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Le « quartier asiatique » de la Guillotière à Lyon : gentrification ou recomposition commerciale ?

Publié le 27/04/2022
Auteur(s) : Lætitia Balaresque, étudiante en M1, master GRAINE - École normale supérieure de Lyon
Jean-Loup Baudoin, étudiant en M1, master GRAINE - École normale supérieure de Lyon
Roman Derlich, étudiant en M1, master sciences sociales, parcours espace - École normale supérieure de Lyon
Salomé Scholl, étudiante en M1, master sciences sociales, parcours espace - École normale supérieure de Lyon
Avec la contribution de :
Florence Nussbaum, maîtresse de conférences en géographie - université Jean-Moulin Lyon 3
Michael Milano, étudiant en géographie - université Paris 1 — Panthéon Sorbonne
Au cœur du quartier de la Guillotière, le « quartier asiatique » regroupe une petite communauté d'Asie orientale et sud-orientale et une forte densité d'établissements affichant des marqueurs culturels de cette communauté. La deuxième génération de commerçants adapte l'offre à une clientèle plus aisée à mesure que le quartier connaît une gentrification rapide, même si les systèmes d'entraide associatifs et familiaux permettent de maintenir l'ancrage de la communauté dans le quartier.

Bibliographie | mots-clésciter cet article

Au centre de la métropole lyonnaise, le quartier de la Guillotière est historiquement un quartier d’immigration et une centralité commerciale, qui juxtapose des commerces de plusieurs origines. La notion de commerce ethnique est définie par l’anthropologue Anne Raulin (2000) selon plusieurs critères : origine ethnique du patron et des employés, localisation des capitaux, circuits de distribution et style adopté par le magasin dans son agencement, sa décoration et ses faire-valoir publicitaires. À partir de cette définition, on peut en distinguer trois types : au Nord, des commerces maghrébins, à l’Est, des commerces d’Afrique subsaharienne, et au Sud, des commerces asiatiques. À la convergence de ces trois pôles se trouve la place Gabriel Péri (anciennement place du pont), « centralité immigrée » (Battegay, 2003), poche de pauvreté qui contribue aux représentations négatives du quartier. Les commerces asiatiques se sont implantés dans le quartier de la Guillotière depuis la fin des années 1970. La première épicerie ouvre en 1977, entraînant progressivement l’ouverture de restaurants et d’autres épiceries. Au début des années 1980, on compte une vingtaine de commerces, à la fin des années 1990 une quarantaine, aujourd’hui une cinquantaine. Les commerces alimentaires, supermarchés et restaurants sont les plus nombreux, mais le quartier compte aussi des ongleries, des coiffeurs, des artisans, ou encore des agences de voyage. Parfois qualifié de « Chinatown » par certains locaux ou sur des blogs parlant du quartier, le quartier asiatique de la Guillotière s’est en réalité constitué suite à plusieurs vagues migratoires (« boat people » à la fin de la guerre du Vietnam en 1975 (Goreau-Ponceaud, 2015), réfugiés fuyant la dictature des Khmers rouges) de sorte qu’il est aujourd’hui composé de populations originaires de différents pays d’Asie, principalement de la péninsule indochinoise.

Document 1. Restaurants asiatiques référencés sur Open Street Map dans le Grand Lyon et dans le quartier étudié

carte de localisation

Pour voir cette carte en très grand, cliquez ici.

Document 2. Nombre de restaurants asiatiques référencés sur un pavage hexagonal

Carte hexagones

Le quartier asiatique de la Guillotière correspond à l'hexagone le plus foncé sur la carte.

 

Cette mosaïque ethnique, qui contredit l’existence d’une communauté homogène, et les transformations récentes du quartier sous l’effet de la gentrification nous incitent à discuter la notion de « quartier ethnique », souvent identifié d’abord par ses commerces. Marie Chabrol (2013) montre par exemple que le quartier africain de Château Rouge est moins un quartier de population africaine que de commerces africains. De manière plus générale, Bernard Dinh (2003) considère l’entreprenariat ethnique comme l’ensemble des commerces ouverts par des étrangers selon un mode de fonctionnement et des logiques d’implantation spécifiques, avec une implantation différente selon les ethnies. En somme, le caractère ethnique d’un quartier se définirait par « un ensemble de connexions ou d’échanges réguliers entre des personnes partageant une origine nationale ou des expériences de migration semblables » (Waldinger, 1993, p. 18). L’activité commerciale participe à ces échanges et représente une ressource pour une population immigrée souvent démunie (Omhovère, 2016). Cependant, différents auteurs ont montré comment le caractère « ethnique » de certains commerces pouvait participer à la gentrification des quartiers concernés par des populations en quête « d’exotisme » (Semi, 2005) ou « d’authenticité » (Zukin, 2010). La « lutte de classe » se double alors d’une « racisation des rapports de force » (Berroir et al., 2015), assimilant quartier ethnique et quartier populaire face à la gentrification par une population identifiée comme blanche.

Dans cet article, il s’agit d’une part d’interroger la notion de « commerce ethnique » afin de mieux rendre compte de la diversité derrière ce concept, et d’autre part d’analyser les adaptations d’une centralité commerciale face au processus de gentrification : le quartier asiatique de la Guillotière est-il en train de disparaître, remplacé par des commerces haut-de-gamme, ou se trouve-t-il renforcé par la gentrification ?

 
Encadré 1. Méthodologie

L’enquête, réalisée durant un travail de recherche collective en licence 3 de géographie à l’ENS de Lyon, associe une campagne de 28 entretiens avec des commerçants du quartier asiatique et un questionnaire administré aux passants sur leur fréquentation du quartier : habitudes de consommation, perception du quartier, lieu de résidence, etc. (162 personnes interrogées sur une période de 5 jours consécutifs, 78 femmes et 84 hommes, âgées en moyenne de 34,2 ans). 87 personnes interrogées (53,7 %) habitent le quartier, en moyenne depuis 10,7 ans, avec une médiane de 4 ans. 75 % d’entre elles sont locataires. Dans la classification des catégories socio-professionnelles, on observe une surreprésentation des personnes sans activité professionnelle (42 % des personnes interrogées), qui est à nuancer : notre enquête comporte en effet un biais, car beaucoup d’étudiants et de lycéens ne font que traverser le quartier quotidiennement afin de se rendre dans les établissements proches. On peut cependant noter la proportion élevée (presque un tiers) de personnes interrogées appartenant aux cadres et professions intellectuelles supérieures (CPIS).

L’étude de la structure commerciale du quartier a été complétée par un travail de cartographie des commerces. La fonction historique de Google Street View nous a permis d’analyser l’évolution des devantures commerciales de 2008 à 2020, afin d’établir une typologie qui a servi pour la carte. Enfin, nous avons pu reconstituer des arbres généalogiques de commerçants en nous basant sur nos entretiens et sur le site Société.com qui permet de recouper par nom les entreprises détenues par une même famille. Ces arbres ne reflètent que ce qu’ont bien voulu nous dire les commerçants et sont donc potentiellement incomplets.

doughnut
CPS des personnes interrogées en % 30;9;6;5;5;3;42

Cadres et professions intellectuelles supérieures;Retraités;Employés;Artisans, commerçants, chefs d'entreprise;Professions intermédiaires;Ouvriers;Autre et sans catégorie professionnelle

#47B9B5;#E9DBA4;#029F7E;#E61570;#F8B900;#EE7168;#cccccc

 

1. Un quartier de commerçants asiatiques plus qu’un quartier asiatique ?

Le « quartier asiatique » de la Guillotière, caractérisé par la concentration de commerces asiatiques, a des limites floues. Il n’a pas d’existence administrative et recouvre plutôt une réalité vécue. La définition des limites du quartier pour cette étude s’est ainsi faite en fonction de la densité de commerces asiatiques, envisagés comme les marqueurs territoriaux d’une identité commune. Son centre historique se situe à l’intersection de la rue Passet et de la rue Pasteur (documents 3 et 4), sur un secteur d’environ 100 par 400 mètres, loin des dimensions des chinatowns les plus connus. Dans le périmètre ainsi délimité, nous avons décompté 48 commerces dont 32 identifiés comme asiatiques, pour la plupart des commerces alimentaires (document 3).

Document 3. Les commerces actuels du quartier asiatique par année d'ouverture

Au nord, la rue Basse-Combalot sépare le quartier du Cours Gambetta situé légèrement plus haut (on y accède par un escalier, voir document 4) ce qui marque topographiquement une forme de frontière entre la concentration de commerces maghrébins au nord de cette rue et celle de commerces asiatiques au sud. À l’ouest, ce sont la place Raspail et le square de la Guillotière qui délimitent le quartier, mais si les commerces asiatiques vont jusqu’au bout de la rue Passet, on n’en trouve aucun le long du Rhône, excepté un coiffeur. Le quartier n’est donc pas ostensiblement visible depuis les quais. À l’est, la rue de Marseille et la voie de tram marquent une frontière moins nette, car si les kebabs et commerces maghrébins sont majoritaires, les commerces asiatiques ne sont pas absents et certains ont même ouvert récemment comme le supermarché international. Enfin, la limite sud est assez floue car la limite historique de la rue d’Aguessau est remise en cause par une extension récente dans cette direction.

 
Document 4. La rue Passet et la rue Basse-Combalot
rue passet rue basse-combalot
À gauche, la rue Passet, au coeur du quartier asiatique. À droite, la rue Basse-Combalot au croisement avec la rue Pasteur, sur la limite nord du quartier asiatique. L'escalier permet d'accéder au cours Gambetta et à la partie nord du quartier de la Guillotière.

L’identification des commerces s’est fondée sur l’observation des façades : nom des commerces, présence d’idéogrammes, éléments décoratifs inspirés des différentes cultures asiatiques (document 5). Ces éléments visibles dans l’espace urbain participent à la représentation du quartier comme asiatique. Ainsi, « les enseignes commerciales ont un rôle prépondérant [dans la construction de l’image du quartier] puisqu'elles constituent l'élément majeur de cette mise en scène. Elles sont sources d'images et de signes en mettant en jeu les composantes de l'identité du propriétaire du commerce, aussi bien dans le choix du nom que dans sa partie visible constituant sa composante iconique. » (Pribetich, 2005). La volonté de matérialiser cette spécificité s’est d’ailleurs traduite en 2016 par un projet d’arche marquant l’entrée du quartier, sur le modèle des « chinatowns » dans d’autres villes du monde (Londres, Melbourne, San Francisco… et Paris, voir encadré 2). Initié par l’Association des Chinois d’Outre-Mer (l’A.C.O.M, association visant à réunir les émigrés chinois et plus largement d’Asie du Sud-Est), ce projet n’a finalement pas abouti (l’arche devait être en partie fixée sur un immeuble privé et l’un des propriétaires a refusé), mais il symbolise la présence d’une communauté ethnique organisée qui cherche à se démarquer des quartiers alentours tout en développant une image attractive du quartier (document 6). Les commerces asiatiques, ou identifiables comme tels, contribuent en effet largement à l’attractivité du quartier : parmi les passants ayant répondu au questionnaire, seul un tiers des personnes interrogées ne fréquente jamais les commerces asiatiques et presque la moitié y va au moins une fois par mois (document 7). De plus, seule la moitié des répondants dit habiter le quartier, ce qui montre que le quartier asiatique a bien un caractère de centralité traversière, et 40 % de ceux qui fréquentent les commerces asiatiques n’habitent pas le quartier, ce qui témoigne du rôle polarisateur de ces commerces. Certains gérants affirment même avoir des clients venant de Chambéry, de Valence, ou encore de Bourg-en-Bresse.

 
Encadré 2. Faut-il marquer l’entrée d’un « quartier asiatique » ? Le cas de l’Arche de la fraternité du XIIIe arrondissement de Paris

Inaugurée le 1er février 2020, à l’occasion du Nouvel an chinois, l’Arche de la fraternité marque le cœur du « Triangle d’or » du XIIIe arrondissement de Paris, lieu d’accueil de la plus grande communauté asiatique d’Europe. Cet objet singulier, né dans un contexte politique qui l’est tout autant, est le fruit de jeux de pouvoirs qui sous-tendent une tentative de valorisation touristique et de marquage communautaire du quartier, depuis les années 1980.

Arche de la fraternité Paris

« L’arche de la fraternité franco-asiatique », au croisement des rues Baudricourt et des Frères d’Astier de la Vigerie avec l’avenue de Choisy, XIIIe arrondissement de Paris. Cliché : Michael Milano, avril 2022.

L’achèvement de ce projet confirme la capacité des leaders communautaires – commerçants, restaurateurs et acteurs associatifs – à mettre de côté leurs divergences politiques et culturelles. Ils peuvent désormais porter un projet commun de marquage territorial, sur la base d’une identité chinoise partagée. La construction d’une porte, dans le droit fil des traditions des chinatowns sud-est asiatiques et anglo-américains, sert d’abord un but touristique et commercial. Il répond également à la recherche de reconnaissance et de légitimité d’une communauté attachée aux spécificités culturelles de son territoire. Le monument illustre sa capacité à contraindre les acteurs publics et à se saisir d’outils institutionnels pour modifier leur environnement (le budget participatif de la Ville de Paris, qui permet aux Parisiens et Parisiennes de décider de l’affectation de 5 % de son budget pour des projets proposés et votés sur internet).

Toutefois, la forme de cette porte, le choix de son artiste et sa position géographique rappellent la prédominance de la Mairie d’arrondissement, qui continue à s’opposer à toute appropriation de l’espace public par une communauté, motivant ce refus en rappelant que le XIIIe arrondissement est un quartier cosmopolite, et pas uniquement chinois. En 2015, une intense mobilisation des leaders asiatiques a permis de capter 300 000 euros du budget participatif de la Ville de Paris. La Mairie du XIIIe, prise au dépourvu, n’a eu d’autre choix que d’accepter l’existence d’une porte. En revanche, le style architectural qu’elle impose, contemporain et discret, est bien loin de celui imaginé par les associations au lancement du projet. De plus, au regard de la somme récoltée, les leaders associatifs réclamaient trois portes pour encadrer le quartier, et ainsi renforcer dans les représentations l’assise territoriale de la présence asiatique. La Ville s’est frontalement opposée à cette stratégie, visant à cerner le quartier par des portes dont l’architecture était jugée trop chinoise.

C’est finalement une œuvre d’art contemporain qui a été retenue. Réalisée par l’artiste Georges Rousse, l’Arche représente le caractère 門 (mén, « porte » en chinois traditionnel). En acier, peint en rouge, le caractère n’est lisible que depuis un angle précis, signalé par une plaque au sol.

Michael MILANO,
D’après un travail dirigé par Thierry Sanjuan dans le cadre d’un mémoire de master à l’université Paris 1 – Panthéon Sorbonne.


 

 

Document 5. Devanture de l’A.C.O.M.

À gauche, porche de l’A.C.O.M. (Association des Chinois d’Outre-Mer). À droite, détail de l’affichage visible de l’extérieur.

Document 6. Deux façades de commerces asiatiques
chinatown supermarché asie
À gauche, China Town restaurant, anciennement Phnom Penh (nom de la capitale du Cambodge). À droite, supermarché Asie, anciennement Paris Store.
Document 7. Fréquentation des commerces asiatiques déclarée par les personnes enquêtées
horizontalBar
Fréquentation des commerces asiatiques  true Plusieurs fois par semaine;Toutes les semaines;Deux fois par mois;Une fois par mois;Occasionnellement;Jamais Fréquence;Part des personnes interrogées false
  % des personnes  3;11;13;19;22;32   #E61570

 

L'appellation de « quartier asiatique » est partiellement opérante dans le cas de la Guillotière qui, comme la Chinatown du triangle de Choisy parisien, constitue pour les communautés asiatiques un « sanctuaire, un quartier résidentiel, une zone économique et un lieu pour pratiquer leur culture traditionnelle » (David, 2017). Outre la concentration de commerces spécialisés, la présence de structures telles qu'une église protestante chinoise rue de Marseille et des associations chinoises A.C.O.M et A.C.L.Y.R (Association des Chinois de Lyon et région Auvergne-Rhône-Alpes) montre que le quartier n'est pas seulement commerçant mais est aussi le support d'une vie sociale. D'ailleurs, la plupart des commerçants interrogés résident sur place et célèbrent des fêtes de la culture chinoise comme le Nouvel An lunaire, la fête de la lune ou encore la fête de la femme. Néanmoins, il faut nuancer l'idée d'un « paysage culturel particulier » (Liu, 2012) caractérisant les Chinatowns comme un marquage ethnique de l'espace urbain. Tout d'abord, le marquage symbolique de l'espace est limité : certains bâtiments comme le porche des bureaux de l'Association des Chinois d'Outre-mer (document 5) présentent une architecture assimilée à la culture chinoise, mais ce type de pratique reste marginal. Plus encore, si les références à la culture chinoise sont dominantes, les commerçants ne sont pas tous Chinois mais souvent d'origine vietnamienne ou cambodgienne, comme la famille à la tête du supermarché Asie (document 6). Enfin, le regroupement d'une population asiatique émigrée dans le quartier reste limité et incomplet. Les statistiques de l'INSEE relatives à la nationalité ne sont pas disponibles à l'échelle fine de l'arrondissement et encore moins du quartier, ce qui ne permet pas de connaître le pays d'origine des résidents, ni d'identifier les résidents nés en France de parents étrangers. Un commerçant du quartier, qui a régulièrement travaillé avec l'école maternelle Cavenne juste au sud du quartier, dit n'avoir « jamais vu plus d'Asiat' (sic) que d'enfants blancs (sic) à l'école » même si « peut-être qu'il y en a un peu plus qu'en moyenne ». De la même façon, les commerces asiatiques ne sont pas exclusivement fréquentés par la population asiatique ou d'origine asiatique du quartier. Cependant, un biais de l'enquête – qui pourrait expliquer la faible présence de personnes asiatiques dans les répondants au questionnaire – réside dans la barrière de la langue qui a pu limiter nos interactions avec ces personnes.

Le caractère « asiatique » du quartier se définit donc majoritairement par ses commerces. S’il existe une vie sociale et culturelle proprement asiatique, le quartier est loin d’être une enclave et il est traversé, fréquenté, habité par des populations variées. Les évolutions à l'œuvre dans la composition et la définition du caractère asiatique du quartier sont ainsi essentiellement portées par la géographie commerciale du quartier, laquelle est traditionnellement très structurée.

Document 8. Pays de naissance des immigrés asiatiques vivant à Lyon
horizontalBar
Origine des personnes immigrées true Vietnam;Chine;Cambodge;Liban;Inde;Japon;Sri Lanka;Pakistan;Autres pays d'Asie Pays;Nombre de personnes false
  Nombre de personnes 3306;2796;2344;1412;844;773;383;317;11630   #F9B215

Source : INSEE, 2018 (données de 2015).

 

2. Des dynamiques commerciales marquées par l’organisation sociale en réseaux et la gentrification

Le fonctionnement de cette communauté de commerçants asiatiques repose en premier lieu sur des réseaux de sociabilités inter-ethniques, regroupés autour d’activités professionnelles similaires puisqu’axées sur la vente de produits asiatiques. L’association A.C.O.M. structurait ce fonctionnement en cercles familiaux élargis dès sa création en 1979. L’association explique son apparition comme suit :

«

« À la suite de la guerre indochinoise de 1975*, un nombre important de survivants d’origine chinoise [a pu échapper à la mort] pour venir se réfugier en France.

« Travailleurs créatifs et vivant frugalement, ils ont cherché à s’intégrer rapidement dans la société française. Leur nombre ne cessant d’augmenter continuellement, la communauté chinoise a pris conscience de la nécessité de s’organiser pour la promotion de la culture chinoise, de l’esprit de solidarité et d’entre-aide communautaire. Ainsi, les associations chinoises d’entre-aide ont été créées un peu partout en France.

Dans ce contexte, les chinois de Lyon, chacun en apportant ses contributions participatives ou financières, ont créé « L’Association des Résidents Chinois d’Indochine à Lyon » (origine de l’ACOM LYON).

« À partir des années 80 du siècle dernier, avec la politique de « Réforme et Ouverture » de la Chine continentale, de nouvelles vagues de chinois sont arrivés à Lyon pour les études, la création des entreprises ou la réunion familiale.

« En se basant sur le principe traditionnel de « Tous les descendants des empereurs Yan-Huang sont frères » (l’expression selon laquelle l’Empereur Yan et l’Empereur Huang, depuis l’époque légendaire, sont les deux ancêtres communs de tous les chinois), l’ACOM LYON a accueilli chaleureusement les nouveaux arrivants dans ses diverses activités, les intégrant au sein de la communauté d’origine indochinoise.

Plus de 40 ans ayant écoulé, nous avons développé notre association aujourd’hui en une organisation qu’on appelle familialement en chinois « Li Ang Hua Lian » (l’ACOM LYON). »

Texte issu du site internet de l’association : http://acomlyon.com/acom-lyon/.

*Contrairement à ce qui est écrit sur le site, il n’y a pas eu de « guerre indochinoise de 1975 » mais une guerre du Vietnam, se terminant en 1975, en même temps que la fin de la guerre civile au Laos et la victoire des Khmers rouges au Cambodge.

»

Les objectifs proclamés de l’A.C.O.M. sont la promotion de la culture chinoise et d’une solidarité dans la communauté. Cependant, la référence aux empereurs Yan et Huang suggère aussi une volonté de rassembler les différentes communautés asiatiques sous l’égide du « grand frère » chinois. La promotion de la culture chinoise se traduit par des manifestations culturelles, des ateliers, l’organisation d’activités collectives et des enseignements linguistiques (chinois et français) au sein de la Chinese School of Lyon située rue Béchevelin, juste à côté du quartier asiatique. De manière significative, l’Association des Chinois d’outre-mer spécifie son acception plus vaste d’une culture asiatique du sud-est en incluant le Cambodge et le Vietnam, deux pays historiquement liés à la Chine et où la diaspora chinoise est importante. Une autre mission est celle d’entretenir les relations franco-chinoises et le développement socio-économique du quartier de la Guillotière. Plus concrètement, la cotisation annuelle permet à l’association de prendre en charge certains services et d’apporter une aide financière, d’après les commerçants interrogés. L’A.C.OM. permet notamment l’achat ou du moins l’aide à l’achat de locaux dans le quartier pour densifier la présence de commerces asiatiques. L’association intervient donc directement dans le maintien de la structure commerciale des rues et garantit son occupation par les membres de la communauté asiatique. Son champ d’intervention ne s’arrête pas là et peut notamment prendre en charge le paiement des frais d’organisation des funérailles d’un membre. Cette association est donc intrinsèquement liée à l’implantation et à l’organisation des commerces asiatiques du quartier. Nous n’avons pas pu interroger ses représentants car ils n’étaient pas joignables et il semble qu’ils soient moins actifs depuis 2019 (le site internet n’ayant pas été mis à jour depuis), mais leurs locaux sont actuellement en cours de rénovation, indiquant que l’association continue d’exister.

À cette première strate du réseau de sociabilité s’en ajoute une autre, à une échelle plus fine : le réseau familial. La communauté de commerçants asiatiques de la Guillotière fonctionne traditionnellement en réseaux interpersonnels. À partir des recoupements effectués lors de nos entretiens, nous avons pu identifier trois grandes familles commerçantes (document 9). La première est une famille cambodgienne : les parents ont ouvert un magasin d’alimentation dans le quartier dans les années 1980 et possèdent également une autre épicerie, deux locaux commerciaux et un entrepôt de stockage, tous situés dans un périmètre restreint autour du cœur historique du quartier asiatique. Leurs deux fils ont ensuite poursuivi les activités des parents. L’un est propriétaire d’un supermarché et d’une société immobilière dans le quartier. Le deuxième fils possède quant à lui un commerce de gros à Vénissieux, en proche banlieue lyonnaise, et a ouvert une épicerie japonaise. Ainsi, on observe à la fois une spécialisation familiale dans le type de commerces privilégié (épiceries et grande distribution) et un glissement tant géographique, vers la périphérie de l’agglomération, que thématique, avec l’attrait pour la culture japonaise.

Document 9. La trajectoire de deux familles commerçantes asiatiques à Lyon

trajectoires familiales
trajectoires familiales

 

La deuxième famille se structure autour d’une femme vietnamienne que nous avons interrogée, dont la mère vendait des nems sur un marché de Lyon à son arrivée en 1977 avant d’ouvrir en 1980 une épicerie dans le quartier de la Guillotière. Ses frères sont mariés à des femmes possédant des commerces dans le quartier. L’une d’elles détient un restaurant asiatique depuis les années 1990 et son fils a ouvert deux restaurants japonais dans le quartier. Le deuxième frère est marié à une femme qui possède un restaurant asiatique et un salon de beauté. Dans le cas de cette famille vietnamienne, il est intéressant de noter la place plus importante des femmes dans la gestion du commerce, contrairement à la famille cambodgienne évoquée plus haut. La troisième famille identifiée détient l’un des supermarchés asiatiques du quartier, une famille implantée peu après la fondation de la première épicerie, donc dès la création du quartier. Mais du fait de la barrière de la langue avec cette première génération d’installés, il n’a pas été possible de compléter les liens familiaux et commerciaux. Lors des entretiens, les commerçants ont souvent expliqué être propriétaires des murs de leurs boutiques en plus du fonds de commerce, et parfois même d’appartements au-dessus de ceux-ci, ce qui peut permettre notamment de loger leurs employés. Ce n’est cependant pas le cas de tous les commerçants. Deux entretiens nous ont permis d’identifier la manière dont les commerçants s’installent généralement. La situation classique fonctionne par réseaux de sociabilité de la communauté asiatique, la connaissance d’un parent ou d’un proche permettant d’être employé par un commerçant, de fonder son propre commerce ou de racheter un local en vente. Les propriétaires et employés ne parlent pas tous français, souvent parce que le réseau de sociabilité interne au cercle familial élargi leur suffit.

Ces fonctionnements traditionnels des commerces asiatiques ont été transformés, tant par la reprise des commerces par la deuxième génération que par l’installation de nouveaux commerces, dont les situations par rapport au cercle originel varient. La génération plus jeune de commerçants parlant davantage français, souvent les descendants de la première génération, s’est implantée dans le quartier en reprenant des affaires familiales. Cela s’est traduit soit par la restructuration de commerces existants, par exemple le restaurant Phnom Penh devenu China Town ou le Paris Store devenu Supermarché Asie, soit par la vente de commerces afin d’en ouvrir d’autres. Ainsi, de nombreuses modifications des pas de porte sont notables à partir de 2014 (document 10). Si les commerces restent en majorité asiatiques, on constate diverses transformations. Ainsi, les commerces plus récents ou rénovés proposent souvent une offre différente de celle initiale. Les cartes sont par exemple plus chères et tournées vers la vente de produits japonais ou coréens plus que chinois, vietnamiens ou cambodgiens. C’est notamment le cas de Delirestoo (2020), Oto Oto (2012) ou encore Pho 69 (2015, voir document 11). Cette différence de développement commercial semble s’être matérialisée socialement lors de la scission de l’A.C.O.M en 2016, qui a opposé des commerçants asiatiques plus anciens et la jeune génération, qui a fondé une autre association : l’A.C.L.Y.R., en 2016. Le trésorier de l’A.C.L.Y.R. indexe cette scission sur un « conflit générationnel » entre une association historique davantage centrée sur les intérêts de la communauté asiatique et une association plus jeune tournée vers le développement économique du quartier et la promotion de l’image « asiatique » de celui-ci. Les raisons concernaient également des désaccords sur la gestion des animations du quartier, notamment le Nouvel an lunaire, ainsi que sur la construction de l’arche.

Document 10. Évolution commerciale des rues Passet et Pasteur, 2008-2021

gif animée

carte statique

Document 11. Restaurants Oto Oto et Phở 69, rue d'Aguesseau

oto-oto

Oto Oto, bistrot et restaurant japonais, a ouvert dans les années 2010, le local était vacant en 2008. Phở 69 a été rénové et a changé de nom entre 2015 et 2017 (autrefois Min Huy, restaurant de spécialités vietnamiennes).

 

Un quartier qui n’échappe pas à la gentrification

Si certains enfants de gérants ont repris le commerce tel quel, capitalisant sur une clientèle fidèle, certains changements témoignent d’une gentrification commerciale du quartier. Les nouveaux commerces affichent parfois une montée en gamme, visible dans l’augmentation du prix des produits. C’est le cas par exemple de l’épicerie japonaise Les Halles du Japon, ouverte en 2021, qui a fait l’objet dès son ouverture de commentaires critiques sur Google vis-à-vis du prix des denrées, notamment par rapport à d’autres épiceries du quartier (document 12). Dans la restauration, le cas d’Imouto est exemplaire. Sa cuisine est référencée au guide Michelin et il s’adresse à une clientèle extérieure au quartier, qui a les moyens mais surtout l’habitude d’aller dans un restaurant gastronomique.

Document 12. Les Halles du Japon, illustration de la montée en gamme des commerces alimentaires

halles du Japon

Sur la devanture : « épicerie fine », « coréen ». Jusqu'en 2018, cette supérette asiatique situé dans le nord du quartier s'appelait China Express (document 10).

 

Les commerces asiatiques, ou du moins une partie, s’insèrent donc dans la dynamique de gentrification commerciale qui est en cours dans le quartier de la Guillotière. Pour quantifier le phénomène, nous avons d’abord utilisé les données de l’INSEE, qui indiquent que la proportion d’habitants du quartier appartenant aux catégories sociales à haut revenu a augmenté ces dernières années : dans l’IRIS Pasteur, celui qui se superpose le mieux au quartier asiatique, la part des cadres et professions intellectuelles supérieures (CPIS) parmi la population âgée de plus de 15 ans est ainsi passée de 15 à 21 % entre 2007 et 2017. Cette proportion augmente entre quatre et sept points pour les six IRIS que nous avons retenus (Universités, Pasteur, Saint-Michel, Victor Basch, Moncey, Mutualité-Liberté) (document 13). Notre étude de terrain confirme cette observation puisqu’elle a montré la part importante de CPIS récemment installées. Sur les cinquante-huit personnes interrogées qui habitent ici depuis moins de dix ans, vingt-trois sont des CPIS (40 %). Sur les trente-cinq qui habitent ici depuis dix ans et plus, cette part ne s’élève qu’à 17 %. Entre 2006 et 2018 dans la commune de Lyon, cette part est passée de 15,5% à 20,4% (INSEE). Si la structure de la population lyonnaise tend aussi vers un embourgeoisement, on peut tout de même noter qu’elle est particulièrement rapide dans le quartier asiatique. Parallèlement, on note une forte augmentation de la médiane des revenus entre 2001 et 2018. Pour les IRIS les plus proches de notre zone d’étude, Pasteur et Saint-Michel, cette augmentation est respectivement de 65 % et 64,8 %. Sur la même période dans la commune de Lyon, le revenu médian augmente de 9,9%. L’écart est particulièrement frappant et témoigne de l’embourgeoisement rapide de la zone d’étude.

La transformation de la population résidente se double d’une évolution du tissu commercial et donc de la fréquentation du quartier en journée. Des commerces récents drainent un nouveau type de population, différente de celle qui fréquentait historiquement le quartier et était proche par ses origines nationales des commerces ethniques. Pour plusieurs d’entre eux, les gérants actuels des commerces du quartier sont en reconversion professionnelle après avoir occupé des postes à haute rémunération dans le monde de l’entreprise et cherchent à « redonner du sens » à leur travail. En recherche de « mixité sociale » ou d’une ambiance populaire et cosmopolite, et attirés par le prix faible des loyers et la situation géographique centrale, ils ont vu une chance dans ce quartier qui avait selon eux une « image négative ».

Ces nouveaux commerces ne doivent cependant pas être frontalement opposés aux commerces asiatiques plus anciens. En effet, d’une part ces derniers sont eux-mêmes en pleine transformation, et d’autre part ces deux types de commerces sont complémentaires, la dimension « exotique » des commerces asiatiques étant attractive pour les populations qualifiées de gentrifieuses.

Document 13. Revenu médian par IRIS à Lyon en 2014 et évolution des revenus à la Guillotière, 2001-2018

revenus par iris

 

3. Une typologie de l’évolution des commerces asiatiques en fonction de leur réaction à la gentrification

Les commerces asiatiques du quartier peuvent être catégorisés selon deux axes : l’intégration à la communauté asiatique historique et la réaction commerciale face au phénomène de gentrification (document 14). Plusieurs critères ont été choisis : l’identité du propriétaire et l’ancienneté du commerce, l’offre commerciale, le type de cuisine, le prix calculé à partir d’une moyenne des différents plats sur les cartes (qui n’a pas été un facteur aussi discriminant qu’attendu), la clientèle, le style graphique des devantures et sites internet, la possession d’une page sur un ou des réseaux sociaux. Nous n’avons retenu que les commerces alimentaires car pour les autres (salons de coiffure, ongleries, agences de BTP…), il est plus difficile de parler d’une offre traditionnelle ou actualisée. Cela nous a permis de retenir quatre types de situation qui montrent un gradient dans les transformations du tissu commercial, révélant la diversité des réactions à la gentrification. Au vu du faible nombre de commerces analysés, il n’est cependant pas possible de donner aux conclusions valables sur cet échantillon une portée plus générale.

Document 14. Essai de typologie des commerces asiatiques du quartier
Type de commerce Commerces intégrés à la communauté asiatique historique n’ayant pas connu de modifications de leur offre Commerces issus de la 2e génération intégrée au réseau traditionnel mais à l’offre actualisée Commerces asiatiques non intégrés à la communauté historique et proposant une offre traditionnelle Commerces récents non intégrés à la communauté asiatique et jouant sur une nouvelle offre commerciale asiatique 
Propriétaires et ancienneté Commerces anciens, propriétaires issus de la première génération, sauf quelques-uns de la deuxième mais ont alors repris le commerce à l’identique Tenanciers appartenant à la deuxième génération, adhérents à l’A.C.L.Y.R. Héritage des parents ou achat d’un fonds de commerce 2 épiceries anciennes, une récente Commerces récents (moins de 5 ans), propriétaires nouveaux dans le quartier
Offre commerciale Cuisine traditionnelle vietnamienne, cambodgienne ou chinoise dans les restaurants ; produits asiatiques dans les épiceries Offre large, des raviolis chinois aux restaurants de sushis. Joue sur les tendances Produits et plats d’origine asiatique Centrée sur la « specialty food » (Bridge et Dowling, 2001) : street food, bistrot japonais, végétalien
Clientèle Clients fidèles qui viennent depuis le début et un peu de clientèle de passage Variée Commerces assez récents qui n’ont pas encore nécessairement de clientèle stable  Clientèle d’une trentaine d’années n’habitant pas historiquement dans le quartier mais déjà assez fidélisée. Réseau de sociabilité d’une population gentrifieuse
Devantures Anciennes et parfois abîmées Récentes, style graphique moderne. Présence de terrasses Modernes Stylisées, neuves, épurées
Utilisation d’internet Sites internet sommaires, commerces peu actifs sur les réseaux sociaux Commerces présents sur les réseaux sociaux (facebook et instagram en particulier) Usage modéré d’internet Usage intensif des réseaux sociaux
Commerces 4 épiceries, 9 restaurants 8 restaurants, 1 épicerie 2 épiceries, 1 restaurant  2 restaurants, 1 bar karaoké, 1 bar à chats japonais

Source : enquêtes de terrain

Conclusion

À l’échelle du quartier de la Guillotière, le quartier asiatique n’est pas le cœur des transformations commerciales et urbaines : il apparaît plutôt comme une zone tampon, relativement stable dans le temps et l’espace, entre les tensions qui se cristallisent plutôt au niveau de la place Gabriel Péri, et le front de gentrification plus visible au sud et à l’est. Le fonctionnement du quartier asiatique, fondé sur des réseaux interethniques et interpersonnels, peut expliquer en partie le maintien d’une structure relativement homogène. Mais au sein du quartier, on note une évolution générationnelle des commerces : si certains conservent l’identité du commerce familial, d’autres innovent et modifient tant l’image de leur commerce que les produits proposés. Ces commerces plus modernes, souvent plus chers, qui visent une clientèle plus aisée et mettent en avant une certaine image attractive de l’Asie (souvent recentrée sur le Japon) sont pour l’essentiel issus des grandes familles que nous avons pu identifier. On peut donc considérer que la gentrification commerciale du quartier en est encore au stade de la « phase d’expansion » ((Franzmann (1996, cité in Chabrol et al., 2014) identifie plusieurs phases de la gentrification commerciale. La première est la « phase d’expérimentation » où quelques commerces pionniers viennent s’implanter dans un quartier populaire, puis vient la « phase d’expansion », celle de « maturation » puis enfin la « phase de stagnation » où l’offre commerciale du quartier est saturée.)), avec déjà des commerces qui en imitent d’anciens comme le bistrot Kurogoma, imitant le modèle du restaurant Oto Oto fondé par un commerçant asiatique du quartier. Enfin, la gérante d’un commerce du quartier nous faisait part d’une diminution de l’implantation de la population chinoise dans le quartier et de son déplacement en banlieue, à la recherche de plus grands locaux. Dans le cas de Lyon, on remarque une implantation récente de commerces chinois à Vénissieux, tels que le Paris Store (autrefois implanté à la Guillotière), le Lan-Anh, un magasin de vêtements pour hommes, et le Macao, un restaurant chinois. Ce mouvement suggère les prémices d’une centralité commerciale communautaire en périphérie, sur le modèle de l’ethnoburb américaine (Wei Li, 2009), même si le concept reste difficile à adapter au contexte français (Desponts et Bergel, 2013).

Annexes

Document 15. Toponymes cités dans les noms de commerces asiatiques

toponymes cités

Document 16. Planche photographique : devantures de commerces asiatiques de la Guillotière

Bibliographie

Mots-clés

Retrouvez les mots-clés de cet article dans le glossaire : centralité | gentrification | IRISmétropole | métropolisation.

 

 

Les auteurs remercient leurs professeurs et particulièrement Florence Nussbaum pour ses nombreuses relectures, ses précieux conseils et ses encouragements.

 

Lætitia BALARESQUE, Jean-Loup BAUDOIN, Roman DERLICH et Salomé SCHOLL
Étudiants en master 1 à l'École normale supérieure de Lyon, master GRAINES et master sciences sociales, parcours espace.

Avec la contribution de Michael Milano pour l'encadré 2.

 

Édition et mise en web : Jean-Benoît Bouron

Pour citer cet article :

Lætitia Balaresque, Jean-Loup Baudoin, Roman Derlich et Salomé Scholl, « Le "quartier asiatique" de la Guillotière à Lyon : gentrification ou recomposition commerciale ? », Géoconfluences, avril 2022.
URL : https://geoconfluences.ens-lyon.fr/informations-scientifiques/dossiers-regionaux/lyon-metropole/articles-scientifiques/quartier-asiatique-guillotiere

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