cibles lyonnais qui accueillent et instrumentalisent les nouvelles tours résidentielles dans les stratégies urbaines de la métropole. Il s’agira ensuite de discerner les modes d’habiter spécifiques qui se jouent derrière ces nouvelles tours et amorçons quelques discussions au sujet de leur composition sociale.

 
Encadré 2 : Définition de la métropolisation

La métropolisation désigne le processus de concentration simultanée de populations, d'activités, et de valeur dans les ensembles urbains de grande taille. Il ne s’agit pas d’un phénomène uniquement démographique, mais qui doit plutôt son originalité à la concentration spatiale des fonctions stratégiques de commandement, des foyers de l’innovation, des réseaux de communication virtuels ou physiques (aux échelles nationales et mondiales) sur un fond d’attractivité. Multiscalaire, la métropolisation renforce les hiérarchies urbaines et accroit la fragmentation socio-spatiale. Omniprésent dans la recherche en sciences humaines et en économie, le concept fait l’objet de nombreux travaux et trouve dans l’aménagement urbain un de ses observables privilégiés.

>>> Voir le glossaire : métropolisation

 

1. Le retour des tours résidentielles dans les stratégies urbaines contemporaines

Dans la deuxième moitié du XXe siècle, les tours d’habitation ont été associées à la production de masse du logement. Leur image s’en est trouvée dévalorisée. Comment expliquer alors que leur retour soit encouragé par les politiques urbaines ?

1.1. La tour d’habitation « nouvelle génération », un objet urbain métropolitain ?

En 2015, les travaux de recherche réalisés dans le cadre de l’ANR Skyline avisent un retour des tours résidentielles en Europe après une période d’étiage de 20 ans, depuis les années 1980 jusqu’aux années 2000. Trois interrogations sont immédiatement conséquentes à ces résultats. Comment expliquer qu’aucune tour à notre connaissance n’ait été construite au cours de cette période ? Pourquoi les tours résidentielles sont-elles de retour (simultanément) ? Et enfin sous quelles formes réapparaissent-elles aujourd’hui dans les stratégies urbaines ?           

Le premier point relie le coup d’arrêt porté à la fabrique des tours résidentielles durant la période évoquée plus haut à la cristallisation de profondes critiques prodiguées à l’égard de la figure de la tour d’habitat social dès les années 1970 (encadré 3).

 
Encadré 3. Le déclin des tours d’habitat social en Europe, le cas français

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, la France fait face à un double problème. D’un côté la nécessité de pallier la demande croissante de logements, et de l’autre celle de remédier aux destructions subies lors du conflit mondial. L’entrée dans la période de la Reconstruction française, qui s’étend jusqu’au milieu des années 1950 (Voldman, 1997), traduit alors certains des principes phares de la Charte d’Athènes, rédigée en 1933 sous la plume du Corbusier, qui comprend notamment l’industrialisation de la construction du logement collectif par le biais de la technique dite « du chemin de grue » et l’usage du préfabriqué.

Figure 2. La technique du chemin de grue

schéma technique du chemin de grue

Incarné par l’émergence de deux figures architecturales modernistes : la tour et la barre (Fortin, 2005), l’essor du logement collectif s’étend à l’Europe et touche le Royaume-Uni, l’Espagne, l’Italie…il connaît un retentissement particulier dans les pays socialistes du bloc de l’Est en s’adaptant à l’idéologie communiste (Amestoy, 2004). La cellule du logement, au service du collectif selon Le Corbusier, constitue la pierre angulaire de l’idéologie moderniste, qui contribue à offrir pour la première fois à certaines populations en situation d’extrême précarité, un cadre de vie décent. Les Trente Glorieuses connaissent ainsi la montée d’un crédo partagé à l’échelle européenne : « un logement pour tous ». Toutefois, à partir des années 1970, les pays européens ayant connu la plus ample ferveur constructiviste mettent un terme à l’édification des tours de logement. En France, la circulaire Guichard de 1973 signe la fin des grands ensembles, elle met en cause leur enclavement, la ségrégation socio-spatiale, les atteintes paysagères tant « la monotonie des formes et de l’architecture » signifiait « la perte de la mesure humaine dans l'échelle des constructions ou des ensembles eux-mêmes » ainsi que des questions d’urbanisme, « de trop grands ensembles ne favorisent pas une bonne intégration des quartiers nouveaux dans le site urbain ». Les équipements et les espaces public ne suivaient que trop tardivement la réalisation des logements, contribuant à l’enclavement de cités-dortoirs monofonctionnelles de l’autre côté du périphérique urbain. À l’image des critiques formulées par Olivier Guichard, la forme urbaine est accusée, et les mesures choisies, qui s’étendent à l’Europe entière, sont radicales. En 2003, la création de l’Agence Nationale de la Rénovation Urbaine (ANRU) par la loi Borloo sous le président Nicolas Sarkozy intensifie les démolitions, spectaculaires, retransmises et applaudies à la télévision publique. Parmi les plus marquantes citons celle de la Cité des 4000 à La Courneuve (commencée dès 1986 avec la tour Debussy) ou celle de la barre des 1000 à la Duchère dans la périphérie de Lyon.

Vidéo : la destruction de la barre des 1000 à la Duchère (Lyon)

La tour et la barre, par leur dimension iconique sont des coupables désignés et laissent béant un « stigmate résidentiel » affectant encore aujourd’hui les représentations individuelles et collectives de la verticalité urbaine et résidentielle (Gilbert 2012). Depuis l’icône de modernité au symbole de l’échec des grands ensembles jusqu’au totem patrimonial parfois regretté par ses habitants, les représentations de la tour d’habitat social sont complexes et révèlent des attachements citoyens qui nuancent la démonisation menée entre autres par les pouvoirs publics (Kaddour 2015). La « déverticalisation » aussi bien matérielle qu’idéelle du logement social (Veschambre, 2011) est aujourd’hui un contrepoint pour comprendre le retour des tours résidentielles.

 

Si l'on considère la métropolisation comme une traduction locale de la mondialisation, l’accroissement de la compétitivité et de l’attractivité interurbaine (Gospodini, 2002) a mis en lumière des processus d’hybridation dans la constitution morphologique des métropoles. D’après le travail de Nicolas Douay, les circuits mondialisés du capital seraient responsables de « policy transfer » (Dolowicz & Marsh 2000) entrechoquant les modèles architecturaux des différentes métropoles jusqu’à les intriquer (Douay 2015). Les skylines métropolitains seraient ainsi les reflets de jeux d’échelles à la fois « globaux » et « locaux » (Appert & Montès 2015), qui nuancent les critiques univoques de la standardisation des paysages métropolitains (Vanier 2017).

Les processus que l’on vient d’exprimer éclairent le caractère simultané du retour des tours en général dans les villes européennes. Bien que parfois adossées aux tours de bureaux, à l’orée de la forêt urbaine des quartiers d’affaire comme à Canary Wharf à Londres ou encore à Porta Nuova à Milan (figure 3), les tours résidentielles sont toutefois davantage arrimées aux stratégies de la régénération urbaine, entendue comme le processus par lequel les villes revalorisent des espaces péricentraux, à proximité des nœuds de communication et des axes de transport (routiers, fluviaux, publics). Le renouveau symbolique et fonctionnel de ces espaces, parfois en friche et souvent désindustrialisés, est signalé en acte par ces tours résidentielles (Appert 2016) arrimées de surcroit aux enjeux environnementaux (Meyer & Zandbelt, 2012). 

Figure 3. Le Bosco Verticale dans le quartier de Porta Nuova, Milan

Geoffrey Mollé — photographie bosco verticale Milan
Cliché Geoffrey Mollé, 2015.

 

Rattachées à l’argumentaire du développement urbain durable, les tours de logement sont légitimées par leur propension à incarner les totems de la ville compacte, les garde-fous de l’étalement urbain.

Il existe en effet aujourd’hui un débat virulent entre les partisans et les détracteurs de la tour sur la question de la densification urbaine. Un tissu urbain de tours, nécessitant la libération de larges espaces au sol serait par exemple moins dense qu’un tissu urbain haussmannien ne dépassant pas les 8 étages (Huriot, 2011, Paquot, 2011). Pour d’autres la maximisation du foncier permettrait de faire chuter les coûts des logements et réduire du même coup l’étalement urbain (Glaeser, 2011). Situé dans une zone fortement polluée de Milan, le Bosco Verticale aurait selon le cabinet d’architecte de Stefano Boeri permis de filtrer l’air pollué dégagé par les grands axes routiers jouxtant le projet. Greenwashing ou progrès notoire ? Le débat fait rage. D’autant plus que si les « starchitects » sont particulièrement représentés dans la réalisation de ces tours, leur signature aurait pour effet une augmentation du prix des logements (Graham, 2016). Si à l’échelle internationales ces considérations empiriques sur les inégalités sociales de ces réalisations demeureraient à étayer, elles font écho à l’échelle de notre périmètre de recherche, focalisé davantage sur le cas français.

1.2. Vers un type de tours d’habitation « à la française » ?

La mention explicite du retour des tours d’habitation dans les villes françaises fait suite à un travail quantitatif ayant mené à la réalisation d’une base de données regroupant 97 projets de tours pour la période 2015-2020 (encadré 4). Plusieurs pistes de valorisation cartographique et statistiques nous permettent aujourd’hui de stabiliser un certain nombre de résultats et d’éclairer plus en profondeur les mécanismes de gouvernance qui aboutissent à l’émergence de tours d’habitation en France.

 
Encadré 4. La genèse d’une base de données sur le retour des tours résidentielles en France

Dans l’optique de porter un regard général sur le phénomène de verticalisation résidentielle contemporaine en France, nous avons construit une base de données dont la dernière actualisation remonte à janvier 2018. Elle résulte de l’exploration croisée de deux sites spécialisés respectivement dans l’architecture et dans les gratte-ciels/tours : PSS Archi et Skyscrapercity. Immédiatement conséquente à l’identification des tours, une phase de vérification s’assurait de leur existence et de leur conformité avec les sites internet des promoteurs, architectes et les documents fournis aux collectivités pour instruire les permis de construire. Ont été considérées comme tours résidentielles des édifices d’une hauteur minimale de 45 m, sensiblement plus élevé que le seuil de 30 m fixé par la base Emporis. Or au fil de nos recherches nous n’avons répertorié aucun bâtiment entre 37 et 48m, signe de la prégnance de la norme IGH (Immeuble de Grande Hauteur)((D’après l’article R.122-2 du Code de la construction et de l’habitation, lorsque la hauteur entre le sol et le plancher bas du dernier niveau d’un immeuble d’habitation dépasse 50m, l’immeuble est classé dans la catégorie des IGH. L’IGH doit se trouver à moins de 3 km d’un centre de secours. La voie d’accès pompier doit être située à moins de 30 m de l’IGH, un espace de protection de 8 m minimum doit être respecté entre l’IGH et les constructions alentours. Le propriétaire de l’immeuble est tenu de constitue et de maintenir en permanence un service de sécurité unique protégeant l’ensemble des locaux et faire procéder des exercices périodiques d’évacuation. Un poste central de sécurité doit alors impérativement se trouver au niveau de l’accès pompier. L’immeuble doit être compartimenté, c’est à dire divisé en espaces d’évacuation étanches aux fumées et aux flammes et disposant d’alarmes incendie spécifiques. De même, en matière d’entretien et de maintenance, un certain nombre de dispositifs doivent être vérifiés tous les ans.)), qui limite la hauteur du dernier plancher habitable à 50 m pour les immeubles d’habitation. 92 des 97 projets recensés, qu’ils soient livrés, en construction ou bien à l’étude (mais approuvés par permis de construire) sur la période 2015-2020 sont compris entre 48 et 58 m, ce qui leur procure par rapport à leur homologues européens au moins un caractère morphologique spécifique. Suffisamment pour en faire un type ?

 

Tout d’abord, les projets s’implantent majoritairement dans les 11 premières aires urbaines françaises, lesquelles aspirent par ailleurs à une certaine ambition métropolitaine (figure 4).

Figure 4. Distribution nationale des projets de tours résidentielles après 2015

Geoffrey Mollé —carte nombre de tours d'habitation

 

Bien qu’on puisse instinctivement imputer une corrélation entre le nombre de tours et la hiérarchie urbaine, celle-ci n’est pas toujours vérifiée, comme en témoigne le cas de la ville de Toulouse, qui ne compte que deux projets. Simple variabilité contextuelle, dialectique entre homogénéisation et diversification de la forme urbaine, aversion politique pour les tours ? Ce sont des pistes d’interprétation, quoiqu’un entretien mené auprès d’Annette Laigneau, adjointe au maire de Toulouse en matière d’urbanisme ait bien manifesté de l’intérêt pour ces tours, comme en témoigne le pharaonique projet, largement contesté, de la Tour d’Occitanie (principalement de bureaux mais avec une centaine de logements), par le starchitect Daniel Libeskin.

Il apparait en effet que les agences d’architecture au rayonnement international sont très représentées dans la base de données avec 26 noms différents pour 37 projets (environ 40 %). De même 8 des 10 premiers promoteurs français, selon la classification qu’en fait Julie Pollard (2011), occupent les 8 premières places du nombre de tours produites en tant que maîtres d’ouvrage (figure 5) et totalisent à eux seuls 52 tours soit 54 % des unités recensées dans la base de données. Celle-ci montre par ailleurs que, dans 74 % des cas, la tour est diluée dans un complexe de bâtiments comptant parfois plusieurs tours, contre 26 % de tours seules.

 Figure 5. Les 10 principaux maîtres d’ouvrage de tours après 2015

Geoffrey Mollé — graphique maitres d'ouvrage

 

L’emprise de la promotion immobilière dans la production de la verticalité résidentielle en France s’envisage enfin directement dans le nom des projets. Raphaël Languillon empruntait à Heiko Schmidt la formule d’ « opérateur d’imaginaire » (Schmidt 2009, Languillon 2017) pour désigner leur propension à enrober le logement de représentations sélectives et attractives, c’est chose faite avec ces projets qui s’émancipent de leurs désignations potentiellement préjudiciables de « tours » pour ne suggérer que des imaginaires positifs et surtout internationalisés de la verticalité résidentielle (figures 6 et 7).

Figures 6 et 7. Nuage de noms commerciaux des projets de tours résidentielles à partir de 2015 (à gauche). Catégorisation thématique des noms commerciaux des projets (à droite)

Geoffrey Mollé — nuage de motsGeoffrey Mollé — mots clés

 

2. La place stratégique des tours résidentielles dans le périmètre du Grand Lyon

Autrefois principalement situées dans les quartiers de grands ensembles, les tours d’habitation récentes sont localisées dans des quartiers péricentraux qui concentrent les efforts publics pour attirer des populations aisées.

2.1. Des localisations attractives et péricentrales

Avec 7 projets (dont un, Émergence Lafayette, encore en préparation d’où l’absence de photo), l’unité urbaine de Lyon est l’une des plus dynamiques en matière de production de tours d’habitation contemporaines (figure 8).

Figure 8. Photos de terrain des tours d’habitation de l’agglomération lyonnaise (13 mai 2019)

Geoffrey Mollé — carte et photo tours résidentielles

 

À Lyon, les tours récentes et les projets de tours actuels sont situés dans les principales ZAC (Zones d’Aménagement Concerté) de la métropole, qui représentent d’ailleurs les principaux sites de projets urbains à l’œuvre aujourd’hui (figure 9). Nous les distinguons des programmes de renouvellement urbain, en violet sur la figure, qui mobilisent également des dispositifs de ZAC mais dans le cadre du PNRU (Plan National de Rénovation Urbaine). Ce sont historiquement des grands ensembles, comme la Duchère au nord-ouest, les Minguettes à Vénissieux au Sud, Rillieux-la-Pape au nord ou Bron Terraillon, à l’est. Fait remarquable, à l’inverse des projets Carré de Soie, Gratte-Ciel, Part-Dieu, Girondins et Confluence, qui abritent les nouvelles tours résidentielles construites après 2015, ces quartiers en renouvellement urbain ne connaissent pas de verticalisation résidentielle contemporaine. Les tours demeureraient associées aux échecs des grands ensembles dans ces espaces périphériques (Gilbert, 2012). Le PNRU a en effet davantage planifié des démolitions que des constructions de tours dans ce type de quartiers, ce qui témoigne de la prégnance de l’aversion à l’égard de la verticalité résidentielle dans les représentations institutionnelles (Veschambre, 2011).

Figure 9. Distribution spatiale des tours construites ou en projet après 2015 et localisation des projets urbains emblématiques de la stratégie du Grand Lyon

Geoffrey Mollé — carte tours ZAC et grands projets de renouvellement urbain

 

La localisation des tours résidentielles contemporaines révèle d’une part des logiques d’implantation péricentrales (figures 8 et 9), sur les réserves foncières liées au départ d’activités consommatrices d’espace, notamment industrielles, dans des quartiers qui connaissent aujourd’hui une forte croissance démographique. D’autre part, les tours s’implantent à proximité des nœuds de communication multimodaux. Grands axes routiers, chemin de fer, métro, tramway, bus, pistes cyclables, itinéraires piétons ou encore le fleuve, concourent à l'accessibilité des tours dévoilant par la même occasion leur interdépendance vis-à-vis des politiques TOD (Transit Oriented Developement)((Les politiques TOD, incarnations de l’urbanisme de la ville compacte (Bentayou et al., 2015), visent à coordonner le développement des réseaux de transports collectifs à l’urbanisation dans la perspective de réduire le nombre et la longueur des déplacements motorisées. Elles se traduisent par une densification et une mixité fonctionnelle de sites le plus souvent anciennement urbanisés, à proximité de nœuds de réseaux.)) (Mollé et al., 2019).

Nous développons en encadré les cas des deux quartiers cibles prioritaires de la stratégie du Grand Lyon, le quartier de la Part-Dieu, site de la gare centrale, et l’éco-quartier de la Confluence, situé à proximité des gares secondaires de Perrache et Jean Macé (encadrés 5 et 6). Il s’agit par-là de souligner le rôle d’adjuvant des tours résidentielles contemporaines, qui épousent la vision polycentrique de l’aménagement urbain du Grand Lyon. Nous proposons dans un second temps de s’intéresser directement aux acteurs impliqués dans les modalités de gouvernance des projets de tours résidentielles.

 
Encadré 5. Le quartier de la Part-Dieu
Figure 10. Le « crayon » dans la Part-Dieu, depuis le sommet de la Tour Incity

Geoffrey Mollé — photographie tour crayon crédit lyonnais lcl Lyon

La tour Part-Dieu, dite aussi tour LCL ou du Crédit Lyonnais, et surnommé « Le Crayon », vue depuis le sud-ouest en direction du nord-ouest. Derrière, le quartier de la Part-Dieu, centre d'affaires, commercial et administratif jouxtant la gare du même nom. Cliché : Geoffrey Mollé, 2018.

La Part-Dieu constitue le quartier d’affaire lyonnais, classé deuxième en France après la Défense, il est le résultat d'une articulation entre plusieurs styles architecturaux modernistes et contemporains (figure 10). Aujourd’hui composé de la tour Part-Dieu, de la tour Incity, de la tour Oxygen et de la tour Swiss’Life, il contribue au skyline de Lyon. Il se prépare à recevoir en 2022 To Lyon, un monolithe noir dessiné par Dominique Perrault qui dépassera « le crayon » par sa taille. Le quartier de la Part-Dieu cristallise par sa morphologie urbaine la hauteur des ambitions métropolitaines de la ville de Lyon et connait aujourd’hui d’importants travaux de restructuration. Le projet, en cours, prévoit de restructurer le centre commercial, de modifier des axes routiers majeurs tel le boulevard Garibaldi, et même de déplacer la gare SCNF, la plus importante de France, après les gares parisiennes, par le nombre de voyageurs annuels. Les mutations engendrées semblent néanmoins viser davantage les grandes infrastructures plutôt que le logement. En dépit de projets iconiques comme la tour Sky Avenue sur la rue Desaix, les développements urbains récents concernent le secteur tertiaire, les réseaux de transport en commun (métro, tram, vélo’V, navette en tram vers l’aéroport), mais les rues restent vides la nuit. Certains collectifs militants comme le collectif Part-Dieu tentent ainsi aujourd’hui d’organiser des tables-rondes entre acteurs institutionnels et habitants afin de favoriser le dialogue et agir ensemble à la création d’un quartier « à vivre ». Faisant preuve d’une certaine aversion pour les tours, ils dénoncent la mainmise des intérêts économiques sur le développement urbain de la ville de Lyon, qui laisse peu de place à ses habitants, ne serait-ce qu’en termes d’échelle((Voir par exemple https://www.enviscope.com/amenagement-de-la-part-dieu-a-lyon-une-lettre-du-collectif-part-dieu/)).

 
 
Encadré 6. Le quartier de la Confluence
Figure 11. Vue du quartier de la Confluence, depuis Sainte-Foy-lès-Lyon

Geoffrey Mollé — photographie la confluence 2019

La photographie est prise en direction du nord-est depuis la rive droite de la Saône, laquelle n'est pas visible sur la photographie. Tout le centre de la photographie correspond à la partie sud de la Presqu’île, le quartier de la Confluence. La tour Ycone est bien visible au deuxième plan et, au centre de l’image, derrière les toits bombés du centre commercial, la tour BelvY (voir figure 8). On devine au troisième plan le Rhône, qui sépare le quartier du 7e arrondissement. Les tours de la Part-Dieu sont visibles à l’arrière-plan, sur la gauche. Cliché : Geoffrey Mollé, 2019.

La Confluence constitue depuis les années 2010 « l’écrin » de la stratégie du développement du Grand Lyon. Le quartier résulte de processus de requalification industrialo-portuaire ayant permis la reconquête d’un foncier considérable, sur lequel se tient aujourd’hui un patchwork architectural. Borné au nord par la Gare Perrache et au sud par le musée des Confluences, le quartier est structuré par la ligne de tramway T1. Tourné vers l’innovation et reposant sur le paradigme de la smart city, il dispose du label éco-quartier. Comme la Part-Dieu mais pour des raisons différentes, la Confluence peine également à s’affirmer comme un « quartier à vivre », du fait d’un appareillage commercial centralisé (le centre commercial Confluence) particulièrement fréquenté le week-end mais peu adapté aux besoins quotidiens de ses habitants. Le bilan est aujourd’hui mitigé pour un quartier qui s’envisage comme avant-gardiste mais dont les performances énergétiques contrastées ne sont pas sans comparatifs en France((On peut citer les éco-quartiers de Gincko à Bordeaux, l’îlot Smartseille, ou les Batignolles à Paris.)). Face aux manifestations évènementielles internationales (Biennales, Nuits Sonores…), les logements de luxe à Haute Qualité Environnementale (HQE) (Ycone et la Résidence BelvY en font partie), le traitement paysager d’espaces publics, les critiques opposent la fermeture de lieux culturels historiques (le Marché Gare, reconverti en salle de spectacle), des dysfonctionnements dans les logements sociaux et abordables relégués en cœur d’îlot, ou la multiplication d’espaces semi-privés qui fragmentent l’espace public((Voir un exemple de ces critiques sur le site de gauche radicale Rebellyon.)). Il semble que la sur-représentation des intérêts métropolitains desserve encore ici ceux de ses habitants.

Témoignage d'habitants

« Nous avons choisi d’emménager dans cette tour d’habitation en raison des services proposés dont le coût est assumé par la collectivité des habitants : une salle de sport, une salle de bricolage… ainsi que la présence d'un jardin.

« Confluence est un quartier de centre-ville, d'un coup de vélo tout est accessible. La voiture n'y est pas utile, les services essentiels y sont disponibles. Ça commence à être un quartier à vivre. Il manque cependant la présence de petits commerces, d'une bibliothèque, d'un marché plus grand... Le quartier permet aussi de quitter rapidement la ville, par la route ou le train. La partie Saône est très agréable car la nature y a une place importante et les voitures y sont peu présentes. En revanche, le côté Rhône reste très sale et pollué, le cours Charlemagne n'est pas un axe agréable et il fonctionne comme une frontière. Quant à la mixité sociale, les années à venir seront déterminantes.

« Les objectifs de mixité sociale sont probablement atteints sur le plan numérique mais je n'ai pas la sensation d'un réel mélange dans la vie quotidienne. Il y a des vies parallèles au sein au quartier. C'est une mixité-juxtaposition. Le développement des incivilités (vols et deal en particulier) est d'autre part un terreau toujours fertile pour la défiance. La mixité coup-de-poing ne fonctionne pas et la question de l'avenir de ce quartier aux problématiques sociales complexes se pose. Il est vrai que la durabilité est bien mise à l'honneur dans le quartier par la MJC (composts, ateliers éco-citoyens, plantations), les logements sont construits de façon bien pensée. Mais il reste encore des tas de choses à faire dans la conception des bâtiments, des jardins et du quartier ! »

Un couple de trentenaires avec enfant habitant la tour BelvY, quartier de la Confluence.

 

2.2. Les tours résidentielles, instruments politiques de la métropolisation ?

Aujourd’hui, l’essentiel des projets de tours en France émergent dans le cadre d'une ZAC((97 % des projets répertoriés en France dans la base de données. Seuls 3 sur les 97 projets émergent dans le cadre d’une SAS (Société par Action Simplifiée), il s’agit des tours H99 et H56 par la SAS Suede des Quais d’Arenc à Marseille, et de l’Arbre Blanc par une SAS dédiée à Montpellier, dans le cadre du programme des Folies Architecturales.)) comme pour les deux tours de la Confluence. L’analyse des jeux d’acteurs entre les différentes parties prenantes de la ZAC peut ainsi être schématisée comme sur la figure 12.

Figure 12. Des jeux d’acteurs plus horizontaux dans la fabrique des tours ?

Geoffrey Mollé — organigramme schéma jeu d'acteurs ZAC municipalité promoteur architecte

 

La municipalité locale est le point de départ du projet. Elle dispose d’un foncier, fragmenté en lots, qu’elle attribue à tel ou tel acteur (généralement promoteur ou bailleur social) en fonction de sa capacité à produire un projet vérifiant un certain nombre de normes, notamment étatiques (SRU, IGH), mais également en accord avec sa vision de l’aménagement du quartier. Le processus de sélection s’apparente dans le cas des projets de tour à un concours au terme duquel le lauréat gagne le droit de faire valoir son interprétation sur le lot correspondant. Il est composé d’un promoteur (maître d’ouvrage) et d’un architecte (maître d’œuvre) et parfois d’un paysagiste ou d’ingénieurs que le promoteur aura choisis. La récente émergence des tours résidentielles à Lyon reflète par conséquent la volonté de l’acteur public de développer ce type de projets, bien que celui-ci ne soit pas à leur origine. Le groupement promoteur/architecte dispose en effet aujourd’hui d’un pouvoir d’influence grandissant en matière d’aménagement urbain, qui prend sa source dans les trois actes de la décentralisation en France (Faburel 2018).

Signant un changement de paradigme, l’avènement de la gouvernance urbaine (Le Galès, 1995) rebat les cartes du pouvoir et les grandes villes, qui s’habituent à ne pas dépendre des décisions de l’État, gagnent en autonomie et en compétences en matière d’aménagement urbain. La figure du projet urbain s’impose au fur et à mesure que s’accroit la représentativité des acteurs privés, et plus particulièrement celle des promoteurs immobiliers sur la question du logement (Pollard, 2011). Les jeux d’acteurs, auparavant verticaux sous l’égide du système politico-administratif français (Crozier et Friedberg, 1977), s’horizontalisent à l’échelle locale (Pinson, 2010).

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« Les SPL elles sont là, leur fonction c’est d’être l’intermédiaire avec le monde privé qui vit dans le quartier et sur lequel elles ont une influence et la force politique, l’ordre et la commande politique. La SPL elle est là pour organiser, faire fonctionner, faire rencontrer, faciliter, cadrer, gérer, pas sanctionner. »

François Brogniart, directeur général adjoint de Bouygues Bâtiment Sud-Est.

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Le rôle des SPL (Sociétés Publiques Locales) incarne cette horizontalisation. Délégation publique à l’œuvre sur un projet spécifique (comme la Part-Dieu, la Confluence…), la SPL représente un intermédiaire facilitant les relations entre la sphère publique et privée, comme en témoigne cette citation. Les entretiens avec les différents acteurs issus de la fabrique des tours révèlent ainsi des intérêts mutuels, à mi-chemin entre stratégies de compacité et enjeux plus symboliques d’image urbaine.

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« Aujourd’hui dans la forme urbaine, il nous semble intéressant de densifier avec les tours. Le fait qu’on ait un nœud de transport en commun à proximité fait qu'on a intérêt à concentrer le maximum de monde en lien direct avec un hub assez important (…) Il y a des raisons économiques, des raisons urbaines qui font que on va densifier… »

Guillaume Bruge, directeur de la communication à la SPL Part-Dieu.

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« Pour Carré de Soie, la tour fonctionne vraiment comme un marqueur de projet urbain et je dirais même de logiques de stratégie territoriale. La question de la desserte en transports en commun, les grands projets de l’agglomération, la question de la vue, et puis aussi le fait que sur les projets urbains, dans les ZAC, le foncier soit moins cher quand même (…) »

Valérie Munier, référente habitat sur le territoire de Lyon-Villeurbanne au Grand Lyon 

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Si les tours semblent effectivement justifiées par le fait qu’elles matérialisent les ambitions de leurs producteurs aux yeux de tous dans le paysage urbain, et par des stratégies de compacité urbaine, les entretiens ne permettent pas de comprendre ce qu’elles apportent finalement aux habitants de la métropole. Objets intermédiaires entre ville ordinaire et ville d’exception (Appert et al., 2017), les tours marquent en effet à la verticale des garanties pour les promoteurs qui maximisent leur foncier et garantissent leur bilan financier grâce à un foncier dévalué, mais aussi pour les municipalités qui par le biais de projets de logement attractifs, signés qui plus est par des sommités de l’architecture, drainent des populations aisées dans les espaces cibles de la régénération urbaine.

Ce dernier point fait l’objet de plus amples développements dans une troisième partie plus réflexive qu’empirique sur la notion de stratification socio-spatiale.

 

3. La verticalisation des modes d’habiter métropolitains

Les strates supérieures de la canopée urbaine, après avoir été habitées par des classes sociales moins favorisées, sont l'objet d'un retournement symbolique qui les rend désirables pour les groupes sociaux les plus favorisés.

3.1. Vers une stratification sociale verticale des métropoles ?

Alors même que de nombreuses tours de logement ont été rayées de la carte dans la périphérie lyonnaise sous l’action du PNRU, que ce soit dans le quartier des Minguettes à Vénissieux ou encore au Mas-du-Taureau à Vaulx-en-Velin, lieux des premières émeutes françaises dans les quartiers appelés aujourd’hui « politique de la ville » (1981 à Vénissieux, 1990 à Vaulx-en-Velin), les tours qui demeurent aujourd’hui connaissent un renouvellement de leur population. La Tour Panoramique de la Duchère, patrimonialisée en 2003, accueille en effet de plus en plus de classes moyennes, voire aisées, parmi les primo-accédants qui la peuplent depuis 1972 (Chabardès 2018). Autre exemple, la Tour 27 à Vigneux-sur-Seine (Essonne), par ailleurs cédée pour un euro symbolique, connait une restructuration matérielle dans le but assumé d’attirer des catégories sociales supérieures à celles qui l’habitaient auparavant. Le processus de « déverticalisation du logement social » (Veschambre 2011), en plus d’un versant matériel et idéel, se dote d’une troisième dimension : l’élitisation des tours d’habitat social (via la patrimonialisation notamment), au départ socialement inclusives. Schématiquement, le logement social « descendrait », par opposition au logement dit « en accession » qui « monterait ». Dans la base de données, des complexes de bâtiments aux hauteurs variées ont remplacé les tours seules (73 % contre 27 %) et si les impératifs sociaux fixés par la loi SRU en 2000 (25 % de logement social dans les nouveaux développements urbains) sont généralement vérifiés, le logement social est la plupart du temps exclu de la tour principale.

Quand bien même les entretiens justifient la séparation sociale des individus au sein du projet par des problèmes d’ingénierie (deux gammes de logement différentes au sein d’un même bâtiment) ou des questions de gestion de la copropriété, plus commode pour les bailleurs dans le cas de bâtiments séparés, certains projets, comme la résidence BelvY et Ycone à Confluence, sont symptomatiques de ruptures sociales à la verticale.

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« Sur le projet Icade il y a du logement intermédiaire avec la Caisse des Dépôts sur les 5 premiers étages. Mais certainement qu’en terme de vie sociale, je ne sais même pas comment ils respectent la RT (norme environnementale) avec la lumière…alors que les territoires d’en haut bénéficient d’un ensoleillement optimal, et coutent plus chers, jusqu’à 2 000 000…Il y a vraiment une fracture sociale à la verticale, même pas à l’échelle territoriale. C’est vraiment fracture verticale sur des ménages peu valorisés et peu valorisables….(…) Et avec Ycone, Alliade est en usufruit locatif social, le bailleur n’est pas propriétaire des logements, au bout de 15 ans, l’investisseur les récupère. »

Emmanuelle Boucheron, chargée de mission habitat - transversal/ Délégation Développement Solidaire  Habitat et Éducation. Direction de l’Habitat et du Logement au Grand Lyon.

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De moins en moins habitées par des bénéficiaires du logement social alors même que des tours résidentielles émergent dans les villes françaises, les strates supérieures de l’urbain semblent acquérir aujourd’hui une valeur sans précédent. S’affirmant comme un trait distinctif de cette verticalisation contemporaine, la question de la vue sur la ville réinterroge la conception de l’habiter dans les métropoles.

3.2. Élargir le point de vue sur la ville

Résultante de la sélection des imaginaires positifs de la verticalité urbaine et résidentielle par la promotion immobilière, la prégnance de la vue sur la ville dans le discours commercial (figure 7) se prête à une réflexion sur la manière dont les acteurs de la fabrique urbaine conçoivent les modes d’habiter contemporains. Le logement est aboli, place au règne de l’usage. Les promoteurs proposent aux clients potentiels d’investir dans des projets baptisés « Regards sur la ville » et leur communiquent des visuels architecturaux, incarnés par des silhouettes humaines en pleine action, sur leurs balcons, face au soleil, le regard dirigé vers les monuments historiques les plus symboliques. Vendus via le dispositif de VEFA (Vente en l’État Futur d’Achèvement), les logements sont visités virtuellement par le biais de casques de réalité virtuelle, la vue est simulée grâce à des programmes en ligne, et parfois même révélée telle quelle grâce à l’usage de drones.

Les entretiens avec les promoteurs et les architectes insistent fréquemment sur l’importance de la vue dans les développements urbains contemporains. Puisant dans tout un courant de la psychologie spatiale, notamment autour des questions de composition végétale de la vue, de l’ensoleillement et du bien-être (Kaplan 2001), la vue influence positivement l’habitabilité de l’environnement métropolitain dense, et doit être pour cela valorisée auprès de leurs clients potentiels. Or comme nous l’avons montré précédemment, le prix des logements augmente proportionnellement à leur hauteur, rendant l’accessibilité à la vue socialement restreinte. Pour reprendre les concepts d’Henri Lefebvre, la vue sur la ville, comme « valeur d’usage » de l’espace urbain, se meut aujourd’hui en « valeur marchande », selon un processus désigné par la pensée critique néo-marxiste de « luxification of skies » (Graham 2016).

Toutefois, plutôt que d’envisager l’accès à la vue sur la ville sous un angle statique qui mènerait vers la validation des postulats prenant appui sur le modèle d’une société urbaine stratifiée dans laquelle les classes les plus aisées jetteraient leur regard panoptique sur les autres, cet article propose finalement de considérer la vue sur la ville comme une ressource spatiale. Un entretien mené avec le cabinet d’architecture des Ateliers Martel a mis en tension l’idée selon laquelle la vague de verticalisation résidentielle contemporaine dans les villes françaises pouvait être vue comme un processus restaurant une certaine valeur d’usage à la tour résidentielle autour de la question de la vue. Si l’on renverse l’idée, la vue pourrait-elle être en effet considérée comme une ressource pour la vie en lieu urbain ? Cet ultime point, au cœur de notre travail doctoral, combine les questions de paysage, de milieu urbain, de lisibilité spatiale (Lynch, 1960), d’extraction urbaine à la verticale, de connections scalaires, ainsi que d’atmosphère urbaine (Ingold, 2015). Cela ne suffit pas de décrire l’exclusion, cette ségrégation socio-spatiale stratifiée et les raisons pour lesquelles cette situation existe((Quoiqu’il existe un certain nombre de contre-exemples. La base de données a révélé l’existence de 5 tours parmi les 97 recensées qui soient dédiées à 100 % au logement social (dont 4 à Paris).)). Le point focal devrait tout autant être repositionné sur l’individu, pour comprendre son expérience de la vue sur la ville et éventuellement la valeur d’usage qu’il lui attribue. Sans suggérer explicitement un « droit à la vue » dans lequel la notion de justice spatiale et urbaine se dote non seulement d’une troisième dimension mais aussi d’un volet qualitatif, le thème de la vue sur la ville n’actualise-t-il pas les modalités de l’habiter dans les métropoles ?

 

Conclusion

La métropolisation est un phénomène complexe que nous avons tenté de décrire à travers sa dimension symbolique. Vitrines commerciales de l’innovation immobilière en matière de développement durable, de technologies de communication, de design architectural ou encore de modes de vie, les tours d’habitation contemporaines sont les catalyseurs d’une fabrique urbaine de l’exceptionnel, soutenu par les pouvoirs publics et leur vision d’une métropole compétitive et attractive. Faisant face à un lot de représentations négatives héritées de l’ère moderniste, les tours résidentielles sont recalibrées et raccordées aux injonctions à la compacité et à l’iconicité urbaine, au détriment de l’inclusivité sociale dont elles faisaient preuve au cours du XXe siècle. Toutefois, alors même qu’un modèle uniforme de tours pour super-riches semble s’être constitué et se diffuse dans les circuits du capital mondialisé, des analyses plus fines révèlent des variabilités locales par rapport au contexte de retour des tours d’habitation. Morphologiquement plutôt modéré dans les villes françaises, car normé par la règlementation IGH, le phénomène de verticalisation résidentielles interroge l’émergence de « belvédères habités ». En effet, la question de la vue sur la ville, qui représente d’abord un résultat empirique de nos recherches sur le retour des tours résidentielles en France, semble constituer un nouveau point de départ pour questionner non seulement la place des tours mais pour renouveler les réflexions sur l’habiter dans notre société urbaine. Si les enjeux de gouvernance urbaine sont essentiels pour comprendre les rouages de la production de la ville, la promotion de la métropolisation et ses dommages collatéraux, la recherche en études urbaines se doit tout autant de repositionner le curseur sur un usager dont le versant citoyen est renié dans les prises de décision aménagistes, mais dont le versant habitant demande à être exprimé. Si la métropolisation est construite elle est aussi vécue, de l’intérieur.

«

« La hauteur vous donne un confort de vie quand même. La vue c’est confortable, l’espace c’est confortable en ville. Et puis c’est plus calme. Le matin le soleil se lève, et vous le voyez se coucher le soir. Quand vous êtes au troisième étage vous ne voyez pas le soleil se lever, vous ne le voyez pas se coucher le soir. Ma voisine me racontait hier qu’il y avait un super beau soleil rouge… Ça fait 30 ans qu’elle habite là, elle regarde encore le soleil (…) Ah c’est universel, il ne s’agit que de voir le nombre de personnes au Gros Caillou ou à Fourvière*, qu’importe les conditions météo. La vue c’est de la plénitude, on est bien, d’autant plus en ville parce qu’on est cloisonné… »

Entretien avec une habitante de la tour Presqu'île 2 à Garibaldi (7e arrondissement).

*Le Gros Caillou est une esplanade dégagée sur la colline de la Croix Rousse, formant avec Fourvière les deux principaux points de vue sur la silhouette urbaine de Lyon.
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Figure 13. Vue depuis le 17e et dernier étage du Presqu’île 2 à Garibaldi (7e arrondissement)
Geoffrey Mollé — photographie vue de Lyon depuis le 17e étage

Cliché Geoffrey Mollé, 2019

 

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Geoffrey MOLLÉ
Doctorant en géographie, Université Lyon 2 Lumière, Université de Lyon

 

 

Mise en web : Jean-Benoît Bouron

Pour citer cet article :

Geoffrey Mollé, « Un changement de regard sur la verticalité urbaine, de nouvelles tours d’habitation dans le paysage de la métropole de Lyon », Géoconfluences, septembre 2019.
URL : http://geoconfluences.ens-lyon.fr/informations-scientifiques/dossiers-regionaux/lyon-metropole/articles-scientifiques/verticalite-urbaine-tours-d-habitation

 

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