Très haute altitude
La très haute altitude (THA) est la tranche de l’espace aérien comprise entre 20 km et 100 km d’altitude. C’est un espace intermédiaire entre l’espace aérien national souverain et l’espace extra-atmosphérique, non souverain. En effet, la limite de Kármán, qui se trouve entre 84 km et 100 km d’altitude, définit la limite physique entre l’atmosphère terrestre et l’espace (extra-atmosphérique), dans lequel la densité de l’air devient si faible que toute application aéronautique y devient impossible et cède le pas aux applications spatiales.
En géographie, l’importance de ces questions de définition est considérable en matière de géopolitique et de géostratégie du fait de l’explosion ces dernières décennies des usages spatiaux et aéronautiques, civils et militaires. Alors qu’il n’existe pas de définition juridique internationale de la limite de démarcation entre espace aérien et espace extra-atmosphérique, ces deux espaces – et les engins et équipements qui y évoluent – relèvent de juridictions et de traités internationaux différents : la Convention de Chicago de 1944 pour le fait aérien et le traité de l’Espace de 1967 pour le spatial. Comme le traduit le concept de très haute altitude, faire passer l’exercice de souveraineté d’un État de 20 km à 100 km de hauteur au-dessus de son territoire national introduit une dilatation considérable de son espace souverain du fait du gain d’une tranche d’espace de + 80 km (+ 400 %).
Au plan épistémologique et méthodologique, il est intéressant de relever que premièrement, face à la « révolution spatiale » en cours, le vocabulaire et le droit international sont en retard face à l’explosion des usages militaires, économiques ou scientifiques, et donc facteurs d’incertitudes. Que deuxièmement, une tranche de l’espace – la très haute altitude – jusqu’ici largement négligée devient un nouvel enjeu de souveraineté du fait de la rapidité des mutations scientifiques, technologiques et militaires à la fois aéronautiques et spatiales, dont aérospatiales. Que troisièmement enfin, l’essor de la conflictualité et la montée des tensions oblige aujourd’hui les autorités politiques et militaires, telles le ministère français des Armées, à clarifier juridiquement et stratégiquement l’espace intermédiaire de l’entre-deux compris entre l’espace aérien proprement dit et l’espace circumterrestre (ministère des Armées, 2025).
Laurent Carroué, janvier 2026. Dernière modification (JBB), janvier 2026.
Référence citée
- Ministère des Armées : Stratégie des Armées pour la Très Haute Altitude (THA), rapport du groupe de Travail, Paris, 2025.







