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De villes en métropoles

Microfinance et recomposition des espaces urbains. Une étude de cas à Buenos Aires.

Publié le 16/01/2015
Auteur(s) : Célia Quenard, Master de géographie, ENS de Lyon, Université de Lyon, UMR 5600 Environnement Ville Société
Julie Le Gall, Maître de conférences en Géographie, ENS de Lyon, Université de Lyon, UMR/CNRS 5600 Environnement, Ville et Société

Au printemps 2014, toute l’Argentine se prépare pour la coupe du monde de football. La vie économique et sociale du pays vit au rythme du Mondial ; quel que soit le message à diffuser, les publicités débordent de créativité. Les organismes de microcrédit ne sont pas en reste, puisque Cordial Negocios, filiale de la banque Supervielle, organise « el mundial de crédito 2014 » (le mondial du crédit 2014) entre ses membres. La phrase « Ningún jugador es tan bueno como todo juntos » (aucun joueur n’est aussi bon que tous réunis), prononcée par Alfredo Di Stéfano, grand joueur et entraîneur argentin dans les années 1950, devient le slogan d’une campagne interne. Interrogés sur les objectifs visés, deux responsables de l’entreprise expliquent que le travail en équipe est le garant de l’ « efficacité » et d’une « meilleure implantation sur le marché, auprès des bénéficiaires » des programmes de microcrédit. En pleine croissance actuellement, l’institution de microfinance Cordial Negocios joue sur l’émulation entre ses collaborateurs : les deux meilleurs vendeurs de microcrédit, c’est-à-dire celui qui aura signé le plus de contrats et celui qui aura proposé les plus grosses sommes se verront déclarés vainqueurs du tournoi.
Touchée par une crise économique majeure au début des années 2000 [1] et soumise à nouveau, malgré un « redressement spectaculaire entre 2004 et 2010 » (Prévôt-Schapira, 2011), à des difficultés politiques, économiques et sociales croissantes, l’Argentine apparaît paradoxalement comme un parent pauvre de la microfinance sur le continent latino-américain. Les initiatives de soutien aux populations exclues, accentuées pendant la crise de 1998-2002, avaient pris jusqu’alors d’autres formes (réponses d’urgence aux premières nécessités, subventions…).

Néanmoins, la publicité présentée ci-contre semble mettre en évidence un renversement de tendance : elle reflète l’implantation croissante d’organismes, de programmes, d’instruments de microfinance en Argentine ces dernières années, en réponse à l’augmentation de la pauvreté et de la précarité. Cet essor du microcrédit est particulièrement visible dans la métropole de Buenos Aires, qui présente le plus gros portefeuille du pays, loin devant les autres provinces, y compris les plus pauvres (CONAMI - Comisión Nacional de Microcrédito – Commission nationale de microcrédit, 2014). Cependant cette publicité vient également insister sur un élément de rupture qui traverse les jeux d’acteurs et les réseaux de microcrédit dans la capitale argentine. Le microcrédit est ici défini comme un produit financier, intégré dans une stratégie d’entreprise à but lucratif. Il s’agit de vendre aux populations possiblement bénéficiaires un crédit. Le principe d’une compétition sur la meilleure vente entre en contradiction avec une autre conception du microcrédit, qui le pose non comme une finalité mais un outil pour impulser un développement. Cette double face du microcrédit crée des tensions entre des acteurs qui insistent sur la dimension commerciale et d’autres qui le considèrent avant tout comme un levier de développement.
"Mundial de créditos 2014"

Affiche de l'institution de microfinance Cordial Negocios à Buenos Aires au printemps 2014

Cet article propose de revenir sur le récent développement du microcrédit argentin. Mais il s’agit ici moins d’avancer des pistes pour comprendre ce retard en matière de microfinance, que de montrer comment cet essor témoigne d’une transition vers une nouvelle approche de la pauvreté en Argentine, met en lumière les discontinuités des structures socio-spatiales métropolitaines, et constitue une réponse aux effets de la métropolisation sur les territoires urbains, et notamment à la fragmentation socio-spatiale.
Après une première partie consacrée à l’objet « microfinance » passé au prisme géographique puis une deuxième partie présentant le contexte géographique du microcrédit à l’échelle mondiale, de l’Argentine et de la métropole de Buenos Aires, une troisième et une quatrième parties s’attacheront au renforcement des discontinuités puis, au contraire, à la façon dont la fragmentation évolue à l'échelle locale sous l’effet de programmes locaux de microfinance.

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1. Microcrédit et microfinance, des leviers économiques et sociaux originaux pour les territoires

Le microcrédit est avant tout un produit financier ; il consiste en l’attribution de prêts à faible taux à des personnes qui ne sont pas en mesure d’accéder aux prêts bancaires classiques pour leur permettre de mettre en place une activité et de s’insérer sur le marché. Quelles en sont les origines ? Comment fonctionne-t-il et quels en sont les acteurs ? Qu’apporte le regard du géographe à l’analyse de cette pratique ?
 

1.1. Un produit financier pour une nouvelle approche de la pauvreté

Le système du microcrédit existe depuis longtemps, mais ce sont deux programmes très novateurs qui le font connaître dans les années 1970 : la SEWA Bank en Inde et la Grameen Bank au Bangladesh. En 1974, un groupe de femmes sous la direction de Ela Bhatt fonde la SEWA Bank (Self-Employed Women's Association) en Inde qui regroupe 4 000 femmes pour leur donner accès au microcrédit. La Grameen Bank est la seconde mais la plus célèbre initiative de microcrédit, mise en place au Bangladesh. Elle est créée en 1976 par Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix en 2006 pour ses travaux dans la microfinance. Aujourd’hui, la Grameen Bank – Bank of the Poor intervient à l’échelle mondiale.

Le microcrédit n’est pas le seul produit financier à destination des populations pauvres. Il constitue l’un des outils d’un secteur plus large, la microfinance, théorisée par l’économiste M. Yunus, qui désigne un ensemble de services (crédit, épargne, assurance, …) visant à soutenir les personnes non bancarisées et exclues des logiques financières classiques pour développer des activités productives. La microfinance repose sur un système composé de trois types d’acteurs principaux.

Les services de microfinance sont proposés par des Institutions de Microfinance (IMF) : le terme renvoie à une grande diversité d’organismes dans le monde, qui se différencient par leur statut juridique (public/privé, à but lucratif ou non, association informelle ou formelle), leur taille, leur niveau de structuration, mais aussi leur formalisation et l’origine de leurs fonds (nationaux ou internationaux, publics ou non). Ce large panorama se compose ainsi d’Organisations Non Gouvernementales et d’associations, de mutuelles et coopératives, de banques communales, de banques et filières associées, d’établissements financiers, mais aussi d’institutions étatiques, qui peuvent organiser la microfinance, notamment par la proposition et l’adoption de lois encourageant ces programmes. Ce panorama recoupe la distinction présentée précédemment entre les deux représentations du microcrédit,  comme produit à vocation lucrative (pour les banques, organismes financiers) ou comme aide pour impulser le développement (les ONG de microfinance en Argentine sont désignées par l’expression « asociación sin fin de lucro » id. association sans but lucratif).

Le microcrédit, un outil dans le panorama général de la microfinance

À l’autre bout, les populations cibles des programmes de microfinance sont dites « bénéficiaires » : si certains organismes les appellent « clients », ce terme de « bénéficiaires » permet de considérer l’hétérogénéité de leurs situations. Il s’agit de prendre en compte ceux qui souscrivent un microcrédit non seulement dans les banques ou institutions équivalentes, mais aussi dans les ONG. Il s’agit surtout d’approcher les bénéficiaires « visibles » et « moins visibles » ou « invisibles ». En effet, faire l’hypothèse d’une superposition entre marginalisation spatiale et sociale ne permet d’approcher qu’une partie des bénéficiaires, alors que le terrain laisse apparaître une autre catégorie nommée « invisible », car identifiée ni par l’État, ni par les ONG, ni par les acteurs qui mesurent et cartographient la pauvreté (comme les institutions statistiques).  Nous empruntons la distinction visible / invisible aux travaux sur les migrations (Belouin et al., 2009) ; d’après A. Spire,  « l’invisibilité renvoie d’abord à ce qui échappe au regard, ou à ce qui se décèle très peu. En géographie, la notion désigne des formes spatiales et sociales cachées, non dites ou passées sous silence. Aux yeux du chercheur, il s’agit donc d’objets ou de processus marqués par une faible empreinte sur le terrain (en termes empiriques) ou par une absence de représentation officialisée (en termes théoriques) » (Spire, 2009, p.78). L’invisibilité des bénéficiaires n’est pas le fait d’un silence ou d’un dérobement volontaire, mais vient de cette « faible empreinte » dans l’espace, parce qu’ils sont répartis dans l’ensemble de l’agglomération. Il s’agit principalement des nouveaux pauvres qui, du fait de leur statut hybride, à cheval entre la classe moyenne basse et la classe pauvre les rend difficilement saisissables. Ces couches moyennes déclassées sont d’autant plus difficilement identifiables qu’elles ne s’installent pas dans les quartiers identifiés comme pauvres (voir infra : quartiers de la zone Sud et quartiers informels). Autrement dit, les ruptures spatiales urbaines ne recoupant pas strictement les distinctions de niveaux de richesse, il apparaît essentiel sur le plan méthodologique, de ne pas limiter l’approche aux quartiers identifiés comme pauvres. Approcher aussi les acteurs insérés dans les réseaux de la microfinance, quelle que soit leur localisation, évite d’exclure une partie des populations potentiellement bénéficiaires.

Entre IMF et bénéficiaires apparaît un troisième type d’acteurs essentiel au fonctionnement du microcrédit : les agents de crédit, appelés en Argentine « asesores de crédito ». L’agent de crédit joue le rôle d’intermédiaire entre l’IMF et le bénéficiaire. Il est en effet membre de l’IMF (salarié ou bénévole) et partage son temps entre le suivi sur le terrain du bénéficiaire et la promotion du microcrédit auprès de nouvelles populations. Il lui incombe de suivre le bénéficiaire dans tout le processus de microcrédit, en instaurant une relation de confiance.

Cette confiance entre prêteur et bénéficiaire receveur, soutenue par les agents de crédit, est en théorie l’une des conditions nécessaires à l’existence et à l’effectivité des réseaux de microcrédit. Le fonctionnement des programmes repose sur la création d’une proximité sociale et spatiale qui dépend largement de l’agent de crédit. Les agents de crédit rendent régulièrement visite aux bénéficiaires (une à deux fois par semaine dans les IMF enquêtées à Buenos Aires), pour faire connaître les programmes et réaliser les entretiens de souscription, avant de présenter le dossier devant un comité et d’assurer le suivi du remboursement. La relation de proximité permet à l’agent d’évaluer la situation économique des bénéficiaires et la viabilité de leur entreprise (épargne, dépense/recette) et donc d’adapter le montant du microcrédit. Émerge ainsi une forme de sociabilité par le microcrédit et suivant un cycle vertueux, la proximité favorise ensuite d’autres collaborations.

Du prêteur au bénéficiaire, comment fonctionne un microcrédit ?

  Si dans les formes et les statuts, les IMF restent très diversifiées, la démarche des IMF reste identique dans le fonctionnement du microcrédit, du prêteur au bénéficiaire. Ce schéma cyclique réalisé à partir du cas de Buenos Aires présente à l’échelle locale les différentes étapes qui jalonnent le processus de microcrédit, de la sollicitation (acceptée ou non) au prêt pour finir par le remboursement. Il présente la hiérarchie existant à l’intérieur des IMF entre IMF, agent de crédit (asesor) et bénéficiaires.  

L’organisation de la microfinance autour de ce noyau de confiance révèle la spécificité de ce type de programmes : les travaux de la Grameen Bank, pionniers en matière de microcrédit, ont participé à un renversement des modèles de pensée en matière de pauvreté, théorisée ensuite par A. Sen. L’approche dite « par les capabilités » (ou capacités) définit la pauvreté non comme une faiblesse de revenus mais comme une privation de capabilités élémentaires, c’est-à-dire de possibilités de choisir entre différentes conditions de vie. Au-delà de la rentabilisation des produits financiers, les programmes de microfinance répondent avant tout à des enjeux de développement non par une aide d’urgence ou apparentée à de l’assistanat, mais en comptant sur le caractère actif des bénéficiaires, renforçant ainsi l’empowerment de ces derniers.  Le bénéficiaire est considéré par les autres acteurs du microcrédit (ONG locales et internationales, État, banques) comme un acteur à part entière de la stratégie de développement.
 

1.2. Microcrédit et redéfinition des marges : un regard de géographe

Peu de géographes ont travaillé sur le microcrédit : la question reste l’apanage des économistes et des sociologues, alors qu’indéniablement ces initiatives économiques ont un impact sur le territoire. Quand l’étude des éléments financiers reste souvent de l’ordre de la macro-économie et des dynamiques et flux liés aux politiques économiques, aux grands acteurs de la planète financière, la question du microcrédit analysée dans une grande métropole participe d’un mouvement de réappropriation des questions financières par la géographie (Sainteville, 2009) selon une perspective micro-économique. Elle permet d’approfondir plusieurs champs de recherche, à la croisée des géographies sociale et économique.

En premier lieu, le microcrédit permet de travailler sur le rôle des acteurs dans la formation des espaces réticulaires. P. Mercklé définit le réseau comme « l’ensemble des unités sociales et des relations que les unités sociales entretiennent les unes avec les autres, directement ou indirectement, à travers des chaînes de longueur variable » (Mercklé, 2004 p. 2). Deux types de réseaux se dessinent (Hily et al., 2004) : le réseau informel, qui n’est pas fondé sur une adhésion volontaire (lien de parenté, lien villageois) et le réseau formel, qui est organisé juridiquement et/ou administrativement et repose sur une adhésion volontaire (association, entreprises). Entrer par les réseaux permet donc de décomposer les éléments constitutifs du microcrédit en trois parties : les acteurs engagés dans la microfinance et ceux qui gravitent autour ; les relations qui s’établissent entre ces acteurs, qui peuvent être de natures variées (relations matérielles, immatérielles, fragmentées, continues…) et témoigner de différents niveaux de hiérarchie (relations de coopération, concurrence, subordination…) ; et les dynamiques spatiales déployées sous forme de points, de lignes et de nœuds. Ce réseau n’est pas a-territorialisé mais se surimpose à d’autres dynamiques socio-spatiales ; il reflète la mise en relation de différents acteurs au sein de lieux de rencontre et d’implantation qui forment une trame structurante sur le territoire. À ce sujet, les analyses sur la place des bénéficiaires dans les réseaux restent limitées par rapport à celle des IMF et autres acteurs : évoqués surtout de façon passive, quand sont présentés les impacts des programmes sur l’individu ou la famille, les bénéficiaires jouent pourtant un rôle actif dans la construction des réseaux de microcrédit et des réseaux engendrés par le microcrédit (réseaux formels ou informels). S’attacher aux stratégies des acteurs bénéficiaires à court, moyen et long termes est une façon de reconnaître ce rôle et de projeter leurs trajectoires personnelles sur celles des espaces où ils déploient leurs activités.

En outre, l’étude de cas réalisée à Buenos Aires invite à réfléchir aux liens entre la finance et la ville. En 1974,  Jean Labasse définissait déjà la finance comme la plus urbaine des fonctions économiques (Labasse, 1974). Plus largement, la question de la circulation des capitaux dans le cadre de la mondialisation interroge les recompositions spatiales engendrées par ces flux, en particulier dans les villes globales et les métropoles, car elles en sont les portes d’entrée majeures. Étudier la relation entre ville et finance à l’aune de la microéconomie permet d'analyser les jeux d’acteurs à l’intérieur des réseaux urbains de microcrédit et leurs impacts sur la restructuration de l’espace métropolitain. En effet, il ne s’agit pas seulement d’observer l’impact du microcrédit sur l’espace de vie de l’individu bénéficiaire, mais d’envisager que l’implantation d’un réseau de microfinance, avec tous les acteurs impliqués, puisse avoir des effets d’entraînement à l’échelle d’un quartier, voire d’une ville. De plus, le microcrédit comme outil de développement interroge la capacité des bénéficiaires à accéder aux besoins essentiels, dont les services urbains de base : ces programmes participent donc peut-être à l’élaboration de stratégies d’accès à la ville, « d’accès à la vie urbaine » (Vivet, 2010) pour des populations marginalisées. Sont ainsi questionnées à la fois la capacité des populations vulnérables à s’approprier la ville et celle des autorités à leur faire une place.

Enfin, la microfinance repose sur une articulation des secteurs formels et informels, qu’il s’agisse des acteurs et réseaux d’acteurs ou des pratiques (pratiques financières et bancaires face à des prêts destinés majoritairement à des activités informelles, par exemple). Par effet d’entraînement, les activités de microcrédit viennent aussi interroger l’imbrication des espaces formels et informels. L'informel renvoie à un concept flou parce qu’il regroupe une catégorie très hétérogène de petits métiers, du travail au noir, au commerce de rue. L’informel est ce qui échappe aux recensements, aux statistiques (Bennafla, 2012), ce qui n’est pas régulé par des institutions mais fonctionne en complémentarité avec le formel régulé. On distingue les espaces de l’informel où s’ancrent des activités et pratiques informelles et les espaces informels, échappant au contrôle de l’autorité légitime sur le territoire (Bennafla, 2012) [2]. S’attacher aux espaces du microcrédit au sein d’une métropole interroge : comment la limite entre ville formelle et marges urbaines, entre espaces informels et espaces de l'informel, se redéfinit-elle sous l’impulsion des programmes et de leurs financements, de l’implantation et des pratiques des acteurs, qu’ils soient IMF, agents ou bénéficiaires ?

L’analyse géographique des programmes de microfinance en espace métropolitain suggère de dépasser la dichotomie suivante : le microcrédit n’est pas seulement un produit financier intégré à une stratégie d’entreprise dans un but lucratif ou un outil de développement destiné aux populations défavorisées ; il s’agit aussi d’une pratique économique par laquelle les bénéficiaires, les agents et les IMF, acteurs de réseaux et de projets territorialisés, contribuent à redéfinir les marges spatiales.

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2. Géographie de la microfinance à l’échelle mondiale, en Argentine et à Buenos Aires : une géographie sélective à différentes échelles

L’intérêt pour le microcrédit s’est peu à peu accru jusqu’à apparaître comme l’un des supports des politiques de développement économique et social. L’année 2005 était ainsi déclarée par les Nations-Unies, « Année internationale du Microcrédit » pour lutter contre la marginalisation des populations les plus pauvres, ce qui a eu pour effet d’inciter les initiatives de microcrédit dans les espaces les plus en difficulté. L’Argentine et Buenos Aires ont suivi ce mouvement.

Si les chiffres diffèrent suivant les organismes [3], on peut essayer d’estimer le poids des populations bénéficiaires et des sommes mises en jeu. En 2009, PlaNet Finance comptabilisait 150 millions de personnes aidées par 10 000 institutions de microfinance [4]. Le rapport Baromètre de la microfinance en 2013, produit par la plate-forme de réflexion Convergences [5] estime qu’en 2011, le secteur de la microfinance touchait 94 millions d’emprunteurs et générait 78 000 milliards de dollars. Si le secteur en général a connu un ralentissement (la croissance passant de 25 % en 2009 à 11 % en 2011), il convient de préciser la situation en fonction des aires géographiques [6].
La répartition géographique des bénéficiaires de la microfinance dans le monde

L’Asie du Sud et l’Amérique latine/Caraïbes sont les deux grands pôles de la microfinance.

Du fait de ses origines, le principal pôle mondial du microcrédit reste l’Asie du Sud. Mais le nombre de bénéficiaires en Inde a diminué d’environ 20 % quand il a connu une augmentation de 15 % en Afrique et en Amérique latine entre 2009 et 2011. La zone Amérique latine/Caraïbes arrive en deuxième position, concentrant 20 % des emprunteurs actifs de la planète, soit 10,5 millions de personnes selon la Banque Interaméricaine de Développement (BID). Quelques initiatives naissent également dans les pays du Nord mais se fondent sur d’autres logiques : l’accent n’est pas porté sur les populations exclues des systèmes bancaires formels mais davantage sur les petites structures entrepreneuriales.

Dans le contexte latino-américain, l’implantation des réseaux de microcrédit est variable. En tête arrive le Mexique, suivi du Pérou et de la Colombie ; l’Argentine apparaît particulièrement en retard avec 25 000 bénéficiaires, soit seulement 2,78 % du marché péruvien, et 5,65 % du marché colombien. Le microcrédit demeure encore un secteur embryonnaire (Renaud, 2007) et le nombre de bénéficiaires reste très en dessous de la demande potentielle [7]. En effet, les inégalités de richesse très prononcées, le taux de pauvreté élevé, le fait qu’un quart de la population soit en situation de précarité et le nombre de micro-entrepreneurs urbains sont autant d’éléments favorables à l’implantation de tels programmes. En outre, l’instabilité économique du pays, qu’elle s’exprime à travers la crise de 2001, l’inflation galopante de ces dernières années ou les taux de change différenciés, a pour conséquence une perte de confiance des habitants dans le système financier traditionnel et un détournement vis-à-vis des filières classiques de l’épargne qui pourrait laisser la porte ouverte à d’autres systèmes, fondés sur davantage de proximité informelle. De fait, rompant avec la politique néolibérale de Carlos Ménem, les présidents Néstor puis Cristina Kirchner sont revenus à un modèle étatique interventionniste et ont instauré plusieurs programmes pour développer l’économie sociale, dont la microfinance. Après le programme Manos a la Obra implanté en 2003 (favorisant l’émergence d’une économie locale), l’État s’engage en 2006 à développer le microcrédit à des taux subventionnés par des fonds publics en promulguant la Loi 26.117 (dite de Promotion du microcrédit pour le développement de l’économie sociale). Cette initiative dessine un nouveau cadre pour les IMF, même si, du fait d’autres facteurs, cela ne suffit pas à rattraper le niveau des autres pays latino-américains [8].

Les bénéficiaires du microcrédit dans les États latino-américains en 2004
tats Nombre de bénéficiaires
Pérou 899 196
Colombie 442 109
Bolivie 379 713
Mexique 347 874
Chili 168 799
Salvador 89 427
Paraguay 82 658
République dominicaine 70 602
Guatemala 42 491
Argentine 25 000

Réalisation : C. Quenard, 2014. Source  : Renaud, 2007

Ce tableau présente le nombre de bénéficiaires par Etat latino-américain en 2004. Sans chiffres plus récents, les entretiens réalisés au cours du travail de terrain laissent supposer un relatif rattrapage du retard argentin.
L’importance des écarts entre les pays latino-américains interroge, notamment en ce qui concerne le très net retard argentin. Si indéniablement l’Argentine est un parent pauvre du microcrédit sur le continent, on peut également supposer que les limites de la quantification des faits et l’exclusion dans les études statistiques de certaines IMF (suivant leur statut lucratif ou non) [3] influencent les chiffres présentés et masquent des écarts moins prononcés.

En Argentine, la distribution du microcrédit est très inégale : la province de Buenos Aires concentre 22 417 crédits, soit 38 milliards de pesos, loin devant les provinces pourtant plus pauvres du Nord / Nord-Est (7 000 crédits et 11 milliards de pesos à Misiones, 8 000 crédits et 11 milliards de pesos à Formosa, 5 000 crédits et 6 milliards de pesos à Salta). Cette prédominance s’accorde avec l’organisation macrocéphale du pays (l’agglomération du Grand Buenos Aires rassemble à elle seule 39 % de sa population) mais tient surtout à deux autres faits : l’agglomération concentre 55 % du PIB national et la capitale est la principale porte d’entrée des capitaux étrangers, sur lesquels repose la microfinance. Plusieurs grandes banques y ont ainsi ouvert des programmes de microcrédit : BNP-Paribas, Supervielle (filiale de la Société Générale) et la Grameen Bank, par exemple.

Dans la Région métropolitaine de Buenos Aires (RMBA), la répartition des espaces du microcrédit se calque partiellement sur la géographie des espaces les plus pauvres. Composée de 41 partidos (départements) répartis entre la ville- centre et quatre couronnes périphériques, la RMBA est caractérisée par sa fragmentation socio-spatiale et ses inégalités de richesse, accentuées par le processus de métropolisation (Cicolella, 1999 ; Prévôt-Schapira, 2001). Deux types d’espaces en sont représentatifs : les villas miserias (espaces informels insérés dans les interstices urbains sans trame urbaine) et les asentamientos (espaces avec une trame urbaine lisible dans l’espace - rues pavées, noms, adresses - principalement dans les couronnes périphériques de l'agglomération) [9]. Bien que répartis sur l’ensemble la RMBA, ces espaces prédominent au sud de la ville-centre (« Zona Sur » au Sud de l’Avenue Rivadavia) et de l’agglomération (« Conurbano sur » : notamment les partidos d’Ezeiza, Florencio Varela, Presidente Perón) là où l’on recense la plus forte part de population située en dessous du panier moyen de consommation [10] et dont les nécessités de base sont insatisfaites [11]. C’est là que l’on retrouve aussi la demande potentielle en microcrédit la plus forte et c’est dans ces quartiers bien identifiables que les IMF ciblent leurs actions. Cependant, la carte ci-dessous montre une relative homogénéité du niveau de pauvreté sur l’ensemble de la RMBA. À titre indicatif, le partido de San Isidro au Nord de Buenos Aires (« Conurbano Norte ») présente les pourcentages de la population dont les nécessités de base sont insatisfaites parmi les plus bas de la région et pourtant compte sept villas miserias et deux asentamientos (vaste poche de pauvreté connue comme « la cava »). Cette répartition assez uniforme de la pauvreté explique la présence régulière des acteurs des IMF, au centre comme dans les périphéries. Elle indique également qu’il est nécessaire de prendre en compte un troisième type d’espaces, moins fragmentés, pour appréhender le microcrédit : les quartiers précaires, voire les quartiers de classes moyennes en cours de précarisation, qui présentent une forme de pauvreté invisible, dissoute. Là, la rupture est sociale et non spatiale entre les classes moyennes hautes et les classes moyennes déclassées par la crise des années 2000, affectées par des trajectoires descendantes (Koessler, 2011). Ces espaces recèlent sans aucun doute de nombreux potentiels bénéficiaires.

Espaces de pauvreté et demande potentielle de microcrédit dans la Région métropolitaine de Buenos Aires
Limites administratives dans le Grand Buenos Aires

d'après Prévôt-Schapira, 2001

L'analyse de l'offre et de la demande dessinent une régionalisation des réseaux de microcrédits.

La géographie de la microfinance apparaît donc comme une géographie sélective qui ne suit pas complètement la géographie de la pauvreté et de la précarité. La géographie du microcrédit ne recoupe pas la géographie des espaces pauvres dans l’agglomération de Buenos Aires : ce ne sont pas eux qui sont ciblés par les IMF mais davantage des espaces qui présentent déjà quelques services bancaires ou semi-formalisés, des espaces où la population est déjà familière de ce type d’action. Le manque d’éducation et la trop forte vulnérabilité sont les deux principales causes avancées par les IMF pour justifier l'absence des populations les plus pauvres. Soit elles estiment que l’activité est trop peu rémunératrice, soit elles considèrent qu’une formation préalable serait nécessaire pour que l’aide prenne racine du côté des bénéficiaires. Le niveau de bancarisation [12] en Argentine (10,4 succursales pour 100 000 habitants) est supérieur à la moyenne des pays du continent latino-américain (9,2 succursales pour 100 000 habitants) et à peu près équivalent aux pays les plus développés d’Amérique latine (Chili, Brésil, Uruguay). Cependant, dans l’agglomération, de grands écarts apparaissent entre des espaces très bancarisés et d’autres où les réseaux bancaires formels sont quasiment ou totalement absents. Les réseaux de microcrédits, à la frontière entre le formel et l’informel se localisent ainsi dans des zones de transitions entre ces espaces : les populations ne sont pas bancarisées – elles ne disposent ni de compte bancaire, ni de moyen de paiement autre que l’efectivo (le liquide) – mais pour autant, elles ne sont pas coupées des logiques formelles et peuvent y accéder plus ou moins facilement. 

 Le fonctionnement du microcrédit à Buenos Aires permet de formuler d’autres hypothèses quant à cette inégale répartition.

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3. L’organisation du microcrédit à Buenos Aires : trois grands axes de renforcement des discontinuités

La non-adéquation systématique entre espaces de pauvreté et espaces du microcrédit invite à rentrer dans le détail de l’organisation du microcrédit à Buenos Aires. Comment les réseaux de la microfinance s’insèrent-ils dans l’espace métropolitain ?
 

3.1. Trois filières cloisonnées, coiffées par deux organismes fédéraux

Le secteur du microcrédit à Buenos Aires est encadré par deux organismes et s’organise en trois filières. En 2006, lorsque l’État fédéral formalise le secteur de la microfinance avec la loi nationale 26.117, il souhaite faciliter l’implantation et l’expansion des IMF en Argentine et a fortiori à Buenos Aires, ce qui sous-tend un réseau en expansion à l’échelle nationale, au maillage très dense. Deux supra-entités fédératrices, la CONAMI (Comisíon Nacional de Microcrédit – Commission Nationale de Microcrédit) et la RADIM (Red Argentina de Instituciones de Microcrédito – Réseau argentin des Institutions de Microcrédit), dans lesquelles l’État intervient directement et indirectement [13] organisent le secteur. La CONAMI structure verticalement ces réseaux : elle fixe un cadre législatif et formule des directives nationales ; la RADIM intervient davantage dans la structuration horizontale : elle crée un espace de dialogue, recherche une base commune d’action pour les différentes IMF.
Dans l’agglomération de Buenos Aires, la RADIM et la CONAMI ont permis une densification du maillage actoriel du microcrédit et une intensification de la présence de l’État sur les territoires du microcrédit. En 2014, 7 211 promoteurs de crédits, agents de la CONAMI accompagnaient les entrepreneurs de l’économie sociale contre 5 000 en 2008, soit une augmentation de 44 % [14]. Quant à la RADIM, elle fédèrerait 41 institutions (engagées auprès 72 025 bénéficiaires) contre 31 (engagées auprès de 40 685 bénéficiaires) en 2008 ; le nombre d’institutions a donc augmenté de 32 % et le nombre de personnes créditées de 77% en quatre ans.

Cependant, malgré une tendance à la formalisation, les réseaux de microcrédit sur Buenos Aires présentent une très forte sectorisation. Trois filières d’IMF très cloisonnées fonctionnent en parallèle sur un même territoire, deux publiques et une privée (ou semi-privée), où diffèrent les acteurs et les modalités de crédit. Deux éléments seulement sont communs : les financements en amont et les populations cibles en aval. Le schéma ci-desous met en exergue les points de divergence entre les réseaux publics, à vocation principalement sociale, et les réseaux privés, où le microcrédit reste un marché. Une concurrence émerge entre les acteurs engagés sur un même territoire, pour une même population : les trois filières ne sont pas poreuses et se superposent localement.

Entre concurrence et coopération : trois filières se partagent le même territoire
3.2. Le rôle paradoxal de l’État : de la structuration à l’ancrage des discontinuités

Ces discontinuités entre acteurs sont accentuées par l’État fédéral qui joue un rôle paradoxal, adoptant une posture interventionniste en faveur du développement du secteur tout en favorisant l’ancrage des filières séparées dans le secteur de la microfinance. Certes, il participe au renforcement du caractère formel des réseaux (législation, entités fédératrices), mais pour autant, le texte même de la loi, notamment l’article 2, exclut d’emblée un très large champ d’organisations : « Article 2 : […] Seront considérées comme Institutions de Microcrédit les associations sans but lucratif : associations civiles, coopératives, mutuelles, fondations, communautés indigènes, organisations gouvernementales et mixtes, qui octroient des microcrédits, apportent une formation et une assistance technique aux entrepreneurs de l’économie sociale [15] » (Loi fédérale 26.117).
Paradoxalement, c’est donc par la structuration même du secteur que l’État introduit de la dispersion et du discontinu dans les réseaux. Alors que le privé / semi-privé représente une part conséquente des réseaux de microcrédit sur l’agglomération, la législation bloque de fait les possibles coopérations et ancre une rupture latente, entre public et privé.
 

3.3. Les discontinuités spatiales et les ruptures politiques à l’échelle de la métropole

Des discontinuités géographiques à différentes échelles se rajoutent à une structure déjà fragmentée et redessinent la géographie du microcrédit dans le Grand Buenos Aires. Des ruptures administratives et politiques traversent l’espace et freinent un éventuel fonctionnement réticulaire du microcrédit sur l’agglomération.

Si le Grand Buenos Aires se distingue du reste du pays par sa surreprésentation dans la géographie argentine du microcrédit, cette activité présente une forte hétérogénéité au sein de l’agglomération macrocéphale. L’organisation administrative très particulière du territoire du Grand Buenos Aires (cf. carte supra) constitue un des éléments de désorganisation des réseaux de microcrédits régionaux. En effet, deux logiques d’organisation coexistent sur le Grand Buenos Aires : un modèle centre-périphérie correspondant à la croissance métropolitaine (Buenos Aires centre et le Conurbano) et une structure fédérale (la Ville Autonome de Buenos Aires et la Province de Buenos Aires, qui s’étend bien au-delà de la Région métropolitaine et dont la capitale est La Plata). Autrement dit, le territoire de la Ville Autonome de Buenos Aires (la CABA), indépendante politiquement, ne dépend pas des mêmes structures administratives que ses périphéries (Conurbano), administrées par la Province de Buenos Aires (Velut, 2002). L’agglomération se trouve ainsi sous le contrôle de deux entités, le gouvernement de la Ville de Buenos Aires, sous la direction du maire Mauricio Macri, membred’un parti de droite [16], et le gouvernement de la Province, sous la direction du gouverneur Daniel Scioli, membre du parti justicialiste [17]. Les tensions politiques entre les deux partis ne sont pas sans conséquences sur la structuration des réseaux de microcrédit : la Ville a refusé d’adhérer à la loi fédérale 26.117 sur le microcrédit, pour défendre son propre programme créé en 1991 - le programme PROMUDEMI (Programa Municipal de Microempresas - Programme municipal de micro-entreprises). Les deux programmes se juxtaposent voire parfois se superposent sans pour autant se compléter.

Parallèlement, une autre discontinuité intervient sur le Grand Buenos Aires en fonction d’un gradient centre-périphérie. L’analyse de la distribution spatiale des activités financées par le microcrédit montre une offre qui se spécifie de plus en plus avec la distance à la ville. Une première distinction s’effectue entre la CABA et le Conurbano, les activités en périphérie intégrant des stratégies de vente à distance, par catalogue. Une seconde distinction, plus fine, s’effectue entre les couronnes 1 et 2 du Conurbano : la deuxième périphérie constitue en grande partie la ceinture maraîchère de Buenos Aires (Le Gall, 2011), ce qui implique l’utilisation de micro-financements pour des activités maraîchères (achat de matériels et construction de serres), favorisant l’économie rurale et non plus urbaine.

La distribution des activités financées par le microcrédit dans l'agglomération de Buenos Aires :
une offre qui se spécifie en fonction de la distance à la ville
 
Zone d'exercice Principales activités financées Exemples d'IMF
Commerce de proximité Production pour une commercialisation dans la CABA
CABA Kiosco et Almacen, Commerce alimentaire et vente de services, vente ambulante sur les ferias Textile  (servicio/produción)
servicio = couture de pièces découpées / produción = coupe + couture
Avanzar, Ciudad Microempresas, Programme PROMUDEMI, la PIRKA, la SEDECA
Conurbano 1ère couronne Kiosco et Almacen, Commerce alimentaire et vente de services, vente ambulante sur les ferias, vente par catalogue Textile  (servicio/produción) Red Conurbano Sur
2ème couronne Kiosco et Almacen, Commerce alimentaire et vente de services, vente ambulante sur les ferias, vente par catalogue

Textile  (servicio/produción)
Cultures maraîchères pour Buenos Aires

Nuestras Huellas, Mujeres 2000, Horizonte, Red Conurbano Sur, la SEDECA
Gran Buenos Aires (CABA + Conurbano) Toutes les activités présentes ci-dessus Provincia Microempresas, Cordial Negocios

Source : entretiens

 
Exemples d'usages du microcrédit dans le Grand Buenos Aires
Salon de coiffure
Atelier de couture
Magasin de primeurs
Serres maraîchères

Outre ces exemples de microentreprises, il existe aussi d'autres usages des microfinancements, domestiques ceux-là, centrés sur le logement (construction, agrandissement et assainissement de l'habitat) et la consommation (achat de véhicule ou d'électroménager).
Ces usages ne correspondent pas à une stratégie d'investissement mais se rapprochent davantage d'un crédit à la consommation.

Enfin, une dernière rupture apparaît à l’intérieur des périphéries. La carte (voir supra) permet de revenir sur la très forte régionalisation de l’offre et la demande. À la répartition selon un gradient centre-périphérie se surimpose une logique régionale en secteurs, qui créent de nouvelles discontinuités. À l’échelle de l’agglomération, quatre pôles se distinguent les uns des autres. Le Conurbano Sur se distingue très fortement des trois autres par une forte demande (240 000 demandes potentielles en 2010, soit 130 000 de plus que le second pôle, à l’ouest). Cette polarisation est d’autant plus forte qu'il existe un réseau d’IMF spécifique au secteur sud : la Red Conurbano Sur (Réseau Conurbano Sur). Ces éléments indiquent donc une très forte déconnexion entre les microcosmes régionaux.

Le réseau de microcrédit à l’échelle métropolitaine de Buenos Aires est donc caractérisé par son éclatement. Les différentes fractures qui le traversent ne se superposent pas, de sorte que c’est en croisant les dichotomies spatiales et les concurrences actorielles que s’appréhende le fonctionnement du microcrédit sur le Grand Buenos Aires. Il met en exergue les concurrences des acteurs, les tensions politiques et finit par renforcer certaines discontinuités, voire isoler certaines zones. Cependant, à l’échelle locale des quartiers, l’analyse de l’impact des programmes de microcrédit montre d’autres dynamiques, plus intégratrices.

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4. L’impact du microcrédit à Buenos Aires : du raccordement des marges à la redéfinition de la limite urbaine entre espaces formel et informel

À l’échelle locale, les réseaux de microcrédit se localisent à la frontière entre la ville et ses marges, entre le formel et l’informel. Comment les dynamiques engendrées de part et d’autre et les liens noués entre les différents acteurs définissent-ils un troisième espace ?
 

4.1. L’implantation locale des réseaux de microcrédit : un microcosme où asesores et bénéficaires agissent comme passeurs entre espaces formels et informels

Le microcrédit s’ancre à Buenos Aires dans deux espaces du quotidien : le local de l’IMF (la oficina) et la feria (marché informel). Le local de l’IMF (local de l’association ou succursale de la banque) est situé dans le quartier des bénéficiaires ou à proximité immédiate. Il est le lieu des transactions, de la signature des contrats, il invite le bénéficiaire à se déplacer en dehors de son espace habité. Les ferias entrent dans la catégorie du commerce de rue informel. Y sont vendus principalement des petites productions artisanales (bijoux, macramé, travail du verre …), des vêtements fabriqués, de la nourriture (gâteaux, empanadas…) sur des stands fixes et attribués aux vendeurs. C’est là que les agents de crédit font la promotion du microcrédit et recrutent leurs bénéficiaires et là aussi que les bénéficiaires viennent développer leur activité soutenue par le microcrédit, notamment la vente de petits articles divers. Succursales et ferias constituent les nœuds d’un réseau implanté à la limite entre le formel et l’informel. Peut-être plus encore que le local de l'IMF, la feria constitue un nœud névralgique pour la territorialisation des réseaux de microcrédit à Buenos Aires : c’est un espace central qui polarise les dynamiques issues des espaces informels et formels de la ville.

Les déplacements des acteurs construisent des liens entre ces espaces à double sens. Le bénéficiaire se déplace vers la succursale ; l’asesor se rend dans le quartier ou sur les ferias, et de l’un à l’autre, circulent des échanges matériels (par l’argent du crédit) et immatériels (conseils, recommandation de nouveaux acteurs par le bénéficiaire). En outre, la relation entre agent de crédit et bénéficiaire ne fonctionne pas de manière autocentrée sur le réseau mais tisse des liens horizontaux avec d’autres réseaux formels ou informels. En effet, pour s’intégrer dans un nouvel espace, pour compléter l’apport financier par une aide sociale, plusieurs IMF s’appuient sur des structures déjà existantes. Dans les IMF où le microcrédit est d’abord envisagé comme un vecteur de promotion sociale, l’asesor est un pivot, un agent de transition avec d’autres ONG intervenant dans les secteurs marginalisés. Les locaux des associations ou de toute autre initiative sociale (tels les comedores – cantines populaires - ou les paroisses dans les asentamientos des périphéries) sont parfois partagés. À partir du réseau de microcrédit et selon une logique centrifuge, se crée ainsi une trame associative relativement dense sur le quartier. En parallèle, le bénéficiaire constitue une figure centripète, nodale au sein de l’espace, vers laquelle convergent les ramifications d’autres réseaux avant leur redéploiement. Le bénéficiaire mobilise différents réseaux informels gravitant dans son entourage : la famille, les voisins, les amis, qui jouent un rôle primordial dans l’expansion postérieure des réseaux de microcrédit, car le boca a boca (le bouche à oreille) dans les cercles environnants constitue le principal vecteur d’information entre bénéficiaires et non-bénéficiaires. De ce point de vue, la figure féminine, majoritaire dans les réseaux de microcrédit, joue un rôle très particulier : les femmes viennent entre amies, entre mère et fille pour souscrire un crédit puis le rembourser.

La relation agent de crédit/bénéficiaire
 

Temps 1 : La promotion et la souscription d'un microcrédit

Les asesores se déplacent depuis les IMF vers les marges de la ville. Ils se rendent dans trois types d'endroits pour démarcher les bénéficiaires potentiels : les commerces, les ferias ou les domiciles. Pour la souscription du crédit, le local commercial et la maison du futur bénéficiaire sont privilégiés.

Temps 2 : Le paiement du crédit

Le déplacement des bénéficiaires, à partir de leur commerce ou de leur habitation quand ils vendent/produisent à domicile vers le local de l'IMF.

Source : entretiens

 

Ainsi, les réseaux de microcrédit déploient de nouvelles interactions et densifient les interactions existantes sur les territoires urbains où ils s’implantent. Agents de crédits et bénéficiaires agissent comme des passeurs entre leurs espaces d’origine et les territoires économiques qu’ils s’approprient.
 

4.2. Vers un déplacement de la limite urbain / non urbain : accéder à la ville par les programmes de microcrédit ?
La diversité des stratégies mises en place par les bénéficiaires est le maître mot. Chacune de ces stratégies conduit à un même effet d’entraînement sur les marges, à savoir le développement de l’accessibilité en services urbains. Le microcrédit vient compléter le maillage des espaces urbains, directement en services financiers et bancaires et, indirectement (par le biais des projets réalisés), en services de base commerciaux et éducatifs. Si l’accès à l’éducation et à la santé, le raccordement à l’eau, à l’électricité ou aux réseaux d’évacuation, constituent des indicateurs courants pour mesurer le degré d’urbanisation ou le niveau d’inégalités de développement, la distribution de services commerciaux et financiers peut également s’avérer un critère pertinent : comme dans les autres cas, elle rend compte de modalités de développement des marges par rapport au reste de l’agglomération et offre aux bénéficiaires un droit d’accès à ce qui fait la ville, un « droit à la vie urbaine » (Vivet, 2002). Cet accès est aussi concret : de manière indirecte, les réseaux de microcrédit participent au renforcement des compétences mobilitaires des bénéficiaires, puisqu’ils encouragent les déplacements en vue de constituer un stock de marchandises ou de le vendre sur une feria, et facilitent l’achat d’une voiture. Néanmoins, cette dynamique produit aussi de nouvelles frontières : le microcrédit tend en effet à accentuer les écarts entre les espaces informels touchés par les IMF et ceux qui ne le sont pas et reconduit une forme de marginalisation des espaces les moins connectés (ce sont par exemple ceux qui sont le plus éloignés de la trame viaire urbaine officielle, comme le « fond » des villas).
Schéma de synthèse

La diversité des stratégies mises en place par les bénéficiaires est le maître mot. Chacune de ces stratégies conduit à un même effet d’entraînement sur les marges, à savoir le développement de l’accessibilité en services urbains. Le microcrédit vient compléter le maillage des espaces urbains, directement en services financiers et bancaires et, indirectement (par le biais des projets réalisés), en services de base commerciaux et éducatifs. Si l’accès à l’éducation et à la santé, le raccordement à l’eau, à l’électricité ou aux réseaux d’évacuation, constituent des indicateurs courants pour mesurer le degré d’urbanisation ou le niveau d’inégalités de développement, la distribution de services commerciaux et financiers peut également s’avérer un critère pertinent : comme dans les autres cas, elle rend compte de modalités de développement des marges par rapport au reste de l’agglomération et offre aux bénéficiaires un droit d’accès à ce qui fait la ville, un « droit à la vie urbaine » (Vivet, 2002). Cet accès est aussi concret : de manière indirecte, les réseaux de microcrédit participent au renforcement des compétences mobilitaires des bénéficiaires, puisqu’ils encouragent les déplacements en vue de constituer un stock de marchandises ou de le vendre sur une feria, et facilitent l’achat d’une voiture. Néanmoins, cette dynamique produit aussi de nouvelles frontières : le microcrédit tend en effet à accentuer les écarts entre les espaces informels touchés par les IMF et ceux qui ne le sont pas et reconduit une forme de marginalisation des espaces les moins connectés (ce sont par exemple ceux qui sont le plus éloignés de la trame viaire urbaine officielle, comme le « fond » des villas).

Ces éléments d’analyse à l’échelle intra-urbaine amènent à se détacher d’une simple lecture binaire où le microcrédit serait un agent de transition de l’informel vers le formel. Les interactions entre acteurs et la construction des réseaux font émerger des espaces hybrides qui cristallisent au contraire une très forte imbrication entre formel et informel. Espaces de l’entre-deux (Le Gall et Rougé, 2014), les espaces du microcrédit bouleversent la norme économique urbaine par la créativité de leurs protagonistes en matière financière. Ils participent d’une redéfinition de la fracture urbaine à Buenos Aires, puisqu’à la fois se tissent des liens et se créent de nouvelles limites entre ville et marges. Les programmes locaux de microcrédit deviennent ainsi des éléments de recomposition de la trame urbaine de Buenos Aires.


Conclusion

Au-delà du changement de regard qu’il apporte sur la pauvreté, sur les logiques d’aide au développement et sur ceux et celles qui en bénéficient, l’objet microcrédit permet de relire la géographie de la pauvreté, des marges et des espaces formels et informels. Les impulsions économiques et sociales offertes par le recours au microcrédit sont seulement l’une des facettes des impacts de ces programmes financiers. En effet, l’analyse de l’espace métropolitain de Buenos Aires à la lumière des acteurs du microcrédit, de leurs interrelations et de leur inscription sur le territoire fait émerger une configuration en réseau qui renforce certaines discontinuités pour en nuancer d’autres. Élaborés dans leurs formes et leur fonctionnement pour favoriser un lissage des écarts, les projets de microcrédit à Buenos Aires sont ainsi paradoxalement révélateurs de la diversité des profils de pauvreté qui touchent les territoires de la métropole argentine et de ses habitants.
Aujourd’hui les critiques à l’égard du microcrédit - ou plus exactement sur ses conséquences parfois négatives (endettement des populations, développement à court terme seulement) - se multiplient. Mais il demeure tout de même le fer de lance de nombreuses politiques sociales internationales et nationales. En Argentine, l’instabilité économique de ces dernières années rend presque nécessaire le recours à des systèmes bancaires parallèles, plus ou moins formels, plus ou moins officiels. Les réseaux de microcrédit, et en particulier les plus informels, pourraient trouver là un terreau favorable à de nouveaux déploiements.

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Notes

[1] La crise connue par l’Argentine durant l’été austral 2001-2002, crise multiforme sans précédent qui « a déboussolé » l’ensemble du pays (Velut, 2002) et a plongé en juin 2002 plus de la moitié de ses habitants en dessous du seuil de pauvreté, constitue un retournement de situation unique au monde par rapport à la position du pays au cours des années 1990.

[2] K. Bennafla distingue les « espaces de l’informel » des « espaces informels ». Si ces deux formules peuvent se recouper, la première désigne « des lieux et des espaces où se lovent des activités et des pratiques informelles » (p.104), comme les frontières, les zones rurales isolées, les friches … La seconde désigne « des espaces dont la régulation échappe, totalement ou en partie, à l’autorité légitime conduisant à des situations floutées en termes de pouvoirs exercés : par exemple, des zones d’habitat non réglementaire autogérées ; des quartiers urbains sous le contrôle de bandes ou de gangs ; des espaces où s’entrechoquent plusieurs formes d’autorité ou souveraineté » (p. 104) (Bennafla, 2012).

[3] Le problème de la quantification des faits et de l’usage de la statistique s’est durablement posé au cours de ce travail. L’incertitude des données et le manque de convergence d’un organisme à un autre nous ont limité l'ambition de proposer une étude quantitative des réseaux de microcrédit sur l’agglomération. Tout ce que l’on peut trouver est partiel, incomplet ou supposé. Les chiffres de la CONAMI pourraient constituer une bonne base d’analyse, si ce n’est qu’ils ne recensent que les associations insérées dans le cadre prévu par la loi. La RADIM (Red Argentina de Instituciones de Microcrédito – Réseau Argentin des Institutions de Microcrédits) est un réseau d’envergure nationale mais une fois encore, toutes les IMF œuvrant sur le territoire argentin n’en sont pas membres. Ce problème statistique renvoie à une difficulté plus profonde : l’absence particulièrement marquée en Argentine de cadre politique et législatif, en matière de microfinance.

[4] Source: The Blackwell Encyclopedia of Sociology, ed. George Ritzer.

[5] Lancée en 2008, Convergences est un espace de réflexion en Europe pour favoriser les coopérations entre acteurs publics, privés et solidaires pour promouvoir les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) et lutter contre la pauvreté dans les Nords et les Suds.

[6] Ces chiffres et les suivants sont issus du rapport de Convergences, Baromètre de la microfinance en 2013.

[7] L’analyse de la demande potentielle du microcrédit sur l’agglomération de Buenos Aires a été réalisée par Milagros Saborre et Martín Grandes pour l’Université Catholique d’Argentine (2010). Les auteurs, cherchant à identifier les obstacles au développement de la microfinance en Argentine, prennent en considération la méconnaissance de la demande. Pour estimer la demande potentielle, ils s’appuient sur quatre études précédentes de la fondation Andares (2006), des Nations-Unies (2005), de la BID (2006) et de la BCRA (Banco Central de la República Argentina) (2010) et sur des questionnaires auprès d’échantillons de la population . Les chiffres présentés sont avancés par J. Renaud dans son ouvrage (2007) : elle s’appuie sur le travail de la fondation Andares, ainsi que l’article de P. Curat, J. Lombardi et J. Lupano « Microfinanzas, el subdesarrollado caso argentino a la luz de la experiencia latinoamericana », PlaNet Finance (2005).

[8] Trois grands facteurs sont évoqués pour expliquer le retard argentin en matière de microcrédit :
- la structure de l’emploi fortement liée à la conjoncture économique. Entre 1950 et 1970, sous la doctrine péroniste, l’Etat est le régulateur du marché argentin ; le fort taux d’emploi (croissance économique et industrialisation par substitution aux importations) permet à l’Argentine de ne pas avoir recours aux microcrédits, contrairement au Pérou et la Bolivie à la même époque. Le désengagement de l’Etat à partir des années 1970, accentué sous la présidence de Raúl Alfonsín, coïncide avec les premières expériences de microcrédit pour répondre au chômage.
- la particularité du contexte économique argentin par rapport à ses voisins, en raison notamment de la grande instabilité économique. En témoigne l’existence tolérée par les autorités d’un double taux de change – officiel dans les banques et officieux dans la rue (le dolar blue). Les IMF restent réticentes à intervenir en Argentine en raison de cette instabilité.
- la perte de confiance des bénéficiaires envers les banques et organismes financiers suite à la grave crise argentine des années 2000,  qui freine leur insertion dans des programmes de microfinancements.

[9] En 2006, on comptait 23 villas dans la ville-centre de Buenos Aires soit 1,46 % du territoire et 796 villas et asentamientos dans la périphérie.

[10] Le panier moyen de consommation est un indice transversal, économique et relatif aux conditions de vie, qui est utilisé pour mesurer la pauvreté en Argentine. Produit seulement par la Ville Autonome de Buenos Aires (CABA : Ciudad Autónoma de Buenos Aires), il se définit comme un système de comparaison entre la valeur d’un panier de biens et services nécessaires pour vivre correctement et les revenus dont disposent les ménages pour atteindre ce panier de biens.

[11] Le NBI (nécessités basiques insatisfaites) est l’indice le plus proche du panier de biens : il repose sur une identification des carences dans 4 domaines définis comme essentiels pour vivre (accès au logement, aux services sanitaires, à l’éducation et revenu minimum). Plus la part de population présentant les caractéristiques de l’indice NBI est grande, plus l’espace est pauvre.

[12] Le niveau de bancarisation renseigne sur la couverture d’un réseau bancaire et le niveau de développement des services financiers. Il peut se mesurer à travers différents indicateurs : la proportion de monnaie scripturale utilisée dans les transactions, le nombre de comptes bancaires par rapport à la population, ou la densité bancaire (nombre d’habitants par guichet bancaire).

[13] L’Etat intervient auprès des IMF directement avec la CONAMI, administrée par le Ministère du Développement Social, et indirectement avec la RADIM, financée en partie par l’Etat (49 % des capitaux appartiennent au Ministère de l’Economie) mais par l’intermédiaire de l’entreprise mixte Impulso Argentino.

[14] Source : Chiffres de la CONAMI en mars 2014.

[15] Traduction personnelle : “Serán consideradas Instituciones de Microcrédito las asociaciones sin fín de lucro: asociaciones civiles, cooperativas, mutuales, fundaciones, comunidades indígenas, organizaciones gubernamentales y mixtas, que otorguen microcréditos, briden capacitación y asistencia técnica a los emprendimientos de la Economía Social.

[16] Mauricio Macri est le maire et chef du gouvernement de la Ville autonome de Buenos Aires depuis 2007. Il a fondé un parti de droite Compromiso para el Cambio, désormais intégré à la coalition Propuesta Republicana.

[17] Le parti justicialiste est un parti de tendance gauche qui a été fondé par Perón. L’actuelle Présidente argentine, Cristina Kirchner en est membre.

Cet article fait suite à un travail de recherche de Master 1 mené dans la Ville Autonome de Buenos Aires (Ciudad Autónoma de Buenos Aires  - CABA) entre février et mai 2014, consacré aux dynamiques des réseaux et acteurs de microcrédit dans un espace urbain fragmenté et marqué par les inégalités socio-économiques.

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Pour compléter :

Ressources bibliographiques :
Ressources webographiques
Veille média

Portail institutionnel collaboratif d’informations sur les organisations et initiatives de microcrédit en Argentine. Comme il est indiqué en tête du portail, l’objectif est de recueillir et présenter les « informations, idées et expériences des organisations qui participent à la politique publique de microcrédit ». Plus exactement, cela sous-entend qu’il ne présente que les actions des organisations qui s’inscrivent dans le cadre de la politique sur le microcrédit du Ministère du Développement social, gérée par la CONAMI (Commission Nationale de Microcrédit). Les autres associations en sont par conséquent exclues.

Blog géré par le journaliste Martín Páez Molina, qui collecte les initiatives et nouveaux projets de microcrédit ainsi que sur la tenue de grandes conférences ou rencontres. Il se centre principalement sur les pays d’Amérique latine, mais quelques billets sont également consacrés au reste du monde.

Le microcrédit et la microfinance : définitions générales

Plateforme de crowfunding (financement participatif) qui propose aux internautes de soutenir des projets de microentrepreneurs en prêtant sur cette plateforme. L’entreprise Babyloan a été créée en 2005 par Arnaud Poissonnier, elle travaille en partenariat avec des IMF sur le terrain, principalement en France. Elle œuvre également sur quelques projets à l’étranger (Pérou, Nicaragua, Bosnie, Sénégal …). L’ensemble du site permet d’avoir une connaissance générale des mécanismes financiers à l’œuvre dans la microfinance et ses enjeux.

Site du groupe CGAP (Consultative Group to Assist the Poor), formant un réseau de 34 organismes leaders mondiaux dans le développement des alternatives financières pour les populations les plus pauvres. La page propose une série de définition des concepts qui gravitent autour du microcrédit.

Organismes et programmes de microcrédit

Les organismes publics et privés internationaux

Site de la Grameen Fondation, organisme très célèbre de microfinance, parce qu'il dépend de la Grameen Bank, créée par Muhammad Yunus en 1976. Yunus est considéré comme l’inventeur de la microfinance et de l’outil de microcrédit.  D’abord spécialisée dans le microcrédit au Bangladesh, la fondation s’est étendue et intervient désormais dans le monde entier. Il s’agit d’une des fondations de microcrédit les plus importantes dans la sphère de l’économie sociale et solidaire. En Argentine, la fondation possède une filiale dédiée, la Grameen Foundation Argentina. Le site offre un panorama général sur le microcrédit et permet des points de comparaison.

Site du Groupe PlaNet Finance, ONG de microfinance, qui a été fondée en 1998 par Jacques Attali. Elle intervient sur cinq aires : Afrique de l'Ouest, Afrique Centrale et Océan Indien ; Moyen-Orient et Afrique du Nord ; Afrique du Sud et Afrique de l'Est ; Asie ; Amérique Latine et Caraïbes. Si actuellement il n’y a pas beaucoup de programmes directement sous le contrôle de PlaNet Finance en Argentine, l’ONG reste tout de même membre du réseau de la RADIM (Réseau Argentin des Institutions de Microcrédit), finance indirectement certains projets (petites subventions dans d’autres ONG) et produit des études sur le marché argentin.

  • PNUD Argentina (Programme des Nations-Unies pour le Développement – Argentine)

Sur le site du PNUD, la page plus particulièrement centrée sur l’Argentine. Présent dans 177 pays, le PNUD travaille en collaboration avec les acteurs internationaux et nationaux pour répondre aux enjeux de développement. En Argentine, le PNUD au travers son plan d’action pour 2010-2014 propose un soutien dans quatre domaines : le développement social, le développement productif, le développement durable et la gouvernance. Le microcrédit, en tant qu’outil financier et social, est une des initiatives mobilisées pour répondre aux objectifs de développement social et productif.

Les organismes fédéraux

Site d’un acteur important de la microfinance en Argentine parce qu’il est le seul qui fédère à l’échelle nationale la plupart des acteurs de la microfinance argentins et quelques grandes institutions internationales (PNUD, BID - Banque Interaméricaine de Développement). La RADIM est très proche du parti présidentiel, et accorde une place de choix dans les réunions aux acteurs d’Impulso Argentino (rattaché au ministère de l’Economie), très puissants dans le secteur public de la microfinance.

Site du ministère en charge de la politique sociale du gouvernement fédéral. Il supervise le développement social de la population et lutte contre la pauvreté et la marginalisation sociale. On retiendra dans ce site très riche en informations les pages plus spécifiques sur le plan « Argentina Trabaja » et sa partie de microcrédit. S'y trouvent aussi les liens vers le texte officiel de la loi 26.117 sur le microcrédit et sa commission d’exécution, la CONAMI.

 Les organismes et institutions de microfinance à l’échelle du Grand Buenos Aires

Site de l’association AVANZAR fondée par Marta Berkerman, professeur à l’Université de Buenos Aires (UBA) en 2000. L’association propose des microcrédits pour les petites entreprises (ou activités) et pour l’habitat ainsi que des actions de formations et d’éducation. AVANZAR a pour particularité de cibler les populations des villas miserias de la ville de Buenos Aires. 

Site de l’association Mujeres 2000 fondée en l'an 2000. L’association propose des microcrédits aux femmes de la ville de Tigre (Conurbano) à condition qu’elles aient suivi un programme de formation sur les bases de la gestion d’une entreprise (apprendre à faire ses comptes, à gérer un budget…) Elle dispose de trois programmes de soutien financier (crédits aux micro-entreprises, crédits à la construction, bourses de scolarité).

Site de l’association Nuestras Huellas, fondée en 2002. Elle propose des programmes de microfinance dans les quartiers populaires du nord du Grand Buenos Aires. Elle y associe des programmes de formation pour les bénéficiaires. La particularité de cette association est de créer des banques communales autogérées.

  • SEDECA (Secretariado de Enlace de Comunidades Autogestionarias)

Site de l’association SEDECA qui propose deux programmes distincts de microcrédit, l’un pour la construction et l’amélioration de l’habitat, l’autre pour le développement de l’économie sociale. Le second programme se distingue de beaucoup d’autres initiatives sur le territoire de Buenos Aires parce qu’il finance des groupes solidaires afin qu’ils deviennent des banques autogérées qui elles-mêmes pourront prêter aux micro-entrepreneurs.

Filiale de la banque Supervielle, Cordial Negocios est une entreprise de microfinance qui offre de nombreux produits financiers dont le microcrédit. Présente sur le marché depuis 2007, elle travaille surtout avec les secteurs du Conurbano et finance principalement deux secteurs d’activité : les secteurs textiles et agricoles.

Entreprise qui reçoit son capital de Banco Ciudad, banque publique du Gouvernement de la Ville. Elle est toute récente sur le marché (2013) et est surtout installée dans la ville de Buenos Aires, dans les quartiers pauvres (villas ou quartiers apparentés)

Entreprise très connue qui reçoit la majorité de son capital de Banco Provincia de Buenos Aires, banque publique du gouvernement fédéral. Travaillant sur l’ensemble de la Province, la majorité des succursales sont dans Buenos Aires et les premières couronnes du Conurbano. Elle propose plusieurs produits financiers dont des microcrédits.

 

Célia QUENARD,
ENS de Lyon, Université de Lyon, UMR 5600 Environnement Ville Société
Julie LE GALL,
ENS de Lyon, Université de Lyon, UMR/CNRS 5600 Environnement, Ville et Société

conception et réalisation de la page web : Marie-Christine Doceul,

pour Géoconfluences, le 15 janvier 2015

Pour citer cet article :
Célia Quenard et Julie Le Gall, « Microfinance et recomposition des espaces urbains. Une étude de cas à Buenos Aires », Géoconfluences, 2015, mis en ligne le 15 janvier 2015
URL : http://geoconfluences.ens-lyon.fr/informations-scientifiques/dossiers-thematiques/de-villes-en-metropoles/articles-scientifiques/microfinance-buenos-aires

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