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Interlope

Publié le 15/01/2026
Auteur(s) : Vincent Capdepuy, docteur en géographie, professeur d'histoire-géographie - académie de La Réunion
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Interlope se dit de lieux – maison, monde, parc, etc. – équivoques au regard de la morale dominante et des normes en vigueur, et recouvre aussi les activités qui y sont pratiquées et les acteurs qui s’y trouvent. Un espace interlope est presque toujours une marge, pas complètement inaccessible mais pas trop visible non plus.

Le mot provient d’une époque, aux XVIIe et XVIIIe siècles, où certains navires pratiquaient un commerce frauduleux à des interfaces impériales, comme dans la Caraïbe (Terrien, 2019) : to interlope, courir d’un domaine réservé à l’autre afin de s’y immiscer et d’en tirer profit. Bien que proscrit par la règle mercantiliste de l’exclusif colonial, il était en réalité toléré voire encouragé par les puissances européennes en concurrence (Schnakenbourg, 2019). L’interlope désignait alors le commerce de contrebande et le mot s’employait alors comme un substantif, alors qu’en français contemporain il est devenu un adjectif.

Dans le monde d’aujourd’hui, les frontières, par leur nature même d’interfaces, sont des espaces privilégiés pour ce type d’activités (Wali Wali et Ondo Ze, 2022), de même que les ports, où se croisent légalité et illégalité (trafics, contrebande), ou encore les villes de jeux qui sont le revers de la mondialisation touristique et financière (Lebeau et Redon, 2022). Mais on pourrait aussi penser à d’autres lieux contemporains où l’échange, sous d’autres formes, transgresse plus ou moins explicitement les normes dominantes, comme les espaces du naturisme (cap d'Agde) ou les « espaces de la drague ». Dans tous les cas, les lieux interlopes participent de l’antimonde.

Vincent Capdepuy, janvier 2026. Dernière modification (JBB), janvier 2026.


Références citées

 

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