Acceptabilité du risque
Serge Bourgeat, agrégé et docteur en géographie
Catherine Bras, professeure agrégée de géographie - académie de Grenoble
L'acceptabilité sociale d’un risque est la perception plus ou moins négative qu’a un individu ou un groupe social lorsqu’il y est confronté. Le terme d’acceptation sociale est également parfois employé. La différence entre les deux est cependant l’objet de nombreuses discussions, certains ne voyant dans « acceptabilité » qu’un anglicisme, d’autres, plus nombreux, différenciant les deux termes : contrairement à « acceptation » l’acceptabilité renverrait avant tout à une représentation et l’acceptation au vécu, aux aspects concrets. L’acceptabilité serait donc le contexte intellectuel permettant l’acceptation.
Le risque est considéré comme acceptable (ou tolérable) par une personne ou une collectivité lorsqu'elle peut en supporter les conséquences, les dommages, au regard de sa probabilité d’occurrence (aléa). L'acceptabilité est variable dans le temps et dans l'espace. Les législations et les réglementations, en fixant des normes, des seuils, des compensations, témoignent de ces évolutions et de cette variabilité spatiale et temporelle. Des jeux d'acteurs se nouent autour des enquêtes d'utilité publique, des décisions d'aménagement du territoire, entre associations, institutions décideuses, entreprises, assurances.
L’acceptabilité sociale est un sujet d’études pour les sociologues, notamment suite aux travaux de l’Allemand Ulrich Bech (1944-2015). Celui-ci a décrit notre société comme une « société du risque » (titre d'un de ses ouvrages en 1986), c'est-à-dire comme une société post-industrielle où les risques sont devenus centraux, se sont multipliés et complexifiés mais où les catastrophes sont de plus en plus considérées comme inacceptables, contrairement à des sociétés traditionnelles ou même industrielles où le risque était considéré comme inévitable. Ce que souligne Beck, c'est la conjonction d’une situation de risque, qui nous atteint personnellement mais aussi collectivement, et d’un contexte de méfiance vis-à-vis d'une science pourtant considérée comme fondamentale et utile et dont on attend qu'elle comprenne et évalue ces risques, alors qu'elle semble douter d'elle-même. Les désaccords entre les scientifiques ainsi que leurs éventuelles erreurs sont donc vécus comme insupportables. Le passage à des sociétés plus individualistes a pu favoriser le développement de sentiments d'insécurité, rendant plus intolérable la réalisation du risque (Beck, 2001). De ce fait, la notion d’acceptabilité sociale des risques est de moins en moins utilisée, scientifiques, gestionnaires et citoyens s’accordant de plus en plus sur l’idée qu’un risque est par essence inacceptable, contrairement à ce que sous-entend la notion d’acceptabilité.
Une des conséquences économiques de la notion d’acceptabilité sociale du risque consiste à déterminer le montant maximal que les sociétés sont prêtes à payer pour bénéficier d'une protection contre les risques (consentement à payer – « willingness to pay » ou WTP) ou, sinon, le montant minimal que ces mêmes sociétés sont prêtes à recevoir en compensation de préjudices subis (« willingness to accept » ou WTA). Le consentement à payer peut être mesuré grâce à la méthode d’évaluation contingente. Elle s’appuie sur la réalisation de sondages censés cerner la propension à payer des individus. Des analyses coût-avantage ou coût-bénéfice sont généralement un préalable à l’évaluation du consentement à payer. Elles permettent de chiffrer le coût d’un ouvrage de protection (calibré pour un aléa d’une intensité donnée) et les bénéfices qu’il induit (indemnisation moindre car les dégâts sont moindres). Ces analyses permettent de trouver le juste calibrage des ouvrages de protection comparativement aux bénéfices escomptés.
De même, l'acceptabilité sociale des pollutions ou des nuisances est variable dans le temps et dans l'espace. Les nuisances sonores d'un aéroport peuvent devenir inacceptables lorsque les rotations des appareils s'intensifient. Les quantités de particules fines contenues dans l'atmosphère peuvent devenir inacceptables lorsqu'on a établi une relation certaine avec des surmortalités. Une eau dont la potabilité peut paraître acceptable dans certains pays précaire ne le sera plus pour un émergent.
(ST) juillet 2004, mai 2005. Dernière mise à jour (SB et CB) janvier 2026.
Référence citée
- Beck Ulrich (1986). La société du risque. Traduction française : Aubier, 2001.







