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Panda

Publié le 06/02/2026
Auteur(s) : Maie Gérardot, agrégée de géographie, docteure en géographie et aménagement, professeure en CPGE, laboratoire Ruralités - université de Poitiers, lycée Georges-de-la-Tour, Metz
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Le panda géant (Ailurpoda melanoleuca) est un ursidé sauvage dont les spécimens vivant en captivité occupent une place importante dans la diplomatie chinoise et dans sa stratégie d’influence. À l’état sauvage, le panda ne vit qu’en Chine, dans les forêts du sud-ouest du pays. 1 900 pandas sauvages y vivent actuellement et un peu plus de 800 sont en captivité, dont moins de 40 hors de Chine, dans moins de 20 pays, dont la France.

Hors de Chine, le panda n’est connu qu’à partir du XIXe siècle. Dès lors cet animal fascine et les premiers spécimens exposés dans des zoos étrangers attirent les foules. Le fait que le panda soit endémique à la Chine donne au pays le monopole de la ressource. Avec l’ouverture progressive de la Chine au monde et au capitalisme, le panda devient l’un des plus grands succès du pays en matière de soft power (Songster 2018). La diplomatie du panda est systématisée sous Mao Zedong. La Chine donne des pandas, « ambassadeurs de la paix », à des pays avec lesquelles elle a des liens historiques (Russie, Corée du Nord) mais également vers lesquels elle se tourne progressivement (France, Royaume-Uni, …). À partir de 1984, la Chine loue les pandas aux zoos, elle ne les donne plus. L’animal reste diplomatique mais constitue donc une source de revenus. Depuis 1990, les locations de pandas sont des locations de longue durée (10 ans ou plus). Il faut compter environ 1 million d’euros pour un an et pour deux pandas.

L’animal est utilisé comme un outil diplomatique. En 2023, dans un contexte de relations tendues entre la Chine et les États-Unis, les contrats de location ne sont pas renouvelés et les États-Unis se retrouvent sans pandas (Benhammou et al., 2024). Le zoo de San Diego en reçoit deux en août 2024. En 2025, c’est le Smithsonian de Washington. Chee Meng Tan (2024) interprète ce retour des pandas comme le signe d’un réchauffement diplomatique entre les deux pays, mais aussi une façon pour la Chine de soutenir son économie. C’est ce qui se passe actuellement au Japon, où il ne reste plus aucun panda depuis le départ des deux derniers en janvier 2026 (AFP, 2026), du fait de fortes tensions entre la Chine et le Japon au sujet de Taïwan.

La location des pandas est toujours précédée de longues négociations, qui mélangent diplomatie, politique, économie et commerce. La coïncidence a été plusieurs fois soulignée entre l’arrivée de pandas et la signature de contrats commerciaux ou d’accords de libre-échange entre la Chine et le pays accueillant des pandas (Buckingham et al., 2013). Deux pandas arrivés en Indonésie en 2017 ont ainsi participé à atténuer les tensions avec la Chine en mer de Chine méridionale (Darmawan et Putri, 2021). L’amélioration des relations diplomatiques et commerciales entre les deux pays s’est accompagnée d’une hausse des investissements chinois en Indonésie (1,8 milliards en 2016 à 8 milliards de dollars en 2024). L’Indonésie, la Malaisie et Singapour, pays stratégiques pour la Chine car ils bordent le détroit de Malacca, accueillent des pandas dans leurs zoos.

Certains observateurs dénoncent une diplomatie du panda devenue trop commerciale et lucrative, où l’animal sert d’abord des intérêts économiques : « C’est mercantile. Les pandas géants ne sont pas des cadeaux diplomatiques, c’est avant tout du business » (Jean-Vincent Brisset cité par Regny, 2023). Les critiques sont aussi éthiques et environnementales. En effet, le panda est toujours une espèce classée vulnérable par l’UICN. De gros efforts ont été faits pour sa protection mais son habitat écologique « a tendance à se restreindre » (Cécile Callou, citée par Hanck, 2019). Le changement climatique risque en outre d’affecter la pousse des bambous, principale source de nourriture du panda (Ma et al., 2024).

La diplomatie du panda constitue donc aujourd’hui une stratégie mise en œuvre par la Chine pour renforcer ses liens économiques, politiques et culturels avec d’autres pays. Bien plus qu’un geste amical, c’est un procédé subtil et particulièrement efficace pour la Chine de se faire entendre sur la scène internationale.

Maie Gérardot, février 2026. Dernière modification (JBB), février 2026.


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